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1854 m Puy Ferrand, Couloir du Moine

Données techniques

Massif : Massif Central
Orientation : E
Dénivelé : 750 m.

Difficulté de montée [?] : PD+
Difficulté ski [?] : 3.3 E1
Pente : 40

Nb de jours : ½
Type : Aller/Retour

Cartes : 2432ET

Matériel

La météo auvergnate est capricieuse. Mieux vaut tout prévoir. On peut se retrouver avec 50cm de poudre comme 400 m de glace à remonter. Crampons et piolet conseillés

Départ/Accès

Départ : Buron de Chaudefour (1137 m) - Depuis Clermont-Ferrand se rendre au Chambon/Lac. De là prendre la D36 en direction de la vallée de Chaudefour. Se garer sur le parking à côté de la maison forestière face au buron.

Itinéraire

Suivre le chemin forestier s'enfonçant dans la vallée jusqu'à un pont que l'on traverse. Obliquer de suite à gauche et suivre le chemin puis direction le fond de la vallée (plat interminable). Traverser plusieurs ruisseau puis s'enfoncer dans les bois jusqu'au pied de la face (facile lorsque c'est tracé sinon relativement paumatoire). De là choisir le couloir souhaité descendant du Ferrand. Le Moine est celui le plus à droite (Aiguille du Moine inmanquable sous le Ferrand). En face couloir central direct depuis le sommet (variante de départ un peu sur la gauche). Un autre couloir sur la gauche (se repérer avec l'arrivée des télécabines de SuperBesse).

Photos

Vue du Puy Ferrand depuis le fond de la vallée de Chaudefour
Vue du Puy Ferrand depuis le fond de la vallée de Chaudefour [par laloz]

Remarques/Variantes

Couloir accessible depuis la station du Mont-Dore (TK du Ferrand) mais peu de skieurs mécanisés s'y aventurent. Il faut laisser une voiture en bas de la vallée pour revenir à la station (long). Attention ne pas aller au delà du couloir du Moine (plus à droite, barres rocheuses ou cascade de l'aigle). Possibilité de monter aussi par les crêtes de la vallée de Chaudefour côté Chambon des Neiges - Puy de Cacadogne.

Conditions récentes

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Puy Ferrand, Couloir du Moine [»] : Sortie du samedi 13 décembre 2008 par laloz

Participants : -

Météo

Légèrement couvert, se dégageant un peu en début d'après-midi. Vent de S sur les sommets.

Conditions d'accès

Etat de la route :
RAS
Altitude du parking :
1320 m

Conditions de neige

Poudreux dans la combe sous le Petit Vallon magique, décapé en versant S et E, notamment au dessus de 1500m. Un peu de poudre dans la forêt.

Altitude de chaussage (montée) : 1320m
Altitude de déchaussage (descente) :1320m

Activité avalancheuse observée : avalanche dans le couloir, sous l'aiguillette du Moine. 2 ensevelis qui s'en sortent merveilleusement bien, vivants et sans bobo, grâce à l'intervention de P. et des 4 fantastiques (D., P., P. et JP.)

Skiabilité [?] : ●●●○○


Récit de la sortie/Remarques diverses

Itinéraire suivi : Topo - Dénivelé réel effectué : 900m

Afin de mettre un terme à tout racontar ou interprétation fantaisiste, je me lance dans le récit de ce qui nous est arrivé ce samedi 13 décembre 2008.
Beau temps annoncé par la météo, petit vent de sud de 10 à 20km/h, -4°C à 1°C dans la journée si mes souvenirs sont bons. Ciel clair au départ de Clermont, la journée s’annonce belle. Arrivés au Mont-Dore, le ciel est voilé mais on espère que ça se lèvera. On prend la direction du Puy de Cacadogne et de Chaudefour où nous avons été mercredi, il y a 3 jours. On monte via Mathusalem puis la combe débouchant entre les Crebasses et Cacadogne. On croise un skieur qui descend dans une belle poudre qui me fait bien envie pour le retour . Au-dessus, le vent commence à se faire sentir notamment dans la partie finale jusqu’au sommet du Cacadogne. Deux gendarmes (major Sanchez et ?), croisés plus bas, contournent le sommet à l’abri du vent et poursuivent sur l’arête en direction du Puy Intermédiaire. La neige abondante (environ 30 cm en haut) que nous avions trouvée en versant S mercredi, et qui nous avait laissé perplexe, a disparu. Il ne reste que la sous-couche légèrement gelée et quelques bancs poudreux mais agréables à skier. Nous gagnons le fond de la vallée par le même itinéraire que mercredi, regrettant notre belle poudreuse.
Petite pause et donc départ pour le couloir du Moine, auquel nous avions renoncé 3 jours auparavant pensant qu’il risquait de dégueuler son trop plein de poudre, qui a dû lui aussi se décaper de la couche tombée mercredi. Montée tranquille à skis dans la forêt puis sous la barre rocheuse qui a perdu un morceau de son cigare et la petite épaule qui nous sépare du couloir lui-même. On alterne à la trace. Un dernier Z sous les rochers et on passe dans le couloir, débouchant sous l’Aiguillette du Moine versant gauche orographique. On se retrouve sur une neige tassée, compacte sur laquelle l’adhérence avec les peaux est limite. Plutôt que de sortir les couteaux avec la pente qui raidit, on choisit de mettre les skis sur le sac et de remonter rive gauche orographique jusqu’à l’épaule séparant le couloir de la combe dominant la Croix Michel. Le haut est pas mal déplumé, on aperçoit l’herbe par endroit, avec une fine couche de glace (1 ou 2 mm) me faisant dire que hier ça a dû chauffé sur cette partie exposée au soleil (ce qui n’est pas le cas, je le saurai plus tard !). Arrivé au sommet, je propose de redescendre le couloir sur cette neige compacte (même type de neige que l’Y au Redon le dimanche précédent) et remonter au Cacadogne pour finir dans la belle poudreuse de ce matin. Les premiers virages se font sur une neige un peu dure et légèrement glacée mais on trouve vite cette neige compacte avec un bon grip au centre du couloir. L’un après l’autre, on enchaîne les virages avec plaisir avec un premier arrêt puis un second au niveau de l’Aiguillette (raidillon) légèrement au-dessus de l’endroit où nous avons mis les skis sur le sac. A ce moment nous pouvons bifurquer vers la gauche pour suivre nos traces mais je continue dans le couloir espérant que le truc noir 20m plus bas sera bien ma paire de lunettes tombée à la montée. Je pars à gauche, M. à droite, et au bout du 2ème ou 3ème virage un gros wouff et une mosaïque de blocs bien épais (30 cm ?) se forment devant moi. Je tente de m’échapper vers l’extérieur mais je suis couché et je vois M. arriver sur ma droite, emportée comme moi. Séance de toboggan indescriptible, on croit que ça va s’arrêter mais non. Ensuite, je perds M. de vue. Les skis tirent vers le fond puis ça s’arrête le temps de faire deux trois mouvements pour se faire de la place. Il fait noir, je respire, je n’ai mal nulle part, je suis prisonnier, je n’arrive à faire aucun mouvement sauf mon bras gauche que j’arrive à bouger et qui me semble libre jusqu’au coude (peut-être à l’extérieur). J’essaie de dégager la neige devant mon visage mais je n’y arrive pas. La notion de temps se perd. Je tente de contrôler ma respiration, sans m’affoler. Soudain revient le jour et une grande bouffée d’air. P. me dégage le visage et je lui demande s’il a trouvé M.. Il secoue la tête et je lui dis de continuer sans s’occuper de moi. Puis arrive un groupe, P. me dégage le buste pour que je coupe mon ARVA qui le gêne dans la recherche. Je finis de me dégager et sors de mon trou pour participer avec le groupe à la recherche de M.. On tâtonne avec ce signal qui se perd sur le dernier calibre, même au ras de la neige. On tourne en rond, on sonde sans rien trouver. On revient au signal maxi sur l’avant-dernier calibre, tout proche de là où j’étais. On sonde au signal maxi avec D. : elle sent quelque chose de son côté, même chose du mien. On creuse à 4 pour découvrir finalement le visage de M.. Elle était complètement ensevelie. Elle respire mais ne reprend vraiment conscience qu’au bout de 2-3 minutes. Un des messieurs (P., P. ou JP. ?) du groupe lui parle en permanence le temps qu’on creuse pour la dégager. Elle est en hypothermie mais rien de cassé. Entre temps les secours ont été prévenus. Le temps qu’ils arrivent on se rassure, on essaie de réchauffer M. avec les doudounes, couvertures de survie, thé chaud. On essaie de remercier (sûrement très mal) D., P., P. et JP qui sont venus nous secourir, puis les gendarmes, le chien, le doc, le treuillage, le PGM au Mont-Dore, …
Merci à tous, surtout à la bande des 4.

La réflexion sur la neige
L’accident s’est produit dans le bas du couloir du Moine, sous l’Aiguillette, vers 1500m. Neige tassée, compacte comme à la montée. Une question reste, à laquelle je n’ai pas de réponse : ce qui est parti est une plaque formée récemment, c’est à dire suite à la dernière chute, ou bien s’agit-il de quelque chose de plus ancien ? Quelle épaisseur (30 cm ?) ? Il ne restait plus de neige poudreuse dans le couloir donc le vent l’a transporté mais où ? D’après la météo le vent était de S-SO ce jour. Un gendarme m’a dit que la fine pellicule de glace que j’avais observée dans le haut du couloir n’était pas due à un réchauffement en surface mais qu’il s’agissait d’une croûte de regel datant de la semaine précédente (jeudi 4/12 ou vendredi 5/12) formée suite à un petit épisode pluvieux (il me livre là le résultat d’un sondage par battage réalisé avec des techniciens de MétéoFrance). Cette couche était apparente car le vent a décapé les couches supérieures, c’est à dire la neige fraîche tombée depuis une semaine. Je consulte la météo du Mt-Dore quasi quotidiennement et je n’ai pas souvenir depuis le mercredi 10/12 d’un régime de vent d’ouest, qui s’engouffre assez bien dans le couloir (orienté E). Pour moi le vent d’O est la seule explication de la formation de plaque à cet endroit du couloir (hormis un vent tourbillonnant), abrité au S par l’Aiguillette et au N par la barre allant jusqu’au Dôme. Vue bien nette de la cassure depuis l’hélico. J’aurai souhaité retourner sur place pour me rendre réellement compte de la cassure, des couches formant le manteau, mais les chutes de neige de dimanche enterrent toute analyse à partir du terrain. Pour quand un bulletin neige & avalanche Massif Central ?
La réflexion sur ma pratique
Un couloir que j’ai fait un bon nombre de fois ces 4 dernières saisons, en toutes conditions. Je l’aime bien, large, un peu de pente (40° max), pas expo hormis l’entonnoir final dans lequel on a atterri, souvent de la bonne neige. Pour moi, un classique… Justement, un classique. C’est peut-être là qu’est le problème. Trop confiant ? Moins en alerte ? Ne pas voir, entendre, ressentir de signes précurseurs, autant qu’ils puissent l’être ? Un départ à deux alors que l’on skie régulièrement les uns après les autres, même sur la première moitié du couloir ce jour-là ?

Quoiqu’il en soit une remise en cause s’impose mais, malgré cet accident à l’issue heureuse, mon envie d’arpenter à ski des espaces vierges et sauvages comme Chaudefour ou ailleurs reste intacte, viscérale.

"L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs."O.Wilde
"L'expérience n'est une lumière qui n'éclaire que soi-même." Lao Tseu
"L'expérience de chacun est le trésor de tous." G. De Nerval
"L'expérience, ce n'est pas ce qui arrive à quelqu'un, c'est ce quelqu'un fait avec ce qui lui arrive." A. Huxley
"Nulle pierre ne peut être polie sans friction, nul homme ne peut parfaire son expérience sans épreuve ." Confucius
"Chronologiquement, aucune connaissance ne précède en nous l'expérience et c'est avec elle que toutes commencent."E.Kant
"Vivre c'est transformer en conscience une expérience aussi large que possible." A.Malraux


Commentaires

» Par Xave, le samedi 20 décembre 2008 à 10:53

Salut jeune homme, bizarre, je me suis dit que cela pouvait être toi pris dans cet accident?
Je suis content forcément de l'heureuse issue de votre sortie...
Il a bien plu sur le jeudi en question ce qui a trompé nos capacités de jugement.
Dimanche sur les faces Sud de Besse, on sentait bien cette couche glacée sous les 20 et quelques cm de poudre très légère et non compactable, mais mon observation ne fait que confirmer les très grands écart de neiges et de températures que l'on subit depuis le 2à novembre.
La corniche de Besse est partie très vite sur une neige gauffrée et très cassante.
Pour exemple, Jeudi matin la température était de -6-7°C, le temps était encore au beau et la neige remarquable malgré un fort vent.
Hier je suis reparti avec l'envie de faire le tour côté versants sud, je me suis contenté des pistes très bien préparées et de quelques sorties dehors entre le Paillaret et les bois, une demli douzaine dans la cascade qui a commencé à prendre le redoux...
Je suis alors monté sur la Perdrix (fermée) en peaux pour un sacré résultat: tôle assurée suite au redoux de la fin de nuit et toujours cette burle infernale et chaude malgré tout...
Tout cela pour dire qu'en 24 heures la montagne est passée par 5 ou 6 phénomènes météologiques très différents et surtout très déconcertant, je n'avais pas vu ces variations aussi fulgurantes depuis très longtemps...

» Par LaurentGM, le samedi 20 décembre 2008 à 16:25

Merci pour ce retour et les posts qui l'ont précedé.
Cet épilogue heureux nous permet de profiter de ton analyse claire et circonstanciée.
Nous sommes là-bas à partir de lundi, nous ne manquerons pas de tirer parti de cette expèrience.

Bon ski à tous sur la "montagne à vache" pour cet hiver et jusqu'au printemps.

» Par Guillaume2, le lundi 22 décembre 2008 à 14:15

Bonjour,
Très content bien sur que vous en soyez tous sortis indemne !
Merci aussi pour nous faire partager tes impressions sur cet accident.
J’étais au Mont Dore ce jour là et je vais aussi donner mes modestes impressions sur la neige de ce jour si ça peut aider !
D’abord, il semble qu’il y ait aussi eu au moins un départ de plaque assez important dans la coulée des câbles au passage des premiers skieurs, ce qui n’est pas très habituel. Ensuite j’ai trouvé la neige particulièrement foireuse et peu engageante, avec ce vent de sud, cette douceur sèche. On pouvait clairement voir par endroit la formation de belles plaques de 10-15 cm reposant sur une couche friable de poudreuse. Je me suis fait la réflexion, si il reneige la dessus, ça va craindre pas mal. J’ai déjà vu exactement les même neiges dans les Alpes après des épisodes de Foehn sans précipitations, avec des avalanches importantes et des gens ramassés un peu partout, alors que le risque annoncé « n’était qu’à 3. »
J’ai ensuite fait extrêmement attention que ce soit dans les poubelles, puis le petit pas de l’âne, et rien n’est parti. Finalement, je me suis dit que ça suffisait, que j’allais éviter la Y et je suis rentré à la maison.
En ce qui concerne le Moine, je n’y étais pas, mais il me semble que la neige dur devait correspondre à la plaque que vous avez cassé en skiant dessus à deux. Elle était sûrement un peu épaisse et reposée sur de la neige friable qui a fait le plan de glissement. Ensuite le problème à cet endroit est que l’avalanche, même pas énorme file dans le goulet et ça fait à la fin une grosse épaisseur et ensevelissement. A mon avis ? la poudreuse n’a pas été transporté par le vent, mais durcie sur place et je pense que c’est probablement un phénomène très récent (dans la nuit).
Au bout du compte, votre grande erreur me semble être d'être partie à deux, mais c’est bien sur facile à dire assis derrière le clavier.
En tout cas de mon point de vue, les conditions étaient assez inhabituelles pour l’Auvergne, ou on a toujours, l’humidité avec le vent d’ouest pour stabiliser/durcir les éventuelles plaques. En général, si on se réfère à une méthode de réduction, je dirai qu’on peut appliquer un facteur 2 de réduction parce qu’on est en Auvergne, mais pas ce jour là ! Je trouve que la neige était très différente de celle du WE d’avant.
Mais bon facile à dire aussi après !

Bon courage et à bientôt sur les skis !

» Par meeek, le mardi 20 janvier 2009 à 10:22

Salut laloz,
Je viens à peine de prendre connaissance de cet accident et me félicite de cette fin heureuse! Bon ski et à bientôt...

» Par laloz, le mercredi 21 janvier 2009 à 13:22

Merci ! :D

» Par Boilatas, le mercredi 28 janvier 2009 à 19:50

Bonsoir à tous.
En effet, heureux épilogue !

Connaissez vous les conditions actuelles dans les couloirs du puy Ferrand ?

Bon ski.

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