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Randonnée et choix d'un équipement durable...

Par Jean-Christophe Roumailhac, le dimanche 05 Décembre 2010 à 13:37 :: Humeurs :: rss

Hier samedi 4 décembre 2010, le temps était au beau fixe avec le soleil des grands jours et une poudreuse d'anthologie pour un début de saison. Par contre, beaucoup de plaques spontanées se sont déclenchées un peu partout. Pour être prudent, je file vers les pentes herbeuses de la pointe d'Orcière, dans les Aravis au-dessus de Manigod. Et pour mieux affronter le long, très long chemin qui mène à l'Arbarète d'en-bas je fais un choix de matériel un peu particulier: mes vieux skis de telemark étroits (lignes de côte : 84/64/74 - 1940 grammes le ski avec sa fixation) et une paire de superbes Crispi en cuir, assez précises en descente malgré tout; un vrai look vintage ou plutôt "éco-citoyen", un matériel durable qui tranche avec la frénésie de changement que l'on peut voir parfois dans le milieu de la rando depuis quelques années.


Le long chemin d'accès à l'Arbarète favorise l'utilisation de matériel "nordique" tout comme les relativement faibles pentes du secteur de la pointe d'Orsière.

Comme beaucoup de skieurs, l'arrivée des skis larges et taillés m'est apparu comme un grand bol d'air frais dans le monde de la glisse sur 2 planches. Les skis surfaient, volaient au-dessus de la neige. Par contre, le matériel s'est peu à peu considérablement élargi, parfois alourdi... et les tarifs ont suivi cette lourde tendance mais pas toujours la fiabilité. Et année après année, une frénésie de changement s'empare du petit monde du ski.

Pourquoi ne pas tenter une démarche inverse, à la recherche de la simplicité et de la durabilité, là où la formidable technicité (et souvent fort agréable à utiliser) du nouveau matériel n'est pas forcément nécessaire?

Voilà les raisons de mon choix pour ce matériel léger, mes bonnes vieilles Crispi D-Super de telemark en cuir(2165 grammes la chaussure), matériel sensuel qui faut nourrir et entretenir et que nos amis des pays nordiques achètent encore en masse pour skier dans leurs contrées froides, ce qui fait la joie et permet aux cordonniers de Montebelunna de continuer à vivre de leur extraordinaire savoir faire.

Par contre, allais-je encore savoir skier sur des lattes étroites dans plus de 50 centimètres de profondes, habitué à la facilité et l'efficacité des skis larges, véritables prothèses qui gomment de nombreux défauts et améliorent artificiellement notre véritable niveau technique.


Une paire de skis droits, assez légers mais longs et étroits, qui rendent les conversions moins rapides à la montée.

Pour glisser mieux sur le plat, j'hésite sur le choix des bâtons entre des bâtons de ski de fond et mes bâtons d'alpin à rondelles larges, en pensant à la descente, j'opte pour les bâtons alpins plus facile à manier pendant les virages.

Je cherche du fart d'accroche, hélas impossible à trouver du côté d'Annecy et je me rabats sur une vieille paire de peaux droites usées par les ans. Elles seront très courtes et arriveront à peine sous le talon, à condition d'éviter les traces raides, je pourrais monter facilement, par contre la glisse sera favorisée. Les câles de montée m'ont plus manquées, il faudra que j'en ajoute.


Mes vieilles peaux remises un peu au goût du jour

Les skieurs sont assez rares à la pointe d'Orcière, car au retour, la route est assez longue et il faut pousser sur près de 4 kilomètres après une très belle mais courte descente. En contrepartie, le paysage est superbe. Mes skis légers se révèlent très adaptés à ce terrain où les skieurs de randonnée nordique devraient venir plus nombreux, quitte à descendre par l'itinéraire de montée, toujours très sur, quelque soient les conditions nivologiques.


Le chemin est long, surtout quand il faut pousser à la descente, vive les skis légers!


Le joli vallon au-dessus du chalet de l'Arbarète avant de rejoindre la combe peu marquée qui mène au sommet, une trace dans une forêt bucolique.

Et les skis, comment réagissent-ils à la montée. Je trouve que les fixations de telemark (ou norme 75) sans articulation pour la montée ont tendance à faire plonger les spatules sous la neige quand il faut tracer dans beaucoup de neige, ce qui oblige à adopter une attitude très en arrière sur les skis. Les skis larges déjaugent mieux en montée. Mais cela reste supportable.


La sortie de la combe peu marquée entre Orcière et la Riondaz qui mène au sommet.

Peu avant le sommet, deux randonneurs me rattrapent et me remercient pour la trace et gentiment prennent le relais pour les tous derniers mètres, leur low-tech sont plus efficaces que mes fixations de telemark au débattement limité.

Je fais une longue pause au sommet, déguste mon casse-croûte et du thé chaud... je profite de cet instant de calme et de solitude puis je donne un coup de fart sur mes semelles avant de chausser pour entamer la descente.


Un tour d'horizon depuis le sommet

Ca y est, les talonnières claquent sur l'arrière des semelles de mes chaussures en cuir, je me lance et entame un premier virage, je trouve rapidement mes équilibres, ces vieux skis tournent facilement dans cette belle poudre profonde, sans flotter comme des skis larges, mais on a l'impression de skier dans la neige, très prêt du sol. La pente devient plus raide et je me lâche pour dessiner de belles courbes.


Les courbes larges, caractéristiques du virage telemark si on les compare à la godille des randonneurs alpins.

Au moment ou je commençais à devenir plus affûté, plus efficace, la partie "raide" de la descente prend fin. Je me suis fait très plaisir dans cette neige de cinéma avec ces chaussures et ces skis.

Puis il faut pousser et remonter, là je suis content d'avoir des skis de telemark légers, finalement idéaux pour ce genre de terrain et pas vraiment démodés.

Vive le vintage...


Un dernier regard vers la belle descente, toujours trop courte.

Le topo de la pointe d'Orcière

Post Scriptum : je comprendrai aisément que mon terme de ski ou matériel léger fasse sourire. Une paire de chaussures en carbone de monsieur Gignoux pèse environ 1400 grammes alors que mes Crispi en cuir pèsent 4330 grammes la paire! Mais le cuir c'est sensuel, doux et chaud au toucher (pas toujours pour les pieds, il faudra peut-être que je trouve un chausson intérieur plus chaud car c'était limite avec le froid pendant cette sortie). C'est aussi un rêve de jeune adulte enfin assouvi car à leur sortie ces chaussures de telemark en cuir coûtaient très très cher... je n'aurais pas pu me les offrir à l'époque.

Cela me relie aussi avec le passé, avec les origines du ski. Skier d'une manière plus dépouillée, moins technologique est aussi une façon de se rapprocher de l'essentiel, faire corps avec le terrain, rechercher le meilleur geste, sans artifice. Voir le ski comme une sorte d'art martial à la manière de tronc Feuillu dans la superbe nouvelle de Bernard Amy : "Le meilleur grimpeur du monde".

Je deviens peut-être peu à peu, une sorte de vieux fou de l'Alpe qui se replie au plus profond de ses montagnes favorites.

Commentaires

» Par axar, le lundi 06 Décembre 2010 à 14:44

Vintage! :-D

» Par MartinB, le lundi 06 Décembre 2010 à 14:49

Belles photos "vintages", apaisantes, dans le ton de l'article ;-))
Merci!

» Par romaleo, le lundi 06 Décembre 2010 à 15:33

BRAVO.... mais j'aime mieux le carbone quand même :-)

» Par Ruth, le lundi 06 Décembre 2010 à 15:45

Ah, que j'aime cet esprit de recherche des sensations passées. L'évolution du matériel tend à uniformiser les pratiques, on veut nous dicter le plaisir de la poudre (plus vite, plus de pente, voler sur la neige et au final une prise de risque accrue...) Mais quel est donc ce plaisir ?
- Celui de descendre avec des skis si étroits qu'on s'enfoncent jusqu'au fond du manteau alors que la largeur des planches actuelles permet de voler sur la neige
- Celui d'avoir des chaussures si souples qu'on ne peut enchainer deux virages à l'identique alors que le carbone si rigide assure confort précision et légèreté.
- Celui d'aller sur des itinéraires si plats que l'on passe plus de temps à pousser lors de la descente qu'à faire des virages.
- Celui d'utiliser des skis droits avec lesquelles il est si difficile de tourner alors que tout le monde godille avec des paraboliques

La nostalgie du ski à l'état brut sans doute, on tente de s'échapper quelques instant du conformisme actuel.


Bref...Bien sympa la sortie et vive les collectionneurs de vieux matériel (et qui s'en serve).
On y était hier aussi, sympa le coin pour l'initiation mais la tempête nous a rattrapé. Quelques virages en télémark également.

Au plaisir de voir se croiser nos courbes dans ce massif des Aravis que je découvre.

Bravo pour le Blog, je suis assez fan de l'esprit.

» Par Tuxy, le mercredi 08 Décembre 2010 à 11:44

Un bon bol d'air à l'ancienne, avec une technique qui valorise les bons skieurs, ceux qui ont connu les "allumettes" et savent encore s'en servir!

» Par Lemming, le mercredi 08 Décembre 2010 à 15:15

Ca me fait doucement rigoler. J'ai fait du ski pendant 20 ans avec des allumettes dépassant les 2m (de mémoire : 2m07 pour mes lattes de géant). Je fait également du ski avec mes chaussures en cuir pour les approches hivernales.
N'empêche que c'est le pied total de tailler de la courbe avec un ski sérieux (Prorider ou stormrider DP pro +).
Juste pour rappel, les bons skis sérieux pour les grands espaces ne sont pas trop taillés et restent assez long. Le DPpro fait 30m de courbure, il est commercialisé jusqu'en 201 cm). Avis aux amateurs : un ski moderne fait pour les skieurs sachant manier des lattes.

» Par tuxy, le samedi 11 Décembre 2010 à 11:01

"J'ai fait du ski pendant 20 ans avec des allumettes dépassant les 2m (de mémoire : 2m07 pour mes lattes de géant)"
Sans vouloir polémiquer ici, des Strato de 2,15 pour tout: géant et spécial, pendant..... ouh là! qui dit mieux? et aujourd'hui je "run" avec des paraboliques, comme tout le monde, mais avec un autre savoir-faire... Merci pour la leçon!

» Par ALFI, le dimanche 12 Décembre 2010 à 21:50

salut, j'ai connu un jean christophe fan de telemark en tarentaise , années 95 /99, es tu celui là ?
sinon, bravo à toi, le telemark, c'est encore plus dur que de skier en chaussures de cuir à lacets....on sent bien ses quadri chauffer !

» Par Azerty, le mardi 14 Décembre 2010 à 15:21

Heureux de relire ce blog qui reprend des couleurs avec l'arrivée de l'hiver. Faudra tout de même penser à sortir un peu les 5x5 avant qu'ils ne finissent par rouiller au fond de ta cave ;-).

» Par Jean-Christophe Roumailhac, le mercredi 15 Décembre 2010 à 12:45

Merci pour tous ces commentaires... le matériel moderne est très amusant et facile à skier. Mes premiers paraboliques de 2 mètres étaient de vrais jouets mais ils paraîtraient bien fins aujourd'hui.
Mon but est aussi de tout faire avec une seule paire et dans cet esprit, je viens de tester le fart de retenue dans le Jura.
Affaire à suivre dans un prochain billet du blog.

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