Skitour > Blogs > Blog de Stef > UTMB > UTMB Vu par une Femme / accompagnant de coureur


Benoit et Chloé attendent le passage des coureurs

Deux petites artistes au travail : "Allez Papa ! Courage ! Bravo !"

Toutes ces bonnes choses si tentantes... Margot se ferait pourtant un plaisir de les goûter !

Massé, ravitaillé, réhydraté, reposé (?), réconforté... Et hop, c'est reparti pour Papa !

Avec Dadou, visite d'une belle et ancienne grange à Praz sur Fort

Quelques Craquinettes au chocolat feront peut être venir Papa un peu plus vite !

Un peu d'eau dans la casquette pour une bénéfique sensation de fraicheur

Pose des jeunes sirènes en attente que l'eau se réchauffe un peu

Les pâtes de Papa sont dé-li-cieuses, tant pis pour lui s'il n'en veut plus !

Yes ! Papa va réussir !

UTMB Vu par une Femme / accompagnant de coureur

Par Stef, le jeudi 30 Aout 2007 à 12:48 :: UTMB :: rss

J'avais suggéré à Christilla de me faire un CR vu de son côté : Femme/accompagnant de coureur d'UTMB

Merci !

Le Voici :

C’est ainsi que nous arrivons, ce vendredi 24 Août, à Chamonix.
Nos deux filles (Margot 7 ans et Chloé 5ans) et moi même accompagnons Stéphane pour sa deuxième participation à l’UTMB.
Le moral est au beau fixe pour toute la troupe féminine : la météo est annoncée radieuse pour 3 jours, les enfants sont heureuses de revivre ce qui est resté leur meilleur souvenir de l’été dernier, et quant à moi, je sens comme un soulagement à l’idée de voir arriver enfin la date tant attendue pour mon mari.
Il faut dire que cette course, Stéphane la prépare depuis… le jour et l’heure où il a franchi l’année dernière la ligne d’arrivée. Je me souviens qu’en entendant ses toutes premières impressions ponctuées de « si » bien évocateurs (« si je n’avais pas eu mal aux jambes.. j’aurais couru en moins de 30 heures, « si je n’avais pas eu ma tendinite, …j’aurais gagné tant d’heures… »…, une nouvelle tentative s’était de toute évidence imposée.
Et en ce jour de départ, je ne peux rester qu’admirative pour sa volonté qu’il lui a permis de se préparer de façon aussi rigoureuse à cette course.


Depuis qu’il est dans la voiture, je remarque que Stéphane est un peu tendu.
Cette course représente beaucoup d’investissement pour lui, et je sens qu’il a envie de réussir, voire de faire mieux que l’année dernière.
Et pour ne rien gâcher, il a tous les atouts pour lui cette année.
Sa préparation physique d’abord : son succès à la course du Mercantour, qui lui a confirmé que sa préparation physique est au top, mais par ailleurs, son abandon à sa dernière course lui a rappelé que l’on ne peut être sûr de rien…
Sa préparation médicale ensuite : ostéos, médecin, massages, gélules, poudres… Stéphane est en pleine forme !
Sa préparation matérielle : rien n’a été laissé au hasard durant les longues soirées qui ont permis de préparer dans le moindre détail et avec tant de minutie son matériel et son sac de course.
Bref, tout s’annonce très bien, et nous savons tous les 4 que nous allons vivre un grand WE !


Nous nous installons tout d’abord au gîte et déjeunons sur la terrasse au soleil, sous l’aiguille du midi et le Mont Blanc majestueux en cette magnifique journée de ciel bleu. Salade composée pour nous les filles, et encore une plâtrée de riz pour Stéphane (depuis 3jours il n’avale que ça !, mais comment fait-il ?!).
Puis Stéphane file récupérer son dossard. A partir de cet instant là, je sais qu’il rentre dans la course et que tout ce qui est autour de lui (nous y compris !) devient un peu transparent à ses yeux.
Nous nous éclipsons donc à la piscine, pour qu’il puisse se préparer tranquillement. Je réalise que les dernières heures qui précèdent la course exigent de sa part une grande concentration, et petit à petit il entre dans une « bulle » qui lui permettra de se mettre mentalement en condition.
Vers 16 heures nous rentrons au gîte et le retrouvons huileux à souhait (huile d’Arnica sur les jambes et sur le lino de la chambre !, crème sur les pieds), calme mais très concentré.
Nous nous éclipsons à nouveau et lui donnons RDV pour le départ, même si j’ai bien conscience qu’avec la foule attendue nous aurons peu de chance de l’approcher.
Benoît, son frère, venu faire son assistance sur une bonne partie de la course (notamment les parties nocturnes), passe un moment avec Margot et Chloé pendant que je flane dans les rues de Chamonix. La pression ici commence à monter, les gens se déplacent massivement vers la place de l’amitié, et des animations sonores rendent festive cette attente du départ.

Je retrouve Stéphane venu me donner l’appareil photo que j’avais oublié. Il est super tendu, et son visage a déjà presque les traits tirés. Je lui souhaite bonne chance, et aussi bon courage, et lui redis que je penserai bien à lui pendant toutes ces heures à venir.

En raison de la foule qui envahit les alentours du départ, nous décidons, Benoît et les filles, de voir passer les coureurs à la fin de la rue Paccard, sur le bord de la route. L’ambiance y est plus calme, et nous apercevons rapidement le peloton de tête rythmer le début de course. Stéphane arrive ensuite, et je suis heureuse car il nous a vu. Dernier regard et sourire, et le voilà qui disparaît, lancé sur cette route qui va le conduire pour une trentaine d’heures autour du Mont Blanc.

Nous restons jusqu’au dernier coureur, et ce défilé est un grand spectacle. Je dirais qu’il y a de tout : des vieux, des jeunes, des filles, des bedonnant, des athlètes, des coureurs et des marcheurs, des concentrés et des joviaux, c’est fascinant de se dire que tant de femmes et d’hommes ont choisi de vivre cette aventure.
Nous avalons ensuite quelques frittes chez Mac Donalds et laissons Benoît avant de nous rendre au cinéma voir Ratatouille.
Pendant la projection, les filles rient de bon cœur, captivées par cette petite souris qui cuisine. Quant à moi, j’ai le téléphone portable dans la main, à l’affût du moindre SMS qui me permettra de savoir où Stéphane est dans la course (je me suis inscrite au suivi SMS : un SMS envoyé sur mon portable m’informe de chaque passage à un ravitaillement). En fait, je ne reçois aucun SMS pour son no de dossard avant 22 heures, ce qui me rend donc un peu inquiète (et si le suivi SMS ne marchait pas ? et si il faisait un très mauvais départ ?…). Je suis finalement soulagée de savoir que tout semble bien se dérouler.

Une fois rentrées au gîte, je prends le temps de comparer ses premiers temps de passage au tableau de suivi sur lequel Stéphane a inscrit ses temps de passage approximatifs. Et là je constate que son début de course est très rapide, trop à mes yeux. Nous avions longuement discuté de ce point là les jours précédant la course, un départ à vitesse modérée semblant être la clé pour terminer le tour du Mont Blanc, et sans trop de douleurs ou blessures physiques. Je l’avais même menacé de ne pas venir l’encourager s’il partait trop vite ! Et je remarque alors, avec un peu de déception et de colère, que tout comme l’année dernière Stéphane a succombé à son tempérament de compétiteur ! J’ai envie de l’appeler sur son portable, pour lui dire de ralentir, de calmer le jeu, que la route est encore longue et qu’il faut se préserver. Mais je me force à respecter son intimité dans sa course, à savoir que je ne l’appellerai pas (sauf urgence), pour lui permettre de rester concentré et de vivre à fond son aventure sans interférer.
Margot et Chloé ronflent toute la nuit, tandis que je ne parviens pas à trouver le sommeil, attendant chaque SMS de passage.
Vers 2 heures d matin, j’envoie un SMS à Benoît pour lui demander des nouvelles. Il me répond que aux Chapieux Stéphane avait mal aux jambes, tout comme l’année dernière, mais qu’il a continué. Je suis déçue pour lui, j’aurais tellement aimé qu’il puisse courir sans souffrir, uniquement en se faisant plaisir !

Au petit matin, les enfants se réveillent. La journée est radieuse. En se levant, Chloé me dit : « Quand même, Papa, le pôvre ! ». Je lui demande pourquoi « le pôvre ? ». Elle me répond « parce qu’il court encore, il doit être bien fatigué ! ». J’explique alors à Chloé, dont la logique est imparable du haut de ses 5 ans, qu’elle a un peu raison mais qu’il ne faudra pas qu’elle le lui dise quand elle le retrouvera en Suisse.
A 7h30, Nicolas, un ami parti pour le CCC la veille, vient de boucler son tour. Je l’appelle pour le féliciter. Il a fait une super course, très régulière, sans courir me dit il, mais en marchant vite. J’envoie aussitôt un SMS à Stef pour le prévenir du succès de son copain, en lui précisant sa méthode de progression qui a eu l’air efficace.
Au téléphone, Stef me dit qu’il aura certainement beaucoup de retard, et qu’il est gêné de nous faire attendre tant. Je lui réponds que la journée est splendide et que nous serons très heureuses de l’attendre sous le soleil face aux montagnes à la Fouly. Qu’il prenne son temps, pour ne pas trop avoir mal aux jambes. Rien d’autre ne compte pour moi.

Nous nous préparons donc tranquillement à prendre la route pour aller retrouver Stéphane en Suisse, à la Fouly, puis à Champex. Les filles sont un peu excitées, et préparent leurs petites affaires. Au Col des Montets nous attendons avec plaisir mon père, venu nous rejoindre et encourager aussi Stéphane en Suisse. Ce sera une surprise pour ce dernier ! Pendant ce temps, Margot et Chloé fabriquent une belle pancarte d’encouragement, toute en couleurs : « Allez Papa, Courage, Bravo ! ».

La route qui mène à la Fouly est magnifique, et nous avons la sensation d’atteindre un petit bout du monde merveilleux. Je suis surprise de constater que le parking là haut n’est pas très rempli, mais je réalise que la grande majorité des coureurs passera ici bien plus tard.
A la Fouly nous pique niquons. Je ne peux m’empêcher, tout en mangeant, de jeter un œil sur les coureurs qui arrivent au ravitaillement. Au fond de moi, j’espère apercevoir Stef arriver tout sautillant, à la foulée légère, avec 2 heures d’avance, comme pour nous faire une surprise. C’est absurde et impossible bien entendu. Mais pendant ces moments d’attente, cet espoir ne me quitte jamais. J’observe chacun des coureurs qui arrive. Certains ont l’air encore un peu en forme, mais la grande majorité accuse le coup, c’est bien normal. D’autres encore arrivent en très mauvais état, mais continuent cependant la course. Je pense au fond de moi que si Stéphane n’est pas encore là, c’est qu’il doit être encore plus « entamé » qu’eux. Je ressens un mélange d’incompréhension (Stef était pourtant super bien entraîné !), et de compassion (pour tant tarder à arriver c’est qu’il doit vraiment souffrir !). Comme pour le rapprocher de nous, je lui envoie un SMS d’encouragement.
Deux joueurs d’accordéons suspendent le temps par des mélodies joyeuses et un peu lancinantes sous l’intense soleil de midi. L’ambiance ici demeure calme, légère, sans excitation. Il n’y a toujours pas grand monde et les coureurs arrivent au compte goutte.

Ca y est, j’aperçois Stef au bout de la route ! Mon père, qui était parti quelques mètres en amont, l’accompagne en courant. Margot Chloé et moi rangeons en toute hâte notre jeu de carte, les filles brandissent leur pancarte, et je l’acclame joyeusement.
Stéphane est heureux de nous voir, je sens qu’il se remplit de nos sourires et de notre présence. Cependant, il a l’air un peu anéanti, soucieux, et son visage est fermé. J’ai un pincement au cœur de le voir ainsi. Il se fait masser efficacement par deux kinés énergiques et super sympas. Il discute avec eux et je comprends maintenant qu’il redoute de revivre le même calvaire douloureux que l’année passée (contractures terriblement douloureuses qui l’avaient empêché de courir, rendant sa progression lente et abominablement difficile). Les kinés le rassurent, mais je me doute que cette crainte ne le quittera pas. Puis il prend quelques denrées qu’il stock au fond d’un sac en plastique. Margot et Chloé ont les yeux qui clignotent à la vue des sucreries proposées au ravitaillement : gâteaux, chocolat, fruits secs… il leur faudra beaucoup de volonté pour ne pas aller piocher quelques gourmandises. Je remplis sa gourde. Nous échangeons quelques mots d’encouragement pour lui, pour lui faire prendre conscience qu’il est très bien classé, qu’il a fait jusqu’à présent une super course, que l’on est très content pour lui, et qu’il faut qu’il s’accroche pour la suite ! Malgré tout cela il garde son air inquiet. Je lui rappelle enfin gentiment que cela fait déjà 20 mn qu’il est là et qu’il serait souhaitable qu’il reparte pour ne pas trop se refroidir. Margot et Chloé l’accompagnent sur les premiers mètres.
Quant à moi, je n’ai soudainement pas trop le moral : Stef n’a pas retrouvé le sourire, et il repart en marchant bien douloureusement (je pensais qu’après un bon massage il aurait pu courir et récupérer !). Avant de ne plus le voir je lui lance : « à toute à l’heure à Champex ! ».Je sais que cette phrase le fera avancer, au moins jusque là bas.

En quittant la Fouly par la route, nous cherchons en vain le chemin qu’il va emprunter ensuite. Nous décidons de faire une halte à Praz Fort. Nous visitons ce petit village de montagne propre et soigné, aux granges en bois magnifiques. Tranquillement nous remontons le chemin par où arrivera Stéphane. Je repère quelques fontaines où il pourra se rafraîchir.
Margot et Chloé accompagnent quelques enfants du village qui distribuent des verres d’eau à ceux qui le désirent. Il y a beaucoup de bonheur, de gentillesse et de candeur dans ce geste généreux.
Les coureurs qui passent se font rares. Et j’ai l’impression de ne reconnaître aucun coureur vu à la Fouly. Je me dis donc que Stéphane a du se faire beaucoup doubler. Beaucoup d’interrogations se bousculent dans ma tête (s’est il arrêté ? marche t il maintenant ? que se passe t il ?).
Et puis le voilà aux coté d’un autre coureur, avançant avec une bonne allure ! Nous nous accrochons à eux, c’est ici facile de les suivre puisque la route descend ! Nous traversons ainsi le village, les filles sont fières, et moi aussi, d’accompagner Stéphane sur ces quelques mètres. Nous recevons quelques acclamations en passant, je pense que notre bonheur est ici bien palpable.
Puis nous laissons Stéphane poursuivre sa course. J’ai mal au cœur de le quitter, je souhaiterais être à ses cotés le long du chemin pour lui apporter un peu de douceur et de réconfort, pour alléger son effort douloureux. Comme un petit papillon, discret et joyeux, qui se poserait sur son épaule en lui murmurant des mots tendres.

En reprenant la voiture, ici encore nous le guettons sur le sentier qui longe un peu la route. En vain.
Nous arrivons à Champex, chanceux de trouver une place pour se garer juste sous la base de ravitaillement. Nous partons marcher un peu autour du lac puis rejoignons l’espace des coureurs. Tout en guettant les arrivées, nous observons ici l’organisation sans faille, avec la gestion notamment de centaines de sacs numérotés qui suivent les coureurs,. Le numéro de dossard des coureurs qui arrivent est appelé au micro, et on se croirait vraiment à la loterie, c’est plutôt insolite et rigolo.

Puis le numéro 258 est crié, c’est celui de Stéphane, que nous n’avions pas vu arriver ! Déjà ! Nous courons vers lui, heureux. Il a l’air hagard, un peu perdu en attendant son sac. Toujours pas de sourire sur son visage. Nous l’accompagnons à l’intérieur de l’immense tente où il pourra se restaurer. Direction massage, ses jambes semblent toujours être bien douloureuses, mais quand même en meilleur état ici que l’année passée. Ce qui est encourageant. Il mange quelques pâtes, qui donnent tellement envie à Chloé qu’elle ira demander une petite assiette pour elle ! Il refait son sac, toujours préoccupé, soucieux, la tête ailleurs. Il ne parle pas, ou très peu. En fait il est crevé, certainement vidé. Autour de nous des coureurs sont assis sur des bancs, le regard dans le vide, les traits tirés et les yeux rougis. D’autres vont dormir. On les sent tous un peu absents, comme revenant dans très long voyage où il n’y a rien à raconter tant il a de souffrances endurées. Une fraction de seconde je trouve cette situation un peu absurde. A quoi bon se faire si mal ? A quoi bon vivre cela ? D’autant plus que le voyage est encore loin d’être terminé.
En fait, je n’aime pas ce lieu. Cela ressemble à un camp de soldats après une bataille dure mais pas encore gagnée. Les blessés vont se faire soigner, les mourants vont s’allonger, les vaillants se réchauffent d’une soupe diluée à l’eau, et les sacs rassemblés à l’extérieur contiennent les objets des soldats restés morts dans les tranchées. Je suis pressée de partir.
Je change les piles de la frontale de Stéphane, récupère quelques sacs. En attendant qu’il se prépare, je vais demander son classement, il est 242ème ce qui est vraiment très bien ! Je cours lui annoncer. Il n’a pas l’air de trop réaliser. Je sens qu’il reste inquiet pour la suite.
Puis il repart, quittant ce cocon chaud et douillet. Il s’est arrêté 30 minutes au lieu de 20 programmées. Il est cependant satisfait de cette halte pas trop longue.
Mon père récupère la voiture pendant que nous l’accompagnons le long du lac. Margot et Chloé trottinent à ses cotés, toutes guillerettes. En réalité elles n’avancent pas assez vite pour Stef qui les presse un peu. Ici encore je crois que nous formons une jolie et joyeuse brochette de pom pom girls, et les touristes le long du lac nous lancent des encouragements : « bravo au papa et à ses filles ! bravo à la famille ! ».

A la sortie du village nous remontons dans la voiture, laissant Stéphane seul le long du chemin. « A ce soir à Chamonix papa ! ». J’ai du mal à prendre la route, je sais que le sentier la longe sur plusieurs kilomètres et que nous pourrions apercevoir Stéphane encore un peu de temps. Et puis la nuit va arriver, je suis inquiète pour lui car je sais qu’il va encore traverser des moments difficiles. Mais il commence à se faire tard et mon père doit regagner Grenoble ce soir. Si j’avais été seule je crois que j’aurais passé la nuit entière à le suivre.

Sur la route, tout en conduisant, je repense à cette journée.
Je suis heureuse car je pressens que Stéphane bouclera encore le tour cette année. Cependant je suis un peu chagrinée car j’ai bien vu que sa douleur aux jambes lui gâche une partie du plaisir de courir, et lui enlève sa joie de terminer en 30 heures comme il l’avait espéré.
Je suis surprise aussi de constater que malgré sa préparation qui m’a semblée vraiment sérieuse, la course reste cependant si difficile pour lui.
Mais la journée à été vraiment belle.

En arrivant vers Argentière, j’aperçois en enfilade le Mont Blanc, le dôme du Goûter et entre les deux le refuge Vallot qui scintille tel une étoile. Cet éclat qui ressemble à un clein d’œil me touche beaucoup et me rappelle un bon moment partagé là haut avec Stéphane il y a quelques années.
Nous nous arrêtons, au même endroit que l’année dernière, acheter un pizza. Le gars me reconnaît et me dit « même jour même heure, vous m’aviez pourtant dit il y a un an que vous espériez ne pas être là l’année prochaine ! ». J’éclate de rire : que faire face à la volonté d’un homme si passionné et entier ?

Au gîte, nous cassons la croûte avec mon père qui nous quitte ensuite. Puis les filles s’endorment paisiblement. Moi, j’éteins mon portable, consciente que je ne peux pas grand chose pour Stéphane qui court encore. C’est aussi une façon de fermer les yeux sur sa douleur qui me bouleverse un peu. Son frère a pris le relais pour l’encourager, je sais donc qu’il sera soutenu.
Puis au milieu de la nuit je me réveille, et consulte les SMS de passage. Je suis très heureuse de voir que la cadence de Stéphane est encore très bonne. Cela me fait espérer qu’il ne doit pas avoir si mal aux jambes. A partir de ce moment là je ne quitte pas mon portable, guettant l’annonce de chaque étape. Je lui envoie régulièrement des SMS, pour lui dire que je suis avec lui pour ces dernières heures, sans doute les plus difficiles et noires.
Benoît m’appelle pour m’annoncer qu’il sera d’ici une heure à Chamonix ! Je réveille Margot et Chloé une demi heure plus tard, je suis excitée comme une puce. Chloé, en sautant dans son pantalon, me dit « je pourrai lui dire tout à l’heure à papa qu’il a pas de chance de courir autant et d’avoir si mal aux jambes, le pôvre ! ».
A 1 heure et demi nous nous garons dans Chamonix. C’est chouette, à cette heure ci les places sont faciles à trouver ! Il y a quand même une bonne petite animation à l’arrivée, ce qui réveille un peu les filles. La lune, presque pleine dans le ciel, nous fait de l’œil. Nous acclamons les coureurs qui arrivent sur les derniers mètres. Certains expriment leur joie, d’autres sont trop épuisés pour le faire. Cette attente est un peu particulière, car de nuit, tous les coureurs se ressemblent un peu. Donc à chaque frontale que l’on aperçoit au loin, nous pensons que c’est Stéphane. Puis au fur et à mesure que le coureur approche, nous nous rendons à l’évidence, ce n’est pas encore lui. Pour occuper le temps nous flanons dans les rues alentours, découvrant les statues de bronze impressionnantes dans la pénombre.
Puis Benoît m’annonce sur mon portable qu’il a retrouvé Stéphane dernière l’ENSA et qu’il n’est donc pas loin. L’excitation est à son comble. Margot et Chloé partent comme des boulets de canons à sa rencontre. Elles partent d’ailleurs tellement vite que je les perds dans la nuit. Mon angoisse ne durera pas longtemps puisque je les vois rapidement revenir aux cotés de Stéphane, courant avec Benoît. Je suis vraiment contente de voir Stef arriver ainsi, avec encore de l’énergie, heureux, soulagé. Il m’a l’air même bien en forme, et je le félicite en criant, sautant, prenant le plus de photos possible pour pouvoir revivre cet instant par la suite. « Bravo, bravo, c’est génial, tu y es, ça y est, c’est terminé ! Bravo, bravo !… »
Stéphane passe la ligne d’arrivée, entouré de ses filles. Catherine Poletti l’accueille chaleureusement en le félicitant.
Le temps s’arrête enfin, ce moment est magique, irréel, chargé de bonheur partagé.

Je suis émue, et infiniment heureuse pour Stéphane car il a une fois de plus réussi son rêve.

Je suis soulagée aussi, car une victoire est tout de même plus facile à digérer qu’un abandon.

En réalité, j’avoue que je mesure mal l’ampleur de cet effort, la démesure de ce défi de tour du Mont Blanc. Je suis sans doute bien inconsciente.
Stéphane ne m’apparaît pas en héros, mais simplement en homme qui a une volonté d’acier, une détermination sans faille. Bien sûr, il est physiquement très fort. Mais ce qui importe le plus pour moi, c’est que cette quête de vivre les choses tellement intensément le remplisse de pur bonheur.
Au fait, à l’arrivée, Chloé a d’ailleurs complètement oublié de lui dire « pôvre papa ! ». Car c’était évident, il n’était déjà plus un pauvre papa souffrant, mais un papa heureux et comblé, qui a, toujours selon Chloé, « beaucoup de chance d’avoir gagné une si jolie polaire ! » !

Commentaires

» Par Damien COUTOIS, le jeudi 30 Aout 2007 à 14:33

Félicitations pour ce très beau récit. C'est très émouvant.
Bravo encore pour cette belle courseTrès grand courage et très belle famille!!

» Par fontra, le jeudi 30 Aout 2007 à 14:54

Quel beau témoignage chargé d'émotion et bravo à toute la famille et au Papa avec sa belle polaire !!!

» Par denis, le jeudi 30 Aout 2007 à 15:15

Desole steph je prefere ce recit au tiens plus technique :wink:

» Par alain, le jeudi 30 Aout 2007 à 15:25

...du talent ma fille. et surtout du coeur !

» Par Marinette, le jeudi 30 Aout 2007 à 16:10

Merci Christilla!

» Par yannick, le jeudi 30 Aout 2007 à 16:26

émue à la lecture de ton récit, je crois savoir ce que tu as vécu Christilla. Bravo à vous tous, et félicitations au coureur.
Je vous embrasse

» Par Fish30, le jeudi 30 Aout 2007 à 17:15

Bravo !! Ce n'est pas un récit, mais une belle déclaration d'amour à un homme!!!! tres touchant, émouvant, et de surcroit trés bien écrit et touné, encore bravo et respect au Pôvre papa !!!

» Par Loïc, le jeudi 30 Aout 2007 à 18:54

Tout simplement parfait ; une belle histoire d'amour ou chacun joue son rôle sans demie mesure et à l'unison.

» Par les hypo's, le jeudi 30 Aout 2007 à 23:25

c'est formidable d'avoir pu lire deux commentaires différents pour la même course (un de l'intérieur et un de l'extérieur). merci beaucoup ; nous avons pensé beaucoup à vous durant ce W.E. bravo les filles pour la belle pancarte faite pour votre" pôvre papa" comme disait chloé. gros bisous à vous cinq sans oublier tonton benoît

» Par Apo, le vendredi 31 Aout 2007 à 09:35

Quelle belle aventure !
Quand j'ai entendu Stéphane en parler, cela me semblait une folie, mais je ne réalisais pas la moitié de ce qui pouvait se passer sur place. C'est magnifiquement raconté, l'émotion passe tellement bien qu'on s'y croirait...je crois que je vais pousser mon homme à s'inscrire pour vivre aussi cette expérience :-)
Bonne continuation, et bravo pour votre présence !

» Par martin, le samedi 01 Septembre 2007 à 17:01

très beau récit. Emouvant

» Par genepy, le samedi 01 Septembre 2007 à 19:19

Superbe récit, émouvant.
En fait, rien à rajouter.
Bravo à toute la famille !

» Par Ricil, le jeudi 06 Septembre 2007 à 10:15

Extra !
Finalement, y'a ceux qui font la course avec les jambes et ceux qui la font avec la tête !
J'ai adoré (sauf les frites au macdo) : l'émotion est perceptible à chaque phrase.

» Par Oscar, le samedi 29 Septembre 2007 à 23:13

Merci pour ce récit trés émouvant. Bravo à tous.

» Par john, le vendredi 16 Novembre 2007 à 13:36

Quel récit !
Superbement écrit ; le courage, l'émotion, l'amour...,l'union familial, tout y est.
La comparaison imagée du "camp" de champex, géniale.
un très bon moment de lecture.
bravo à tous.
PS : est-ce que stef a décidé de gagner une polaire à nouveau en 2008 ?

Ajouter un commentaire







HTML interdit. BBCode Autorisé.



Ce billet a été lu 2398 fois


Blog de Stef est propulsé par Skitour