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L'appel de la forêt et le ski sauvage...

Par Jean-Christophe Roumailhac, le samedi 30 Janvier 2010 à 22:23 :: Humeurs :: rss

A l'heure où les couloirs hier délaissés deviennent des champs de bosses, où des hordes de citadins cherchent l'évasion en montagne... j'ai un peu tendance à fuir les pentes que je chérissais. Je préfère souvent un coin de bois tranquille et oublié à une vaste combe dessinée pour le ski. Ah l'appel de la forêt... sans doute est-ce une réminiscence de mon enfance, quand je dévorai les livres de Curwood, de Jack London ou encore de Jean-Louis Foncine.

Je m'aperçois que ce que j'aime, c'est le calme... l'impression d'être loin... le luxe de la trace que l'on dessine... la joie de l'itinéraire que l'on défriche... en quelques mots, l'aventure qui nous guette (souvent au coin de la rue).

Comme le rebelle d'Ernst Jünger, j'aime avoir recours aux forêts pour me libérer de "l'oppression" de notre monde, respirer dans le calme de l'hiver quand la neige absorbe les sons et allonge les distances. Heureusement, je suis bien différent du "Waldgänger", ce proscrit islandais du Haut-Moyen-Age qui pouvait être abattu par tout homme qui le croisait et qui de ce fait, se cachait au plus profond des bois.


Faire sa trace est devenu un luxe rare... et pourtant... je crois bien que c'est cette trace qui me relie de manière quasi-tellurique avec le terrain et que j'ai choisi le telemark uniquement pour me jeter dans les bras de la neige nourricière.

L'être humain est pétri de paradoxes. J'adore l'isolement, mais surtout partager cet isolement, ces "bon coins" (un peu comme les camps secrets de mon enfance dont je filais les plans à mes copains de jeux...). Si pour moi, une rando réussie est celle où l'on fait sa trace tout en la partageant avec quelques amis, j'ai toujours écrit pour décrire de belles escapades.

Et au diable la technique, la maîtrise, la virtuosité, ou jouer à l'équilibriste dans de fortes pentes... aujourd'hui on achève bien les difficultés. Le matériel et l'entraînement repoussent sans cesse les limites et rendent le jeu toujours plus risqué.

Aujourd'hui mon jeu est ailleurs, même si je ne renie nullement mon amour des belles pentes, mon amitié et ma grande sympathie pour ceux qui ont le courage de les parcourir. Je pense préférer l'isolement du bivouac dans les bois, le jeu qui consiste à se jouer des troncs en skiant quitte à devoir parfois foncer dans les vernes ou les "arcosses", ces maudits taillis qui poussent comme du chiendent dans nos bois préalpins.

Il ne me reste peut-être plus qu'à trouver un refuge au milieu des bois et des alpages, y fumer mes jambons et saucissons en été et venir les dévorer en hiver au coin du feu en racontant des histoires à mes enfants... mais j'ai encore quelques belles courbes à tailler dans la poudreuse, qui dans les bois reste légère plus longtemps.



Je comprends mieux maintenant ceux qui sont partis chercher l'isolement dans des contrées plus lointaines. L'eldorado du randonneur est peut-être quelque part dans les montagnes bulgares, polonaises... qui ne sont pas si éloignées.

Mais, Dieu que je suis heureux quand j'arrive encore à trouver le calme et le savoureux goût de l'aventure non-loin de ma porte.

Commentaires

» Par DavidL, le lundi 01 Février 2010 à 16:41

belle prose. vive le pays des elfes

» Par vinz_z, le mardi 02 Février 2010 à 09:02

humm...rien de tel que la tranquilité des grands espaces, cela me rappelle un film..."into the wild" ou la conclusion était: "le bonheur n'existe que si il est partagé"..

» Par arzakh, le jeudi 04 Février 2010 à 18:08

Juste en résonance avec ces quelque lignes...

» Par estève48, le jeudi 04 Février 2010 à 21:52

Je partage tout cela, l'avis et la philosophie...moi aussi je fais du ski de rando nordique, du trail, de la rando, du vtt...mais toujours loin de l'agitation des foules...

» Par Timon73, le lundi 08 Février 2010 à 19:59

Salut Jean Christophe, très beau texte dans lequel je me retrouve complètement... Ah la recherche des coins encore sauvages et pas tracés dès la moindre chute de neige!
Je me suis permis de mettre le lien de ton blog, pour faire découvrir ce texte sur skirandonnenordique.com
Bonne glisse. @rvi.

» Par eric, le jeudi 11 Février 2010 à 13:51

loin de le course a la performance et au depassement de soi. il y a la marche vers le beau geste, la calme et la beauté. la recherche de l'equilibre simple.
Je l'ai plus souvent trouver a faire ce que tu decris; qu'a chercher a me depasser et allez toujours plus loin (trop), à suivre des reve de publicité qui ne sont souvent que chimere.

» Par laurence, le samedi 27 Février 2010 à 07:46

tracer des mots et les suivre , ambiance secrète et feutrée à n 'écouter que la nature qui respire , c 'est là que j 'aime vivre les randos loin de ces chronos performances

» Par francis GUICHON, le vendredi 03 Juin 2011 à 13:18

ça me rappelle quand j'habitais encore dans le Haut-Doubs où même dans ce pays de moyenne montagne, on peut trouver de belles pentes (exemple: face Est de la Dôle que j'ai découverte avec Roland Tuetey en stage telemark ANCEF à Chapelle-des-Bois). ça me rappelle aussi quand j'étais moniteur de fond à Chapelle et qu'au printemps, on faisait de longues virées sur de la neige transformée: plus besoin de pistes! C'est là où j'ai commencé à développer ma technique telemark.
Habitant maitenant à proximité des usines à ski, je ne retrouve plus la même ambiance mais j'ai quand même pu faire les classiques du coin avec mes skis de rando nordique et mes grolles basses!

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