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L'itinéraire projeté

Signalétique inuit d'un WC pour dame

L'avion 12 places sur le tarmac de Pangnirtung.

Le Mont Asgard depuis l'avion

Un bout de la calotte glacière que nous devons traverser

Tandis que l'avion tourne en rond au dessus de Qikiq, on regarde le paysage...

La route vers l'aéroport de Qikiq

Le village de Qikiq

L'église de Qikiq

Le chemin est par là, au bout de la jetée

Baffin (2/7) - Le voyage

Par Cisou, le vendredi 07 Septembre 2007 à 19:20 :: Récit de voyage :: rss

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Grenoble-Paris : première tuile

Le grand jour est arrivé, et Jean-Pierre avec son 4*4 et sa remorque fait le tour des popotes pour ramasser l'un après l'autre chacun des participants. Eric qui habite en Chartreuse est le dernier sur le chemin. Jean-Pierre qui est pourtant déjà allé chez lui, ne reconnait rien, passe devant sans la voir et poursuit jusqu'au col suivant, 20km pour rien. Nous avons chacun près de 70kg de bagages dont des skis et des pulkas, c'est plutôt lourd et encombrant, la remorque n'est pas de trop. Après quelques kilomètres un voyant rouge s'allume au tableau de bord. Jean-Pierre ne s'en alarme pas plus que ça. « C'est apparu de façons intermittentes, il y a 2 jours », nous dit-il et il nous raconte tous les problèmes électriques qu'il a eu avec son véhicule, suite aux transformations de son crû qu'il lui a fait subir. Il est peut-être très bricoleur, mais n'a aucun sens de l'esthétique, visser trois morceaux de bois sur un tableau de bord en acajou, pour y poser un GPS qui ayant rendu l'âme n'y prendra plus place, sans parler des velcros noirs collés tout autour des fenêtres, pour y fixer des rideaux oculteurs, et du coffre encombré de placards fixes, qui contiennent tout ce dont il a besoin, comme son pique-nique ou les tendeurs pour fixer nos skis sur la galerie, mais dont l'accès ne peut se faire que coffre vide.
Nous approchons de Macon, quand dans une côte, un nuage bleu surgit du pot d'échappement. Eric qui est au volant, se range au plus vite sur la bande d'arrêt d'urgence en face d'une borne d'appel. Nous sommes dimanche de Pâques, il est midi passé, notre avion ne décolle que demain matin, tout n'est pas perdu. Jean-Pierre en éternel optimiste ou inconcient, suppose que ce n'est rien, qu'on pourra repartir avec son 4*4 ou que l'assurance lui fournira un véhicule de remplacement nous permettant de continuer, mais je ne suis pas serein. Un dépanneur fort sympathique, que nous avons pourtant dérangé en plein déjeuner dominical, nous sort de l'autoroute avec 4*4 et remorque. Pour la remorque, la plateforme de son camion n'étant pas assez longue, Jean-Pierre a eu un coup de stress quand le dépanneur lui a expliqué très sérieusement qu'il devait la laisser là, au bord de l'autoroute. L'instant d'après, ce dernier installait une boule d'attelage amovible à l'arrière de son camion.
Une fois au garage et l'assureur appelé, il est clair que le 4*4 ne repartira pas aujourd'hui, que l'assureur ne peut fournir aucune voiture de remplacement qui puisse contenir nos bagages ou tirer notre remorque, il faut se débrouiller par nous même. Coup de fil à Nathalie, pour voir si elle peut nous amener sa voiture. En effet, elle dispose d'un attelage et d'un volumineux coffre de toit qui feront très bien l'affaire. 3h plus tard, ayant géré les enfants et laissé tout en plan, Nath est là avec la voiture; qu'elle soit ici remerciée pour sa gentillesse qui nous a tiré d'un bien mauvais pas.
Notre dépanneur, en habitué des relations avec les assureurs, prend les choses en main et obtient qu'ils fournissent à Nath un taxi pour rentrer à Grenoble. Normalement ils ne rappatrient que les occupants de la voiture, sans leur bagages. Un voyage retour sans histoire pour elle en papotant tout le trajet. Pour nous, l'aventure continue.
Nous arrivons assez tard dans Paris, pour récupérer chez la mére d'Eric, les pulkas, téléphone satelite et balise Sarsat que nous avons loués auprès de GNGL. Jean-Pierre essaye aussitôt le téléphone satelite, dont le mode d'emploi est assez rustique. Le PIN code qui lui a été fourni ne semble pas fonctionner et au bout de 5min, le téléphone est bloqué. Bien sûr l'agence de GNGL est fermée jusqu'à mardi matin. Nous repartons chez la soeur de Catherine, qui, malgré l'heure très tardive, nous acceuille avec un fantastique dîner Pascal dont on se souviendra avec nostalgie en machouillant sous la tente nos plats déshydratés à la saveur incertaine.

Paris - Montréal : seconde tuile

Lundi matin nous voilà à l'aéroport, je tourne en rond à la recherche du parking longue durée. Enfin dedans, nous rangeons la voiture et sa remorque dans un coin tranquille, la remorque dans l'herbe pour ne pas gêner. Afin d'alléger nos bagages, nous avons mis nos chaussures de ski au pieds, cela fait rire les agents de sécurité, jusqu'à ce qu'un chef plus tatillon que les autres, décide que ce n'est pas autorisé dans l'avion. On les glisse, comme on peut dans notre bagage à main. Jean-Pierre se bat avec les messages laissé par Nath sur son portable, auquels il ne comprend rien, une histoire de billet électronique oublié chez moi. Il essaye aussi d'expliquer à sa femme nos ennuis avec le téléphone satelite.
Lundi toujours, Montréal, zone d'immigration, la nourriture issue d'animaux est interdite d'importation, y compris les lyophylisés, on manque de peu de se faire saisir nos provisions. Mais 10 minutes plus tard, lors du passage au scanner de nos bagages, la sécurité saisi 2 de nos 3 réchauds à essence, pour une raison non élucidée, ils n'ont pas vu le troisième. L'odeur d'essence est réelle mais pas de quoi enflammer un avion. Rien à faire, leur réglementation interdit le transport des réchauds sauf neufs encore dans leur emballage. C'est prudent de partir en expé avec un appareil dont on ne maîtrise pas le fonctionnement, sans parler du retour d'expé avec le réchaud qui aura forcement servi et bing, 150€ à la poubelle. On tente de négocier, on fait venir le responsable, on argumente que ces réchauds nous seront vitals là où nous allons, rien n'y fait. La seule solution proposée par la responsable est de les déposer à la consigne de l'aéroport et au retour de les ré-expédier chez nous en avion cargo. La mort dans l'âme nous nous envolons pour Ottawa dans un tout petit coucou.

Tribulations à Ottawa

Là-bas, après avoir déposé l'essentiel de nos bagages à la consigne, nous passons à notre motel, puis à pieds partons pour les zones commerciales alentour avec l'espoir de trouver un magasin d'articles de sport ou de camping qui vendrait des réchauds à essence. Nous sommes toujours lundi de Pâques, mais l'espoir fait vivre. Après une dizaine de magasins, l'espoir s'amenuise, aussi je propose de louer une voiture et de retourner à Montréal passer prendre nos deux réchauds à la consigne. Ca me parait la solution la plus sûre. Jean-Pierre borné, ne veut pas en entendre parler, pour lui on trouvera facilement un réchaud à Iqualuit ou même au départ de notre expé, d'ailleurs il a faim et c'est la seule chose qui lui importe. Après quelques coups de fil à gauche à droite, nous parvenons à louer une voiture et apprendre que la consigne de l'aéroport de Montréal reste ouverte 24h sur 24h. Eric et moi y allons. Je vous passe la fatigue vers 2h du matin heure locale sur l'autoroute déserte, et la courte frayeur devant la consigne fermée, l'employée s'était juste absentée pour s'acheter un sandwitch. On s'écroule pour une courte nuit.

Ottawa-Qikitarjuaq

Au matin, nous ne somme pas bien sûrs que nos réchauds passeront le contrôle à l'embarquement pour Iqualit. Un moment de tension, mais tout va bien, leurs appareils de contrôle sont beaucoup moins sophistiqués et nos bagages disparaissent sans encombre sur les tapis roulants.
Iqualuit, il fait froid et gris avec un peu de vent, nous allons faire un tour au magasin local, en quête d'un réchaud, pour savoir... Pour l'alimentaire, c'est encore bien pourvu, mais pour le réchaud, ne rêvont pas, ils n'ont rien qui fonctionne à essence et autant nous sommes sûrs de trouver de l'essence au départ, autant le gaz est incertain, sans compter les multiples standards de cartouches existants.
Second vol de la journée pour Pangnirtung, l'avion n'a que 12 places. Il fait beau à l'arrivée, nous sortons une petite heure, tandis qu'ils refont le plein. La piste coupe le village en deux. Une affiche indique même que le court chemin qui va de l'aérogare au village en traversant la piste, n'est pas si court qu'il y parait, "il pourrait vous prendre le reste de votre vie". Enfin avec 4 avions par jour, ce serait pas de bol. La signalétique des toilettes est "couleur locale" avec des personnages stylisés en habit traditionel inuit. Troisième et dernier vol vers Qikitarjuaq : le survol de tout notre parcours est une merveille pour les yeux, il y a des nuages, mais on aperçoit des sommets, des bouts de glaciers, je tente de me repèrer et prends quelques photos. Le Mont Asgard, seigneur des lieux, est dégagé et nous émerveille malgré le contre-jour. Plus au nord la couche de nuages plus dense masque tout. L'avion est maintenant très bas, entre les montagnes, plus bas que les montagnes même, juste au dessus de la banquise, puis soudain il remet les gaz et remonte plein pot pour ressortir au soleil. Pas un commentaire, ni une annonce, on semble se retourner en arrière, cap au sud.
Au départ d'Iqualuit, on nous avait prévenu de conditions météorologiques incertaines à l'arrivée avec un risque de ne pas pouvoir aterrir à Qikiqtarjuaq, auquel cas ils nous rameneraient à Iqualuit. Après toutes ces péripéties, je ne m'en inquiète même plus. Je m'en réjouirais presque même, puisque cela promet de nouveaux survols de cette magnifique région. Mais l'appareil vire sur l'aile et tente une nouvelle approche par le sud cette fois. Tout est blanc, chapeau au pilote qui nous pose sans à-coups sur la piste de bitume fraîchement dénneigée. Nous sommes juste 6 à descendre, l'avion repart aussitôt. Il fait bien froid et un soleil timide baigne d'une lumière laiteuse ce petit village du bout du monde.

A la recherche d'un toit...

L'agence GNGL avait arrangé pour nous un logement chez l'habitant,... enfin c'était les plans. Dans le petit hall de l'aérogare qui s'apprête à fermer, personne ne semble nous attendre. Nous téléphonons à notre hébergeur, pour apprendre par sa femme qu'il n'est pas en ville. "Aucun arrangement n'a été passé avec GNGL et même s'il y en avait un, comme ils n'ont pas payé,... débrouillez-vous" nous dit-elle.
Une inuit locale, en charge du Parc nous aborde et nous propose un logement chez ses parents qui sont absents, moyennant 80$ canadien par personne. Voilà qui est bienvenu. L'option par GNGL coûtait 79€ payé d'avance, qu'ils nous rembourseront finalement au retour.
On apprendra plus tard que cette jeune femme est la soeur de celui qui devait nous héberger. Et que lui aussi comptait nous loger chez ses parents ;-)
De retour dehors, nous déballons les pulkas attachées toutes ensemble, pour y glisser nos sacs, y sangler notre housse à ski et parcourir à pieds le petit kilomètre de route qui relie l'aérogare au village. Les choses sérieuses vont bientôt commencer.

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Commentaires

» Par Jeroen, le vendredi 07 Septembre 2007 à 23:12

Sympa sympa, c'est votre première expé ? :roll:

» Par Nicolas B, le samedi 08 Septembre 2007 à 11:35

C'est incroyable, vous avez enchainé les déboires. Alors que nous avons suivi exactement le même parcours, tout est passé à la douane y compris la charcuterie ss vide et les MSR fuel...je n'avais même pas imaginé que les réchauds auraient pu coincer...on a aussi dormi chez les parents inuits, mais nous, on est passé par le fils, Billy...avez vous mangé aussi du steck de caribou chez eux ?

» Par DavidL, le lundi 10 Septembre 2007 à 17:52

super récit.
J'ai eu la version de Jean Pierre, j'attends impatiemment la suite de Cisou...

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