UTMBavante 2008 !
Par Stef, le mardi 09 Septembre 2008 à 02:33 :: UTMB :: rss
Allez, après une longue absence sur mon blog (travail, ..) , il est grand temps de reprendre la plume et surtout à l'occasion de l'UTMB 2008 !
Préambule :
Cette année, j'avais l'impression que mon entrainement avait été moins important en volume que celui de l'année dernière. Mais lorsque j'ai repris les comptes du logiciel d'entrainement, je me suis rendu compte que j'avais en fait fait bien plus de km et un peu plus de dénivelé...
Avec 3 semaines de vacances (du 26/07 au 15/08) où j'en ai également profité pour avaler pas mal de dénivelé la 1ere semaine et pas mal de plat les 2 semaines suivantes (sous la pluie .. vive la Vendée ;-(( ...plus jamais de vacances au Nord de Marseille !).
Puis du repos avec quelques sorties, me voilà fin prêt, en forme et avec aucune blessure !
Certes, je n'ai pas le mental du Warrior comme pour mon 1er UTMB, mais une belle détermination tout de même.
J'arrive à Chamonix le Mercredi soir avec Bastien (d'Allibert). En effet, nous avons un stand sur le salon du Trail qui est organisé dans le cadre de l'UTMB.
Jeudi : montage, piétinement, renseignements, rencontres, discussions ... La journée passe bien vite et c'est tant mieux. Soirée Pasta tranquillou avec Gratianne (Ex Allibert) qui fera le CCC avec sa maman et Bastien.
Vendredi : je passe juste au stand pour dire bonjour, puis discute avec mes copains d'UFO qui sont sur le stand à côté, puis passage de Julien Chorier que je sens bien prêt, affuté et décidé à concrétiser son énorme entrainement.
Je retrouve également Romain avec qui j'avais fait les 80 dernier km du Grand Raid de la Réunion en Octobre dernier. Pareil, prêt et affûté comme jamais !
Puis je m'installe au gîte, repos, stress ... stress
Et oui, gros stress.
Impossible de me calmer. C'était exactement le cas l'année dernière. J'avais prévu de travailler sur ce point durant cette année, mais je n'ai rien fait ..."ça va passer" "c'était normal, la 2ème fois, c'est toujours dur" ...
J'avais prévu stage de sophro, de préparation mentale .. mais je n'ai rien fait.
Je retrouve mes filles et Christilla qui arrivent de la Piscine de Megève, mais le stress est toujours là, avec la boule dans le ventre, un cœur qui bat très vite et des muscles tout tendus (c'est un comble).
Derniers bisous à mes "gonzesses" et je file déposer mes sacs d'assistance (Courmayeur et Champex) à l'organisation.
Encore des rencontres sympas de pleins de copains, de personnes qui me connaissent via les forum, skitour, Allibert-Trail ... (que je ne connais pas forcément - effet web). Cela me destresse juste un poil ...
Je me place avec un peu d'audace juste en 1ere ligne (derrière les élites) et attends en discutant avec Christophe de SkiTour et d'autres coureurs les 45mn qui nous séparent du départ ... Mais toujours cette boule dans le ventre qui est là et ce cœur qui tambourine comme un dingue (pas mis le cardio cette année, mais je dois bien être proche des 120 !).
Le nombre de coureurs est toujours très impressionnant, cela m'effraie un peu, moi qui fuis plutôt la foule en montagne et choisis mes parcours pour des grands tours solitaires.
Même si je discute bien, si l'ambiance est digne du tour de France (avec aussi certains mauvais côtés, .. too much) je n'arrive pas encore à me détendre.
J'en ai conscience et je n'arrive malgré tout pas à me mettre dedans, je ne suis plus un vrai Warrior pour ma 3ème édition.
Mes objectifs sont de :
- Terminer. Parce que je trouve cela beau de le réussir 3 fois de suite cette coursse, parce que j'adore tout ce beau parcours (surtout la partie après le Col de la Seigne), parce que pleins d'amis, copains, collègues, ... sont derrière moi et je ne peux les décevoir
- Passer sous les 30 heures et je sais (sans la jouer grosse tête) que j'en suis vraiment capable !
Tout cela continue d'entretenir le stress, mais c'est surtout pour 2 raisons :
- Peur de souffrir et de pousser encore le corps bien plus loin que l'acceptable. Ai-je encore envie de m'affliger autant de souffrances que les 2 premières éditions ?
- Peur de ce qui m'attend, surtout avec la dernière grosse bosse. Parce que je commence à le connaitre par cœur ce beau parcours...
Les dernières secondes avant le départ avec la musique à fond, et ce moment tant attendu depuis 8 mois, arrivent ... Il est 18h30 ... des frissons d'émotions et ... c'est le départ!
C'est parti !
Je cours avec un rythme tranquille sur le plat et étant parti devant, je ne suis pas gêné et ne subis pas les ralentissements.
Je suis bien, la température est idéale en cette fin d'après midi, voire juste encore un peu chaude.
Puis juste avant les Gaillands, Christilla et les enfants sont là pour m'encourager. Génial, j'adore !
J'ai mal au ventre, vraiment mal même si j'ai trouvé mon rythme et essaye de ne pas me faire perturber par les coureurs plus rapides, je n'arrive pas à me détendre.
Passage aux Houches sous les applaudissements de Martine et François, merci à vous !
Puis enfin ça monte. Je prends très rapidement mes bâtons sur mon sac et attaque la cote avec un bon rythme (je ne dois pas être loin des 1000m/h).
Je suis avec les américains et Karine Herry pratiquement jusqu'au sommet de la Charme.
Mathieu est au Col de Voza pour m'encourager et me mitraille avec son appareil photo !
Un immense merci à toi, je ne sais encore quelle importance tu vas avoir sur ma course. Mais je suis touché que tu te sois déplacé au dernier moment depuis Grenoble pour venir nous encourager.
Passage à la Charme (15km-1h35-152ème) bien en avance par rapport à mes prévisions de 30h (20mn d'avance).
Je sais que ce n'est pas grave, je ne suis pas passé dans le rouge.
Par contre, je suis beaucoup plus inquiet des 1eres crampes aux mollets et des courbatures dans les cuisses ... Je sais que c'est lié au stress ... et que cela va perturber tout mon UTMB.
Je lève bien le pied dans la descente de St Gervais pour ne pas taper dans les cuisses. La descente sur le chemin de cette année est beaucoup plus sympa que la route de l'année dernière.
L'arrivée à St Gervais (21km-2h20-193ème) est impressionnante. Une foule énorme nous acclame avec un speaker au micro qui annonce le nom de chacun, ...
Je ne traine pas, mais fais quand même le plein d'eau.
En effet, vu le mauvais état de mes jambes, j'ai décidé de beaucoup boire.
Je ne suis pas bien ... je pense déjà à l'abandon.
Pourquoi pas aux Contamines ?
Pourquoi encore souffrir autant cette année ?
Puis je repense aux paroles de Catherine Poleti au briefing, qui nous a rappelé le nombre de coureurs qui n'avaient pas pu s'inscrire et nous a conseillé donc de ne pas gâcher la chance que nous avions de pouvoir prendre le départ.
Et puis mince, je ne vais pas rentrer au gîte maintenant ... le vendredi soir ... que vont penser mes filles ?
Je mets mes état d'âmes de côté et poursuis tranquillement, d'un rythme plutôt cool, mais en m'efforçant de courir au maximum sur cette partie (comme sur toute la course), donc en relançant dès que possible. Je me fais doubler pas mal, mais je reste bien conscient que la vrai course (celle qui permet d'être finisher !) n'a pas démarré.
J'essaye simplement de relâcher mes muscles sans vraiment y arriver.
Je n'aime pas trop cette partie entre St Gervais et les Contamines.
Bien longue, pas très jolie, avec des portions le long de la conduite forcée.
Passage aux Contamines (31km-3h44-224ème) sous les applaudissements de la foule.
Puis encore de bons moments de plats jusqu'à ND de la Georges où je suis tranquille et continue à me faire doubler.
Enfin, ça monte !
La course démarre enfin ...la vraie montagne !
Je déchante un peu. Jusqu'à la Balme, la foule est là. Bien entamée par le vin chaud ... Nous avons droit même à un feu d'artifice.
Mais en fin de compte ça ne me dérange pas. J'aime bien la fête et c'est plutôt sympa de voir ce monde la faire autour de nous.
Rencontre de Manu (grand pote de Oli) avec qui j'arrive à la Balme (39km-5h07-206ème)
Ravito très rapide, puis je monte tranquillement tout en doublant et en me faisant doubler par des coureurs. Je n'ai pas compris comment j'avais pu perdre des places sur cette partie (?)
Je suis avec une Américaine (Team The North Face) qui me colle et nous faisons toute la montée jusqu'au refuge ensemble.
Avec mon anglais rudimentaire nous échangeons un peu. Ca me fait du bien de parler... J'en ai besoin en Ultra.
Même si j'ai un tempérament de compétiteur, c'est vraiment contre et pour moi que je me bats en Ultra et non contre les autres compétiteurs.
Passage au Refuge du Croix du Bonhomme (44km-6h27-2800m D+ -219ème)
J'ai plein de crampes dans les mollets et mes cuisses sont très contractées. Je m'étire quelques secondes et attaque la descente.
A ma grande surprise, cette descente très humide chaque année est assez sèche cette fois-ci, et je double facilement les coureurs pas très aguerris sur ce terrain un peu montagne.
Ravitaillement rapide aux Chapieux (50km-7h09-199ème)
Benoît (mon frère) n'est pas là cette année pour faire l'assistance et préparer ma nourriture liquide, donc je m'efforce de bien manger mais cela ne passe pas bien. Seules les bananes sont tolérées par mon ventre très contracté,.. heureusement que les gels passent.
Je repars en alternant marche et course à pied sur cette longue route qui nous mène à la Ville des Glaciers puis en direction du col de la Seigne.
Je suis énervé contre certains coureurs qui font leur gros besoin juste sur le bord de la route !
Comment peut-on venir faire cette course et être incapable de faire quelques mètres à l'écart de la route ? Quel manque de responsabilité et d'éducation !
Cela m'énerve et j'ai repéré ce coureur avec son TS blanc; je vais lui dire ce que j'en pense ! (en fait je n'en aurai pas l'occasion, il ne me repassera pas).
On attaque la montée au Col de la Seigne, et je passe dans le dur.
Pourtant j'avais bien anticipé en prenant un gel sur la route avant d'attaquer, mais rien n'y fait.
Plus de jus !
Je me fais doubler par des coureurs et essaye quand même de garder un rythme régulier même si celui-ci est lent. Puis je reprends un peu de vigueur sur la fin et c'est moi qui double maintenant.
Mes cuisses sont très contractées par contre je ne souffre plus de crampes aux mollets.
Arrivée au Col de la Seigne (60km-9h12-191ème), je m'étire un peu les cuisses et attaque doucement la descente.
Je pense que je vais me faire doubler tant je descends lentement , mais pour finir c'est moi qui double.
Arrivée au Lac Combal (64km-9h53-183ème) où je sors mon gobelet rétractable, puisque nous n'avons plus de gobelet plastique sur les ravitos (course éco-responsable).
Je demande aux bénévoles quelle est l'heure limite de passage ici, ce qui provoque les rires de mes collègues coureurs en me disant que je suis très en avance sur celle-ci. OK !
C'était juste pour calculer combien j'avais pris d'avance...
Je me fais doubler par Sandrine Baron qui fait un ravitaillement express.
Sandrine, c'est elle qui m'a permis de bien terminer le Mercantour l'année dernière et que j'ai revue sur la Merell Sky Race. Nous avons à peu près le même niveau.
Je pars du ravitaillement et relance doucement avec des cuisses bien contractées. Puis les quelques kilomètres de plat me permettent de me détendre et j'attaque la montée de l'arrête du Mont Favre à fond. J'ai retrouvé des forces et de la détermination.
Je double rapidement Sandrine, quelques mots et me voilà bien loin devant.
Je ne m'attarde pas au passage du pointage de l'arrête du Mont Favre (69km-10h50-178ème) et descends rapidement en relançant sans cesse jusqu'au Col Chécrouit (73km-11h27-176ème).
Les jambes sont dures, dures ... je redoute un peu cette descente sur Courmayeur qui attaque vraiment raide au départ.
Je me fais bien doubler au départ (mais j'avais sauté le ravito), puis prends mon rythme, une fois que les jambes sont plus détendues.
Je devais arriver à Courmayeur (77,5km-12h15) vers 6h30 pour être sur mon tableau de progression des 30h.
J'arrive vers 6h45. Pas trop pire vu l'état catastrophique de fraicheur de mes cuisses.
Plutôt inquiet pour la suite.
Et surtout, peur de souffrir le martyr comme les 2 dernières éditions avec ces jambes bien raides.
Bon, je fais le point.
Je ne vais abandonner ici, quand même !
Christilla et les enfants m'attendent de l'autre côté (à la Fouly) toute à l'heure !
Je décide de prendre un peu plus de temps pour me refaire une santé.
Tout d'abord massage. Je suis bien soigné par 2 kinés qui rentrent dans les cuisses pour essayer de les décontracter.
Puis mixture de nourriture liquide que j'avais préparée dans le sac de ravito.
Short à la place du corsaire, puis me voilà reparti !
Je serai resté quand même 40mn (alors que j'avais prévu 20mn et cela me semblait large).
Montée dans les rues de Courmayeur où je découvre tous les sms de la 2ème partie de la nuit (je les avais lus vers la Balme).
Cela me fait chaud au cœur de voir tous les amis/famille/collègues qui m'ont suivi déjà sur cette 1ere nuit et qui sont derrière moi.
Le massage a été efficace puisque j'arrive à un peu plus plier les jambes.
Je monte à un bon rythme (trop élevé) jusqu'à Bertone (82km-13h54-167ème) en amenant un petit groupe qui suce mes baskets.
Cette montée trop rapide me procure un passage de moins bien.
Je repars sur la partie que je préfère en raison de la beauté des paysages (entre Bertone et le Col du Grand Col Ferret).
J'ai du mal à garder ma place et me fais doubler par quelques coureurs.
Je suis à nouveau dans le dur, le bon dur.
J'arrive au refuge Bonatti (90km-15h13-168ème) en état d'hypo. Je suis obligé de m'assoir. Je rencontre Jérôme qui n'est pas bien non plus (problème digestif).
J'essaye de manger mais cela ne passe pas bien, même les potages ont du mal à descendre.
Je repars avec la conviction que c'est fini !
Plus le goût, plus de plaisir, trop de souffrances et plus de jus. 2 fois OK mais pas encore cette fois-ci.
Je me dis simplement que je veux rejoindre la Fouly pour retrouver Christilla et les enfants, et rentrer à Chamonix avec elles.
J'envoie un message à Christilla et à Mathieu, pour leur annoncer ma décision d'arrêter.
Je sais qu'il ne vont pas me croire (connaissant mon tempérament de compétiteur) mais là, ... c'est décidé... ça suffit !
D'autant plus que je sens une belle tendinite au releveur gauche qui commence à me faire souffrir.
Je reçois toujours des sms, mais ils m'encouragent alors que je vais arrêter.
Christilla me dit qu'elle est à la Fouly avec les filles pour m'aider à terminer cette course. Merci ;-)
Puis je reçois l'appel de Mathieu, qui me "botte le cul" - Quel coatch !
Il m'explique que c'est le plus beau jour de l'été, que je suis super bien placé, que tout le monde est derrière moi, que je ne peux abandonner et que je vais remonter la pente !
Cela me fait du bien. Je crois que j'avais besoin d'entendre cela !
On a vraiment tendance à banaliser ces courses qui sont, et on l'oublie, vraiment hors norme !
Et pour finir, on a y va sans vraiment se forger un mental de Warrior, nécessaire pour pouvoir les terminer, surtout quand il s'agit de la 3ème fois.
Ravitaillement de Arnuva (94km-16h17-195ème) où je prends le temps.
Je bois 2 potages et mange des bananes. Je demande 2 anti-inflammatoires pour ma belle tendinite.
Puis je repars doucement. Je me fais encore doubler dans la 1ere partie puis je trouve un bon rythme tranquille régulier et c'est moi maintenant qui double.
Il n'est pas loin de midi, et il fait vraiment chaud !
J'arrive au Grand Col Ferret (99km-17h42-193ème)
Je rencontre Phil et Val d'UFO.
Phil a abandonné cette nuit aux Contamines et vient encourager les copains - Sympa !
Val n'a plus l'envie ni les jambes, lui qui a pourtant une caisse d'enfer d'habitude.
Je ne m'attarde pas et trottine dans la descente.
Puis les jambes revenant un peu, j'attaque carrément et rattrape des coureurs dont Sandrine qui m'avaient passé lors de mon long arrêt à Arnuva.
J'apprécie bien cette nouvelle partie qui n'emprunte plus la route (entre Ferret et la Fouly). J'arrive à la Fouly (108km-19h01-177ème) sous les acclamations de mes filles qui courent à mes cotés. Quel bonheur !
Christilla et les filles sont aux petits soins avec moi.
J'ai même droit à ma pancarte de supportrices "Continue Papa, on t'adore" !
Pour finir, je reste pas mal de temps avec elles. Mais cela me fait du bien.
Je repars main dans la main avec mes filles sous les applaudissements des bénévoles.
Alice ne comprend pas pourquoi je dois ensuite continuer tout seul. Elle voudrait faire tout le reste avec moi. Si elle savait !
Cela m'a fait du bien et je suis maintenant déterminé à aller au bout !
Je m'arrête rapidement, mets mon Ipod puisque je suis de plus en plus seul sur les sentiers et que j'ai besoin de rentrer dans ma bulle.
Après 1 ou 2 km avec des jambes de bois, j'arrive enfin à courir normalement et je reprends même du plaisir sur cette partie bien agréable. Seule la température est vraiment trop chaude et je m'efforce de beaucoup boire.
Je redouble Sandrine juste avant Praz de Fort qui m'annonce sa décision d'abandonner.
A Praz de Fort, mes filles sont encore là et m'accompagnent quelques mètres.
Puis elles sont encore là, juste en bas de la montée vers Champex.
J'ai repris l'envie et je me sens mieux sur cette partie. Je redouble pas mal de coureurs et arrive enfin à Champex (123km-21H23-134ème) à 15h55, alors que j'avais prévu d'arriver à 14h55. Donc déjà 1 heure de retard sur mon plan à 30h.
Ce n'est pas grave. Mon objectif est de finir pour la 3ème fois consécutive, c'est tout !
Mon ravitaillement à Champex est plutôt désordonné.
Entre passer un peu de temps avec les enfants, essayer de manger, me faire soigner, un petit massage avec 2 kinés super sympas et efficaces (qui m'ont bien cloué sur la table).
Donc pour finir ça dure un peu et je n'ai pas assez mangé.
Je repars à nouveau accompagné de mes filles, puis les retrouve sur la route à coup de klaxon avant de basculer vers les sentiers.
Je suis seul pendant pas mal de km, mais mon Ipod m'aide bien.
Par contre, conscient que je ne me suis pas assez alimenté sur toute la course. Je reprends des gels régulièrement mais je sens que je suis à la limite.
Mes jambes sont bien dures, mais ça tient pour l'instant.
J'attaque la montée de Bovine.
Cette année, elle me fait mal ... et ce que je redoutais ... arriva. Une belle hypo ! J'ai beau manger des gels, l'énergie ne repart pas.
J'arrive au ravito de Bovine (132km-23h46-125ème) avec la tête qui tourne.
Je suis obligé de m'assoir et dès que je ferme les yeux, ça tourne, et pourtant je n'ai pas bu une goutte d'alcool depuis 2 semaines !
Je bois du Coca et une soupe et repars tranquillement.
Le descente sur Trient me parait interminable et j'arrive pourtant à coller à quelques coureurs que je rattrape.
Passage par les toilettes de Trient (138km-25h02-130ème), mais mon ventre est toujours aussi tendu et je n'arrive presque plus à manger.
Même boire me provoque des douleurs à l'estomac.
Il me reste 2 très grosses difficultés et 28km.
Je sais que je vais arriver au bout, même si je redoute le temps que je vais mettre !
Dans la montée des Tseppes, je colle un coureur qui me connait (?)
Il avait repéré mes temps au Grand Raid de la Réunion (qu'il a fait en 2007) et avait calé ces temps de l'UTMB en fonction de mes temps.
Il avance très bien à la montée mais ne peut plus courir dans les descentes.
Passage par Catogne (143km-26h46-126ème) et descente difficile surtout dans la dernière partie où je me fais dépasser par des coureurs jusqu'à Vallorcine (148km-27h50-134ème).
J'arrive au ravitaillement bien explosé.
J'ai passé la limite ... Une bénévole est au petit soin pour moi (il faut dire que nous ne sommes que 2 coureurs) et m'amène tout ce dont j'ai besoin.
Du mal à manger, du mal à boire. Je me force à prendre de la soupe et des bananes.
Mathieu m'avait conseillé de bien manger, ici. La dernière partie étant très costaude.
La montée au Col des Montets se passe encore pas trop mal, même si j'ai les jambes aussi dures que du bois. Je n'arrive plus à m'étirer tant elles sont raides.
Je souffre du ventre horriblement et je n'ose penser à mon pied gauche ...
Je repasse dans le très dur ... mais m'accroche ... m'accroche pour terminer.
Impossible d'arrêter ici, ... même si au Col des Montets j'ai eu envie de tout balancer, de tout lâcher, de m'allonger dans l'herbe, de dormir, d'arrêter de pousser la machine.
Puis je reprends tous les sms que j'ai reçus et les lis, cela m'aide beaucoup.
Coup de fil de Mathieu également pour m'encourager. Merci à toi, c'est en grande partie grâce à toi si je vais franchir à nouveau la ligne d'arrivée.
Nous attaquons maintenant la montée de la Tête aux Vents ... enfin ce n'est pas une montée, c'est un mur. Bovine le retour !
C'est horrible, moi qui n'arrive plus à plier les jambes, je suis obligé de me hisser en appuyant comme un sourd sur mes bâtons.
J'arrive après bien des grimaces à la Tête aux Vents (156km-30h28-140ème) où l'on m'annonce 35mn pour la Flegère et après que de la descente ...
Je vais serrer les dents à chaque pas de descente entre ces gros rochers et ce terrain pas évident du temps pour une fin de parcours aussi long que l'UTMB !
Passage à la Flégère (159km-31h19-136ème) sous les cloches.
Juste un coca et je repars.
J'appelle Christilla pour lui dire que je serai à l'arrivée vers 3h. Elle attendait mon coup de fil. Elle réveille et prépare les enfants pour m'attendre à Chamonix, dernière ligne droite.
Je n'arrive plus à courir pour cette dernière descente, pourtant facile, qui m'aurait pris 30mn en temps normal ... il m'en faudra presque 3 fois plus.
Je me fais doubler par des coureurs qui courent correctement alors que j'arrive juste à trottiner de temps à temps.
Enfin, les lumières de Chamonix. La rue Paccard ... mes filles sont là. Je prends avec moi Margot et Chloé pour le tour d'honneur dans la ville, puis Alice dans les bras et franchis enfin la ligne d'arrivée (166km-32h49-147ème)
Je suis content mais surtout soulagé !
Et oui, c'est la 3ème fois que je la passe celle-ci, et je crois qu'aujourd'hui c'était celle de trop ...
Mais quand même, pleinement satisfait !!! même si je n'ai pas accroché les 30 heures.
Pas les larmes aux yeux mais je retrouve une paix intérieure tellement agréable que je profite de ces instants uniques.
Michel et Catherine Poleti sont là pour m'accueillir.
Nous discutons un petit moment, c'est bien sympa à eux de venir nous féliciter à 3h20 du matin !
Alice (3 ans) veut encore courir avec moi.
On m'enlève mon badge et je refais les 30 derniers mètres avec elle sur la ligne d'arrivée. Elle est ravie.
Je récupère ma veste finisher et rentre avec toute la petite famille pour quelques heures de repos bien mérité !Merci à vous tous pour vos encouragements, sms, mails .... Cette veste finisher vous appartient aussi !
» Par Jacques, le mardi 09 Septembre 2008 à 07:46
Respect!
» Par toposvtt, le mardi 09 Septembre 2008 à 08:37
Respect effectivement mais je suis plus subjugué par les performeurs de La Petite Trotte à Léon qui va devenir une classique!
» Par Le Julos, le mardi 09 Septembre 2008 à 09:27
Chapeau bas. Une belle leçon de volonté. Tes filles peuvent être fières d'avoir un papa comme ça.
» Par henyan, le mardi 09 Septembre 2008 à 10:08
Encore bravo Steph, pour la performance reconduite.
» Par Brigitte CRETON, le mardi 09 Septembre 2008 à 10:36
Des récits toujours aussi émouvants, que je ne manque pas de lire chaque année ...
» Par Simone, le mardi 09 Septembre 2008 à 11:39
Un mot
Bravo
» Par Apoutsiak, le mardi 09 Septembre 2008 à 18:41
Bravo
Je suis impressionné !
» Par DuoSoft, le mardi 09 Septembre 2008 à 20:48
Bravo car cette tendinite, par expérience, handicape vraiment. Pour La Petite Trotte à Léon, pour être classique, il ne faudrait avoir que du beau temps, sinon c'est Holiday on ice. Donc pas si sûr...qu'elle le soit tous les ans
Pour des images et compte rendu
http://pagesperso-orange.fr/courirenmontagne/ptal.html
» Par Martin D., le mardi 09 Septembre 2008 à 21:40
Un inconnu : Bravo d'avoir tenu bon jusqu'au bout.
J'ai déjà lu ton blog l'an dernier (1). Pas mal !
Y'a des chance qu'on te revoit l'an prochain. (Virus utmb !)
(1) : C'est ce qui m'a donné l'idée de faire le mien.
http://www.skitour.fr/blog/malich1969
Sportivement.
Daniel
» Par e-jungle, le mardi 09 Septembre 2008 à 22:14
Le récit se lit avec l'angoisse (et la captivation) qui monte à chaque nouvelle ligne. C'est superbement retranscrit et donne vraiment la mesure d'un tel exploit.
Un grand grand chapeau pour cette incommensurable aventure humaine et physique.
» Par piolet15, le mercredi 10 Septembre 2008 à 05:36
salut , tout d'abord bravo.
Je me dis parfois que l'aventure me dirait bien,mais cela demande beaucoup de teps de preparation, et là, justement je manque enormement de temps. bref, je me contenterais d'admirer les per des autres , d'ailleurs c'est bien plus facile :-))
Encore bravo .
Laurent
www.piolet15.com
» Par severino, le mercredi 10 Septembre 2008 à 09:32
slt et bravo et pour ta course et pour ton récit interessant a lire.
J'ai prévu de faire le mercantour en 2009 peux tu me dire comment tu t'y ai préparé conmpte tenu que la course est début mai et quelle s'effectue donc en hiver.
Cordialement
» Par melch06, le mercredi 10 Septembre 2008 à 10:31
Bravo Stéphane, troisième fois finisher et avec ces problèmes, quelle volonté.
Moi les pieds m'ont lachés à Bonatti (crevasses et ampoules aux talons). Donc arrêt à arnuva. Je crois que comme toi je vais laisser l'UTMB pendant quelques temps. On se reverra au Mercantour en 2009.
Christophe
» Par Julien, le mercredi 10 Septembre 2008 à 15:53
Je viens de refaire l'utmb en ta compagnie. Une leçon de courage, de volonté. Tu incarne les vraies valeurs de "l'esprit trail", en tout cas j'espère réussir à aussi bien gérer des moments difficiles que toi pour essayer de rallier l'arrivée.
A bientôt pur un petit footing (en montagne quand même)
Julien
» Par Nils, le mercredi 10 Septembre 2008 à 18:26
J'ai lu, comme chaque année, ton récit.
Ce qui m'étonne à chaque fois c'est ta détermination. Ton courage face à aux difficultés rencontrées. Déja que moi je me suis surpassé au Pérou, tant à cause de l'altitude que des conditions météo que des efforts, mais toi tu as su te re-surpasser à ce point trois fois de suite ! C'est extraordinaire.
Quand on te lis, on a l'impression que tu vas encore plus au bout de toi que nous on pourrait aller au bout de nous même, c'est ça le plus fort ! C'est le mental de "Warrior" que tu t'es forgé.
Bravo.
» Par Robert JAGGA, le jeudi 11 Septembre 2008 à 09:00
Encore bravo Stéph !
Emouvant ce récit pour l’avoir connu en 2005 avec une montée trop rapide de La Balme au Chapieux environ 20’ d’avance sur les copains au contrôle. La montée du Col de la Seigne dur, dur et ensuite l’enfer plus de jambes, les crampes, tu connais mais moi, pas de mots de ventre comme toi.
Oui ! Il faut être entouré de proches et d’amis (es), pour moi vers le 70 ème ! Je voulais mettre fin et les copains m’ont soutenu, attendu. A Courmayeur nos accompagnatrices les femmes au rendez-vous, une petit douche, un bon repas et refuge Bertone dur et là en plus ! La pluie ne va pas nous quitter jusqu'à Vallorcine.
Toujours l’enfer de plus en plus dur ! et les copains qui te boost, te disent nous sommes partis à quatre ont fini à quatre et toi tu souffres, tu veux abandonner à plusieurs reprises et aussi les femmes sur le parcours qui t’encourage à aller au bout et tu passes enfin l’arrivée avec toute cette foule que d'émotions. Maintenant, comme tu le sais La Diagonal est proche, je croise les doigts un autre enfer est à l’horizon.
Encore merci pour tous tes conseils dans ma préparation et ton professionnalisme chez Allibert.
Bonne récup et à bientôt
Robert
» Par Les Taties du S.O., le jeudi 11 Septembre 2008 à 15:51
Félicitations pour ta course ; nous l'avons suivie un peu en décalée. Très belles photos.
Gros bisous à vous tous.
» Par Géraldine, le vendredi 12 Septembre 2008 à 21:13
Toujours beaucoup de plaisir à lire tes récits où l'émotion le dispute au suspense. Bravo à toi, Stéphane, pour avoir terminé celui-là !
Bravo à toi, Christilla, pour avoir une nouvelle fois fait partager cela à tes filles !
» Par p1p1, le samedi 13 Septembre 2008 à 17:15
Bonjour,
Finisher UTMB l'an dernier et PTL cette année, je ne crois pas avoir le mental pour faire 3 UTMBs ! Alors respec effectivement !
» Par Pilou, le dimanche 21 Septembre 2008 à 15:51
Bravo à toi Stéphane.
Encore une un beau périple autour du Mont Blanc, qui démontre combien cet UTMB est une sacrée épreuve.
» Par mehdi, le dimanche 12 Octobre 2008 à 21:45
Bravo
j'espere pouvoir y participer l'an prochain et etre aussi fort que toi.
Encore bravo
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