Accueil > Articles > Récit de course > Raid à ski au Groënland
Photo 1 : Ammassalik
Photo 1 : Ammassalik
Photo 2 : Tiniteqilaq
Photo 2 : Tiniteqilaq
Photo 3 : le pitterak peut venir, la tente est bien amarrée
Photo 3 : le pitterak peut venir, la tente est bien amarrée
Photo 4 : cheval sur la pulka
Photo 4 : cheval sur la pulka
Photo 5 : Sofia Nord
Photo 5 : Sofia Nord
Photo 6 : Baie d'Ammassalik
Photo 6 : Baie d'Ammassalik
Photo 7 : Mittivakat (973 m) à l’ouest, un sommet sans nom (1046 m)
Photo 7 : Mittivakat (973 m) à l’ouest, un sommet sans nom (1046 m)
Photo 8 : toute la beauté du paysage groënlandais
Photo 8 : toute la beauté du paysage groënlandais
Photo 9 : Vallon Kugarmit
Photo 9 : Vallon Kugarmit

Raid à ski au Groënland

Par gigi, le 09.05.06

La région d’Ammassalik et de Tiniteqilaq, généralement bien enneigée, est riche en possibilités de tout niveau pour le ski de rando.

Un itinéraire de traineaux à chiens et de skidoo la traverse du sud au nord, joignant les deux villages, permettant d’utiliser ces moyens de transports pour raccourcir les approches ou tout simplement pour éviter de faire la trace avec les pulkas chargées.

» En paralèlle du récit voir la carte et l'itinéraire suivi

Pour se rendre à Ammassalik, Groënland de l’Est, il faut prendre un vol Roissy /keflavik (aéroport international de Reykjavik -Islande). Il est obligatoire de dormir une nuit à Reykjavik, à l’auberge de jeunesse par exemple. Le lendemain, il faut prendre un avion desservant deux fois par semaine, la ligne “intérieure” de Reykjavik à Kulusuk (Groënland de l’Est). Enfin, un hélicoptère permet de gagner Ammassalik, point de départ du raid. Au retour, toutes les étapes se font en sens inverse, avec une autre nuit obligatoire à Reykjavik. En 2006, le voyage nous est revenu à environ 1500 euros par personne :
vol aller retour Paris Reykjavik : 686 euros,
vol aller retour Reykjavik Kulusuk : 475 euros,
Hélico aller retour Kulusuk Ammassalik : 177 euros,
auberge de jeunesse (2 nuits), divers trajets en bus ou taxi : environ 140 euros,
On a ajouté 50 euros pour le plaisir de se baigner, en Islande dans le “blue lagoon”, lac d’eau chaude alimenté par des geisers.
La monnaie au Groënland est la couronne danoise.

Contrairement aux idées reçues, un raid dans cette partie du Groënland ne présente pas un grand engagement, du fait de la forte présence humaine. D’abord, les deux villages (voir photos 1 et 2): au sud, Ammassalik la “capitale” (Tassilaq en inuit), 1500 habitants, une poste, un hôpital, un supermarché, des gites et même un téléski ; à l’autre bout du périple, au nord, Tiniteqilâq (Tinit), 120 habitants, une petite “butiq” où nous avons acheté des chips et du sirop de cerises pour changer nos papilles des lyophylisés, mais on y trouve un peu de tout, comme dans un bazar. A Tinit, un immense réservoir contient à bonne température l’eau nécessaire aux habitants pendant tout l’hiver. Du coup, nous avons pu profiter de notre passage pour prendre une bonne douche bien chaude, inespérée en région polaire. Les deux villages sont distants sur la carte d’environ 35 kilomètres et reliés par un itinéraire traineau ou skidoo, une “autoroute” parcourue tous les jours (2 ou 3 passages par jour) et surtout le we. Les habitants se déplacent un peu partout avec leurs attelages de chiens pour gagner les lieux de pêche ou de chasse aux phoques : on croise ou suit assez souvent leurs traces, ce qui simplifie grandement la progression avec les pulkas.

Sur le plan du matériel spécifique, il faut bien sûr emporter tout le nécessaire habituel au ski de rando, avec une petite trousse de secours et quelques affaires de rechange : une paire de peaux, une paire de bâtons, les éléments fragiles des fixations... (il peut arriver au cours de descentes hardies en pulka que des retournements ou des collisions endommagent le matos). Nous avons fabriqué un “tipi “, grande tente à un seul mat pouvant nous abriter tous les six pour des repas conviviaux et confortables, Fabriqué en goretex une couche, indéchirable, son poids est de 3,6 kg. On y a même fait des parties de dés quand la tempête de neige nous a immobilisés au camp. Pour toutes les tentes et le tipi, nous avons remplacé les habituels piquets par des sacs à neige. Qu’est-ce que c’est ? un sac d’environ 20 cm sur 15 cm en tissu léger imperméable que l’on remplit de neige et qu’on fixe aux attaches de la tente par un noeud de chaussures. On creuse ensuite un petit trou avec la pelle, on met le sac dedans, on rebouche, on tasse et le pitterak peut venir, la tente est bien amarrée (voir photo 3).
Bien sûr, il faut, par personne, une pulka (traineau léger : moins de 3,5 kg) avec harnais de traction. On peut en acheter ou en louer en France ou sur place à Ammassalik (location : 65 euro). Nous avons préféré aux brancards le système de traction par cordelettes. Plus léger, il n’entraine pas le skieur dans ses tonneaux, quand la pulka se retourne, et il ne le gène pas dans les descentes audacieuses, à cheval sur la pulka (voir photo 4).
Le problème de la condensation dans la tente la nuit, est très minimisé si on prend deux sacs de couchage : l’un en duvet (- 21 °), l’autre en synthétique très très léger : 500 à 700 g, que l’on met à l’extérieur du premier. La condensation se fait toujours sur la partie la plus froide, donc sur le sac de couchage en synthétique. Avantage : le duvet est toujours sec et il suffit de secouer le sac synthétique pour faire tomber les cristaux résultant de la condensation. Les délicats augmentent le confort grâce à “sac à viande” en soie... mmmm, c’est bon.
Nous avons utilisé deux réchauds à essence pour faire fondre la neige et amener l’eau à ébullition. Il est possible d’acheter de l’essence de bonne qualité à Ammassalik. Notre consommation a été de 10 litres pour 14 jours à six. A vous de faire les règles de trois !! Cependant, il n’a pas fait très froid et il vaut mieux prévoir une marge.

Et qu’est-ce qu’on a mangé ? De la nourriture lyophylisée (sachet de 125 g) pour le repas du soir. Avec une soupe instantannée et une petite gâterie pour les gourmands, c’est amplement suffisant. Au menu du petit déjeuner, boisson en abondance, muesli et petits gâteaux énergétiques fabrication maison (je peux vous transmettre la recette). Soir et matin, on remplit les thermos pour boire pendant la journée et compléter la nuit l’apport hydrique (bon, d’accord, faut avoir une bonne vessie, parce que se lever la nuit pour faire pipi relève de l’héroïsme... on progresse rapidement sur ce plan-là). Pendant la journée, on s’alimente pendant les pauses avec des fruits secs, de la pâte d’amande maison (demandez-moi la recette), un peu de pain, de jambon cru (préalablement découpé en tranches... c’est plus dur quand c’est gelé) de fromage, importé de chez nous en toute illégalité... (chuuut faut pas le dire).

La meilleure période pour un raid à ski en autonomie avec pulka est située entre le 10 mars et le 25 avril. Avant, les jours sont un peu trop courts et les températures assez rigoureuses. Après, on risque d’être handicapés par le dégel et ses inconvénients : traversées de lacs et de fjords dangereuses, neige collante sous les peaux et les pulkas. Nous avons effectué notre périple du 1er au 14 avril 2006.
La météo a la réputation d’être majoritairement anticyclonique à cette période. Cette année, le grand beau-grand froid (jusqu’à - 20°) est resté scotché sur la région du 15 mars au 2 avril. Ensuite, le temps a été plus mitigé, avec dominance de beau, une tempête de neige et des températures plus douces (entre - 2 ° et - 10 ° en moyenne le matin. On n’est jamais à l’abri d’un pitterak”, coup de vent du nord ouest , prenant naissance sur l’inlandsis (la calotte glaciaire qui recouvre la majorité du Groënland). Le pitterak peut surgir en quelques minutes et atteindre 250 km/heure et faire chuter gravement la température. Autant dire qu’il faut être à l’abri quand il sévit. A Ammassalik, la sirène retentit pour que les gens regagnent les maisons quand le pitterak est annoncé. Nous avons eu un “petit pitterak” qui a eu la gentillesse de nous signaler son approche par de grosses bourrasques, ce qui nous a laissé le temps de nous protéger. Que faire ? Trouver une butte qui brise la force du vent, creuser une fosse et construire des murs de neige jusqu’à hauteur d’homme, monter les tentes dans la fosse et attendre que ça passe, blottis à l’intérieur. Si on a affaire à un “vrai” pitterak, nos contacts à Tinit nous ont conseillés d’enlever les arceaux des tentes et de rester dans la toile sans armature : le risque est trop grand de voir se casser les arceaux. En général, ça ne dure pas plus de deux jours. Le nôtre n’a tenu qu’une nuit et une matinée... et ça fait vraiment du bien quand ça s’arrête.

Et maintenant, les choses sérieuses : le ski de rando.
Depuis Ammassalik, de l’autre côté de la baie, c’est la chaîne du Sofias (1000 m environ) qui attire le regard, neigeux au sud, glaciaire mais skiable au nord. Nous avons tracé le sommet nord ouest, par son versant ouest en poudreuse et nous avons repéré quelques jolis itinéraires : par exemple, une traversée nord sud (ou l’inverse) par son col central à partir du lac 2 ou le sommet principal au sud Est en aller retour (voir photos 5 et 6).

De part et d’autre du lac 2, on peut skier le Mittivakat (973 m) à l’ouest, un sommet sans nom (1046 m) à l’est, sommet que nous avons aussi atteint par le versant nord, sans difficulté. Ces deux objectifs sont généralement au programme des tours organisés par les rares agences qui se risquent là-bas (voir photo 7).
Le grand glacier qui forme un pont entre les lacs et la baie de Tiniteqilaq est bordé à l’est par des sommets rocheux séparés par des cols en majorité skiables et quelques couloirs alléchants.
Au nord de Tinit, une colline sans prétention (417 m) permet d’apprécier toute la beauté du paysage groënlandais (voir photo 8). Après une matinée consacrée à la douche et au “shoping”, à Tinit, nous l’avons gravie et admiré : à l’ouest, le Sermilik fjord, en partie dégelé avec ses icebergs impressionnants ; au-delà, la calotte glaciaire, immense étendue blanche et ses glaciers qui se déversent dans le fjord ; au sud, l’ile d’Ammassalik où on a déjà laissé quelques traces ; les objectifs des jours suivants à l’Est dans la direction du fjord Ikasaktivat et du vallon Kugarmit.
Ce vallon et le fjord Imila qui le prolonge à l’Est constituent une mine de randos de toute difficulté. On doit pouvoir y installer un camp et rayonner tout autour sans épuiser le secteur. Nous n’avons pas eu le temps et sommes passés au pied, un peu frustrés de laisser vierges de telles merveilles (voir photo 9).

En conclusion, l'ile d'Ammassalik constitue un objectif formidable pour le ski de rando, avec une durée optimale de séjour d'environ trois semaines et en utilisant au mieux les moyens de transports locaux, on doit pouvoir se rassasier de pentes, de couloirs et de sommets au milieu de paysages somptueux.

Quelques éléments de logistique
Hébergement/services :
Red House à Ammassalik, qui fait gîte, et où l'on peut louer des pulkas et s'approvisionner en essence :

Robert Peroni
The Red House
Napparngummut
B1025
3913 Tasiilaq
tel : (0299) 98 10 24

Et à Tiniteqilâq, deux Français Max et Michel Audibert qui y vivent en permanence. Voici leur mail : audibert@greennet.gl

Cartes :
- au 1/250 000 : Tassilaq-Angmassalik
Published and produced by Tage Schjott 1991
Printed in Danmark by Laursen Tonder
C/ Kart-ag Matrikelstyrelsn (A66/90),

- au 1/100 000 : Hiking map East Greenland
Greenland "What a wonderful world"
deux cartes : Tassilaq/Kulusuk pour le sud et Kuumiit (Tiniteqilâq), pour le nord.

On peut commander ces cartes par courrier à la maison du Dannemark 142, av des Champs Elisées 75008 Paris ou par internet sur le site scanmaps.dk.

Commentaires

» gwen, le 21.05.06
salut gigi.
A l'heure ou je rentre les skis pour resortir les chaussons et le parapente, ca me redonne envie d'etre en mars! Serait-il possible d'avoir ta recette de patte d'amande maison, et dans le meme style, tes gateaux energetiques? j'en ai ras la cacahuete des grany, twix et autres balisto! Question poid, avec la pulka, vous aviez finallement, combien par personne? Mise a part la technique du cheval, n'est ce pas trop delicat de descendre avec les dites pulkas? les temperatures ne descendent pas en dessous de -10 le matin? j'aurai imaginé pire que cela... Question matos avez vous eu de la casse? les eventuelles solutions? Quelles sont les choses que vous ne referiez pas? quelles erreurs? Quels enseignements? et l'orientation? boussole et carte ou gps avec "mega batterie" :)
Bon ok, si tu n'a pas le temps de repondre a tout ca, merci d'envoyer juste tes recettes!!! ce sera toujours apprecié!
merci d'avance
a plus.

» Pierre-Jean PRADALIER, le 31.10.06
Salut Gigi. Ton article arrive pour moi au bon moment car je vais me rendre ce printemps en Mars 2007 dans ce secteur d'angmagssalik et de tinitekilaq pour y faire du ski de randonnée. Pourrais tu me contacter. J'ai mille questions et conseils a te demander. Salut Pyrénéen.

» blandine hervé, le 04.02.10
Bonjour,je suis allée en avril 2009 sur l'ile d'ammassalik avec mes skis de rando mais étant partie avec un groupe de 66° nord prévoyant ski nordique
je n'ai pas pu gravir de sommet (personne n'était inscrit pour le ski de rando)
j'ai trouvé les paysages magnifiques
et j'aimerais y retourner mais je suis obligée de me plier aux dates des vacances scolaires de Grenoble
connais-tu des personnes qui seraient intéressées?
merci

Ajouter un commentaire

Connectez-vous pour ajouter un commentaire.

VTT de montagne