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4122 m Aiguille Verte, Nant Blanc, variante Tardivel

Données techniques

Massif : Mont Blanc
Secteur : Vallée de l'Arve
Orientation : NW
Dénivelé : 3000 m.

Difficulté de montée [?] : D+
Difficulté ski [?] : 5.5 E4
Pente : 45°-55°/900m

Nb de jours : 1
Type : Aller/Retour

Cartes : 1344 3630OT

Matériel

Casque, piolets, crampons, matériel de glacier.


Départ/Accès

Départ : Argentière (Grands Montets) (3295 m) - Depuis Argentière, au fond de la vallée de Chamonix, télécabine des Grands Montets. Montée simple 25.5 euros en 2018.

NB: Ce départ est accessible en TC

Itinéraire

Si le téléphérique des Grands Montet est ouvert, partir du sommet de celui-ci. Autrement, rejoindre ce point par ses propres moyens (il est aussi possible de prendre le train du Montenvers et de bivouaquer au Rognon du Dru).

Du haut du téléphérique, se diriger vers la mer de glace et rapidement prendre pied rive gauche sur l'épaule (cairns). Suivre les cairns (mixte facile) puis traverser une pente de neige conduisant à un couloir mixte (plus ou moins facile selon les conditions) menant au glacier du Nant Blanc. Remonter celui-ci jusqu'à la rimaye (prendre ses précautions, cette partie du glacier est le réceptacle de nombreux couloirs d'avalanches).

Le cheminement exact de l'itinéaire dépend des conditions. Nous avons franchi la barre inférieure à gauche, la chaleur (et sans doute la pluie) ayant transformé cet étranglement probablement skiable dans d'autres conditions en goulotte à 75°-80°. Nous avons ensuite remonté le névé inférieur en nous tenant sur l'épaulement rive gauche.

Notre variante consiste à prendre alors à droite une rampe menant à la traversée supérieure. La voie Charlet-Platonov passe rive droite dans des rochers difficiles et souvent verglacés. Aujourd'hui beaucoup de cordées passent par les goulottes qui les bordent (85°).

Remonter ensuite le névé supérieur pour venir buter sur des rochers. Les franchir de gauche à droite par une rampe de neige. Prendre pied sur la calotte et aller jusqu'au sommet.

La descente suit le même itinéraire, avec ou sans rappel selon l'itinéraire et les conditions.

Photos

Aiguille Verte, versant Nant Blanc (photo de Pierre Tardivel, retouchée par Sylvain Meyet)
Aiguille Verte, versant Nant Blanc (photo de Pierre Tardivel, retouchée par Sylvain Meyet) [par Sylvain--]

Remarques/Variantes

L'itinéraire est une variante de la voie Charlet-Platonov dont la cotation en alpinisme est V 2, 4c M. La cotation engagement V traduit le sérieux de l'itinéraire et la présence de dangers objectifs non négligeables.

Nous n'avons pas skié l'itinéraire de Jean-Marc Boivin et de Marco Siffredi mais une variante imaginée par Pierre Tardivel. L'itinéraire original, et ses rappels obligatoires dans les goulottes, est en bleu sur la photo.

Conditions récentes

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Aiguille Verte, Nant Blanc, variante Tardivel [»] : Sortie du jeudi 19 juin 2008 par Sylvain--

Participants : Eric, Pierre, Jérémy, Stéphane

Météo

Soleil puis voile nuageux vers 3500m

Conditions d'accès

Etat de la route : déneigée, caillouteuse sur la fin ...

Altitude du parking : 1700 m

Conditions de neige

LieuAltitudeOrient.HeureMeuble/TotaleTypeCommentaire
Nant Blanc3100-3900mNWMoquettePrintemps dure le matin, molle le soir
piste2200-3200mSoupePrintemps dure le matin, molle le soir
Enneigement exceptionnel pour cette face. Neige dure à gelée le matin, transfo moquette à soupe le soir. Certaines parties de la face voit le soleil très tard (14h l'ombre du Dru s'éloigne fugitivement) et dans certains endroits de manière très rasante.

Altitude de chaussage (montée) : 2200 m
Altitude de déchaussage (descente) : 2200 m

Activité avalancheuse observée : avalanche de plaque, coulées, etc. le coin est agité à toute heure.

Skiabilité [?] : ●●●●●


Récit de la sortie/Remarques diverses

Itinéraire suivi : Topo

Des conditions de rêve, un itinéraire mythique, une équipe d’amis ; en bref, une expérience inoubliable :-)

Après avoir hésité sur la meilleure approche possible, nous nous retrouvons à Argentière pour monter dans le 4x4 de Jérémy. La benne étant fermée, celui-ci nous monte sur la piste caillouteuse des remontées mécaniques jusqu’à 1700m, nous épargnant un peu plus de 400m de dénivelé. Nous partons ensuite sac au dos, puis skis aux pieds, pour gravir les 1100m nous séparant de notre bivouac prévu à 2800m.

Levés à 4h, départ à 5h, aux premières lueurs de l’aube. Nous n’arriverons à la rimaye que 5h plus tard ! Dès nos premiers pas, la sauvagerie de la face nous accueille. La rimaye se franchi rapidement, mais le premier étranglement balai nos rêves d’une descente intégrale à ski. La pluie et la chaleur ont transformé cette pente probablement skiable en une goulotte large mais impraticable skis aux pieds (à moins bien sûr d’avoir pris deux piolets tractions et d’accepter de descendre à la seule force des bras … drôle de ski !). Après avoir cherché à droite, puis à gauche, l’évidence s’impose.

Heureusement les pentes du dessus, pour l’instant verglacées, nous fournirons l’occasion de faire du très bon ski une fois dégelées. Le névé inférieur nous conduit rapidement à la rampe, qui, selon Pierre, nous permettra de franchir l’obstacle des goulottes sans faire de rappel. Celle-ci est aussi gelée, et conduit à une traversée gazeuse dont la fin nous laisse songeur sur sa skiabilité. La neige gelée laisse place à de la glace bleue constellée de petits cailloux, traversée mixte déjà peu sympathique en crampons.

Nous sortions à peine de cette traversée lorsque qu’Eric m’appelle à l’aide. A deux mètres de moi, il plaque Stéphane contre la neige dans une pente à 50°. A deux nous le soutenons le temps que Jérémy face un ancrage avec ses skis et taille une plate-forme dans la pente. Nous pouvons alors l’assurer et le déplacer sur celle-ci. Pierre, faisant la trace, est totalement inconscient des événements.

Stéphane a fait un malaise et est tombé, inconscient. Il se sentait très bien et tout a basculé d’un coup ! Une chance que nous étions regroupés un instant auparavant pour discuter de l’itinéraire. L’état de Stéphane ne s’améliorant que très peu malgré nos premières mesures Jérémy insiste, justement, sur la nécessité d’appeler les secours. Stéphane évacué par l’hélicoptère, le sauveteur pose une question qui doit être habituelle : « j’évacue tout le monde » ? Pierre répond que non. Eric non plus. Moi non plus. L’austérité de l’itinéraire a toutefois raison de l’enthousiasme de Jérémy, qui accepte.

Nous continuons alors sur le névé supérieur. Malheureusement, un peu avant la fin de celui-ci, un épais brouillard nous entoure. Nous continuons jusqu’à la fin du névé. Le soleil devant dégeler la face s’échappe. Ne réapparaissant pas malgré notre attente, la décision s’impose : nous n’irons pas au sommet. Nous entamons donc notre descente à la fin du versant Nant Blanc, laissant les pentes faciles de la calotte sommitale pour une autre visite.

Malgré le brouillard qui atténue le relief, la pente est forte. Si forte que pour la première fois Eric me demande de le parer lors de ses premiers virages. Heureusement la bonne neige de printemps nous offre des virages plaisirs en toute sécurité. La pente s’atténue ensuite, menant aux goulottes ou à la traversée. Pierre décide de passer skis aux pieds, et piolet traction à la main, dans cette traversée dont les premiers mètres sont en glace et en mixte. Avec Eric, nous sommes bluffés. Nous mettons les crampons pour franchir cet obstacle.

Dans la rampe la neige a un peu transformé et l’inclinaison est là aussi très forte. Les virages sont réfléchis. Elle se termine par une étroiture où la neige n’a décaillé que de manière superficielle et qui est encore plus raide. Pierre montre la voie. Eric descend en dérapant, piolet à la main. Mon premier virage est hésitant et me libère. Le grip de la neige dure me rassure. Le plaisir est là, intact.

Pierre descend en de beaux virages le névé inférieur pendant que nous le suivons à distance. L’inclinaison est moins forte et la neige plus facile à skier. Nous descendons tranquillement l’épaule, le soleil baignant les pentes à cette altitude. A la fin de celle-ci, la pente plonge à nouveau et la neige, moins chauffée, redevient plus dure. Encore quelques virages, une grande traversée, et nous atteindrons la barre inférieure. Pierre a déjà mis les crampons et cherche le passage le plus abrité des coulées. Nous désecaladerons à tour de rôle ce passage d’une trentaine de mètres de dénivelé, moi en bon dernier moins expérimenté que mes deux amis, comme d’habitude.

Le bas est simple techniquement, mais avec la chaleur de la journée pas moins exposé. Après avoir slalomé entre les crevasses, nous atteignons à 20h le bas du couloir qui nous mènera aux Grands Montet. Les dangers sont derrière nous. Il nous faudra 3h, épuisés et sans eau, pour atteindre notre dépôt de matériel. De là une heure nous sépare encore de Jérémy et de Stéphane, qui nous attendent aux 4x4 avec de l’eau et de la nourriture.

Pour finir, j’ai une pensée pour Jérémy et Stéphane pour qui cette journée ne s’est pas aussi bien finie que prévue, pour Eric et Pierre qui m’ont soutenu durant cette aventure, et pour nos amis qui auraient aimés être là et qui ne pouvaient pas venir.


Dénivelé du deuxième jour : 1500m pour l’itinéraire, et 400m lors du retour, soit 1900m.


Dernières remarques, concernant la cotation … mon expérience du 5.6 était nulle avant cette descente. Je dirais juste qu’une descente réalisée 3 fois en 19 ans, alors même que plusieurs tentatives n’ont pas abouties ces dernières années, est une descente sérieuse. Une fois pris en compte les pentes, très raides par endroits, l’exposition, les dangers objectifs, les conditions à trouver ; je pense que cette descente, selon mon expérience actuelle, mérite cette cotation.


Commentaires

» Par Jeroen, le samedi 28 juin 2008 à 23:31

Et bien elle était attendue celle là ! C'est enorme. Je me suis vaché à ma table pour lire ton récit.
Merci pour ton CR Sylvain, le premier 5.6 sur Skitour (après le premier 5.5).

Bravo à vous en tous cas, vous pourrez ajouter ça sur votre CV maintenant, comme Jean Marc et Marco avant vous !

» Par JB de Miscault, le dimanche 29 juin 2008 à 10:57

Bravo et merci beaucoup pour ton excellent récit Sylvain :)
Ça fait rêver... :ill: :roll:

» Par Etienne -H-, le dimanche 29 juin 2008 à 15:28

Merci Sylvain pour ce récit qui garde les pieds sur terre.
Ce genre de réalisation est (et doit?) rester exceptionnel, les limites semblant avoir été approchées.
Gros coup de chaud pour Stéphane et sage renoncement de Jérémy... tout le monde entier en bas, on souffle.

» Par Mick, le dimanche 29 juin 2008 à 23:16

Même si l'on en avait pas mal discuté la semaine dernière j'avoue avoir été scotché derrière mon écran à la lecture de ton récit !
Sympa pour les photos aussi !!

P.S. : bon courage et bonne chance pour cette semaine ! :happy:

» Par Matt82, le lundi 30 juin 2008 à 00:12

Bravo c est impressionnant !!!!!

» Par David Z, le lundi 30 juin 2008 à 10:02

j'ai adoré le mot de Pierre T sur volo "on a du avoir de meilleures conditions que jean-marc et marco......." mythique !!!!!

énormissime.....

» Par nat, le lundi 30 juin 2008 à 10:28

Sylvain--, 2 ans plus tot a dit :Par Sylvain--, le jeudi 18 mai 2006 à 10:23
Le Nant Blanc 8O
C'est cotable comme descente ? :roll:


En tous cas, avec ce récit précis, on se rend compte que Mr T. avec toute son experience, domine nettement sa discipline.
Il montre une fois de plus qu'il n'a pas son pareil pour trouver la petite variante qui passe ski aux pieds, et pour bluffer ses copains à la descente ! :cool:

Un doute cependant : a-t-il passé la barre inf skis aux pieds ?

PS: si vous aimez halluciner, cette vidéo vaut le détour !

» Par Aurélien B..., le lundi 30 juin 2008 à 11:05

Enorme !
No comment :lost:
Ou alors juste une question : combien de temps ça dure une descente pareille ??

» Par meeek, le mardi 01 juillet 2008 à 09:07

8O 8O 8O Mythique !!!
Un grand bravo!

» Par henyan, le samedi 05 juillet 2008 à 11:50

Pierre donne il toujours des cours de ski en pente raide ? :wink: 8O
je veux bien m'inscrire pour la prochaine cession :happy:
Bravo au team yadugaz pour cette descente "gazeuse exceptionnelle"

» Par fbd, le dimanche 06 juillet 2008 à 15:55

Respect Messieurs !

» Par Sylvain--, le lundi 04 aout 2008 à 14:41

Merci pour vos commentaires :)

Pour Nat: Sylvain, deux ans plus tard, rigole bien de pouvoir écrire : des deux plaisirs, skier l’éphémère ou fanfaronner à l’avance sur sa possible réalisation, j’ai choisi :lol: :P :wink:
(et Pierre a desecaladé en crampons la barre inf. pour répondre à ton autre question).

Pour Aurélien: je dirais 1h30 eu pif. je n'ai pas de montre en montagne ...

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