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Au sortir de la tente, le glacier du Couronnement

Le camp 5

C'est parti

Les séracs

Vous avez vu la fissure, façon "L'âge de Glace"

La morraine un peu cahotique

Jean-Pierre au centre de la photo, nous crie sa décision

Panorama vers le sud au point ultime de notre avancée.

Le glacier du Couronnement, totallement impraticable, vous serez bien de l'avis de JP !

Le front de glace vu de la rive droite (Est)

Zoom ! Cherchez notre petite tente de l'autre coté du fjord

La zone fracturée en bord de fjord dûe aux marées

En remontant le couloir pour apercevoir les autres

Baffin (4/7) - L'imprévu

Par Cisou, le vendredi 21 Septembre 2007 à 09:54 :: Récit de voyage :: rss

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Le front du glacier

La journée de retard par rapport au programme initial, est inquiétante car le grand beau temps et la bonne neige, ne peuvent en rien la justifier. Nous avançons moins vite que prévu. Impossible de raccourcir les pauses, en revanche on pourrait peut-être se lever plus tôt. Aussi nous avions décidé tous ensemble de mettre le réveil à 5h. Comme les autres sont loin et sont plus lents que nous au décollage, nous conservons nos habitudes, lever 6h et au moment de partir, il n'est que 8h, pourtant nous n'avons vraiment pas eu l'impression de nous dépêcher. Evidemment les 2 autres ne sont pas en vue, mais comme il fait un temps spendide, sans un nuage et que les difficultés visibles vont nous obliger à quelques allers et retours sur un terrain cahotique, nous nous mettons en route. Cette falaise glaciaire qui se jette dans le fjord gelé est impressionnante, elle fait plus de 3km de large et peut-être 30m de haut. Je fais quelques photos, l'ambiance est euphorique. La trace est faite, donc pas d'inquiètude sur l'itinéraire, si les autres sont passés pourquoi pas nous. Il était connu que ce passage constituait une des incertitudes du parcours, un front glaciaire, par nature changeant, pouvant être compliqué à franchir. Cette année, sans être simple, il est fort aisé pour un piéton, un peu acrobatique pour un skieur et carrément folklorique pour un skieur équipé d'une pulka. Le piéton avec la-dite pulka étant à peine plus à l'aise, il nous faudra décharger partiellement les pulkas et en transporter le contenu à dos d'homme (et de femme) sur moins de 150m de dénivelé. Après une première tentative à ski, puis à pieds, puis à deux par pulka, il nous faut nous rendre à l'évidence, ce ne sera pas tout simple. Aussi, plantant là les pulkas, nous entamons à skis avec le minimum, l'ascension du front glaciaire. Parvenu au faîte de la moraine latérale, nous avons une vue d'ensemble sur la suite qui apparaît tranquille à nos yeux. La trace serpente un peu, elle contourne ou franchit sans doute quelques grosses crevasses, mais ce n'est pas visible. Puisque les autres sont passés il y a 2 jours, "ça devrait le faire".

La décision incompréhensible

Eric et Jean-Pierre sont entre-temps parvenus au fond du fjord. Ils ont laissé leurs pulkas sur la banquise et sont montés juste derrière nous. Eric nous rejoint au sommet, tandis que Jean-Pierre s'arrête 100m en contrebas, de là il nous crie : "Moi je ne passe pas par ici. Les glaciers, je connais. Ici ce n'est pas praticable, je retourne sur la traversée classique. Si vous voulez les cartes qui sont dans ma pulka, vous redescendez tout de suite, sinon je serai parti." Cathia et moi sommes estomaqués. Nous tentons de discuter.
Nous lui proposons de faire les allers et retours pour lui sur cette moraine, si ça peut soulager son dos et sauver notre expé. Mais rien à faire, il a probablement ruminé sa stratégie toute la nuit et n'en démords pas.
Comme nous lui expliquons que tout a été prévu pour rester à 4 et que donc s'ils partent de leur côté, nous nous retrouvons sans réchaud de secours, il a le culot de répondre "vous n'aviez qu'à en avoir deux!", lui qui deux mois plus tôt, m'avait découragé d'en prendre un de plus, arguant qu'un quatrième était inutile. La décence m'oblige à taire ce que je pense de lui en cet instant.
A peine 5mn de discussion à 100m les uns des autres, que déjà il tourne les talons et disparaît. Il est rapidement en bas, retourne sa pulka et s'apprête à repartir. Eric, tout en s'excusant, file le rejoindre.
Le ciel est radieux, pas un nuage à l'horizon, mais nous avons pris la foudre, hébétés, nous ne comprenons pas encore bien ce qui nous arrive. Qu'importe les cartes, mais sans un second réchaud, c'est trop risqué de s'engager sur ce parcours. Ils ont aussi embarqué la tente de secours, ainsi que le téléphone satellite, mais c'est pas le plus grave. Le problème, c'est le réchaud, cette petite bestiole est fragile et capricieuse; et sans elle, pas d'eau, pas de plats chauds,... je ne sais si on peut résister longtemps. Cathia et moi n'avons pas fait grand chose ensemble, la confiance n'est pas encore là pour se lancer juste à deux, dans cette aventure sans parachute. Bon, il nous reste toujours la balise SARSAT, super efficace ce truc, quand t'as réussi à la mettre en marche, ton compte en banque s'est allégé de 1500€. Pour ce prix, ils préviennent ta femme que t'es dans la merde, ils lui donnent les coordonnées GPS de la balise et c'est tout. Charge à elle d'organiser les secours, car ce n'est pas inclus dans le service.

Carpe diem

Ça gamberge sec, mais pour l'instant, le lieu est trop beau, nous décidons de poursuivre les traces un peu plus loin. "On verra bien jusqu'où, disons qu'on marche deux heures". Et c'est parti. La neige fraîche recouvre parfois à peine les cailloux, mais la trace est très facile à suivre et nous ne passons à coté d'aucune crevasse, juste une ou deux petites que nous traversons aisément. Le relief au bout de trente minutes s'est adouci, la surface du glacier est dorénavant lisse, la progression même avec une pulka serait sans souçi. D'énormes blocs ératiques trônent en équilibre sur le glacier, points de mire et point final de notre avancée sur cette belle langue. Nous grignotons et prenons des photos, il y a un peu de vent frais et toujours aucun nuage. Au sud, la Tour du Couronnement, restera ce petit carré à l'horizon. Au nord sur le fjord deux points noirs s'éloignent, c'est Jean-Pierre et Eric, qui nous ont définitivement quittés.

De retour sur la banquise, après une descente facile, nous remontons notre camp au même endroit que la veille. . La tente montée, nous laissons les pulkas et traversons le fjord le long du front glaciaire, pour voir si l'autre rive aurait offert un abord plus aisé. Il n'en est rien, mais la vue est belle et la lumière extraordinaire.

Et maintenant, on fait quoi ?

Nous passons la soirée à essayer de comprendre pourquoi tout a soudain foiré, rejouant le film des événements, cherchant sans en trouver vraiment, une explication au comportement de Jean-Pierre. Nous sommes démoralisés et encore incertains sur ce que nous allons faire. Cathia ne veut pas refaire la traversée classique et elle ne me tente pas non plus. En plus après le comportement inqualifiable de Jean-Pierre, nous n'avons pas envie de poursuivre le voyage avec lui. Il ne nous reste pas le choix, pour jouer la sécurité avec un seul réchaud, il nous faut nous rapprocher au plus vite des itinéraires pratiqués par les inuits, puis rentrer sur Qikiqtarjuaq. Là nous tenterons soit d'avancer notre retour sur la France, soit de prendre un vol sur Pangnirtung et de rayonner un peu au nord de ce village dans les montagnes avoisinantes. Puisque la donne a changé, je repense avec envie à tous les petits couloirs au pied desquels nous sommes passés en venant. Je n'aurait rien contre cueillir au passage quelques premières.

-17°C au lever, jour blanc et terne comme nos pensées, nous démontons le camp en 2h sans nous presser. Peu charitable, je me moque intérieurement des soi-disant 3h incompressibles de JP. Nous commençons à prendre le rythme, deux fois 2h de marche le matin avec 30mn de pause, 1h d'arrêt pour déjeuner et l'après midi, deux scéances de 90mn avec une pause de 30mn.
En fin de matinée nous doublons l'emplacement qu'ils ont quité le matin même. Dans l'entrelac des traces du skidoo qui a zigzagué à la recherche d'un trou de phoque, Eric et Jean-Pierre ont pris la mauvaise trace, ils sont bons pour un détour dans la neige vierge, plus fatigante à tracer. Arrivés au pied d'un couloir repéré à l'aller, nous ne les avons pas rejoints. Le mal de dos de Jean-Pierre a dû diminuer, malgré nos 20km au compteur, en 7h de marche effective, nous ne les avons pas aperçus.
En grimpant sur un cône d'avalanche, je m'élève de 80m au dessus du fjord et devine leur tente au fond, presque à la sortie du fjord, un peu avant l'île. Ils sont encore au soleil. Il leur reste au moins 3 jours de banquise pour rallier le fond du fjord qu'ils visent. Autant qu'à nous pour rentrer à Qikiq.
En descendant, la neige est un peu croutée, je ne skie pas très bien, mais ça fait du bien d'avoir quitté un moment le niveau de la mer.

Que sont-ils devenus ?

Pour Eric et Jean-Pierre, il aurait fallu 5 jours de banquise, pour ressortir du fjord du Couronnement et remonter celui de Pangnirtung Nord. Ensuite il ne leur serait resté que 9 jours pour la traversée classique. En tenant compte de leur rythme et du mal de dos de Jean-Pierre, autant dire aucune marge de manoeuvre si la météo se mettait au mauvais. D'ailleurs, ils s'en rendront compte, et gênés dans leur progression par la présence de slush dans le fjord de Maktak, ils feront appel à Billy pour les emmener en skidoo au fond du fjord de Pangnirtung Nord, leur économisant ainsi 2 jours de galère. Tout ceci pour le même prix que celui qu'on aurait payé en se faisant déposer dès le début, au fond du fjord du Couronnement. Je vous rappelle que c'est à leur demande et pour des raisons financières que cette option avait été écartée. Evidemment, on aura un peu la haine en apprenant ça à Qikiq, quelques jours plus tard. Avec des "si", on refait le monde, nous ne nous en sommes pas privés. Si on avait pris un skidoo, il n'aurait pas eu mal au dos, se serait-il alors dégonflé ainsi devant l'obstacle. L'inconvénient, c'est qu'on serait passé l'avant veille de l'autre expé, c'est à dire sans traces pour nous guider. L'avantage, c'est que l'abandon de Jean-Pierre aurait coïncidé avec l'arrivée de l'autre équipe, au sein de laquelle Cathia et moi aurions alors tentés de nous incruster. Je vous avais dit, qu'avec des "si"...

...la suite

Commentaires

» Par SpatMan, le vendredi 21 Septembre 2007 à 13:33

Photos magnifiques!
On attend la suite...

» Par marika, le vendredi 21 Septembre 2007 à 14:08

génial le récit!!
en tous cas, on ressent bien la difficulté de partir en expé avec des "inconnus". Il faut un grand sens du "zen" et de la diplomatie pour ne pas se taper littéralement dessus dans des cas comme ça...

» Par Jeroen, le vendredi 21 Septembre 2007 à 15:07

Pffff, mais quelle galère... Vous avez emmené les difficultés dans vos bagages, quelle guigne...

Super prenant ton récit en tous cas.

» Par DavidL, le vendredi 21 Septembre 2007 à 16:38

Dans ces expés, ce n'est jamais tout noir ou tout blanc.
Ainsi, se focaliser sur une personne n'amène rien de bon, on occupe son esprit contre "l'autre" au lieu de voir venir la suite. On subit au lieu d'anticiper.
La décision deJP n'est pas incompréhensible quand les 4 personnes forment DEJA 2 groupes. Tu aurais dû voir venir tout cela dès le début. L'abcès aurait dû être crevé bien avant. Facile à dire.
Depuis le début, tu pressens des soucis (en tout cas, je comprends cela en te lisant) mais tu n'écoutes pas ton intuition. Erreur!

» Par Cisou, le vendredi 21 Septembre 2007 à 17:53

Note que l'abcès n'est toujours pas crevé...

Quand à l'existence de deux groupes, on pourrait aller jusqu'à dire, que dès que tu as deux tentes, ça fait deux groupes, donc ce genre d'histoire va arriver à toutes les expés qui ont plus d'une tente. Foutaises...

D'autant plus que je rappelle que c'est avec Eric que je suis retourné à Montréal récupérer nos réchauds. Et c'est encore Eric et moi qui retournèrent à Qikiq pour échanger l'essence défectueuse. Et même si le récit le laisse croire, nous n'avons pas progressé en deux équipes, nous étions sans cesse ensemble, dans un ordre variable et comme souvent dans les Alpes, chacun dans ses pensées.

Si tu as pressenti dans mon récit ce qui allait se produire, ça n'a rien d'étonnant, puisque tu connaissais l'histoire par JP et que je l'ai écrit 6 mois après les faits en connaissant la fin. A travers le filtre de l'expérience, j'ai mis l'emphase sur les points d'achoppements, détails qui existent dans beaucoup d'expés et qui n'ont le plus souvent aucune conséquence.

» Par ERIC LE PETIT HOMME EN CULOTTE COURTE, le samedi 22 Septembre 2007 à 11:13

Salut vincent, pour la traversée du glacier, c'est malheureusement partie remise, à une prochaine fois !
Une expé à trois ?? Je te propose pas d'inviter JP, je connais ta réponse!! J'attends la suite de votre expé et les photos, étant dans l'autre groupe.........

» Par jan le yéti, le samedi 22 Septembre 2007 à 14:16

Salut.

Belles photos et récit prenant.

Cela me rappelle une expé au Spitzberg, où nous devions partir à deux avec un copain.
Un troisième larron (que connaissait un peu mon collègue) s'est greffé à notre duo... et ça a été la galère pendant deux semaines... Nous n'avions qu'une tente, qu'un réchaud... pour 3 (plus une et un de secours), mais deux fusils (pour les ours) !
En relisant ton passage sur les armes, je me dis qu'effectivement, il y a eu là haut des moments où je lui aurais bien tiré dans le c.l avec !

Au plaisir de lire la suite du récit,

jan

» Par Magali LE PAPE, le lundi 24 Septembre 2007 à 12:41

Le problème, Cisou, c'est que Jean-Pierre prend de la bouteille et qu'il ne supporte peut-être pas de cohabiter avec des gens succeptibles d'avoir, peut-être pas autant d'expérience que lui dans le Grand Nord, mais une faculté d'adaptation énorme et un peu de bon sens qui prime parfois sur l'EXPERIENCE!! C'est le genre de mec qui a l'habitude d'être chef et qui veille à s'entourer de gens moins expérimentés que lui afin d'assurer sa supériorité supposée. Il est certain que pour toi, la place n'était pas aisée! Quand on sait pas, on dit pas! (proverbe suisse!!), donc t'as pas dit, ou t'as pas osé dire!!! Bravo à toi!!! Je n'aurai pas tenu aussi longtemps que toi! J'en ai connu des gars comme lui qui croyaient détenir le SAVOIR et l'imposer! On remarque bien dans ton récit que les signes prémonitoires sont nombreux et que les décisions et choix pris par Jean-Pierre s'avéreront être sources d'ennuis.....
Mais si tu veux repartir, je connais un gars hyper motivé et adorable, qui a eu un peu peur dans la descente au Taillefer, qui s'entend très bien avec toi et qui pourrait être un compagnon fantastique, à condition que les pentes abordées ne dépassent pas le 45° à la descente, si tu vois de qui je veux parler....

» Par Régis Cahn, le mardi 25 Septembre 2007 à 13:04

C'est un plaisir de lire cette histoire humaine et d'aventure.
On apprend aussi beaucoup.
Merci
Régis
http://www.raidnordique.com

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