Après une saison hivernale déjà intense (Noctibauges, TSF, Alpi Grand Bo) et ma première
Pierra Menta, j'avais laissé retomber la pression de la compétition pour simplement se retrouver en montagne avec des potes.
Mais le virus était toujours là, redonnant l'envie de s'entrainer jour après jour afin de préparer le Courmayeur-Champex-Chamonix, ses 86 km et 4500m de D+.
La préparation
Après le PMT mi-mars, un raid fantastique dans le Val d'Anniviers en Avril, j'ai eu un gros coup de moins bien fin juin, début juillet.
L'apothéose de cette plongée abyssale se situant lors de la montée du
Nid d'Aigle à Saint-Gervais où j'ai littéralement explosé, ne finissant que parce que c'était moins long d'arriver au sommet pour prendre le train.
Finalement ce fut un mal pour un bien, primo je n'avais pas abandonné, deuxio il était grand temps de se reposer.
Coupure totale d'une semaine, restait 1 gros mois pour se préparer.
Un peu de vélo ou de VTT pour l'endurance et se préserver des lésions musculaires, un peu de route pour conserver une vitesse de base correcte et faire un fractionné relativement rigoureux.
Et de longues, très longues journées à arpenter les Bauges ou la chaîne de l'Epine (les fameux OFF comme dit Stef).
La répétition générale
Une
quinzaine de jours avant, en 2 jours :
http://www.skitour.fr/blog/grizzly/535-le-tmb-sur-2-jours
Déjà dur mais plein d'enseignement et une stratégie de course qui se dessine :
- découper la course en 2 avec un arrêt de 30 minutes à Champex pour se refaire la cerise, se changer, manger du solide et se faire masser
- ne pas courir dans les montées mais marcher vite et surtout pousser fort sur les batons
- se débrouiller pour faire la montée de Bovine de jour
- partir sur une base de 14 heures
- lâcher les chevaux après Vallorcine
La dernière semaine : le stress au max
Sans arrêt à l'écoute de son corps, les intestins, les chevilles, la gorge, les oreilles.
Pour tenter d'enrayer l'infarctus, 2 journées en Vanoise avec mes enfants.
Y'a pas mieux pour te changer les idées, t'es en permanence occupé à les surveiller, les distraire, les faire avancer, bref plus une minute à penser à toi, idéal.
En plus, c'est leur premier 3000 (l'Observatoire), il connaisse maintenant Franck de la Parrachée et j'ai fait le plein d'images positives (à ressortir dans la douleur).
La veille
Faire son sac, le défaire, le refaire, ... Ne rien oublier, prévoir s'il fait chaud, froid ou les deux.
Et finir par une petite nuit à ......... refaire mentalement le sac, le parcours, ...
Le Jour J
Direction Cham' puis navette pour
Courmayeur-La Dolonne, remise des dossards, des consignes, l'organisation est vraiment tip-top.
Deux heures à attendre le départ, ça parle pas beaucoup, on sent la concentration.
Enfin à 12h05, c'est parti et déjà mal placé en queue de peloton mais en trottinant pépère, on remonte le flux. Certains ont des sacs incroyables (à se demander s'ils n'ont pas une tente et le réchaud).
Faut juste éviter les pointes des batons (ce serait dommage de se faire piquer comme une vachette).
Montée de Bertone puis Arnuva
On ne court pas mais ça avance déjà fort (900m/h), déjà quelques trailers qui payent un départ trop rapide.
Bref en moins d'une heure, c'est torché, je saute le ravito et enchaine le sentier balcon en groupe où ça court quasiment tout le temps jusqu'à Arnuva.
Là, ça clignote un peu à l'orange dans la tête, attention à l'euphorie.
Le Grand Col Ferret : le pire passage
Je me calme et laisse un peu filer, il est temps de trouver son rythme de croisière.
Mais c'est dur, décidément le chemin est taillé trop raide et ne permet pas un bon déroulé du pied (la fameuse "trace" du skieur de rando ni trop pentue, ni trop douce).
Au sommet, il fait froid et on file sur la Peule, descente d'abord agréable sur un chemin de terre puis plus raide, les quadri et lombaires souffrent.
Première vraie pause, du Maxim à boire et à manger et un peu de Coca.
La Peule-Champex : roulant et long
Il faut courir et pas se poser de questions. Un sorte de regroupement s'opère et permet d'arriver à Praz de Fort, dernier ravito avant de monter sur Champex.
Je monte à mon rythme, je double, je me fais doubler mais qu'importe chacun sa course.
J'aime bien marcher sur les aiguilles de pins, une vraie moquette qui soulage les articulations.
Champex : une vraie pause à la mi-course
Un grand merci à l'ancien qui s'est occupé de moi. J'ai eu droit à un bon massage, me suis changé en prévision de la nuit et mangé un gros plat de pâtes et une bonne soupe.
J'ai même visité un bunker de la défense passive qui a enfin servi à quelque chose (les sanitaires en l'ocurence).
La fameuse montée de Bovine
Redémarrage un peu dur mais ça descend calmement à la sortie de Champex, il fait encore bien clair et j'aurai cette montée de jour.
Rencontre avec Anael, un pyrénéen skieur de fond qui progresse comme moi et avec qui j'irai jusqu'à Vallorcine.
La nuit arrive mais on est déjà sur le sentier balcon dominant Martigny.
A Bovine, mon seul incident de course, la poche à eau n'a pas supporté le thé trop chaud et c'est la fuite. Merci au gars du Portalo pour le sac plastique qui me sauve de l'inondation.
Mais il y a pire, dans la descente, je double pas mal de monde avec des éclairages fort insuffisants voir inexistants (ou l'histoire du type qui s'est allégé au départ de sa lampe de secours et en panne de sa frontale, 50g de gains pour 6h de galère).
La Forclaz puis Trient
La nuit est bien installée, ça déroule bien jusqu'à la dernière pente avant Trient où Anael s'en met une sur les copeaux censés absorber l'humidité du chemin.
Petite pause où je saute sur du salé, presque une envie de femme enceinte.
Les Tseppes et Vallorcine
La dernière grosse montée, un quasi-vrai bonheur jusqu'à une petite glissage et une crampe terrible au mollet, impossible de se remettre debout puis finalement ça passe et on repart.
Je prends un peu plus le temps au ravito, tout le monde à l'air à fond, les traits sont tirés. Grosse soupe bien salée, thé bouillant et feu flamme sur Vallorcine.
Dans le vent, la nuit (heureusement à 2, on peut un peu blaguer). Anael fatigue un peu et j'accélère, espérant trouver un kiné à Vallorcine.
La dernière ligne droite
Point de kiné mais encore de la soupe, du coca. Je laisse Anael avec sa femme, Fanny et je sens qu'il ne faut pas s'éterniser.
Drôle de se retrouver seul sur le chemin des diligences, je me mets donc à faire la course avec une frontale aperçue juste dernière moi, ça court ainsi jusqu'à Argentière où je ne m'arrête quasiment pas (juste un thé).
Re-course avec un autre gars qui couine un peu en montée mais descend à une vitesse incroyable, impressionnant dans la nuit.
Mais que ce fut long après le passage le long de l'Arve. De jour, tu vois le golf, les Praz, la benne du Brévent, la piscine mais de nuit, c'est juste des lumières.
Enfin Cham' et 2 trailers juste devant moi, j'en remets une petite et termine quasiment au sprint.
L'après-course
Les 2 trailers sautent sur une bière, la ligne à peine franchie (ça devait faire un moment qu'ils y pensaient). Je déguste un yogi thé (j'avais plus vu le barbu depuis les Noctibauges).
On passe en mode auto, récupérer les affaires propres, prendre une douche chaude, se faire soigner une petite ampoule, se faire masser, manger un peu, dormir un peu (1h30).
Je retrouve Anael, il a mis 1h de plus pour rallier Cham', il ne pouvait plus courir.
Samedi 8h, les coureurs arrivent encore et encore, c'est tous des champions, ils ont vaincu la nuit et sont simplement heureux de franchir la ligne.
Pour en finir avec les chiffres, une 69-ième place en 14h30, contrat rempli.
Merci pour ton récit ! On sent bien la longueur de la course et les cols qui s'enchaînent, Bravo pour la perf'
L'an prochain on fait une collective 
Désolé, c'est un peu long mais entre ceux qui veulent savoir ce qu'on mange, comment vont les jambes, comment on gère, quels ont les points noirs, ...
Heureusement que j'ai pas fait le grand.
Super compte rendu.
Bien renseigné et surtout qui donne envie de s'y mettre.
Bonne récup.
superbe résumé de ta course...avec la quasi sensation d'y être (avec ou sans frontale, seul ou accompagné, mais de plus en plus crevé au fil du récit).
Bravo
Tres sympa ta course, si ce n'est que 14h pour ce tronçon c'est super rapide pour moi.
Merci pour les photos des repérages CCC et UTMB qui m'ont fait découvrir des paysages que je n'ai traversé que de nuit.
Quant à la Pierra Menta, cela reste du rêve à l'état pur
Didier L'dingo