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Pourquoi j'ai choisi le telemark

Par Jean-Christophe Roumailhac, le samedi 26 DĂ©cembre 2009 Ă  18:17 :: Telemark :: rss

J'ai longtemps skié avec une bonne paire de skis de géant, montés avec des fixations de ski de randonnée. Je les ai parfois trimballés dans des pentes assez raides, exposées ou engagées. J'ai aussi testé d'autres engins pour glisser comme le "surf des neiges", le monoski ou le skwal. Mais depuis bientôt dix ans, j'ai tout lâché pour pratiquer le telemark.

Le telemark, c'est d'abord une région de Norvège où le ski moderne, c'est-à-dire le ski pour le plaisir et non pas à vocation militaire ou utilitaire, a été inventé par Sondre Norheim.

Ce virage telemark est une connexion directe avec les valeurs initiales, ancestrales du ski, mais aussi une évolution vers un contact ski-neige plus fin, moins bourrin, surtout à l'heure où le fait d'avoir un "snowboard" à chaque pied rend le ski en toute neige très accessible et relativement facile.

Quand j'ai commencé à skier, il y avait encore des fixations à cables, des chaussures en cuir... c'était l'époque des premiers Dynamic VR17 de 2 m 07, comme ceux de Killy à Grenoble. Les skis droits n'étaient pas aussi faciles à manier que nos fabuleux jouets d'aujourd'hui et il fallait des années d'efforts pour skier en tout-terrain. Les randonneurs étaient rares. Les skieurs d'exceptions se nommaient Franz Klammer (un descendeur de légende très rapide), Sylvain Saudan, Patrick Vallençant et Anselme Baud (Vidéo de la Blanche de Peuteurey), Ingemar Stenmark ou Gustavo Thoeni (une idée du ski de l'époque) ou bien sur, Jean-Claude Killy...

Premiers pas en ski pour l'auteur de ce billet sur les pentes du mont Ventoux, à la petite station du mont Serein, dans les années 1970


Et le telemark dans tout cela? A l'époque, il est oublié, rangé dans les greniers de l'histoire du ski... du moins en France.

Loin de là, dans le Colorado, à Crested Butte, Rick Borkovec, directeur de la "Nordic Adventure Ski School" découvre le potentiel du matériel nordique en randonnée et s'essaye au virage telemark en prenant pour modèle une vieille photo de Marius Eriksen.

L'image qui a tout déclenchée, extraite du livre de Stein Eriksen, "Come Ski with me".


Le "Telemark Revival" venait de débuter, il arrivera en France dans le milieu des années 80. Anselme Baud en sera un des acteurs.

Le style et le matériel typique des années du "Telemark Revival". Remarquez le splendide bonnet, déjà vanté dans un précédent billet.


En 1989, Marc Battendier me prête ses skis de telemark de l'époque et ses chaussures en cuir, je file essayer au Brévent où je croise quelques blondes suédoises, le talon libre, bien trop rapides pour que je puisse les suivre. Le virus est inoculé, je me mets à rêver de ce ski-là. Rêve qui se concrétisera en fin à la fin des années 90, toujours grâce à Marc et à la fine équipe du PET(Promotion Ethique Telemark) aux Houches. J'achète une paire de vieilles Garmont Estremo, et je monte une 3 pins Chouinard sur une paire de Volkl Cross Carver (un grand merci à Michel Rayot de Tecnica France). Après quelques essais sur les pistes, je me lance dans ma première rando à Sulens. Puis je passe assez vite un monitorat fédéral de telemark de niveau 1.

Je progresse vite car je bénéficie de l'aide de bons telemarkis comme Thomas Berger, qui fait la promotion du telemark à l'Association Française de Telemark, ou Michel Tardivel, petit frère de Pierre, qui a fait quelques courses en coupe du Monde et ardamment milité en faveur de l'introduction du telemark dans les compétitions de Freeride. A l'époque, nous travaillons avec Pierre à la réalisation du topo "Bornes-Aravis" qui laissera un peu de place au telemark... je signe un article sur le telemark pour "Alpinisme et Randonnée", et avec Thomas Berger, nous mettons en place une rubrique "Randonnée" dans la revue de l'AFT. Et je lance le site Talon Libre, ancêtre de ce blog.

Descente du col de la Grande Casse, sous l'aiguille de la Vanoise, la technique est encore balbutiante, si l'angulation vers l'aval est là, l'appui est trop marqué sur le ski aval, la chaussure amont trop levée, indique clairement que le ski suiveur n'est pas assez chargé. Une faute courante en toute neige chez les débutants en telemark. (photo Pierre Tardivel)


J'accroche, je mords à l'hameçon à un tel point que je ne skie plus avec du matériel alpin. Je redécouvre les joies du ski, la finesse des équilibres et le dosage subtil des appuis. Je n'éprouve plus le besoin d'aller chercher des sensations en prenant des risques dans des pentes raides. Je prends de mémorables boîtes en poudreuse, je mange de la neige au sens propre et figuré (très courte vidéo prise à l'aiguille de l'Epaisseur en 2001 ou 2002, volontairement au ralenti).

Afficher/Masquer la vidéo ou Lien direct (Youtube)


Le telemark est un ski sensuel où l'on fait corps avec le terrain, on en sent les moindres variations, bien plus qu'avec le matériel alpin moderne, et la sensation de liberté procurée par le talon libre est incomparable. Mais au début, en toutes neiges, c'est souvent un vrai combat avant de goûter aux voluptés "nirvanesques" d'une glisse maîtrisée.

A la pointe des Verts, en virage sauté, les appuis se sont bien améliorés depuis les débuts (photo Pierre Tardivel).


Voilà pourquoi j'ai lâché l'alpin et aussi la pente raide pour le telemark, pour tracer de belles courbes en poudreuse et axer ma pratique sur une recherche du beau geste, de la fluidité et d'une pleine et entière fusion avec le terrain.
Voilà une pratique plus sereine du ski qui me convient pleinement. Je n'ai absolument pas la prétention d'être un telemarki d'exception, loin de là, juste un skieur qui se fait plaisir avec un bien beau virage que je n'aurais jamais fini de découvrir.
Il y a une autre raison, je suis très bien dans mes confortables et précises chaussures de telemark (des Garmont Ener-G).

Si d'aventure, vous avez envie d'essayer ou de partager une randonnée, n'hésitez pas, ce sera avec plaisir.

Pour les amateurs d'apprentissage par l'intermédiaire d'un DVD, visionnez attentivement l'excellent "Freetime", pour ceux qui apprécient le contact d'un bon livre, procurez-vous absolument le génial et désopilant "Telemark Tips" de Mike et Allen.

(Un grand merci pour leur aide et leur soutien Ă  : Marc Battendier, Pierre et Michel Tardivel, Bruno Antz, Thomas Berger, Serge Vigny, Michel Rayot, Jean-Marc Decloitre, Anselme Baud et Jean-Jacques Terne.)

Commentaires

» Par den, le dimanche 27 DĂ©cembre 2009 Ă  11:37

Salut Jean-Christophe,
pour ma part, je voulais arrêter le ski pour faire de la randonnée nordique et j'ai dérivé vers le telemark avec des 3pins et des boots en cuir.
Par la suite j'ai rencontré François Tardivel qui s'occupait de la section telemark au GUC, on faisait les nocturnes au 2 Alpes et les spectacles, de très bons souvenirs.
Je randonne en tele dans le champsaur ou je passe mes week-ends. Quand les conditions seront plus" safe" ce serait sympa d'organiser une collective dans les Ecrins.
Passe le bonjour de ma part Ă  Michel Tardivel.
A+ Denis

» Par RĂ©gis Cahn, le dimanche 27 DĂ©cembre 2009 Ă  18:24

Merci pour ce récit qui donne bien envie...
Je connais les sensations du talon libre mais en pratique randonnée nordique.

Bonne Glisse
RĂ©gis de http://www.skirandonnenordique.com

» Par Timon73, le lundi 28 DĂ©cembre 2009 Ă  19:11

Ca fait plaisir de voir cette photo du Mt Serein, et quels beaux souvenirs de montagne que ce Mont Ventoux avec son coté sud, et son coté nord surtout pour ses couloirs de Fontfiol... Que de souvenirs...

» Par zoom, le mercredi 30 DĂ©cembre 2009 Ă  19:29

Salut Jean Christophe
Après 12 ans d'essais (mais une ou deux fois par an seulement), le combat en toutes neiges dont tu parles a eu raison de ma motivation à randonner en télémark, ou même à sortir des pistes: je n'y arrive pas du tout, malgré les excellents conseils annuels de Lionel Condemine, guide et excellent monituer de tlk ! Comme j'ai l'impression de progresser encore en alpin, j'en profite et je garde le télémark pour quelques journées sur pistes lisses et bien damées , pour le plaisir d'un geste: j'avoue, je suis lâche ! :-)
I
Sinon, le Mont Serein, c'est sympa aussi, j'ai mĂŞme fait un article lĂ -dessus ! :-)

A une prochaine,

Eric.

» Par jerome, le jeudi 31 DĂ©cembre 2009 Ă  11:18

fan de ce blog en attendant de passer du côté illuminé de la force tlk
@u plaisir

» Par YvesP, le jeudi 31 DĂ©cembre 2009 Ă  17:12

Bonjour Ă  tout le monde !

Pour ma part j'ai commencé le ski assez tard, à 24 ans, puis la rando en arrivant dans le Chablais puis le telemark il y a 10 ans, parce que moi aussi je voulais faire de superbes virages. Depuis que j'y ai touché, je ne fais que ça, en station et en rando ; le virage me convient bien ( au moins je sais quoi faire avec mon ski intérieur ) et j'apprécie la souplesse des fixations et les chaussures pas trop hautes ( t2 puis t2x ). C'est sûr qu'en neige incertaine, c'est pas forcément très efficace et qu'on peut vite fatiguer mais ça fait aussi partie du jeu, un petit challenge technique quoi ;-) Et puis de tout façon, je tombe même en parallèle :-))

Si je me décide à sortir de mon Chablais Nord pour une rando telemark, je te ferai signe Jean-Christophe.

Yves.

» Par domi, le mardi 05 Janvier 2010 Ă  22:29

Salut et content de retrouver ta trace libre et ta plume...qui en quelques lignes arrivent a résumer tant de sentiments liés au telemark que je pense nous sommes nombreux a partager un jour ou plus...
Moi aussi fini le temps du telemark fanatique, je fais de plus en plus du telemark pour en savourer le plaisir avant tout pour moi, je l'avoue ! ce qui est formidable quand meme s'est qu'avec ce sport on a tous le sentiment d'etre le chainon d'une longue histoire fragile et ephémère...comme une trace dans la neige !

» Par Pen Golo, le lundi 18 Janvier 2010 Ă  23:29

Ah, je vois que le Ventoux laisse des souvenirs à pas mal de monde: le ski-club du lycée et des dynastar de 2.10m...Moi aussi je tombe en parallèle en "neige incertaine"(= tout le temps en rando:-)), mais hélas je n'ai guère l'occasion d'apprendre le tlk en Bretagne.

» Par kaiser38, le jeudi 28 Janvier 2010 Ă  14:45

y'a pas Ă  chier, c'est la classe !! merci jean-christophe !

» Par Ă©tienne, le vendredi 05 FĂ©vrier 2010 Ă  23:17

100% telemark depuis 96
c'est aux US a park city que je découvre le telem une révélation... après le ski le mono le surf le squal je découvre donc le telemark ,de retour en france je trouve du matos petite chaussure en cuir type converse etrier rotaffella le tout monter sur des 7S de 2M debut difficile mais j'aime ça puis des chaussures plastic et des chilly et la c'est le top je ne suis pas un pro mais le telem c'est fort! fort en émotions c'est pour moi un positionnement naturel du corps c'est exactement comme marcher: un pied devant l'autre tout simplement....
je suis sur les arcs et par ici il y a beaucoup de skieurs libre, bien sur je ne suis pas le premier mais je ne fais que ça. le telem c'est un double front (avis aux snowboarders) ici aux arc nous avons monter une petite assos "fente a stick " comme on dit ici:" paye ta fente paye ton stick" retrouver nous sur face de bouc sous "fente a stick"
ps .je pratique aussi le speedriding, en telem bien sur.....

telemark ! no limits....

» Par JJ, le dimanche 07 FĂ©vrier 2010 Ă  19:43

Mon fils âgé de presque 13 ans est atteint d'une maladie orpheline qui le handicape car sa peau est très fragile. Pour autant, nous avons réussi à lui faire faire du ski alpin avec du matériel de ski de fond : c'est le seul matériel qui ne le blesse pas! Dans une petite station comme Font d'Urle, dans le Vercors, il arrive à descendre une piste rouge mais il galère pas mal... Pensez-vous que le tlk puisse lui permettre de s'éclater plus encore ? Si oui, où trouver matos à sa taille et éventuels pros pour lui enseigner la pratique ? Pour info nous habitons vers Montpellier et retournons très souvent dans le Vercors.
Merci d'avance de tout tuyau...

» Par Jean-Christophe Roumailhac, le dimanche 07 FĂ©vrier 2010 Ă  20:38

Bonsoir,

Le matériel de telemark pourrait lui permettre de descendre plus facilement et de se faire plaisir.
Les skis sont les mêmes que les skis de piste, seuls changent les fixations et les chaussures. Ils existent des chaussures assez basses proches de celles utilisées en randonnées nordiques. Ce matériel est en photo ci-dessous (chaussures enfant de marque Garmont).



Il ne restera plus à votre fils qu'à essayer ce matériel pour voir s'il le trouve assez adapté et confortable.

On trouve des pros pour enseigner dans les Ă©coles de ski car le telemark est une option choisie par certains moniteurs pendant leur formation. Sinon, la FFS et ses clubs organisent des initiations et sur le Vercors il y a un club : Vercors Telemark.

J'espère qu'il pourra se régaler en telemark.

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