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Le sommet (pointe de gauche) vu du pied du couloir, il faut y croire...

300m plus haut, ça parait déjà mieux...

Coup d'oeil en arrière, le fjord et Cathia

La sortie du couloir vu du sommet, ça fait raide !

Le sommet sud, bien pelé et le second couloir que l'on devine dans la grosse faille

Vue d'ensemble du couloir n°1

Descente du sommet n°2, l'anonyme

Le bas du couloir n°2, le dry skiing est proche

En quittant Maktak à droite, au fond le Couronnement

Le couloir n°1, entaille la partie gauche de cette grande face rocheuse.

Le couloir n°2 dont le soleil léche encore le bord

La trouée empruntée par Cathia

La tente et la skidoo-route.

Le brouillard vous cache le bas, mais il y a de l'ambiance

Vue d'en haut vers l'est

C'est trop beau, non

Vue d'ensemble du couloir

Que diriez-vous de skier celui-là, 900m tout de même.

Que revoilà dans son contexte, pour les amateur de grimpe

Baffin (5/7) - Les Couloirs

Par Cisou, le vendredi 28 Septembre 2007 à 12:27 :: Récit de voyage :: rss

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1er couloir : une première ?

-12°C, la nuit est chaude ou on s'habitue ? Du coup on s'épluche, adieu bonnet, polaire, caleçon, chaussettes.
Au matin, il fait beau, le couloir tournant au dessus de notre camp, pourrait déboucher sur la crête, quelques 900m au dessus du fjord, en tout cas nous l'espèrons.
Nous attaquons skis aux pieds, bien tranquillement. Dans un goulet assez large, la neige est dure, un peu lustrée par les coulées successives et Cathia, inquiète, dépose ses skis et poursuit à pieds.
Deux cents mètres plus haut, une zone de neige molle et pourrie l'arrête définitivement, d'autant plus qu'elle angoisse pour la descente. Après 50m de descente face à la pente, elle regrette, et ses skis et d'avoir angoissé, c'est vraiment très facile.

Je poursuis donc seul, pas très vite, car la neige par endroit cartonnée ne m'inspire qu'une confiance limitée. La couche superficielle glisse parfois. Il fait de plus en plus chaud, j'étouffe, pas d'autre solution que de retirer mon pantalon et finir en collant. Je suis carrément inquiet lors de la maneuvre, qu'une de mes coques, toujours solidaire de son ski, n'en profite pour se faire la belle dans la pente. J'aurais l'air malin à redescendre ce couloir en chaussons. Il est quand même passablement parsemé de rochers, de ressauts en glace, et de virages. La pente fait un bon 35°, de haut en bas, sans un replat.

Je suis toujours à ski. La solitude est très sensible. Il reste un dernier coup de cul juste sous le col, un peu trop chargé à mon goût, je l'évite par la gauche. Le vent m'accueille, il est urgent de se rhabiller. La crête est totalement dégarnie. Encore 100m à pieds dans les blocs, la terre gelée et les plaques de glace, pour parvenir au sommet qui domine violemment le couloir.

Je cherche à apercevoir Cathia, près de la tente, mais rien. C'est étrange. Je suis un peu inquiet et en même temps, je ne comprends pas bien ce qui aurait pû lui arriver. Retour au col, je la vois enfin.

Je repars vers le sud, pour jeter un coup d'oeil au couloir voisin, très étroit et pas entièrement visible, avant de me jeter entièrement cette fois dans une descente de rêve. 900m d'un coup ou presque, avec juste une pause au milieu pour reprendre mon souffle, la vue est belle, la neige est plutôt bonne, les cailloux ont le bon goût de ne pas trop affleurer, mais ça reste du ski concentré de par l'engagement du lieu. En 10mn j'ai rejoint Cathia, qui séduite par l'ambiance avait fait une longue pause au sommet du cone d'avalanche, au soleil, face au fjord, mais inopinement hors de ma vue.

Second sommet : anonyme

Le temps se dégrade, il neige vaguement, nous faisons la sieste en discutant de nos options pour la suite : ski autour de Pangnirtung, avancer notre retour pour la France ou tourisme à Montréal-Ottawa.

Au matin le temps est toujours incertain, il y a un peu de vent, nous tirons notre flemme, lecture et papote, occupent la matinée. Ah, le plaisir de se raconter nos "aventures" en montagne; à se demander, si on n'a pas autant de félicité à se les remémorer qu'à les vivre.

Vers 11h, le temps semble s'éclaicir, nous décollons pour un peu moins de 5h de marche, sortons du fjord du Couronnement et traversons celui de Maktak, la lumière est superbe, la neige bien agréable.

La température est négative, mais il n'y a plus un souffle d'air et le soleil couchant chauffe encore. J'en profite pour faire ma toilette avec un bol d'eau chaude, un savon et un brin de serviette, nu, enfin presque, puisque j'ai gardé mes chaussures de ski. Dommage pour vous, on n'a pas pris de photo.

Mon thermométre s'étant cassé, je n'ai plus d'informations rigoureuses, mais il nous semble faire doux. Il vente et neige toute la nuit et une partie de la matinée.
Nouvelle grasse mainée donc, l'amélioration se pointe comme la veille et je décolle seul vers 13h, sans pulka, direction le couloir juste au dessus, on verra s'il existe un moyen de passer. Cathia en profite pour se laver au chaud dans la tente. Avec le soleil, il y fait plus de 20°C.
A peine passé 100m de dénivelé, je m'enfonce dans une gorge tortueuse, très caillouteuse, mais au prix d'un peu de dry skiing, ça passe. Le campement est dorénavant totalement invisible, derrière une rupture de pente. Le canyon se sépare en deux, à droite une cascade de glace, à gauche un ravin encore plus étroit, 5m de large, peu de pente, du coup ça passe « dré dans le pentu » et heureusement.

3h45 plus tard, je débouche sur un sommet parmi d'autres, aucune individualité, un tas de cailloux semblable à son voisin, à environ 1250m. Il y a quelques nuages qui montent vers moi. La neige de la nuit est excellente, encore une descente magique, complexifiée par l'étroitesse des passages plus que par la pente. Ça passe tout à skis, mais il faudra peut-être refaire la semelle. 17h30 à la tente, 30mn d'avance sur l'heure limite annoncée.

Le temps repasse au grand beau, il fait plus froid. Dans la soirée, une pièce en plastique de la pompe à essence du réchaud a cassé. Nous l'avons bricolée avec du scotch gris armé, mais Cathia n'est pas tranquille et souhaite se rapprocher au plus vite de la civilisation. Malgré un soleil radieux et le merveilleux couloir skiable croisé après une heure de marche, nous maintenons le programme prévu : banquise le plus loin possible. Par exemple jusqu'au pied d'un autre couloir que j'ai repéré à l'aller. On sera alors le long de l'autoroute à skidoo du coin, à seulement une journée de marche du village. C'est à environ 20km.
Nous croisons successivement deux skidoos qui s'arrêtent pour discuter un moment, les premiers depuis 6 jours. Il y a eu une tempête à Qikiq, personne n'est sorti et les avions n'ont pas pû aterrir. Amusant, les conditions ont été bien plus clémentes pour nous, à 30km à vol d'oiseau.

Second couloir --> la gloire

Après 7h30 de marche effective, nous dressons le camp au pied de deux couloirs superbes. L'un très encaissé, est bordé au sud d'une falaise de granit et au nord de multiples cascades de glaces. Il me tente terriblement, mais la certitude de devoir le remonter skis sur le sac, avec les dangers objectifs et l'absence de casque, me fait renoncer. L'autre offrira sans doute aussi du bon ski.

C'est plus une grande pente qu'un couloir, quoique le haut se resserre fortement sur 300m. Une couche de neige fraîche d'une dizaine de centimètres repose sur un fond dur, pas toujours régulier comme me l'apprendra la descente. Ça passe tout à ski, même si je dois sérieusement me battre dans les 50 derniers mètres, en neige sans consistance, 50cm de gobelets directement posés à même les cailloux.

En effet, j'ai évité l'option simple et directe au fond du couloir, car il est très chargée. Déjà plus d'un mètre de neige meuble avant le raidillon final, alors pas question que j'y fourre mes skis. Au moins les gobelets ne m'enverront pas en bas avec la pente, j'y laisserais juste encore un peu de semelle.

Je rejoins le sommet du coin où j'espère retrouver Cathia qui est montée par le sud, la pente vu d'en bas l'ayant impressionnée. Je ne l'aperçois pas. Le ciel est insolemment bleu, on devine la mer libre de glace, tout au fond à l'horizon. Derrière moi, le sommet de l'avant veille, est bien visible et même au loin, le premier couloir se devine. On voit aussi la calotte de Penny, que nous ne foulerons pas cette fois-ci.

Encore une descente d'anthologie, je soigne ma trace, la neige est un peu plus physique que l'avant-veille, elle me contraint à faire trois pauses. Le soleil l'a déjà travaillée, mais elle reste excellente. Je n'en reviens pas de mon aubaine.

La tente est visible tout au long de la descente, déjà elle m'avait donné l'échelle en montant. Cathia n'est pas encore là, mais en déboulant sur la banquise, je l'aperçois qui en fait autant, un kilomètre au sud. Elle n'a pas pu rejoindre le sommet, empêché par des falaises, du coup elle a opté pour un col plus au sud avec vue sur la calotte.

Un skidoo s'arête sur l'autoroute à 50m derrière la tente, l'inuit descend, et montre intrigué, à sa femme et sa fille, mes traces dans le couloir. Nous sommes dimanche, et tous les inuits qui sont descendus passer le week-end dans leurs cabanes plus au sud, pour faire la fête ou pêcher, vont s'arrêter de même en regardant les traces. Il est vrai qu'elles ne ressemblent pas vraiment à celles que font les rares animaux du coin. Ils n'en avait jamais vues de pareils.
Deux jours plus tard, l'un d'eux m'abordera dans la rue, pour me féliciter et essayer de comprendre: "Mais vous n'avez pas peur ?" et encore plus tard dans l'aéroport d'Iqualuit, un autre en partance pour l'université, me reconnaissant, viendra me serrer la main en s'extasiant de mon intrépidité. En fait, le ski leur est inconnu, ils jouent au hockey et dispose même d'une patinoire à Qikiq, mais pas de ski, même pas de fond.

Pour l'heure, nous sommes heureux, l'ambiance est à la rigolade, du coup je bois la tasse (à force de dormir sur la mer) et Cathia sors les pieds devant... de la tente, et oui c'est plus facile. On se couche tôt, car une grande journée de banquise nous attend pour le lendemain.

Lendemain gris d'ailleurs, où les heures succèdent aux heures, monotones. Encore 20km de parcourus et nous dressons la tente juste à côté de l'aérogare. Avec deux avions par jour, nous ne devrions pas être trop gênés par le bruit. En fait, ce sont les chiens qui hurlent et les skidoos en vadrouille qui nous pourrirons nos nuits ; on s'habitue vite au silence.

Je vous passe les péripéties pour tenter de modifier nos vols, apprendre que seul GNGL peut le faire, et les ayant joint par téléphone via mon épouse, constater qu'ils se sont contentés d'envoyer un fax, sans rien suivre du dossier. Celui-ci est bien sûr resté en panne dans un coin. Du grand n'importe quoi ! De toute façon, les vols sont pleins et le prix initial obtenu par GNGL étant extrémement bas, il nous faudrait quasiment doubler la somme pour changer d'avion. Nous nous contentons d'un vol simple sur Pangnirtung, le sur-lendemain.

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Commentaires

» Par Jeroen, le vendredi 28 Septembre 2007 à 19:47

Ah ! Du ski, et du grand visiblement. Ton nom est gravé pour la postérité sur cette terre. Le ski par chez nous ça engage déjà pas mal, mais perdu comme tu étais, il faut un certain aplomb. Bravo !

» Par papaseb, le samedi 29 Septembre 2007 à 21:58

Magnifiques photos et récit toujours aussi captivant!!

» Par jyp, le lundi 01 Octobre 2007 à 21:51

Merci de nous faire profiter de cette belle aventure, ça fait vraiment rêver.

» Par manu38, le mardi 02 Octobre 2007 à 15:44

que c'est bon ces récits du grand Nord, génial ! Et bien content de constater que vous avez pu en profiter après toutes les galères :)

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