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Les Immoks vers Pangnirtung et le sommet n°1 à droite

Le fjord au couchant

La vue vers Pagnirtung depuis le sommet n°1

Un autre sommet du coin

Le Qajaq Peak et la grande pente que nous allons skier

Arrivée sur le fjord

Dans le couloir invisible, on aperçoit la tente sur la banquise.

Sortie du couloir

La grande pente finale du sommet n°1

En montant au Qajak Peak

Les sommets de la veille et l'avant veille

Le coin, assez alpin quand même

La neige, pas tant pire !!!

Le fond du fjord de Pangnirtung

Baffin (6/7) - Ski de rando avec une carte au 1/250 000

Par Cisou, le vendredi 05 Octobre 2007 à 12:20 :: Récit de voyage :: rss

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Pangnirtung

En faisant quelques courses au Northean, nous tombons sur la seule caissière du village, parlant français, ils ne sont que 7 à Pang d'après elle. Elle nous raconte avoir accueilli Nicolas à son retour. Ils auraient souffert d'un froid très vif, -36°C avec du blizzard. La tempête a d'ailleurs sérieusement secoué une expé qui était passée par la calotte. Ils ont dû être secourus avec de graves gelures.

Un peu plus tard, assis à une table de pique-nique devant le Visitor Center fermé, nous essayons l'essence que nous venons d'acheter, un peu dubitatifs, l'ayant payé cinq fois moins cher qu'à Qikiq. Mais elle brûle vraiment très bien.
Un canadien de Gaspésie, nous aborde, tout heureux de parler français. Il bosse dans le coin depuis 7 jours, c'est son second séjour par ici, il a un accent marrant.

Le tintamarre des skidoos, quads, voitures et autobus qui se succèdent sur la route du village nous aggresse. Nous sommes impatients de quitter au plus vite la civilisation. Prenant la route du village vers le nord, nous sortons rapidement de la ville.

A la hauteur de la décharge publique, incommodés par les odeurs, nous coupons droit à travers les immoks pour rallier la banquise lisse. Le bord est très chahuté, bien plus qu'autour de Qikiq. Sur plus de 100m les morceaux de glace fracturées se dressent en tout sens. Les tempêtes au large, en poussant la banquise vers le fond des fjords, provoquent ce phénomène. Nous sommes même obligés de troquer les skis contre des crampons pour franchir l'obstacle.

Après 3 heures de banquise, nous ne sommes pas encore en vue du moindre bout de pente skiable, mais nous ne désespérons pas. La nuit est chaude. Les lueurs du soleil sont encore visibles à deux heures du matin au nord de notre tente, étrange situation pour nous autres.

L'ascension au hasard

Départ à 8h pour une heure de pulka-banquise. Nous les abandonnons pour remonter sac au dos, un vallon très caillouteux et fort peu avenant, qui doit nous mener au confluent de deux glaciers repérés depuis l'avion lors du vol Qikiq-Pang.

Il faut dire que la carte dont nous disposons est largement imprécise pour une ascension, 1/250 000, nous allons faire 3 splendides randonnées aux paysages très variés dans un carré de 3cm sur 3 !

Pour la première, beaucoup de distance, plus de 10km aller, mais malgré l'aspect peu ragoûtant du terrain, la montée se déroule sans déchaussage, ni même de dry skiing.
A chaque ressaut, c'est pile ou face, à gauche ou à droite. On cherche si possible à parvenir au point skiable le plus haut du coin, et hasard ou grand nez, on y parvient après 5h30 de montée et 1600m de dénivelé. Sans aucun doute ce n'est pas un rythme de compétiteur, mais vous l'aurez deviné, nous sommes plutôt des contemplatifs.

La descente est une suprise totale, 1600m de bonne neige, dans un terrain très joueur, avec juste ce qu'il faut comme place entre les rochers, du grand ski avec rien à jeter, et je ne me doutais de rien. J'étais résolu aux traversées-conversions en compensation du panorama vierge et inoubliable. Mais non, nous eûmes le beurre et l'argent du beurre, incroyable.
Reprenant nos pulkas, on pousse encore un peu vers le nord pour dresser un camp fixe d'où nous rayonnerons.

Le couloir invisible

Juste au dessus de la tente, un vallon suspendu. Les aperçus que nous en avons eus, laissent peu d'espoir de sortie skiable vers le haut, mais j'essaye quand même. Dans le bas, les 15cm de neige fraîche repose à même des dalles de granit, la montée n'est pas aisée, la descente de cette partie sera pire.

A l'entrée du vallon suspendu, un couloir sud sort presque sur un promotoire dominant le fjord, en face un autre couloir me fait de l'oeil, le soleil jouant à cache cache avec moi à son sommet. J'y cède, et après beaucoup d'efforts à tracer dans une poudreuse très froide ce couloir d'une dizaine de mètres de large et de 500m de haut à 35° et plus, je débouche sur une large crête peu inclinée dominant la vallée suspendue, crête qui semble se poursuivre sans obstacle jusqu'à un sommet voisin de celui de la veille. N'écoutant que mes envies, je poursuis jusque là- bas. Au total 1400m en 5h, encore un rythme de sénateur.

J'ai oublié de vous dire qu'il fait toujours grand beau, froid à l'ombre et très doux au soleil. Je fait une longue pause casse-croûte au soleil en tee-shirt et sans gants. En fait, ça fait trois jours de grand beau insolent, sans un nuages et ça durera encore les trois jours qui nous séparent du retour. La montée finale est un labyrinthe entre les rochers, peu pratique à gravir, un régal à descendre, une spécificité du coin ?

Le couloir est bon, mais la suite très casse-gueule, la poudre a si peu de consistance, que je suis régulièrement en dérapage sur les dalles de granit, je crois bien que je m'en suis collé une.

Le sommet choisi

Cette fois-ci, point de hasard, de sommet que l'on trouve par tâtonnement, l'objectif est clair, attentivement repéré par mes soins, lors des deux ascensions précédentes. En plus ce sommet a un nom, le Qajaq Peak. Il y a même une borne géodésique au sommet.

Après une heure de montée, nous apercevons une tente et deux personnes autour, vers le fond du fjord. Probablement Eric et Jean-Pierre un peu en avance sur leur programme. Ils vont passer sans nous voir, notre tente étant sur l'autre rive du fjord, de plus ils ne nous cherchent pas.

Nous longeons un premier lac, laissons à notre droite une vallée glaciaire bordant par le nord les sommets de la veille et l'avant-veille, traversons un second lac encore dans l'ombre qui nous semble un congélateur, pour déboucher au soleil sur un troisième, idéal pour une halte réparatrice.
Nous montons depuis 4h et n'avons gravi que 700m, il est vrai qu'il y a de la distance.

La vallée se sépare encore devant nous en de multiples branches, au moins 3 cols et un cirque glaciaire que l'on devine à droite. Notre sommet est enfin visible, mais n'a aucune allure. Un passage plus raide et plus étroit constitue la dernière incertitude, comme les vues lointaines me l'avait laissé deviner.

A 900m je tombe le pantalon, il fait définitivement trop chaud, on laisse veste polaire et crampons sur un rocher et s'est reparti. La difficultée n'en est pas une et c'est tout à ski que nous parvenons à un collet vers 1350m avec vue sur le nord. Cathia capitule et je poursuis jusqu'au sommet qui doit faire autour de 1550m. Il est tout à fait dans le style des deux autres : "apparement compliqué à gravir et finalement un régal à descendre".

La descente est très longue, presque 3h30 à cause des longues traversées de lacs et le retour sur la banquise, sans parler d'une zone de traversées-conversions fort désagréable en partie basse.
Nous avons mangé notre pain blanc en haut, dans une neige vierge, un peu lourde mais bien sympathique quand même, y a qu'à voir les photos.

Le retour

Réveil 7h, départ 10h, un timing à la JP ! Pour notre défense, nous ne sommes pas vraiment motivés, au programme 13km de banquise avec une pulka vide, tu parles d'un challenge. Pas envie d'arriver au bout, finalement, on était vraiment bien tout les deux dans notre petit confort quotidien. Nous redoutons surtout de tomber sur Eric et Jean-Pierre. Mais aucune tente en vue, lorsque nous dressons la nôtre sur la banquise aux abords du village.

En fait, nos deux ex-compagnons pour des raisons qui m'échappent encore, ont terminé dans un des rares hotels du village, à 100$ CAN la nuit par personne, histoire de prendre une douche et faire sécher la tente. Pour comparer 100$ c'est le prix de la chambre pour 4, dans le motel à Ottawa, pas de doute la vie est plus chère dans le Grand Nord.

Nous les retrouvons au matin dans le magasin de souvenirs authentiques, pas donnés d'ailleurs, mais c'est de l'art Inuit. Retrouvailles glacées, nous évitons les sujets qui fâchent.

Petit à petit, par Eric, nous en saurons plus sur leur traversée. La neige a manqué sur la moitié du parcours, leurs pulkas n'ont pas résisté, le fond est fendu en plusieurs endroits, l'un des brancards est arraché. Ils ont utilisés les cabanes de secours pour dormir, le montage / démontage du camp s'en est trouvé accéléré. Jean-Pierre a refait quelques erreurs de trajectoire et de lecture de carte, allant jusqu'à nier les avis d'Eric, dont la vue perçante avait déjà repéré la cabane du soir. L'ambiance n'a pas été aussi sympa que chez nous.

Dans l'aérogare, deux canadiens équipés pour une expé, attendent le même avion que nous. Nous discutons. En cinq minutes ils ont jaugés Jean-Pierre, qui, il faut l'avouer, est ce matin là d'humeur pénible. Systématiquement, il contredit d'un ton docte, tous les points de leur récit. On s'accomode tous de demi-vérité comme "la neige est glissante", mais lui non; comme il existe des contre-exemples, on ne peut pas affirmer celà; vous voyez, "le genre pinailleur" !

Coïncidence, nos deux canadiens étaient eux qui nous ont doublés en skidoo sur Broughton fjord et ont tracé le glacier du Couronnement deux jours avant nous. Ils ont un peu souffert en faisant le tour du Mont Asgard, le parcours se révélant très alpin, mais ils sont ravis de leur expé, nous aussi d'ailleurs, même si nous sommes très jaloux.

Le reste du voyage n'offrant pas trop d'intérêt (ni panne, ni retard, ni tracasserie avec les douanes ou la sécurité), je vous l'épargne.

Et si un voyage dans ce coin vous tente, le dernier opus de cette saga, vous livrera mon retour d'expérience, avec les détails pratiques.

suite et fin

Commentaires

» Par DavidL, le vendredi 05 Octobre 2007 à 16:46

ah les expés...
galères, engueulades, prise de tête et quelques jours de bonheur total... qui font qu'au retour, on ne pense qu'à repartir.

» Par Rozenn, le samedi 06 Octobre 2007 à 15:28

Le guru s'en serait mis une dans une pente au chiffre indicible... J'aurai aimé voir ça !
Merci pour ce récit haletant!
Bises et à bientôt Guru (je compte prendre des cours pour dire les chiffres qui vont bien cet hiver!)

» Par Cisou, le mardi 09 Octobre 2007 à 17:43

Et non Rozenn, le chiffre était juste dicible : 4.1 pour ce couloir, mais le planté de baton dans le granit, a pêché dans une section qui n'était pas la plus raide ;-)

» Par Marc Breuil, le lundi 31 Décembre 2007 à 15:58

Bonjour Vincent,
Après cette expérience malheureuse, je crois qu'il faut être lucide et ne pas penser que tout est de la faute de "pas de chance". Sinon, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les ennuis reviendront la prochaine fois sous une autre forme. Il faut analyser les erreurs commises (le récit montre qu'il y en a eu pas mal), examiner leurs conséquences et revoir toute la phase de préparation afin d'y remédier. Penses à la célèbre citation du duc des Abruzzes et, en ce 31 décembre, bonne année et bon futur Grand Nord. Tu peux toujours me contacter pour des infos sur Baffin.

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