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Glisse aux Férices
Par laurent38, le lundi 18 Avril 2011 à 09:43 :: Nouvelle (s) au gré de ma fantaisie... :: rss
GLISSE AUX FERICES
La neige avait envahi le vallon des Férices depuis la fin du mois d'octobre. Le prestigieux arc rocheux formé par les Grands Moulins, la tête de la Perrière, le Grand Miceau, le Crozet, le Frêne, la pointe et le col de la Bourbière, ainsi que le Grand Charnier s'étaient parés d'un manteau blanc, comme l’eut vanté un poète. Les parois s'étaient plâtrées d'un blanc sépulcral et quelque cumulus auréolaient les sommets. Un pâle rayon de lune éclairait les pics peu émoussés de ce coin de Belledonne.
En aval à quelques kilomètres, à l'entrée du vallon de St-Hugon, l'homme gara sa voiture sur le parking de l'ancienne chartreuse, transformée en centre bouddhiste. Il éteignit les phares de sa voiture, alluma sa frontale avant d’extraire ses skis coincés entre les sièges avant et arrière. Malgré l'heure matinale, le faisceau de sa lampe surpris deux moines arborant une tunique de couleur grenat et orange qui l'observaient avec curiosité. Ils répondirent à son salut et le virent s'éloigner vers la forêt.
Rapidement la frondaison l'absorba. Une dizaine de centimètres de neige recouvrait un sol inégal parsemé de cailloux, véritables pièges pour les semelles des skis. De temps à autre, le randonneur poussait un juron en entendant leurs plaintes.
Il s'était vêtu chaudement, mais songeait déjà à ôter sa veste en Goretex. Relativement à l'abri sous les arbres, les différentes couches textiles le protégeaient convenablement. Le sentier s’élevait mollement jusqu’à la baraque de Cohardin. Il la devina à main droite, dans la pénombre. En même temps, il pensa avec regret à l’ancien garde champêtre qui acceptait la circulation sur le versant opposé. L’été, les marcheurs gagnaient ainsi un temps précieux sur une portion de montagne sans intérêt. Loin des soucis des randonneurs, son remplaçant interdisait l’accès et n’hésitait guère à déposer sur les pare-brise une fiche de couleur ne ressemblant en rien à du papier cadeau.
Le skieur s'octroya une courte pause sur le petit pont de bois franchissant le Bens ; juste le temps d'ôter sa veste et de boire un café. Rangeant l'ensemble dans son sac à dos, il empoigna ses cannes de ski et reprit sa progression. Parfois, le cri émis par un animal le faisait sursauter. Il scrutait alors les alentours, sa lampe fouillant sans discernement les taillis avant de s'immobiliser un court instant. Puis, le halo reprenait sa direction initiale.
L'aube commença à poindre quand la pente se redressa en aval du chalet de Pré Nouveau. Le sentier dissimulé maintenant par une couche conséquente incita l'homme à s'entourer de précautions et il alluma son D.V.A coincé entre son maillot et sa chemise de laine, dès sa sortie de la forêt.
L'homme redressa ses cales de montée, serra les dragonnes de ses bâtons et s'arc-bouta pour résister à la pente. Il transpirait sous l'effort mais n'aurait donné sa place pour rien au monde. Il parvint sur le plateau et son œil exercé repéra le vieil abri des Férices. Il se demanda une nouvelle fois quand cette vétuste masure serait remplacée par un sympathique refuge comme celui des Platières, du Plan ou du Verneil. Qui prendrait l’initiative de bâtir un abri digne de ce nom ? Bien sûr, l’argent manquait et les volontaires, fatigués d’être toujours les mêmes se lassaient en songeant aux jeunes bras, rares pour de telles occasions.
La pente s’était redressée. Un vent d’Ouest avait soufflé depuis la veille et quelques timides corniches s’étaient formées, silhouettes menaçantes à l’apogée de la crête. Le randonneur pensa immédiatement aux plaques à vent et décida qu’il descendrait par l’itinéraire suivi à la montée. Dissimulé par son arête faitière, le sommet du Grand Charnier se laissait encore convoiter.
Les spatules des skis fendaient l’épaisse couche de neige comme l’étrave d’un navire attaque les vagues constellées d’écume. Au passage des semelles, les milliards de cristaux de neige s’écrasaient, puis regelaient aussitôt, transformés en grains microscopiques. L’homme laissait dans son sillage une trace régulière. Les rondelles des cannes de skis flirtaient avec la trace des lattes. Un œil averti concluait immédiatement à la signature d’un montagnard chevronné. Elle épousait le moindre signe de faiblesse du terrain. Ici, elle contournait un petit amas de neige en amont d’un talweg, là elle se détournait de plusieurs mètres afin d’éviter une légère déclivité qu’il l’aurait contraint à fournir un effort supplémentaire pour regagner les quelques mètres abandonnés. Plus loin, pour rester sur la même ligne de pente, l’homme avait choisi de progresser sur une pente en devers. Les trois décennies passées à arpenter les différents massifs lui avaient appris la plupart des subtilités de la montagne ; mais il savait rester humble et prudent. La montagne restait la maîtresse des lieux et qui commettait l’erreur de l’oublier ou de l’ignorer en payait un prix élevé.
Le randonneur suivait le cours du Bens dissimulé sous le manteau neigeux. Le talweg s’insinuait entre la Tête des Férices, la Grande Cristalière et le chétif glacier du Crozet, puis il s’élevait doucettement avant de s’élargir sous la Balmette et la pointe de la Bourbière. Le skieur consulta son altimètre : 2120 mètres. Ultime rempart avant le Grand Charnier, la pente se redressait en direction du col de Bourbière. Des chocards l’avaient repéré depuis un long moment et patientaient en planant, espérant les restes d’un casse-croûte que l’étrange personnage daignerait abandonner.
Les couteaux crissaient sur la neige dure et les cales de montée facilitaient sa progression. Le col s’abandonna, offrant un magnifique panorama sur les falaises Chartrousines et, plus proche et en aval, l’éventuelle descente du versant Sud-Ouest jusque la vallée du Veyton. L’importante chute de neige, suivie de quatre jours où le vent se plut à souffler de vive joie, dissuada le randonneur à l’emprunter.
L’arrivée au sommet fut une formalité. Il contempla sur un horizon large de 360 degrés une vision que nulle n’aurait reniée. Vers le nord en contrebas, le Grand Charnier jetait son ombre sur son petit frère séparé par le col du Gollet. A l’opposé, dans l’estafilade du Grand Morétan et du Charmet de l’Aiguille, le Puy Gris trônait autour de ses satellites. Vers l’Est, la longue barrière rocheuse constituée du Clocher du Frêne, du Grand Miceau et des Grands Moulins constituaient une frontière pacifique avec la vallée de la Maurienne.
La neige se transformait. L’homme consulta sa montre et décida qu’il était temps de rentrer. Il décolla ses peaux, positionna ses fixations en position descente et à la suite d’un ultime regard vers la large plaine du lac du Bourget coincée entre la Dent du Chat et le Revard, il poussa sur ses bâtons.
Dans une godille aux virages serrés faisant voler la neige dernière lui, il s’enfonça dans l’ombre de la vallée.
J’en profite pour vous annoncer la parution de mon troisième roman policier Carrousel alsacien, aux Editions Coëtquen. A voir sur le site de cet éditeur : www.coëtquen.com. Le livre peut aussi être commandé dans les FNAC, Decitre, les librairies et les différents sites de VPC sur internet.
» Par Fred, le mardi 19 Avril 2011 à 07:53
A peine revenu du Queyras, que tu es déjà en transe sur ton massif préféré. Je vois maintenant ce que tu écrivais à
St Véran la semaine dernière. A +
» Par christian chamrousse, le mardi 19 Avril 2011 à 16:07
bien vu pour la description de ce coin de Belledonne et son ambiance secrete "loin des pistes l'aventure!"
» Par moniq, le jeudi 21 Avril 2011 à 22:38
quand on connaît bien le coin, on apprécie un texte qui vous y immerge si bien - m'a redonné envie d'y retourner même si le temps où on pouvait amener sa voiture à la baraque de Cohardin peut se regretter - merci pour ce beau texte (est-ce vous qui étiez au Chant de l'Alpe ? j'en viens et je confirme votre commentaire élogieux pour les tenancières encore inexpérimentées mais pleines de promesses) amicalt
» Par laurent38, le vendredi 22 Avril 2011 à 01:33
Non, ce n'était pas moi. Je reviens de quelques randos dans le Queyras.
» Par Pharmd662, le mardi 03 Mai 2011 à 23:38
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» Par SnFdBrvVIehn, le lundi 20 Juin 2011 à 10:14
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» Par laurent38, le vendredi 19 Aout 2011 à 13:59
Je serai au salon régional du livre a Allevard, salle "la Pléîade", le dimanche 21/08/2011 de 10 h a 20H J'y dédicacerai mes romans, dont un polar montagnard. Quelques nouvelles montagnardes seront à la lecture pour ceusss qui veulent les lire. A +
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