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Lire depuis le débutDerniers préparatifs
Le logement est tel que les parents l'ont laissé, le frigo est plein, la vaisselle traîne dans l'évier. Il faut dire que notre arrivée n'était pas vraiment prévue. On s'installe. Au matin, scéance d'information obligatoire à la maison du parc, avec vidéo sur les ours blancs, expliquant comment s'en prémunir ; puis paiement de la taxe d'entrée, 150$ CAN par personne quand même, pour un service somme toute limité, ça fait cher la séance de cinema. Nous faisons quelques courses dans les deux superettes du village. A part les dates de péremption peu claires, voir largement dépassées sur les produits frais, on trouve pas mal de choses, même si tout est assez cher. Nous y avons acheté : biscuits sec sucrés et salés (au goût pas terrible), beurre, viande séchée (un peu sucrée, sympa), fromage sans goût, sucre en morceaux, barres de céréales (très bonnes), fruits secs, papier toilette, lait en poudre, pain de mie, essence Coleman pour réchaud en bidon métallique d'environ 3,5L, soit la consommation d'une semaine pour 2 personnes. Jean-Pierre s'offre un chauffage à gaz et les cartouches qui vont avec : encore un peu de poids et de volume pour sa pulka.
Premier jour
La préparation des pulkas est laborieuse, Jean-Pierre ne semblant pas pressé de partir. Quelques coups de fil depuis Ottawa à GNGL, nous ont permis de débloquer le téléphone satelite, aussi nous l'essayons avec succès avant de quitter la civilisation. Il est déjà 15h30, les pulkas chargées pour 20 jours d'autonomie, nous semblent bien lourdes. Il fait gris. Nous descendons vers le port et nous jetons à l'eau. Enfin c'est une image, puisque la mer est bien sûr gelée. Le paysage défile doucement, nous avançons le long de la piste tracée par les skidoos des locaux allant à la chasse. La ville disparait derrière une avancée de la côte. Il commence à neiger. 17h30, nous avons parcouru glorieusement 6km et, déjà fourbus, nous montons notre premier camp. Il fait presque chaud. Dans la nuit, le vent violent secoue la tente par rafale, mais je dors comme un bienheureux. Les autres m'avaient promis une à deux nuits blanches avant que mon organisme s'habitue au froid, mais c'était sans compter le dérèglement climatique.
Deuxième jour
Nous avonc acheté deux marques différentes d'essence. L'une d'elle encrasse définitivement le réchaud d'Eric et brûle extrèmement mal. Voilà qui est plutôt ennuyeux. Du coup Eric décide de retourner au village, échanger la mauvaise essence contre de la bonne. On en profite pour lézarder au lit. Le vent n'est pas tombé mais il fait grand soleil. Je décide de faire l'aller-retour au village avec Eric. Suite à une mésentente, le bidon plein d'essence foireuse reste au camp, au fond d'une pulka, mais tant pis. Au retour, le vent a cessé et c'est en Tee-shirt et sans gants que nous rejoignons Catherine et Jean-Pierre qui ont démonté le camp. Jean-Pierre a la pulka la plus volumineuse, prétextant que les élastiques de sa pulka sont trop courts ou trop peu solides, il a préféré la sangler. Pour progresser il se charge d'un énorme sac à dos, bien lourd, c'est mieux, parait-il. Nous autres n'avons qu'un petit sac sur le dos, qui rapidement terminera sur la pulka. Et c'est reparti pour 3h30 de hallage et à peine 9km parcourus. Je souffre à chaque pas, le paysage change très doucement, nous passons entre les îles au relief doux, mais déjà nous approchons de parois plus sérieuses. La nuit est calme, juste un peu plus froide.
Troisième jour
Il fait toujours grand beau temps, mon appareil photo est bêtement resté au fond de mon duvet, donc vous n'en verrez rien, dommage car c'était magnifique : de superbes parois de granit, entaillées de couloirs vertigineux. Je passe mon temps à les observer, cherchant les itinéraires skiables, dans des parois globalement très peu enneigées. Sur la banquise, il y a entre 30 à 40cm de neige souvent froide et sans cohésion ou compactée par le vent. Dans les pentes, il n'y en a pas plus, donc le ski n'est praticable que dans les couloirs et les vallons encaissés où la neige s'est accumulée. Le décollage au petit matin est vraiment très lent. Réveil à 6h, Cathia et moi ne décollons qu'à 8h50 et les deux autres nous suivent 20mn plus tard. Nous suivons toujours la piste des inuits qui se rendent dans les cabanes de pêche et de chasse plus au sud. Un skidoo tirant un grand traîneau à demi-fermé et occupé par au moins deux occidentaux, nous double. Certainement une expé qui va se faire déposer au fond d'un fjord. Je les suis du regard et au virage qu'ils prennent au bout des falaises, je suppose qu'ils sont partis eux aussi pour le glacier du Couronnement. Quelques heures plus tard, nous recroisons l'inuit et son traîneau désormais vide, qui rentre au village. La lumière est superbe. Pour éviter les zones de slush, la piste longe la côte de l'île principale. Le "slush" correspond à une remontée d'eau de mer, qui, se mélant à la poudreuse, forme une mélasse collante et profonde qui n'a pas le temps de geler. Dans cette soupe la progression d'un skidoo ou d'un skieur est très problématique, sans parler des peaux de phoques trempées qui bottent alors allègrement. Le slush est totalement invisible en surface, masqué par une poudreuse en tout point semblable à sa voisine qui elle est sèche sur toute sa hauteur. Les remontées d'eau de mer sont liées aux courants marins qui bousculant la banquise, provoquent des fissures. Un phénomène similaire se produit le long de la côte, par le flux et reflux des marées, qui fissurent la banquise en la brisant sur les rochers. Petit à petit l'épaisseur de la glace augmente, avec des petites pentes et des fissures, rendant le parcours ludique et assez rapide, la glace affleurant souvent, offrant de bon plan de glissement pour la pulka.
Nous arrivons ainsi dans le fjord de Maktak, juste en face de l'entrée de celui du Couronnement. Il fait froid, -27°C. Le ciel est clair, la nuit est excellente.
Quatrième jour
A 6h il fait toujours -26°C, mais le soleil réchauffe rapidement l'atmosphère, et à 9h en levant le camp, il fait -15°. Cathia et moi, avons un peu d'avance au démontage du camp. Il faut dire que notre tente est beaucoup plus petite et que le système d'ancrage au sol mis au point par Cathia est des plus ingénieux. Elle a remplacé les sardines par des sacs en toile fixés au bout de cordelettes de montagne et attachés à demeure aux angles de la tente et du double toit. On creuse un trou dans la neige, on place le sac et on recouvre de neige que l'on tasse un peu, le gel de la nuit emprisonnera le tout. La pelle voir le piolet, sera nécessaire au matin pour les sortir de là, mais avec ça peu de risques que la tente s'envole sous un coup de vent. La tente de Jean-Pierre est beaucoup plus grande et nous permet de partager un moment de convivialité tous ensemble, bien au chaud, autour du dîner. Ce matin là, alors que nous nous proposons de leur donner un coup de main, nous sommes vertement acceuillis par Jean-Pierre qui nous explique, d'une part que sa tente est fragile, qu'on va la lui abîmer, que nous le stressons en étant si pressés et que de toutes façons, ce n'est pas possible, et il le sait mieux que nous de par sa longue expèrience du camping sur neige, de mettre moins de 3h pour lever le camp. Son discours ne souffrant pas la contradiction, nous filons. Eux-mêmes ne décollant que 3h20 après le lever. En contrepartie, ils marchent un peu plus vite et nous rattrape avant la déjeuner. La journée se passe en interminables lignes droites, nous croisons nos premiers icebergs de glace noire ou bleue enchassés dans la banquise. En soirée nous passons au pied d'une belle pente, bordée d'une impressionnante falaise. La pente semble skiable quoiqu'un peu tortueuse. Lui font suite de splendides parois de granit, peut-être encore vierges. Arrêt à 17h, montage de la tente, installer ses affaires pour la nuit, sortir la nourriture du soir, remplir le réchaud à essence et le sac à neige, alors seulement on peut se mettre au chaud et commencer à faire fondre la neige tout en papotant, lisant ou gribouillant son journal de voyage. Ce soir là, comme on s'est arrêtés un peu plus tôt que d'habitude, on a la fausse impression d'avoir du temps et Jean-Pierre se moque de nous comme notre réchaud ronronne déjà. Lorsque nous commençons le dîner, nos thermos sont déjà pleins et à 21h nous dormons presque. A coté, leur deux réchauds carburent jusqu'à 22H30.
Cinquième jour
Jean-Pierre nous fait comprendre qu'il ne sera plus possible de dîner ensemble, ça leur génére trop de contraintes et ça les retarde. Cathia est déçue et moi un peu écoeuré par une telle mauvaise foi.
Le lever est toujours aussi laborieux, mais Jean-Pierre a mal au dos et ne parvient pas à rattraper la demi-heure de retard qu'il a contractée au départ. Nous nous refroidissons un peu en les attendant. Enfin à l'horizon apparaît la ligne bleue du glacier du Couronnement. Après 4 jours de banquise, enfin nous allons avoir un peu de variété dans la progression. Il n'y a plus de traces de skidoo, il a fait demi-tour, la tranchée que nous empruntons est dû à l'expédition qui s'est fait déposé ici, il y a 2 jours. Ils ont dû galérer dans cette neige profonde. Même avec leurs traces ma pulka verse plusieurs fois, avant que le retour du sac sur mon dos ne remédie au problème.
Excités par la proximité du formidable front glaciaire, Cathia et moi avançons sans trop regarder l'heure et quand vers 17h30 nous dressons le camp, les autres sont toujours hors de vue. Ils se sont arrêtés à 17h30 comme prévu, mais 1,5km derrière nous. Il était dit que nous ne dînerions pas ensemble.
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la suite
Et bien dis donc, sacré ambiance !!! en tout cas ton récit est super et ça me donne envie de repartir vite vite !!! Nous mettions +/- 2 heures pour lever le camp. Lever à 5h30, départ vers 7h30;
A+
Magnifique, grandiose, énorme. La suite ! la suite !
3/7.. zut je suis déjà arrivée à la moitié du récit. Moi aussi j'ai hâte! Jean-Pierre va-t-il finir en poisson findus?
Bon, allez je me lis l'épisode numéro 4, la suspens est trop pesant!