Perso, Belledonne me parait un bon plan ; le schéma de ce début de saison a beaucoup de point commun avec celui de l’an dernier ; des chutes dues à des perturbations venues du Nord-Ouest puis un coup de foehn puis des alternances coup de chaud- coup de froid ;
mercredi les frères Zipj confirment un bon enneigement dans la vallée des Villards ; l’idée est d’aller faire un tour dans le vallon du Merlet et d’aviser en fonction des conditions…
C’est sans compter sur cette laryngo-trachéïte qui s’est déclarée ce mercredi ; la RDV est fixé à Crolles à 6h45 ; durant la nuit, mon infection s’est propagée aux bronches ; je me lève à 5h30 ; je n’en mène pas large ; j’y vais, j’y vais pas ; mais je choisis d’y aller ; je verrais bien.
Je sors de chez moi ; il pleut ; la météo s’est encore « gourrée » ; je rejoins le lieu de RDV ; finalement nous serons 4 : Isa, Thomas, Al. et moi. Tout le monde est d’accord sur le principe ; le vallon du Merlet et un « tricotage » local.
Dans la voiture, on parle ambiance de course et convivialité des groupes et bien d’autres choses encore ; au pont du Merlet, heureuse surprise, on chausse à la voiture (au moins à la montée) ; par contre, nous sommes dans les nuages ; pas de précipitations mais un double plafond.
Après des préparatifs rapides, nous partons à 8h20 ; d’emblée le rythme est bon ; durant les 50 premières minutes, on a déjà fait 450m malgré une trace dans une poudreuse humidifiée par les pluies de la nuit ; puis nous continuons dans la vallon ; il se met à neiger ; de la neige fondue ; aucune évaporation ; nous sommes tous trempés ; puis heureuse surprise sur le replat à 1900m, une éclaircie et l’atmosphère s’assèche ; ça tombe bien, on est sous les Vallorins.
Et si… Al. est partant ; moi aussi, je ne connais pas cette descente ; là, Isa «pète les plombs» ; Madaaaame a déjà descendu 3 fois ce couloir et elle veut découvrir d’autres contrées…fort heureusement pour la cohésion du groupe, les couloirs sont trop peu fournies pour une descente de rêve et on décide de poursuivre dans le vallon. Au passage, légèrement irrité, je demande à Isa de me donner la liste des courses qu’elle ne veut plus refaire afin d’éviter de futurs quiproquo..
Mais, cet incident est vite oublié, c’est l’avantage d’un groupe convivial ; le temps se recouvre ; nous décidons de poursuivre jusqu’au col de la Colombière ; là, le temps se dégrade franchement ; c’est de nouveau brouillard et humidité ; je ne peux plus suivre le rythme ; j’ai les bronches qui me brûlent ; malgré quelques « expectorations », j’ai des troubles respiratoires ; Al. est à la trace ; une trace technique qui évitent les difficultés mais les conversions sont un peu « scabreuses » ; je déchausse pour l’une d’elle mais j’enfonce jusqu’au genoux ; je rechausse rapidement ; nous abordons l’arête ; la neige durcit ; ça sent les transports de neige signalés sur le BRA ; je suis derrière ; j’aperçois Isa qui met ses couteaux ; Une traversée verglacée me stoppe nette : couteaux ou crampons ; je choisis de tester mes nouveaux crampons ; je pose mon sac et là, stupéfaction : c’est le
WOUFFFF ; j’appelle mes prédécesseurs ; je leur fait des signes mais ils ne comprennent pas et poursuivent leur route.
Je suis en face de moi-même ; faire demi-tour ; c’est pas forcément la solution ; je mets mes crampons et monte tout droit dans la pente ; je reste vigilant et le passage n’est pas exposé ; ça passe et je rejoins mes coéquipiers ; ils restent incrédules quand je leurs parle de mon WOUFFFF ; nous sommes au sommet de l’antécime du Pic Sud du Merlet ; nous voyons les sommets alentours car nous sommes juste à la limite des nuages.
Pause, discussion, projet ; puis c’est l’éclaircie improbable quelques minutes auparavant ; nous repérons un couloir qui part à 30m du sommet principal ; après une étude globale du secteur, nous estimons le risque « raisonnable » ; je pars tester le passage à pieds et descendant d’une quinzaine de mètres ; la cohésion est correcte ; Al. me rejoint et vire ; tout va bien ; et nous succédons dans une poudreuse dense inespérée pour un début décembre.
Au bas du couloir, Isa en veut encore ; d’habitude, je repars mais là, je ne sens pas assez péchue ; nous décidons de l’attendre à la cabane non sans lui avoir demander ses clés de voiture, nous profitons de la descente tout en suivant Isa des yeux ; elle va effectivement au col du Merlet et nous rejoint.
S’ensuit une descente dans une alternance de poudreuse dense voire croûtée, en pleine prairie puis sur la route forestière ; quelques touchettes et nous déchaussons à la voiture.
Au total, belle journée, un
joli couloir pas si classique que ça, de la neige très correcte pour un début décembre, quelques moments d’émotions sur l’arête, une éclaircie inespérée. C’est sûr, j’ai été handicapé par mon état respiratoire mais je suis bien content d’avoir fait une
belle sortie.
D’un commun accord, nous décidons de baptiser ce couloir nord-est du Pic Sud du Merlet,
le couloir Isabelle parce qu’elle le vaut bien…
Bonne équipe encore une fois, belle sortie...
Très, très touchée de ce couloir qui m'est dédié! Merci Bruno et Al ! Merci aux supers copains de montagne!On en passe du bon temps!
C'est vrai que c'était inespéré...vu la purée de pois en montant au col ; mais on était quand-même tous motivés pour une belle sortie!et avec cette bonne équipe, çà ne pouvait qu'être du tout bon!
Super, tes photos noir et blanc, Bruno.Allez, tu les feras ces Vallorins ...p'têt'ben sans moi...sauf si on enchaine dans la foulée Barlet, col Isabelle, Rocher des pâtres!!!'faut pas être petit joueur,quoâ!