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Affiche Tor des Géants 2014

Retrait des dossards

Courmayeur avant le départ

Donald, Jérôme et moi-même juste avant le départ

C'est parti !

Descente du Col d'Arp

Montée refuge Deffayes

Montée refuge Deffayes

Montée refuge Deffayes

Ravito

Beaux lacs tout au long du parcours

Pont juste avant Sassa

la nuit ...

sur le parcours

Col Nannaz

Montée à Malatra

Soins à Ollomont

Vue depuis le Col de Champillon

Montée Malatra

Dernière descente en face chaine du Mont Blanc

En direction de Bonatti

On va refaire le bandage à Bonatti

Je préviens mes proches

Avec Nico et Mathieu

Arrivée à Bertone

l'arrivée

l'arrivée

l'arrivée

l'arrivée de Jerome

l'arrivée de Jerome

Finisher

avec Jerome

Jerôme et mes filles !

Finisher

Finisher

Que j'aime le Val d'Aoste ....

Tor des Géants 2014 : Un rêve partagé

Par Stef, le dimanche 12 Octobre 2014 à 23:35 :: Du trail à l'Ultra :: rss

Un rêve partagé !

Plus d’un mois déjà que j’ai franchi la ligne d’arrivée du Tor des Géants …

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Le Tor des Géants :
Le parcours serpente le long des deux Hautes Routes de la Vallée d’Aoste, avec départ et arrivée à Courmayeur, dessinant un anneau de 332 kilomètres (200 milles), avec un dénivelé positif de 24500 mètres, suivant tout d’abord la Haute Route n°2 en direction de la basse Vallée puis revenant sur la Haute Route n°1. En outre, ce superbe parcours passe au pied des « 4000 » valdôtains, ce qui souligne son caractère exceptionnel.
Le temps limite est de 150 heures.
www.tordesgeants.it/fr
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Lundi 9 septembre 2013, 15h07 : Cognes ... 102ème km.
Je rends mon dossard !
L’aventure du Tor 2013 s’arrête là… Bassin complètement bloqué mais surtout la tête qui n’est y plus du tout !
Et pourtant, et pourtant … j’étais super entraîné, affûté comme rarement, de belles places sur les trails de préparation…
Mais voilà, trop de tensions de toutes parts et un manque d’humilité face à une telle épreuve …

Effondrement …
Je décide d’arrêter l’Ultra-Trail tellement la déception est grande !
Puis l’envie revient vite, le goût de courir en montagne aussi et surtout l’amour pour cette magnifique région du Val d’Aoste avec ce parcours si exceptionnel … C’est décidé, j’y retourne !

Première étape : S’inscrire !
Décidé pour retenter l’aventure, tout se joue le 1 Février 2014 à 12h !
C’est à celui qui s’inscrit le plus vite sur internet, avec des quotas par pays.
L’inscription en ligne ouvre… Problème de connexion, je mets trop de temps à remplir le dossier (acte manqué ?)
28/02 : enfin la liste des inscrits est publiée, je n’y suis pas !
Je suis 6 ème sur la liste d’attente (quota de 112 personnes pour la France sur les 660 sélectionnés)… nouvelle épreuve … patienter (pas franchement ma 1ère qualité !) en espérant que des coureurs français ne confirment pas leur inscription.
28/03 : Jérôme m’appelle … ils viennent de repêcher 6 Français seulement… et je suis le dernier sélectionné ! Yes !!!
Ce dossard si difficilement acquis, devient un très bon point pour le mental de Finisher !
Je peux (enfin) vraiment reprendre véritablement l’entraînement.

Deuxième étape : S’entrainer
Pascal Balducci (Trail coatching) accepte de me faire une petite place dans son planning déjà très chargé pour m’entraîner! Merci Pascal ! Vraiment merci !
Et avec Jérôme, on commence à tout organiser, à se motiver mutuellement.
Pas mal d’heures sur les baskets, en montagne et autour du boulot à la pause déjeuner…
Un beau Grand Raid 73, deux magnifiques reconnaissances de 3 jours au mois de Juillet qui vont finir par sceller une véritable amitié et toujours autant de plaisir à évoluer dans le Val d’Aoste !

Dernière étape : Etre au départ
Cette année, j’ai bien mieux géré toute la préparation …
Déjà moins de pression que l’année dernière… mon objectif est « juste » de terminer !
Plus de temps pour mes proches par une optimisation des entraînements grâce à Pascal et un planning de vie millimétré à la minute …
Et une démarche bien plus respectueuse de mon corps (aucun anti-inflammatoire, régime plus progressif pour retrouver mon poids de forme, etc …)

Après, ce n'est que du Bonheur !


Dimanche 7 Septembre 10h :
Ça y est, je suis au départ …
Je suis avec mon ami Jérôme. Avec lui, j’ai déjà partagé beaucoup autour de cette course. Il y a aussi Donald, mon ami québécois qui est venu avec Catherine ; comme nous, il a décidé de vivre cette belle aventure.
La météo annoncée est plutôt bonne, rien à voir avec l’année dernière !
Les nuits seront éclairées par une pleine lune à son apogée dans la nuit de mardi à mercredi … que demander de plus ?

Courmayeur (0km)– Cognes (102ème km) :

Avec Jérôme, nous nous sommes fixés de partir prudemment.
Sur les conseils de Pascal, je décide de ne pas dépasser les 145 pulsations cardiaques par minute, pour éviter un départ trop rapide et préserver la machine pour la suite.
Mais voilà, j’ai l’impression de vivre au ralenti cette première montée du Col d’Arp et pourtant mon cœur n’arrive pas à descendre sous les 150 bpm...

Je comprends que je ne vais pas être bien jusqu’à Cognes, lieu où j’ai abandonné l’année dernière ; besoin d’évacuer tout cela …
Les jambes font déjà mal, alors que mon corps était pourtant préparé à encaisser une lourde charge.
Même dans la première grande descente jusqu’à la Thuile, mon cœur continue à battre trop haut alors que je suis vraiment sur un rythme cool !

Dans la montée au refuge Deffayes, je demande à Jérôme de partir devant et de faire sa course, il ne veut pas .. mais j’insiste … j’ai besoin de faire mon chemin de croix, de me repositionner et de retrouver mon équilibre.
Je lui promets de le rejoindre demain ! Promis !
Jérôme part devant à son rythme. Je m’arrête … j’enlève ce cardio qui me stresse, je mange, me pose, lève la tête pour admirer ce lieu que j’aime tant et je repars tranquillement à mon rythme.
Je me sens déjà mieux … les crampes et le mal de jambes passent un peu … il me faudra bien les 100 premiers kilomètres pour me libérer complètement de cet échec de 2013 et des causes de celui-ci.

Mais,intérieurement, et ce sera le cas tout au long de la course, je sais que je vais arriver au bout !
Je sais que j’ai le temps de faire ce beau tour, je sais qu’il faut être patient et que les jambes vont revenir …
Je sais la chance énorme que j’ai d’être là
Je sais qu’après Cognes, je serai libéré !

J’arrive tranquillement à Cognes après une belle nuit en montagne et quelques beaux cols.
Je n’aurais dormi que 30mn à Eaux Rousses puis 15mn dans l’herbe sous le col Loson.
A mon arrivée, on me signale que Jérôme dort ☺
Je prends le temps de me changer, de me doucher et vais le réveiller : « Tu vois, je t’avais promis de te retrouver lundi ! » Il est ravi et moi-aussi !
« Allez, on repart ensemble ! »
Un contrôle surprise du matos me fait perdre du temps (surtout, tout remettre dans mon petit sac) et je demande donc à Jérôme de partir devant, le temps de tout ranger.
Je sors de la base de vie de Cognes comme neuf ! Et je cours facilement jusqu’à Lillaz pour retrouver Jérôme, comme prévu dans le début de la montée.

Cognes (102ème)-Donnas (150ème km) :

Nous cheminons ensemble à un bon rythme jusqu’à Donnas !
On est si content de se retrouver ensemble sur ces chemins qu’on a parcouru en reconnaissance et de pouvoir relancer encore sur les parties planes. Que du bonheur !
Nous arrivons à Donnas, dans la nuit vers 0h30 et nous décidons de faire une grosse pause.
Jérôme passe pas mal de temps au massage, cette longue descente de 25km sur Donnas a fait mal. Pour finir nous ne repartons qu’à 5h30 ce mardi matin en n'ayant dormi qu'1h30 au max dans un dortoir surchauffé… pas vraiment rentable cet arrêt !

Donnas (150ème Km)-Gressonney (200ème km)
On repart à la fraîche, et cela fait du bien après ce lieu étouffant et bien bruyant !
Succession de montées raides, avant de redescendre dans la vallée pour passer par le Pont Saint Martin, et attaquer véritablement la montée de 2000m de dénivelé jusqu’au refuge Coda.
J’appelle mes filles avant qu’elles ne partent à l’école, elles sont à fond derrière moi et ne cesse de me suivre. Je vous aime si fort !

J’ai le feu dans les jambes et dans la tête … Jérôme s’en rend compte et me dit de faire Ma course … j’hésite longuement…je suis partagé et n’arrive pas à le quitter !
Mais Jérôme insiste: "c’est ce que nous avions convenu"me répète-t-il,"on fait la moitié ensemble et après chacun sa course !"
Je décide finalement de prendre le large, non sans déchirement et nous nous disons :"à bientôt sur la ligne d’arrivée !"
Mais, je suis empli de culpabilité, j’appelle Mathieu (mon coach mental, entre autre !) pour lui faire part de mon questionnement … il me rassure et me dit que nous avons tout intérêt à avoir chacun notre propre rythme …
Merci Jérôme ! Merci mon Ami ! Nous avons vécu une formidable aventure et maintenant je fais ma course !

Et là, je pars .. je pars comme si je commençais une nouvelle course ! Alors que j’ai déjà 160km dans les jambes !
Comme si cela faisait 2 ans que j’attendais ce moment-là : pouvoir me libérer complètement et vivre cette course pleinement…
Je me régale et je ne fais que doubler des coureurs, dans un état d’excitation et surtout de bien-être ahurissant !
Je cours, je vole, j’exulte …
Sur la partie entre Coda et Niel qui est réputée difficile … je ne prends que du plaisir ! Et je relance dès qu’il y 1 mètre de plat.
J’arrive à Niel (188ème km).
Lieu où nous avions été si bien été accueilli lors de ma 1ère reconnaissance avec Stéphane C. en Juillet 2013. Il y a une foule énorme … je pleure, je suis heureux !
Je comprends que je vais le boucler, le Tor !
J’allume le téléphone et c’est un déluge de messages qui m’arrive … je suis submergé. Je veux répondre, mais c’est impossible !
Je lis tout cela rapidement, et me rends compte du nombre de personnes derrière moi … cela me touche profondément !
Mais je suis tellement désolé de ne pas pouvoir répondre à chacun ! Je décide de mettre des messages sur Facebook en guise de réponse.
Je suis pleinement dans ma course, complètement immergé et tellement heureux d’être là, en montagne et de partager tout cela avec les valdôtains et ses bénévoles si dévoués et adorables.
Je me nourris de leurs sourires, de leur « Bravi » auxquels j’essaye de répondre à chaque fois, de leurs attentions, de leur amour pour cette belle région du Val d’Aoste …

J’arrive à Gressonney seul dans la nuit et sous la pluie, les écarts entre les coureurs deviennent plus importants.
Il pleut depuis 2 heures sans discontinuer… (4 heures de pluie en tout sur le Tor 2014, sur 106 heures, ça va !)
Je fais le point avec Mathieu au téléphone (routeur météo, aussi !) qui me dit qu’à 22h la pluie va s’arrêter.
OK, je vais attendre tranquillement, je n’arrive pas à dormir, tout excité par cette journée de fou …
Je repars après 1h50 d’arrêt sans avoir dormi, mais toujours sur-motivé !

Gressonney (200ème km) – Ollomont (283ème km)
La pluie s’est bien arrêtée, comme prévu ! Merci Mathieu !
Je repars tranquillement de Gressonney ce mardi vers 22h30 en direction du col Pinter … le sommeil me rattrape … j’ai besoin de dormir.
En effet, cela fait 60 heures que je suis sur les sentiers et je n’ai dormi que 2h30 pour l’instant.

La montée au Col Pinter va être laborieuse et je ne cesserai de me donner des claques pour ne pas m’endormir. Il fait trop froid et humide pour prendre le risque de dormir sur le bord du chemin.

Je m’arrête au refuge Crest (un accueil exceptionnel !) où je dors 45mn dans un vrai lit, avec une grosse couette et pas un bruit … si ce n’est ce jeune coureur Chinois à côté de moi qui a besoin de tout commenter très bruyamment (en chinois bien sûr, il ne parle pas un mot d’anglais), la discrétion et les bonnes manières ne sont pas vraiment dans son éducation …
Cette nuit dehors va me paraître très longue … je suis quasiment seul tout le temps seul, j’ai l’impression de ne pas avancer et le sommeil est omniprésent.
Mathieu doit le sentir et m’appelle vers 4h30 du matin pour me redonner du courage !
J’enchaîne les montées/descentes à un rythme plus tranquille, le corps commence à montrer ses limites. J'arrive à la base de vie de Valtournenche (235ème km) ce mercredi juste avant 10h du matin.
J'en profite pour dormir 30 mn, bien manger et me poser.
J’aimerais dormir plus, mais l’excitation de la course m’empêche de m’endormir profondément.

Je repars de Valtournenche ce mercredi vers 12h.
C’est maintenant la portion la plus sauvage du Tor où l’on reste plus de 10h en altitude dans un cadre somptueux.
Je vais évoluer entre des hauts et bas de forme… mais les bas sont essentiellement dus au manque de sommeil. Je décide de m’arrêter dans les refuges et faire 2 micro-siestes de 15mn.
Je pense avoir perdu beaucoup de temps et de places sur cette portion (même si ce n'est pas important pour moi) mais je me rends compte que tout le monde est dans le même état … et la forme oscille continuellement.

En repartant du refuge Cuney vers 18h40, je sens que ça va mieux et que je vais reprendre un rythme correct.
Je ne m’arrête même pas au Bivouac Rosaire si ce n’est juste pour boire un verre de Coca et attaque les derniers 100 mètres du dernier col de la journée de mercredi.

J’atteins donc le col de Vessonaz et entame sa longue descente (presque 10km et 1400m de dénivelé négatif). Je me laisse aller à descendre assez fort et rattrape pas mal de coureurs mais je sens que j’entame mon "capital cuisse" que j’avais réussi à préserver jusqu’à présent…

J’arrive à Oyace (270ème km), il est un peu plus de 23h ce mercredi soir.
Devant moi, un mur très raide de 1000m positif puis négatif avant d’attendre la dernière base de vie de Ollomont (283ème km) … j’ai pensé à cette partie tout la journée … elle m’inquiète !
En effet, je l’avais trouvée très dure lors de la reconnaissance avec Jérôme, en juillet dernier.
Je sais que j’en ai encore pour,au moins, 4h…

J’hésite … je dors ici et on verra pour la suite (sagesse) ou bien je poursuis ma route pour être prêt à Ollomont au lever du soleil et faire la dernière journée jusqu’à Courmayeur (ambitieux) ?
A ce moment-là, je vois Joe Grant (coureur américain très réputé) et son copain Luca partir du ravitaillement… Ok, ma décision est prise !
J’avale très rapidement des pâtes et un bout de pizza, je fais le plein d’eau et hop c’est reparti !

Dans cette montée très raide … je me sens seul, bien seul… les écarts sont importants et personne ne repart de Oyace derrière moi … seules 2 frontales devant au loin me montrent le chemin bien raide.
Je décide d’allumer mon téléphone que je n’avais pu consulter depuis 12h par manque de réseau, pour me donner du courage, me raccrocher au monde.. un déluge de messages ! Merci à tous !
Et parmi tous vos messages, un SMS de Jean François Rial, le grand patron du groupe, qui suit la course (comment est-il au courant ?) avec des mots très motivants et touchants … je suis reparti !
Mais malgré cette motivation ravivée qui m'aidera à tenir, le col de Brison sera un des plus difficiles pour moi … c’est la 4ème nuit et même si la présence de bénévoles au milieu de la montée et au Col me fait du bien, c’est bien seul dans la nuit que j’avance, seul que je redescends par cette descente technique et difficile alors que tout mon corps crie : "stop !"

Enfin Ollomont ! Il est presque 4h du matin et je suis épuisé !

Ollomont (283ème km) – Courmayeur (332ème km)
Je décide de prendre le temps de me remettre sur pieds !
Epuisé, peut-être, mais dès que je pose le sac, mange un peu .. je sens encore en moi plein d’énergie et beaucoup d’envie !
Je me suis fixé de repartir vers 7h pour arriver à Courmayeur avant la nuit prochaine …
A ce moment-là, je me dis que je dois finir surtout pour ne pas repasser une 5ème nuit dehors après celle-ci qui fut bien difficile.

Douche, massage (trop léger, plutôt des caresses) et je me fais soigner les pieds !
Puis dodo de 50mn … au total 4h30 de sommeil pour toute la course !
A 7h debout ! Repas avalé, dernière tenue toute propre pour être beau à l’arrivée ! Parce que c’est le grand jour ! On le sait ! Je le sais !

Je repars vers 7h30 de Ollomont, ce jeudi, avec Joe, Luca et Sébastien.
Le rythme est très rapide, trop rapide … ça sent l’écurie mais elle est encore à presque 50km !
Je me calme d’autant que je sens ma cuisse gauche. Elle donne de mauvais signes. Je les retrouve au Col de Champillon vers 9h30.
L’atmosphère est détendue. Le temps est magnifique ! On prend le temps de regarder tout au loin, la dernière chaîne de montagnes à passer, pour basculer dans le Val Ferret et ensuite sur Courmayeur. La route est encore longue !

Dans la descente du col, ma cuisse gauche se bloque. Le muscle du vaste interne est tout bloqué… je continue encore un peu mais la douleur est terrible.
Je m’arrête et je compresse fortement ma cuisse avec la bande adhésive (merci le matériel obligatoire !) et j’arrive péniblement à Saint Remy Les Bosses, après une partie descendante de plus de 10km … moi qui rêvais de faire cette portion en courant !
Malgré 20mn de doute (les seules de toute la course), je sais qu’il me reste plus de 50 heures (au pire), pour arriver jusqu’à Courmayeur… la douleur est très vive … mais j’y arriverai !
Je reçois plein de messages d’encouragements ! Johan m’explique comment bander ma cuisse, Mathieu me dit qu’il arrive à ma rencontre, … vous êtes tous là, avec moi ! Merci !

A Saint Remy Les Bosses, un infirmier me bande la cuisse plus correctement. Malgré la douleur, j’arrive à reprendre un rythme correct grâce à un chemin plus progressif jusqu’au refuge du Lac, sous le Col Malatra et un regain énorme de motivation !

Le Col de Malatra.. dernier col du Tor, col emblématique et libératoire qui marque la fin d’une grande aventure (même si il reste encore 16km et 1900m D- jusqu’à Courmayeur) … c'est un passage extrêmement difficile pour moi, que je n’aurais pas réussi à passer, si ce n’était pas le dernier du Tor ..
En effet, les derniers 100 mètres sont très raides et chaque pas n’est que douleur. La descente, à cause de mon bandage distendu, est tout aussi douloureuse…

Dans la descente, juste avant Bonatti, Mathieu vient à ma rencontre ! Quel bonheur ! Merci mon ami !
Il m’encourage, donne des nouvelles aux amis et à la famille, tourne autour de moi … cela me fait du bien.
Au refuge, il me fait un bandage très serré qu’il finit avec du gros scotch à carton à défaut d’autre chose … Mathieu a une formation de vétérinaire et j’ai l’impression qu’il me soigne comme un cheval !
Ça va mieux, la cuisse est maintenant maintenue comme dans une attelle !
Je veux vite repartir de Bonatti .. je n’arrête pas de penser à mon ami Steph qui s'est arrêté durant 13h en 2010 suite à une blessure, et qui a abandonné ici aussi en 2011 !


Je repars avec un bon rythme, sur-motivé et libéré en partie de la douleur de ma cuisse (pour l’instant).
20mn avant Bertone, je retrouve Nicolas qui vient à notre rencontre.
J’ai mes 2 meilleurs amis avec moi ! Sur la course de ma vie ! C’est juste énorme !
On est tous super excités et heureux d’être là et on partage ce grand moment ensemble !
J’aimerais pleurer, rire, me lâcher complètement … mais la cuisse me rappelle que rien n’est encore gagné, que le corps est juste à la limite et que je dois rester bien concentré.

Dernier ravitaillement à Bertone, appels, sms aux proches pour leur donner une heure d’arrivée et qu'ils puissent la voir en direct sur le site web de la course…

La descente raide de Bertone sera la plus dure que j’ai faite depuis bien des années.
Chaque pas est une douleur, je compense avec l’autre jambe (dont le releveur prend tout le poids et commence à s’enflammer méchamment) .. Heureusement que mes amis sont là ; encouragé aussi par les Valdôtains… je serre les dents … enfin, le goudron !
Plus que 2km, on accélère, je regarde mes amis et je suis si ému, eux aussi, je réalise vraiment maintenant que c’est gagné, je suis aux anges malgré la douleur, Merci Nico, Merci Mathieu !
On se met à courir (mais comment est-ce possible ?).
Vendredi 20h10, 106 heures de course. Dernier virage, je pleure, dernière ligne droite, je pleure, le tapis rouge, je pleure, les cris, je sèche mes larmes, l’arrivée … je saute de bonheur !
Mon premier sentiment sera d’abord un immense soulagement, puis très vite le bonheur... J’ouvre les yeux et mes amis sont là ! Je leur souris et je souris aussi à tous ceux qui sont derrière l’écran pour regarder mon arrivée et notamment à mes enfants qui me manquent terriblement ! A mes parents qui n’ont pas du beaucoup dormir depuis dimanche, à mes proches, à Pascal qui m'a coaché sur ces 2 dernières saisons, à vous tous ! … MERCI !
Je pense aussi à Jérôme que j’ai suivi sur mon téléphone depuis qu’on s’est séparé dans la montée de Coda et qui est encore en course… Allez mon Ami ! Je serai là tout à l’heure pour t’accueillir à ton arrivée !

Je descends de l’estrade, embrasse mes amis qui m’ont soutenu et qui ont fait le déplacement ce soir, juste pour me voir à l’arrivée : l’équipe d’Allibet (merci Gérard, Lorraine, Johan !), Donald (qui a dû arrêter pour blessure à Niel), Catherine et mes 2 amis Nico et Mathieu !
Je n’oublierai jamais ce moment que vous m’avez offert ! Jamais !

Je viens de réaliser un rêve ! Et ce rêve j’ai pu le partager ! Merci vous tous !

Question classement, quand même ! Je finis 55ème sur 746 partants et 444 finishiers, en 106h10mn, pour les 332km et 24500m D+.

Vidéo de l'arrivée :
youtu.be/bkT1FrCW4Dg

Je ne pourrais finir cette histoire sans vous raconter l’arrivée de Jérôme.
Ce moment fut très fort !
Jérôme est arrivé le lendemain vers 13h, accompagné de Catherine qui l’avait rejoint pour la dernière descente.
Tu as fait une course extraordinaire mon Ami et cela malgré la chute qui a paralysé ton bras pour les 150 derniers kilomètres … tu as relié l’arrivée et notre longue embrassade virile restera un énorme moment de bonheur et de partage qui voulait dire beaucoup de choses !
Notre amitié a pris une toute autre dimension ! Merci Mon Ami !

Allez, encore un bout …
Samedi, malgré la fatigue, des jambes et des pieds ENORMES (rétention d’eau), j’ai fait l’Aller/Retour en voiture pour aller chercher mes 3 filles d’amour à Chambéry.
Nous avons aussi été rejoints par Nicolas et sa famille, le samedi soir.
Grand moment d’amitié avec vous tous, Jérôme bien sûr, Donald et Catherine …
De partage aussi lors de la remise des prix !

Ce fut une aventure tellement extraordinaire, un magnifique voyage dans le Val d’Aoste… qui permet juste de retrouver l'essentiel, de ressentir les émotions puissance 10, puissance 100 !
Ce n'est surtout pas un exploit !
Simplement un chemin pour soi … pour retrouver ses valeurs essentielles, apprécier les choses les plus simples de la vie, en retirer une certaine humilité et une estime profonde pour l’être humain.

Un rêve partagé parce que j’ai eu la chance de vivre une grande histoire d’amitié, de finir la course accompagné de mes 2 meilleurs amis, d’être porté par tous les Valdôtains et bénévoles très nombreux tout au long du parcours et soutenu par mes proches.

Voilà, je finis ces lignes … plus d’un mois après l’arrivée du Tor des Géants 2014 …
Avec l’immense bonheur d’avoir pu partager tout cela … mais aussi un grand manque, tellement l’émotion et l’intensité de cette course m’ont marqué pour toujours.


Merci

Stéphane

Commentaires

» Par Dossard 775, le mardi 14 Octobre 2014 à 07:25

L'histoire est belle, très belle et restera un moment fort de ma vie. Je suis encore pleinement avec toi dans ce récit.
C'est une amitié très forte qui s'est consolidée sur ces chemins, sur les sommets, à l'arrivée .....Merci pour tout. Tu as fait beaucoup pour moi.

» Par Catherine, le mardi 14 Octobre 2014 à 18:17

Magnifique texte Stéphane et quelle aventure! Bravo pour ton exploit et merci infiniment de le partager de si belle façon!
À très bientôt j'espère!
Catherine

» Par Pascal, le mardi 14 Octobre 2014 à 18:37

Emouvant récit ! Très fier et très heureux de t'avoir accompagné sur ce beau chemin.

» Par fabrice, le mardi 14 Octobre 2014 à 22:01

un superbe récit pour cette course hors-norme! c'est la magie de l'ultra! on va au plus profond de soi, on se découvre des capacités mentales insoupçonnées, et puis ca crée de véritables amitiés!
bravo Stef!!!

» Par Lola, le mercredi 13 Juillet 2016 à 14:14

superbe article ! si vous vous en savoir d'avantage n'hésitez pa sà fair en tour sur ce blog : http://www.milepakr.com/blog/inspirations/le-tor-des-geants/

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