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Plaidoyer pour un retour du telemark léger.

Par Jean-Christophe Roumailhac, le dimanche 20 Février 2011 à 17:21 :: Telemark :: rss

Le matériel dédié au telemark s'est considérablement alourdi ces dernières années. On est passé des chaussures basses en cuir et des skis étroits à des planches très typées "fats" et à des chaussures et fixations aussi rigides que lourdes. Parallèlement, le marché du telemark s'essouffle... l'engouement des années 2000 est retombé. Peut-être à cause de cette ultra-spécialisation de l'équipement. Un vent de renouveau semble venir de la randonnée nordique et confirmé par une tendance visible au dernier Outdoor Retailer Winter trade show aux Etats-Unis (lire à ce sujet l'article de Craig Dostie sur son blog : OR Winter 2011 – renewed interest in Tele Lite).

Article de craig dostie dans Earns your turns

Les américains sont après Sondre Norheim, les inventeurs de la randonnée le talon libre. Le retour d'un ski libre ou "backcountry" semble être annoncé chez eux. Un peu comme le vent nouveau qui souffle sur la randonnée nordique en France.



Note de l'auteur : ce texte concernant le telemark léger ne met absolument pas en cause les progrès apportés par les skis larges. Cette pratique légère, qui aujourd'hui revient un peu sur le devant de la scène, grâce à un retour des skis backcountry vers des lignes de côtes plus larges et plus ludiques, (suivant en cela ce qui s'est passé il y a plus de 10 ans pour la partie alpine du ski talon libre) avait hélas été oubliée et pourtant elle est très interessante.


A la toute fin des années 90, quand le telemark a amorcé un net virage vers des skis plus larges, des chaussures plastiques plus rigides, j'ai été un des premiers à m'en féliciter et à me faire l'apôtre de cette bonne nouvelle. Le ski talon libre devenait plus facile et plus accessible... les skis de freeride de l'époque étaient les 4x4 Vertical, les Völkl Cross-Carver, des planches qui feraient aujourd'hui figure de talons aiguilles face aux patins monstrueusement larges proposés sur le marché des skis de randonnée. D'ailleurs, les skis de randonnées nordique modernes ont les mêmes lignes de côte que ces vénérables ancêtres. Une largeur autour de 70 millimètres au patin semble être un minimum pour que le ski soit plaisant en toutes neiges et reste assez léger pour la marche, le pas alternatif, voire un petit peu de skating sur une courte distance. c'est d'ailleurs ce que disait le pape américain du telemark, maître Paul Parker, dans son livre "Free-Heel Skiing".


Cet hiver, l'enneigement est pour l'instant meilleur dans les forêts et les plateaux autour de 1400 mètres d'altitude et sur ce type de terrain, avant d'aller chercher une pente sur laquelle on puisse signer quelques virages, il faut marcher sur du plat. On se retrouve sur des reliefs semblables à ceux du plateau des Glières entre Thônes et la Roche sur Foron en Haute-Savoie, ou ceux de la Dôle, entre les Rousses et le col de la Faucille.


S'il faut affronter du plat, ou une alternance de courtes montées et descentes, un équipement léger, mais pas trop, s'impose. Et avoir des écailles ou du fart de retenue sous les pieds n'est pas stupide, car cela permet de progresser avec beaucoup plus de glisse qu'avec des peaux de phoque, véritables aérofreins ou inverseurs de poussée des neiges. Par contre, dès que l'on rencontrera une montée raide et suffisamment longue, on pourra mettre les peaux y compris sur le fart, à conditions de ne pas avoir mis de klister ou certains farts agressifs pour la colle des peaux (je consacrerai bientôt un billet complet à ce sujet du fartage mais j'ai encore quelques petites expériences à faire sur le terrain).


Avec des skis de telemark courts et légers et des chaussures pas trop hautes, la marche redevient un plaisir.

Avec des skis de telemark courts et légers et des chaussures pas trop hautes, la marche redevient un plaisir. Cette photo n'a pas été prises dans les Alpes du Sud mais sur le plateau des Glières au milieu du mois de février 2011. Comme le fart de retenue compatible avec la colle des peaux est moins performant que les écailles sur de la neige transformée, les semelles des skis sont revêtues de leurs habits de mohair. - (Photo Laurent Cacheux)



J'ai longtemps été opposé aux écailles, que je trouve souvent peu efficaces, sauf sur de la neige transformée où l'on peut quasiment grimper aux arbres. Et puis, j'ai eu l'occasion d'essayer une paire de skis Madshus Epoch avec des écailles. Avec l'ami qui m'accompagnait ce jour là, nous avons ajouté un peu de Swix rouge V60 Red Silver, ce qui a eu pour conséquence d'apporter une bonne accroche avec une température extérieure autour de 2 degrés. Auparavant, les skis à écailles, au-delà de leur capacité d'accroche moins performante que celle des skis avec du fart de retenue, me paraissaient surtout peu efficaces à la descente. En réalité, les skis auxquels j'avais eu affaire étaient simplement trop cambrés et destinés surtout à de la marche sur le plat, même si leurs fabricants leur attribuaient de bonnes capacités à virer. Là, ces Madshus Epoch, avec un cambre alpin, ont su me conquérir et m'ont permis de remonter plusieurs fois un pré aux conditions de neige sympathiques dont il fallait profiter sans attendre.


Madshus Epoch.

Ces skis de telemark léger ou de randonnée nordique moderne ont des lignes de côte polyvalentes : 99-68-84mm, un bon noyau bois et restent légers ( 2530g/185cm). Le choix de longueurs (de 165 à 195 cm par 10 cm) permettra à chacun de trouver son bonheur et même skiés courts, ils restent performants. J'ai essayé des 175 cm alors que je pèse 90 kg. Ils m'ont donnés envie de tester leurs grands frères, les Annum.


A la descente, j'ai tout d'abord skié tranquillement, comme sur la petite vidéo ci-dessous puis j'ai appuyé plus fort sur ces jolies planches et fait de beaux virages telemark carvés. Ces planches bien agréables ont répondu au doigt et à l'oeil. Il existent maintenant des skis dociles et légers pour parcourir ces terrains sauvages délaissés par les randonneurs alpins et s'ouvrir de très nombreuses possibilités de sorties à la journées ou d'aventureuses traversées. La polyvalence du telemark est enfin retrouvée. Nous avons des skis pour marcher, glisser, monter et descendre. Les skieurs américains parleraient de "kick and glide".



(Images : Robert Peltier - Montage : J.C. Roumailhac)


Et pour les chaussures : que choisir? Personnellement, je redécouvre les joies du cuir, cette seconde peau précise et durable mais qui demande beaucoup de soins, d'entretien et d'attention. J'adore la flexion naturelle du cuir qui me permet de virer avec douceur, mais j'ai la chance d'avoir un modèle de chaussures très précises... peut-être un peu lourd mais la différence de poids pourrait facilement être compensé en remplaçant le chausson d'origine par un chausson thermo-formé. Sinon, il existe sur le marché 2 modèles de chaussures pour le telemark léger : la Garmont Excursion et la Scarpa T4. Chacun pourra ainsi trouver chaussant à son pied. On peut très bien virer en telemark avec des chaussures plus basses. quant aux fixations, des Voilé 3 pins ou 3 pins cables sont idéales; de mon côté, j'utilise de bonnes vieilles Riva de Rottefella, hélas difficiles à trouver aujourd'hui.

Pour les bâtons, je choisis en fonction des itinéraires : si je dois beaucoup propulser, je prends des bâtons de ski de fond qui ne me gênent absolument pas à la descente (même s'ils arrivent à la hauteur de mes aisselles) et si le terrain est plus alpin, ou la neige très profonde, je prends des bâtons classiques avec de grosses rondelles.


Scarpa T4 et Garmont Excursion.

Ces deux chaussures permettront aussi bien de descendre que de marcher. Elles demandront moins d'entretien que des chaussures en cuir, mais ces dernières gardent des inconditionnels dont je suis, sans doute parce que je suis très attaché à l'aspect et à la qualité de très beaux produits sortis des mains expertes des cordonniers de Montebelluna. J'ai une relation quasi-passionnelle avec mes chaussures en cuir que je nettoye et masse soigneusement après chaque sortie. Cela ressemble à des gestes amoureux.


Je ne pouvais pas, dans ce billet, ne pas citer un vieil et excellent article d'Anselme Baud sur la longue marche du telemark. Ce grand connaisseurs du ski a su trouver les mots justes sur le telemark léger. Le renouveau actuel du ski de randonnée nordique lui donne raison.

Article d'Anselme Baud sur la longue marche du telemark

Anselme Baud, guide bien connu, pionnier du ski extrême et du telemark en France s'est interessé au telemark léger et à ses nombreuses possibilités.



Dans les années 1970, le ski de fond a connu un fort engouement dans toutes les stations de sports d’hiver, y compris les stations d’altitude. Il me semble qu’il y a 15 ans, le fondeur était équipé de chaussures convenables pour lutter contre le froid, et marcher un peu éventuellement, ces chaussures maintenant également le pied. Actuellement l’équipement en question ne correspond plus à l’aspiration d’une partie des fondeurs : ceux qui pratiquent cette discipline pour la promenade skis aux pieds, en forêt, avec comme motivation principale l’accès à la nature pas trop aseptisée.

De par l’évolution technologique des équipements (skis et chaussures), les fondeurs sont condamnés à suivre les pistes tracées par les machines et en tout cas ne peuvent pratiquement plus marcher dans la neige sans déraper et se mouiller les pieds.

Depuis quelques années je pense à un équipement adapté avec des skis à peine plus larges et plus courts que ceux de télémark, des fixations (du genre câble) aux deux positions : montée et descente télémark ou descente technique classique du ski alpin. Les chaussures étant celles de la marche (ou d’alpinisme) en cuir ou plastique avec une semelle vibram normale.

ll s’agit d'allier les convenances techniques, l’utilité et le confort. Les Américains |’ont compris. lls sont nombreux à pratiquer le télémark sous une forme pratique. Leur but est de parcourir à ski leurs montagnes souvent moins escarpées et pentues que les Alpes.

Pour moi, le ski de fond restera dans son contexte mais surtout là où le relief convient parfaitement (le Jura, Vosges, etc.) ; par contre dans les reliefs plus accidentés, le télémark sera plus approprié.

Je suis persuadé que cette forme de ski satisfera un certain pourcentage de skieurs: les nouveaux débutants, les anciens skieurs fatigués des pistes, les randonneurs, les fondeurs découvrant cette nouvelle technique de télémark et évidemment les réels « télémarkeurs ».

Certains professionnels seront motivés par le fait de pouvoir partager ce nouvel enthousiasme avec leurs élèves; ces derniers découvriraient une montagne plus authentique et vivraient mieux leur séjour en station.

Extrait de l'article d'Anselme Baud : La longue marche du telemark


Voilà, il ne vous reste plus qu'à essayer un jour ce ski talon libre qui passe sur tous les terrains, du plateau jusqu'au petit couloir secret... seul le niveau du skieur et ses envies fixeront les limites de ce jeu auquel j'ai personnellement pris goût et beaucoup de plaisir cet hiver.

Voilà, il ne vous reste plus qu'à essayer un jour ce ski talon libre qui passe sur tous les terrains, du plateau jusqu'au petit couloir secret... seul le niveau du skieur et ses envies fixeront les limites de ce jeu auquel j'ai personnellement pris goût et beaucoup de plaisir cet hiver.


Ces nouveaux skis avec écailles mais rééllement performants à la descente offrent de nouveaux horizons. Je suis impatient de tester les Annum sur différents terrains car je pense que ces skis légers correspondent parfaitement à une pratique préalpine du telemark et à du ski de randonnée nordique ludique. Je crois que j'ai abandonné mes skis lourds pour longtemps, sauf peut-être pour des sessions de gros freeride, et encore... car je préfère l'odeur et le calme des profondes forêts préalpines aux câbles des remontées mécaniques.

Plateau des Glières

Des terrains variés comme le plateau des Glières peuvent être parcourus dans un tout autre état d'esprit en mélangeant joies de la marche, du pas alternatif et de la descente... et il y a beaucoup de terrains de jeu de ce type à redécouvrir dans le Jura ou ailleurs.- (Photo Laurent Cacheux)

Pour terminer, voici quelques liens utiles :


Et pour finir une vidéo en langue anglaise sur la gamme Madshus où l'on apprend des tas de choses intéressantes.




Commentaires

» Par Ottakar, le lundi 21 Février 2011 à 10:17

Intéressant... Il aurait des boutique où l'on peu louer/essayer du matos nordique ou c'est trop confidentiel?

» Par Jean-Christophe Roumailhac, le lundi 21 Février 2011 à 12:25

Je vais me renseigner car ce matériel est assez nouveau. En tout cas son potentiel est intéressant... comme tu le dis si bien.

Ces skis Madshus seraient disponible chez Twinner aux Praz de Lys d'après l'importateur. J'attends d'autres informations.

» Par dom, le mardi 22 Février 2011 à 21:38

du matos nordique, ya en a la http://www.aventurenordique.com/
ou la : http://www.telemarkpyrenees.com

» Par Forezan, le samedi 05 Mars 2011 à 08:23

Pour moi en chaussure l'idéal c'est la scarpa T3, à peine plus rigide que la t4 et pas plus lourde en modèle thermo (moi aussi j'ai été un inconditionnel du cuir, mais quand la chaussure ne se ramolit pas sous l'effet de l'humidité en fin de rando, quand on est fatigué et qu'on a justement besoin de plus de tenue de pied, c'est tellement mieux ...).
Par contre je ne conseillerais surtout pas des skis longs et étroits. Les skis de rando alpine modernes sont parfaitement adaptés au télémark et pas plus lourd. C'est tellement plus facile en neige pourrie d'avoir des skis de 90 au patin, 15 ou 20 cm plus court qu'il ne faut surtout pas s'en priver, et contrairement aux idées reçues, point n'est besoin d'avoir des bottes super hautes, une t3 voir une t4 les conduit très bien! Et pour la rando nordique, pourquoi faudrait-il des skis long? Uniquement parce qu'ils sont étroits! Un ski plus large et plus court fera le même usage sauf qu'il facilitera grandement les manoeuvres dans les zone encombrées. Le seul soucis c'est la trace des autres quand elle est étroite!

» Par LeDorze, le samedi 19 Mars 2011 à 16:14

Bonjour à tous.
J'adhère à ce sujet.
En effet, je pratique depuis plus de 15 ans ce type de ski, et c'est d'ailleurs ce qui m'a amené au virage télémark, que je pratique également intensément depuis, en station ou en rando alpine. Mon premier matériel était des skis Karhu étroits à écailles et chaussures cuir basses Garmont, emmené à la Scandinavie et la Québec. C'est avec ce matériel que j'ai commencé le télémark en station. Je me rappelle de l'incrédulité des skieurs alpins d'alors. Réticent au début aux améliorations du matériel (chaussures plastiques, skis larges), il a fallu, en tant que résident grenoblois, me rendre à l'évidence : les Alpes ne sont pas le Massif Central ou la Laponie. Difficile (mais pas infaisable) de tout faire avec le même matériel.
Du coup, par caprice/passion/luxe, j'ai 3 type de matériels :
- skis lourds et performants/fix lourdes et déchaussables+chaussures très hautes et rigides pour télémark en station,
- skis de randos larges et légers/fix légères et déverrouillables +chaussures hautes et légères pour télémark en rando alpine,
- skis de rando nordique modernes élargis à simple cambrure et à farter+ vieilles chaussures cuir en fin de vie+vieilles fixations à câbles légères, en fin de vie également pour la rando nordique.
Je dis en fin de vie, mais il refuse de mourir, ce matos. Son remplacement prévu : T4+ Voilé 3pin + câbles éventuellement.
Je suis passé au fartage au contact des Scandinaves et par jeu : les écailles marche moyennement sur toutes neiges, le fart, si on met le bon, fonctionne bien mieux. Si on met le mauvais, je vous laisse deviner. Mais avec un thermomètre à neige et de l'habitude, couplé aux petites peaux de phoque (vieilles peaux de rando alpine recyclée), cela fonctionne bien.
Je suis en principe d'accord avec le post précédent : il vaut mieux des skis nordiques larges et courts à simple cambrure, en particulier dans nos terrains préalpins, style plateaux calcaires, Conex, Emparis ou Sénépy. Cependant, pour de longues traversées sur terrains plats, les ski plus longs et étroits sont plus efficaces.
Un des multiples intérêts de la rando nordique, c'est de pouvoir sortir lorsqu'il y a de grosse conditions et/ou du mauvais temps, que l'on a pas envie de la foule des stations ni de prendre des risques en rando alpine. Les terrains fréquentés le sont souvent par les raquettistes, mais rien ne remplace la rapidité des skis, ni leur tenue en dévers, ni leur aptitude à enchaîner de belles courbes Télémark. Du coup, c'est surtout dans les approches forestières qu'il faut côtoyer les tranchées de traces de raquettes. Ce sont d'ailleurs ces tranchées qui sont redoutable en descente, parfois de véritables pistes de bobsleg, obligeant parfois à descendre skis sur l'épaule.
Mais le plaisir d'enchaîner en glissant rapidement douces montées/douces descentes sur de longues crêtes est magique. Celui de se perdre dans les bois lors d'une tempête de neige également.

» Par Dofre, le mercredi 06 Avril 2011 à 16:06

Salut
A votre avis c'est quoi la limite de pente ou le fart de retenue n'est pas suffisant ? 10 degrés, 20 degrés ?
Je suppose que ca doit évidement dépendre de la neige.

» Par Jean-Christophe Roumailhac, le jeudi 07 Avril 2011 à 10:03

Bonjour Dofre,

La réponse est difficile à donner avec précision car cela dépend énormément de la neige. Sur de la glace, le fart de retenue est totalement inefficace, même sur une route forestière peu pentue.
Les pentes les plus raides que j'ai pu gravir cet hiver (neige croutée portante assez abrasive et fart rouge) devaient approcher les 20 degrés, mais en règle générale il vaut mieux rester entre 10 et 15 degrés.
En poudreuse, il faut vite mettre les peaux et sur de la neige printemps les écailles sont plus performantes que le fart.

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