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Couloir du Probère

Par meeek, le jeudi 15 Décembre 2005 à 03:56 :: Chroniques :: rss

Savoie - Chaîne des Aravis

Le couloir du Probère (IGN 3531 OT), c'est cette grande lanche qui vous nargue quand vous êtes à Ugine. Quand on est môme, on entend bien sûr parler du Charvin tutélaire. On le gravit même plusieurs fois, on en apprend petit à petit toutes les coutures. On imagine des lignes d'ascension et de descente. On se familiarise avec le Golet de la Trouye, le pas de l'Ane... C'est une montagne qui a connu des drames, les anciens en parlent avec mesure et respect. Elle impressionne forcément.

Plus avant, c'est presque comme un autre royaume. Un royaume tout aussi fascinant, remarquez... En fait, c'est un ensemble, un massif en lui-même, Charvin compris. Cette "annexe" du royaume c'est celui des aiguilles du Mont. Celui du couloir des Sorcières descendu en février 86 par Chauchefoin et Tardivel. celui du Grand Praz, du Méruz et de la Mousterière... Tout auréolé de légendes, de mystères, d'histoires...

On a qu'à regarder, la muraille est assez imposante comme ça pour faire galoper l'imaginaire.

Encore avant, il y a ce fameux Probère, un toboggan de plus de 700 m qui s'évanouit vers Mont Dessous et qui naît d'un cirque rocheux pendu à 1650 m. Je sais que les chamois s'y plaisent. Je sais que Monsieur C. y a laissé sa vie. Un mien cousin a faillit y laisser la sienne. Je sais aussi qu'au début des années 90, ce "presque cône" de déjection, ce collecteur des avalanches qui balayent les pentes supérieures me nargue depuis assez longtemps.

Je pars sans mot dire. Dans la nuit. Depuis le chef-lieu et à pied (tu parles d'une marche d'approche!!!) Des VR27 Dynamic sur le dos, les pompes dans un vieux sac tyrolien, les crampons aussi, un peu d'eau, un peu de sucre. Vieille école quoi! Avec la ferme intention d'en découdre et d'aller tracer tout là-haut de beaux virages. MES virages. Un de mes premiers gestes dans les pentes raides. Peut être bien une première (?) mais je n'ose imaginer que d'autres avant moi n'aient pas déjà fait cette descente...

Bon.

L'accès de Mont Dessous est simple. L'itinéraire on ne peut plus direct. Je remonte le couloir. La pente se relève graduellement. On en a pas vraiment conscience qu'en on est dedans. La tête dans le guidon. Les contrepentes sont bien plus sévères. J'accuse la fatigue. La pente s'incline, prend de l'ampleur... Le soleil cogne déjà depuis un petit moment. Je remonte, je remonte et je me rend compte que le couloir est garni de petites caillasses, de feuilles mortes aussi. Il n'est pas rare, plus tard dans la saison, que le couloir dans son intégralité, ait une couleur brune. Je sais que les avalanches viennent s'y lover avec une certaine préférence. Charriant un peu de la montagne avec elles. Et c'est comme si une épée de Damoclès était au-dessus de ma tête. Il n'y a pas d'échappatoire possible si ça venait à dégringoler sur moi... J'atteins les 1300m. Une sorte d'angoisse mêlée à de l'excitation me tenaille le ventre. Plusieurs fois, je m'arrête. A chaque fois je poursuit. Et je grapille mètre après mètre un peu de mon rêve.

Au bas du cirque. Je m'arrête. Il va être trop tard et je sent bien que je suis dans la zone de danger. Il me faut maintenant perdre de l'altitude, m'extraire de ce piège, ne pas oublier de skier quand même! Je range l'attirail crampons, piolet. Je chausse tout en tremblant. Le coeur bat fort. J'ai sué comme une bête. Je me dis qu'il faut me hâter. Je me dis aussi qu'il ne faut pas que je fasse n'importe quoi... "Assures tes premiers virages, fais pas le con... Tes cuisses c'est du béton..."

C'est quoi? Du 45°? Ouais... Ca doit être ça... Et puis du 40° aussi. Bref, la descente se passe sans problème. A chaque virage, je me relâche un peu plus. Je gagne en confiance. J'ai l'impression de respirer à nouveau. Finalement meeek sort le couloir. Il en est pas peu fier.

Je remballes tout l'attirail et galope vers la ville. Planques mes affaires à la cave. Les parents n'en sauront rien (ce n'est que plus tard que je me rendrais compte de ma bêtise et que je prendrais pleinement conscience de la stupidité de mon comportement (seul et en cachette sans avoir prévenu personne...))...

Tout le Charvin a conservé, et ce, malgré les ans, un incompressible pouvoir de fascination. Je ne pense pas être le seul sur lequel il s'exerce... Je vois encore les "lignes", les "voies", les descentes et les noms que je leur donnais à l'époque. Je me souviens aussi que les jours qui ont suivi cette petite folie, ma mère ne cessait de me demander pourquoi j'avais ce drôle de sourire vissé au lèvres...

Commentaires

» Par Jeroen, le samedi 17 Décembre 2005 à 19:36

Ah les premières expériences en montagne, toujours sensas !

» Par ABo, le lundi 26 Décembre 2005 à 14:36

Je vais y dire à ta mère que t'as fait le Probère !

» Par meeek, le vendredi 30 Décembre 2005 à 14:32

Boah! Trop tard!!! Je l'ai dit dernièrement... Mon père a faillit avaler de travers la blanquette de veau!!!

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