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Trois miraculés de l'avalanche (Corse matin copyright)

Par Ricil, le 06.05.06

Lundi 6 mars, il est 8 heures, nous nous réveillons au refuge de l’Onda. Nous, c’est Seb, Ludo et moi. La nuit a été réparatrice après la rude montée de la veille sous la pluie et la nuit précédente passée « en vrac » sur le bateau.
Nous avons décidé d’effectuer la traversée de la Corse à skis. Du col de Vizzavona à Asco. Nous avons déjà shunté la première étape en raison des conditions climatiques et sommes montés à l’Onda depuis la vallée.
Aujourd’hui, nous avons prévu de rallier le refuge de Petra Piana par l’itinéraire classique des crêtes.
Départ 10 heures et quart. C’est un peu tard ! Cependant, le moral est bon puisque le soleil brille et la forme est là. Le Rotundo est magnifiquement plâtré. Les premiers 500 mètres sont vite avalés et nous voilà à la première difficulté : un ressaut sur cette ligne de crête que le topo conseille de contourner par son versant N-NE. Cela ne nous tente guère puisque le bulletin météo de la semaine passée a enregistré tous les jours des vents de SW à 80 km/h de moyenne ! Après réflexion collective, nous décidons de contourner cet obstacle par le SW. Descente à skis sur 200 mètres avant de repeauter pour 150 mètres d’ascension qui nous permettrons de rejoindre la crête. La descente en face W est délicate sur une neige dure mais surtout de la « glace ondulée » à un bon 35°. S’ensuit une traversée vers le N avant la remontée. Ludo et moi stoppons sur un éperon afin de se positonner à l’abri de toute coulée alors que Seb, plus faignant, a tiré trop court et se retrouve dans la pente, 10 m en dessous de nous. Un abricot sec et un coup de flotte plus loin, nous voilà prêt pour la remontée. Seb est parti devant, suivi de Ludo puis moi. Seb est déjà loin quand j’attaque mes premiers pas (2-3 minutes d’avance), Ludo me précède de moins d’une minute. J’ai tout juste le temps de faire 2 conversions quand « soudain, tout bascule ». Je n’ai rien vu ! Je me suis senti déséquilibré. Je ne sais pas d’où c’est parti mais ça descend déjà vite. Je suis assis dans un toboggan de neige. Je ne glisse pas sur la neige mais avec elle. Tiens ça ralenti un peu. Je suis toujours assis, un peu en arrière (gros sac de 16 kilos, mes skis devant le nez. « Mes fixs, mes lanières ! » J’ai le temps de filer un gros coup de paume sur la butée de ma lowtech gauche et de déclipser en moins d’une seconde la lanière au même pied (celle avec cercle acier et téton caoutchouc). Trop tard pour le deuxième pied, ça raccélère ! Heureusement, un répit identique quelques instants plus tard me permettra d’effectuer la même manœuvre à droite. J’essaye de rester debout tant bien que mal. Je suis à Aquacity mais ce sont de grosses boules et blocs de neige qui me poussent, me compressent, me broient, me doublent. Ces phases de compressions alternent avec des phases de détente, d’apesanteur, ce doit être les barres rocheuses que je saute ! Avant l’arrêt, une douleur insupportable se répand dans tout mon genou droit. Je hurle ! Je ne saurai que plus tard que les ligaments croisé antérieur et latéral interne ont été arrachés. Tout comme le piolet fixé à l’extérieur de mon sac à dos.
Ca y est, c’est fini ! Je ne bouge plus, il fait sombre. De toute façon, je ne peux pas bouger. Je sais en revanche que je suis en position verticale, la tête vers le haut. Mon poignet droit est au niveau de mon front, tout comme mon coude gauche. Je sens très peu de pression sur ma main gauche, la surface ne doit pas être loin ! Ah, si, je peux bouger mes mains et aussi mes poignets. Et ma tête également peut basculer légèrement d’avant en arrière. Je gratte donc la neige avec les doigts, la tasse sur les bord et finalement, au prix d’un effort « intense » (ma cage thoracique est comprimée par la neige mais également par mon appareil photo reflex que j’ai autour de mon cou), je vois la lumière petit à petit éclairer la surface blanche et froide que j’ai devant le nez. Combien de temps s’est il passé depuis que je suis là, figé ? Je ne me suis pas posé la question. J’attends les secours, je sais qu’ils vont venir, je suis confiant. J’ai beau penser de rares instants que c’est la fin, cela ne dure pas plus d’un quart de seconde. Ils vont arriver. Qui ? Je ne sais pas mais je les attends. Enfin, je peux pivoter mon poignet gauche vers mon visage et incliner la tête en arrière de sorte que j’arrive à lire l’heure à ma montre : 15h04. La dernière fois que j’ai aperçu le cadran, c’était juste avant de remonter, 13h30 me semble-t-il. Déjà ! De ma cheminée, j’arrive même à voir le ciel, oh, pas grand chose, un disque de 15 cm de diamètre à 40 cm de mon visage. Du bleu et des nuages et puis… une grosse mouche au loin qui fait un bruit d’hélicoptère. Ca a duré une seconde. Enfin ! 15h10, il me semble, ma conscience s’estompe, rassurée par cet aéronef salvateur. Je tombe inconscient. Quelques instants plus tard (en fait, je ne sais pas quand), un cri me sort du néant : « Hhooô ! ». Dans un dernier râle, je lui réponds en écho. Et puis plus rien. Plus rien jusqu’à cette sensation de balancier : c’est l’hélitreuillage. Encore une phase de somnolence puis je reprends pleinement mes esprits dans l’hélico qui file sur Bastia. Je suis sanglé dans la barquette, toujours coincé ! Je vois le médecin qui me dit les mots d’usage pour me rassurer. Il a l’air pas rassuré ! Puis c’est le transbordement à l’hôpital et les radios du bassin et de la colonne vertébrale : RAS.
Je suis à 33°C et je ne peux réprimer de forts frissonnements : c’est la meilleure façon pour le corps humain de se réchauffer ! Ceux-ci vont durer deux heures, le temps de raccrocher les 36°C. La remontée vers les 37 est ensuite plus lente. Manque de place en réa à Bastia, j’effectuerai une dernière traversée de la Corse en nocturne et en hélico à destination d’Ajaccio.
Voilà pour l’histoire vécue de l’intérieur.



Pour la suite et l’analyse de tout ça, c’est ici.

Il y a eu avalanche. Pourquoi et comment aurait-on pu l’éviter ? Les réponses qui vont suivre ne sont qu’une analyse strictement personnelle et peut-être erronée !
Premier fait : nous sommes parti un peu tard. En effet, départ à 10h15 du refuge. Il est certain que nous avions besoin de sommeil après une mauvaise nuit sur le bateau et une rude montée sous la pluie la veille. Deuxième retard : là-haut sur les arêtes (1950m) : par où passe-t-on ? Est ou ouest ? Une demi-heure de tergiversation pour finalement opter pour la deuxième alternative. La descente s’effectue sur une pente exposée ouest en neige vitrée et poudre tassée. Nous gardons le piolet en main. Ensuite, nous traversons à flanc (plein N), après avoir mis le piolet en travers entre les bretelles du sac à dos, pour nous arrêter dans les environs de la fontaine largiola (toponymie sur IGN top25, 1750m). Pressés, nous prenons juste le temps de boire et de manger des abricots secs avant de repartir à la montée. Les sacs sont pleins, nous mettons les casques sur la tête (c’est pas plus mal !) et Ludo qui a oublié de ranger son piolet au moment de repartir le recoince entre les bretelles (bien lui en a pris !). Il est 13h30. Pente aux alentours de 35°, neige fraîche des jours précédents en cours de transformation. Pressés (vite, ça chauffe), nous ne prenons pas le temps d’effectuer une classique coupe du manteau. Une minute environ après être reparti, la pente se dérobe, je n’ai pas vu de cassure ni rien entendu. Seb, qui est bien au dessus sera alerté par les cris de Ludo. Crier est important, sans cela, Seb aurait continué sa route ! Ludo est emporté, mais dans une deuxième branche (nous remontions une croupe, un coup à gauche de celle-ci, un coup à droite). Le piolet est vite tiré d’entre les bretelles et mon compagnon arrive à s’en servir tant bien que mal pour freiner sa chute après « seulement » 150 mètres de glissade. Souci : il est enseveli et seuls un bras et sa tête sont à l’air libre. Il met 20 minutes à se dégager avant d’appeler les secours (les pompiers, 18). Entre temps, Seb a effectué une première recherche dans la branche de ma coulée mais a été stoppé au bout de 200 mètres par des ressauts infranchissables. Il remonte pour prospecter la deuxième branche et trouve Ludo qui vient juste de se libérer. Je ne sais pas tout ce qui s’est dit entre eux à ce moment et combien de temps ça a duré mais Seb repart en direction de ma coulée. Ludo a les mains ensanglantées : agrippé au piolet sur 150 mètres sans gant, ça laisse des traces. Que se passe-t-il ensuite ?
L’hélico a du arriver et prend contact avec mes 2 acolytes qui indiquent aux sauveteurs les recherches qu’ils ont effectuées et la forte probabilité que je me trouve dans le bas de la coulée la plus importante. Un pompier est déposé sur le culot et capte rapidement le signal de mon ARVA, il crie et je lui réponds.

Ce qui a contribué à ma survie : le fait d’être bien vêtu : T-shirt manches longues et veste polaire manches longues ainsi qu’une paire de gants (même si j’ai perdu le gauche en cours de route). Un gros sac dans le dos qui a deux effets : gros volume qui m’a longtemps maintenu sur le dessus (phénomène des gros grains au dessus des petits) et protection dorsale. Le fait d’avoir eu le temps d’ôter les skis (fix et lanières)(je ne jure que par ces lanières maintenant, y’a pas plus rapide à enlever ! idem pour les fix !) me semble primordial. Avoir gardé le casque sur la tête a également joué un rôle (un bel impact !). L’ARVA, bien évidemment. Le mental n’est pas à négliger non plus ! En effet, je ne sais comment l’expliquer mais je suis toujours resté confiant dans la venue des secours sans me poser aucune question !

Pourquoi c’est parti ? Analyse a posteriori. Mes deux collègues ont vu l’épaisseur de la cassure : 10-15 cm. Cela correspond à la dernière couche de neige tombée la veille. Cette couche avait une très faible cohésion avec celle du dessous et est partie suite à la surcharge de 2 skieurs. Seb, passé seul 2 minutes plus tôt n’a rien fait bouger. Pourquoi une faible cohésion : croûte de regel de la couche du dessous + humidification de la couche récente qui donne une lubrification entre ces 2 couches (un film liquide) ? Plus tôt, est-ce que l’humidification aurait été moindre, l’accroche meilleure ? Si nous avions fait une coupe et avions décidé de monter en crampons piolet, est-ce que ça aurait tenu du fait de l’ancrage des crampons et/ou du piolet dans la couche du dessous ? Le fait de ne pas nous soucier de cette fraîche a peut être été induit par son absence depuis le départ du refuge (vent du NW au SW dans la nuit) ?

Autre élément à prendre en compte : un massif montagneux que personne de nous ne connaissait en hiver. Des conditions météo et d’évolution du manteau neigeux particulières. Nous avons découvert la fameuse « vitre » corse ! Il faut penser à changer ses repères et à s’adapter à ce nouveau milieu : se poser des questions plus souvent !

Si ce récit peut servir à d'autres, c'est tant mieux !

Commentaires

» Jeroen, le 06.05.06
"L'avalanche Corse", tout le monde en parle depuis des mois. Merci d'avoir pris le temps de témoigner, ton récit est saisissant.
Un peu de malchance, beaucoup de chance, et c'est le miracle. Heureux que tu t'en sois tiré à si peu de frais.
Gardons ce récit en tête, ouvrons l'oeil et ne nous laissons pas endormir par la beauté de la montagne hivenale.

» henyan, le 06.05.06

Intéressant, tu peux peut être aussi le diffuser sur le site de l'anena à l'espace dédié aux temoignages
http://www.anena.org/avalanche/accidentologie/temoignages/avl_quest_accident/questionnaire_menu.html#temoignage

» Jean-Christophe Marini, le 07.05.06
Quels formidables réflexes et volonté de survie! (déchaussage pendant l'avalanche, attente impassible sous la neige... ). J'espère que cela ne vous a pas dégoutés du ski sur les montagnes insulaires et que vous reviendrez écumer toutes les pentes.

Une question nivo: Dans les instants précédants l'avalanche, les 10-15cm de fraîche décrochaient-ils sous vos skis avec glissement sur la sous-couche vitreuse?
Le BRA-corse indique réguliérement (et très logiquement) que ces croûtes de regel (parfois de véritables vitres de plusieurs cm d'épaisseur) constituent de bons plans de glissement pour les nouvelles chutes de neige. Pourtant, on observe peu de coulées naturelles utilisant ces plans et les témoignages de coulées accidentelles sur des croûtes de regel sont très rares (en Corse et dans des massifs comparables avec apparition de croûtes dures par variations thermiques et/ou action du vent).
Cela contribue aussi à la forte valeur de ton temoignage.

Forza pour l'opération et le retour en forme.

» joebar, le 08.05.06
salut Jean-Chri,
Pour la question nivo, non la couche de neige récente (de la veille, en cours de transformation) ne glissait pas du tout sous les skis lors de la remontée. On n'enfonçait quasiment pas et malgré une accroche correcte, j'ai ressenti un petit stress en repartant devant mes compagnons. Je ne saurais dire s'il etait du à l'accroche et l'exposition relative de la pente ou à une appréhension du manteau... Rien n'a bougé lors de mon passage, c'est le 2e (Ludo) qui a fait partir la plaque, ce qui une fois de plus n'est pas le cas le plus général.
a+
seb



Je rajoute mon récit :

La Corse.
2 mois que nous guettions les balises nivose, la météo locale, les BRA. Cette année, la neige est là, on ne devrait guère porter les skis. Décision est prise, nous allons traverser depuis le sud (col de Vizzavona) vers le nord (Asco). La montée au refuge de l’Onda porte bien son nom, traversées de torrents sous la pluie, slaloms entre les petits arbres remplis de branche, ça change de Belledonne ! Après une bonne nuit et un bon feu pour tout faire sécher, nous repartons sereinement le lundi 6 mars, pas trop tôt. Les étapes sont assez courtes en dénivelé, et malgré la distance, je pense que ça va être ballade.

La première difficulté n’est plus de la ballade. Nous refusons de plonger NE dans une neige poudreuse de rêve : c’est sûr qu’il y a des accumulations, et la pente est exposée. Nous décidons après avoir perdu une bonne demi-heure de contourner le ressaut par l’ouest. Blocage des low-tech, les sacs de 16kg sur le dos, ça ne rigole plus : pente à 35° bien tapés, passages en glace, même le dérapage n’est pas si aisé, et le piolet ne plante presque pas. Cyril le premier retrouve des bandes de neige et lâche les virages. Je le rejoins pour faire les photos habituelles. Ludo nous rejoins, il est très tendu et pas à l’aise ; il vient de faire une glissade, heureusement bien enrayée par son piolet. Première alerte, dont je n’ai absolument pas tenu compte. S’ensuit une traversée descendante vers des pentes de plus en plus chaudes. Je suis plus bas que Cyril et Ludo, qui se sont arrêtés sur un bombé pour repeauter. La flemme de remonter, je fais mon trou, passe en mode montée et repars rapidement. Nous sommes dans un de ces « vallons corses pourris » (Cyril copyright) dont on ne ressort que comme on y est entré, c’est-à-dire par le haut. Impeccable, j’ai justement décidé de tracer vers le haut, d’abord sur une croupe raide (bon 35°) puis en traversant vers le nord pour récupérer une pente moins soutenue. J’ai ressenti un bon stress lors de cette traversée, et me souviens avoir pris soin de ne pas taper les pieds. A cet endroit, aucun signe que la pente va partir : pas de tassement, pas de bruit, pas de glissement de la couche de neige récente. Pourtant j’ai ressenti un stress, et n’ai pas averti mes compagnons : trop loin, je ne les voyais plus.
Soudain, j’entends crier : « Au secours, au secours ». Je me retourne, et j’ai juste le temps d’apercevoir Ludo qui glisse avec de la neige autour de lui. « Au secouuuurs », puis plus rien. Une plaque est partie 20m sous mes pieds. C’est la réalité, le silence est déjà pesant, la neige ne fait pas de bruit en glissant. De là où je suis, à cause du bombé, je ne vois rien de ce qui se passe en dessous. Les pulsations montent très fort, il faut agir. Je déchausse, passe en mode descente aussi vite que possible en passant la gore-tex et en mettant les peaux autour de la taille. Je bloque les low-tech, met l’ARVA en recherche, et attaque la descente. Ce qui n’était pas parti ne pars pas, et je me retrouve à skier le plan de glissement. Bonne neige revenue, bonne accroche, je me dis « putain les cons, ils loupent une bonne descente ». C’est le chaos. La pente ne fait pas rire, il y a des rochers partout, des zones où la plaque n’est pas partie. La coulée s’est divisée en 2 branches. Rapide analyse, et j’opte pour la branche de gauche, plus large (une cinquantaine de mètres). Plusieurs passages sont très tendus, avec des bonnes séances de dry-skiing et des traversées expo. J’arrive au dessus d’un toboggan de boules. Je ne sais plus où chercher. Dois-je continuer de descendre à pieds ? Le temps passe trop vite, je suis mauvais, et ce foutu silence. Je n’arrive pas à savoir si quelqu’un a pu passer ici plusieurs minutes auparavant avec toutes ces boules de neige.
Je décide de remonter pour explorer l’autre branche, skis sur le dos. Je vise les goulottes en neige dure pour remonter (je n’ai pas mis les crampons), la pente est raide (40°) et le sac à dos très lourd. Je suis lent, trop lent. Mon cœur va exploser, je suis complétement essouflé. Je décide d’ouvrir le sac et de jeter du lest : je bazarde toute ma bouffe et popote, et repars de plus belle. Dans cette remontée, ça cogite fort. Je n’ai pas de montre, pas de téléphone, rien pour appeler les secours. Je commence à me dire que c’est fini, je suis trop lent pour secourir quiconque, il va falloir que je sauve aussi ma peau alors que je n’ai plus rien à manger. Je crie, pense à Claire et Marion. A un moment, je crois entendre un appel. Il faut aller prospecter la branche de droite. Après au moins 20min de remontée, je rechausse les skis pour attaquer l’autre branche. Toujours autant de pente, et rapidement des boules pas faciles à skier. Puis l’ARVA s’affole : j’ai un signal !!! Tout change dans ma tête, l’espoir renaît. J’aperçois très vite des skis au milieu des boules, sur un petit replat, et Ludo à droite, qui s’est abrité sur des rochers, à une trentaine de mètres. Il est au téléphone, et je lui dis que Cyril a disparu. Dès qu’il a raccroché, il me dit qu’il a peur d’une autre coulée et qu’il est blessé aux mains. Il se soigne. Je lui dis d’éteindre son ARVA, pour que je continue à chercher en dessous. Je dois vite déchausser, car le terrain est inskiable. Plusieurs passages de désescalade, puis j’aboutis à un ressaut. Cyril n’est pas là, il faut remonter pour aller de l’autre coté, encore. Je remonte, remet les skis sur le dos, et dis à Ludo que je retourne de l’autre coté. La traversée mixte est courte mais très exposée. Je retrouve un replat où j’étais passé lors de ma première descente et rechausse jusqu’au toboggan. A ce moment, l’hélicoptère arrive, je fais des signes. Un secouriste est déposé à mon niveau, je le renseigne. Je tente de lui expliquer que la coulée est de grande ampleur et que Ludo est dans l’autre branche. Je lui dis qu’il faut chercher en dessous, là où je n’ai pas encore pu accéder. Nos ARVA interfèrent, il capte mon signal alors que je suis en mode recherche. Il part devant, et progresse très vite crampons aux pieds. Je suis très lent, et vite arrêté par un gros ressaut. J’apprendrai que le secouriste avait une corde pour passer. Je remonte près de mes skis, et peux voir la suite de la scène. Il y a de l’agitation tout en bas de la coulée, dans des blocs énormes. Cyril est là-bas, c’est sûr. Je vois un brancard, et plusieurs personnes. Je pleure tout ce que j’ai : dans quel état est-il ? J’ai très froid, suis complètement mouillé après avoir pataugé dans l’eau des goulottes, et je suis déshydraté. A quoi bon, Cyril est là, et Ludo n’a presque rien. 15 minutes s’écoulent, très longues, puis le 2e hélico vient me treuiller. Lors de la manip, mon sac à dos s’envole et un des skis se détache, pour aller sauter des barres. Mon sac va être récupéré plusieurs mètres dessous, au milieu des barres, sans les skis. Nous allons chercher Ludo, qui n’avait pas été repéré par l’hélico, bien planqué sur son rocher, puis baptême jusqu’à Corte. Nous apprenons que Cyril est vivant, avec des trucs de cassés. Photos de presse, interrogatoire au PGHM et interview Corse Matin.
Merci du fond du coeur à tous les gens qui ont permis ce secours.


Mon analyse a posteriori :

Nous n’avons pas su déceler la couche fragile. Une chose est sûre : la pente était forte et exposée, nous avons pris un risque objectivement élevé en remontant à cet endroit. Je pense aussi que je n’ai pas écouté le signal de stress que j’ai ressenti, et le fait de ne pouvoir avertir mes compagnons de part la nature du terrain (bombé) a été aggravant.
Nous avons été chanceux, et moi encore plus. Ne plus partir sans téléphone, savoir écouter les signaux et ne pas se croire invincible, voilà ce que j’ai appris.

Puissent nos récits servir aux pratiquants de la montagne.

» Amanda, le 09.05.06
Je n'osais pas trop poser de questions. Je ne savais pas comment tout ça s'était passé, j'étais juste rassurée de vous savoir tous en plus ou moins bon état, quand je vous ai eue au téléphone là-bas.
Merci à tous les 2 d'avoir raconté cette histoire en détail, le vécu et l'analyse postérieure. Dur de s'imaginer comment on réagirait soi-même. La montagne est tellement belle, calme et rassurante, tant que chaque chose reste tranquillement à sa place. Pourtant tout peut basculer si vite.
Impressionnant Cyril ces bons réflexes de survie que tu as eus. Seb, ces longues minutes de solitude ont dû être terribles et effrayantes. Malgré tout tu as su garder ton sang-froid et réagir comme il le fallait. Je crois que mon téléphone ne quittera plus mon sac à dos suite à ton récit....
Merci d'avoir partagé ce récit, ce qui n'a pas dû être facile, mais apporte beaucoup.

» leced, le 09.05.06
Belle saison de rando pour toi Joebar,le ciel a ete clement avec vous,j'en suis ravie,que cela dur mais soit prudent quand meme!!
A bientot sur les singles!
Ced!

» Jip, le 09.05.06
Encore un récit impressionnant mais instructif !
Cette traversée des crêtes de Pinzi Corbini est très belle mais pas si évidente. J'avais contourné ce fameux point 1957 m par l'Est et c'était cramponnage sur neige béton au dessus de barres (gloups) mais au moins pas de risque d'avalanche.
En tout cas, belles démonstrations de sang froid des 3 protagonistes et une issue heureusement "pas tant pire" ;-)
Bon rétablissement à toi.

» marika, le 12.05.06
merci pour le récit...on le "vit" avec vous, et on flippe encore après coup...
bravo à vous trois pour votre sang-froid, et pour n'avoir rien lâché pendant ces "courtes" heures...
rien d'autre à dire, si ce n'est qu'on est CONTENTS de vous avoir retrouvés après ça!
y'a pas à dire, un vététiste barbu élevé au thym par kler, c'est du solide! ;-)

» Philippe RIDEAU, le 14.05.06
content de vous lire et merci pour votre témoignage ; comme j'ai pu le dire dans un précédent post le passage n'est pas évident ; pour y être allé (sans faire la traversée Onda->Petra Piana mais Onda-> crêtes->Onda, par enneigement très faible) et pour avoir entendu divers témoignages et "échos" sur cette étape, il n'est pas du tout évident de savoir de quel côté passer et ce ne peut-être que sur place que le choix se fait.
Vu les quantités de neiges qui étaient présentes à cette période l'autre versant n'était sûrement pas engageant.
Le même problème se pose dans l'étape suivante avec la traversée de Petra Piana au col de la haute route qui est très exposée.
Jeroen a très bien résumé : un peu de malchance et beaucoup de chance.
Bon courage pour la suite et revenez vite sur les skis.

Philippe.

» Fils, le 16.05.06
Salut Cyril, merci pour tous ces détails. Tu ne m'avais pas raconté tout ça le 4 mai dernier. Bon rétablissement à toi et tes compagnons également.
Mon témoignage sur cet événement: fin janvier (le vendredi 27) j'étais aussi sur Corsica Ferries avec 3 amis pour la traversée Vizzavona - Haut Asco à skis. Comme Cyril nous avons connu une traversée plus que mouvementée en bateau et une météo exécrable à notre arrivée à Bastia. Un tour au PGHM à Corte pour évaluer la situation, nous restons en standby le samedi et le dimanche devant la mauvaise météo. Le lundi, impatients, nous décidons de bouger pour atteindre le refuge de l'Onda. Devant la météo plus que pourrie (pluie battante), nous abandonnons l'idée de passer par la crète de Muratelle et nous rejoignons le refuge par la vallée. Le mardi la météo annonce une amélioration, nous partons donc pour la traversée vers Petra Piana par Pinzi Corbini. Effectivement, le mardi il ne pleut plus, le temps semble s'améliorer. Au passage du col d'Oreccia, gros vent qui chasse progressivement les nuages. Arrivés à la pointe 1957, le ciel n'est pas complètement dégagé, nous tergiversons, sortons le GPS, l'alti, la boussole. Finalement, ça se découvre et on comprend enfin par où il faut passer. Nous décidons rapidement de rebrousser chemin jugeant que la traversée sur le versant E sous Pinzi Corbini est trop exposée. Ne renonçant pas à rejoindre Petra Piana, nous allons explorer pour tenter un passage plus à l'E (point côté 1928 sur la crète Serra di Tenda). Nous commençons à descendre le versant N et nous arrêtons rapidement, stoppés par de la glace vive (la fameuse vitre Corse, je suppose). Demi tour en crampons et nous décidons de retourner au refuge de l'Onda, malgré son confort rudimentaire. Le mercredi, nous gagnons le refuge de Petra Piana par la vallée. Jeudi nous tentons la traversée vers Manganu par la brèche du Capitello par une magnifique journée sans vent. Après un passage bien tendu dans la traversée de la face W vers le col de la Haute Route (Bocca Muzzella), nous descendons dans une super neige au dessus du lac du Melo puis nous attaquons la traversée en versant S en direction de Capitello. Mais il est déjà 14h et il fait chaud, la neige est transformée et nous redoutons une coulée de neige humide. Demi tour direction Grotelle et Corte par la vallée de la Restonica, un bon coup de stress sur la descente en dessous du lac du Melo encore sur la vitre Corse (descente en crampons pour l'un de nous). Vendredi, nous regagnons en voiture le col de Verghio, petite rando à la Punta di Tula en face S: super neige de printemps. Samedi montée au refuge de Tighjettu et dimanche, montée à Bocca Crucetta et après de longues hésitations nous décidons de redescendre en direction de Calasima, alors que nous avions une voiture à récupérer à Asco. La descente depuis le col du Vallon ou la pointe des Eboulis vers Asco nous semblent trop aléatoires compte tenu des conditions rencontrées au cours de notre séjour. Retour en France le dimanche soir, tous sains et saufs, sans casse, mais en ayant fait demi tour quasiment tous les jours...
A Verghio, nous avons croisé un groupe qui partait sur le même itinéraire, avec un guide. Nous échangeons les mails et ils nous racontent la semaine suivante qu'ils ont fait demi tour peu après Petra Piana, compte tenu des mauvaises conditions de neige. Nous voilà rassurés (s'il le fallait) on n'est pas les seuls à trouver les conditions difficiles!

Mon analyse sur notre "Haute Route": nous avons beaucoup discuté en permanence des conditions, de comment on le sentait etc. La règle était claire: s'il y en a un qui ne le sent pas, on fait tous demi tour. Mais on n'est jamais assez prudent...

» Lucio, le 08.06.06
Merci d'avoir su partager les leçons de votre mésaventure. La configuration de l'avalanche (V inversé) est un vrai cauchemar... Bon réta à toi, Cyril !

» laurent, le 26.09.06
salut
je viens de découvrir ton récit.....
j'ai les photos du secours .... !
ça t'interresse ?

» Ricil, le 29.12.06
Ca y est, le rendez-vous est pris pour l'opération du LCA : 18 janvier à la clinique des cèdres à echirolles.
Je me suis bien remis de l'accident avec pas mal de kiné et ai beaucoup tourné à pieds et à vélo cet été et cet automne. Cependant, la laxité importante de mon genou droit ne me permet pas de prendre le risque de skier (et de tout casser) d'où le recours à la chirurgie !
En attendant, vive les raquettes (enfin, je fais avec...)

» Ricil, le 25.01.07
Et enfin, voici le récit de Ludo !

La version du 3ème.

La corse à ski ! un rêve de raid... Ca commence fort : montée sous pluie et refuge bien rustique !

Après une nuit à l'avenant on se met en route pour le vrai départ : les crêtes ressemblent au rêve, du ski en regardant la mer.

Première crête, premières difficultés : il faut que nous contournions l'arête nord-sud. L'itinéraire traditionnel passe à l'est. Vue du haut dans le brouillard ça n'est pas très engageant. Le vent est rentré de l'ouest et la neige s'est accumulé à l'est. Situation assez schématique pour que nous décidions collégialement de basculer dans le cirque à l'ouest pour contourner la difficulté. Et là première alerte : dans la descente vitrifiée, j'amorce une mauvaise glissade, bien paré au piolet avec lequel nous avions tous décidé de descendre à la main. Bon ! Ca accélère le coeur mais rien de dramatique. C'est un premier clignotant. Sans en tenir compte et d'instinct, dans la traversée descendante que nous amorçons avant de remonter, je décide de viser un éperon rocheux sur lequel nous serons à l'abri et j'entraîne Cyril derrière moi pendant que Seb se met nonchalamment en plein milieu de la pente. Au vue de la suite c'est le moment le plus critique de la journée, en effet nous allons nous retrouver simultanément sur la plaque en même temps. Si elle était partie à ce moment là, je crois que nous n'aurions pas été là pour écrire.

Brêve pause et on repart en laissant une bonne marge de sécurité. Séb est parti devant, ayant gagné du temps dans le repeautage. Je le suis à bonne distance (il est hors de vue), la neige n'est pas homogène : si le versant est d'orientation générale ouest, ce qui convient à notre horaire pas très matinal, les microversant sud sont un peu soupe sans qu'on puisse ressentir un risque par rapport à ça, la zone molle étant très superficielle.

Après une conversion je me retrouve dans le goulet au dessus de notre zone de repos. Et là, ça fait un sale bruit, qui me fige ! Une seconde qui dure une éternité où, tétanisé j'observe tout autour de moi : putain ça part. Et je vois la cassure juste au dessus de moi à 4/5 mètres : une bricole de 10/20 cm à peine. Ca y est, ca démarre !
Réflexe : je jette les bâtons et attrape mon piolet, passé dans la bride de mon sac à dos pour essayer d'ancrer dans la sous couche. Ca ne suffit pas à m'arrêter, vue la pente de la mini goulotte dans laquelle je m'engage mais ça à deux aspects positifs : ça me freine au dessus de l'entonnoir de départ (moins de neige au dessus de moi donc) et me maintient la tête en haut (la forte pente m'y aide aussi !). Je gueule comme un veau à l'attention des autres : "AAAAAAAAAA l'AAAIIDDDDDDDEEEEE".
Dans la descente qui s'amorce je me bagarre au piolet pour ancrer et me ralentir. En même temps je pense bien à me débarrasser de mes skis mais c'est impossible sans lâcher le piolet. Le seul moment où j'aurai le temps de m'inquiéter dans la descente, c'est l'aspect lessiveuse que prend la neige à un ressaut que je passe à grande vitesse et où j'ai du mal à garder le cap (tête en l'air). Puis d'un coup ça s'arrête : comme je suis au sommet de l'avalanche, rien ne me viens en plus dessus. Ca tombe bien, je n'ai quand même que la tête qui émerge et un bout de mont bras droit. Après une bordée d'injure et le temps d'analyser que la situation n'est pas pire une grosse crainte me vient à l'esprit : que quoi que ce soit tombe en plus et je suis dessous ! Allez au boulot ! J'ai fait aussi une erreur grossière avant d'amorcer la montée. Je n'ai pas pris le temps de remettre de gants ou sous gants, non pas par rapport au froid, il fait plutôt chaud, mais pas rapport aux risques de glissade. Ma main gauche a un peu trinquée dans la descente mais je ne la vois pas pour l'instant.

La neige humide a déjà bien pris, je me démène avec ma main droite afin de gagner un peu d'espace et essayer de libérer mes pieds en accédant aux fixations (mes jambes ne sont pas tout à fait dans des positions académiques). Ca me donne un peu de mou. Le volume de mon sac m'aide à gigoter un peu. Je finis par pouvoir le basculer par dessus ma tête et ainsi accéder à ma pelle ! (modèle métal, je n'ai jamais eu confiance dans les modèles en plastiques). Avec elle, le travail s'accélère et au bout de 20 minutes (!!) je suis dégagé. Je regarde autour de moi et avise un épéron rocheux (encore un) où je me sécurise avant de déclencher les secours. Miracle dans ce cirque perdu et presque fermé, le portable passe.

J'appelle les pompiers. Plutôt calme et serein de m'en sortir à ce compte là. Dans ma tête à ce moment là, Cyril et Séb sont tranquillement en sécurité au dessus de moi, et d'un parce que je sais que Séb était au dessus de la cassure et de deux parce que je n'imagine pas l'ampleur qu'a pris la plaque en haut, Cyril n'ayant pas pu matériellement partager la goulotte avec moi, et n'ayant pas encore du repartir.

En pleine discussion avec les pompiers, je vois débarquer Séb qui me prévient qu'il n'a pas de nouvelle de Cyril. Branle bas de combat, là ça devient plus sérieux. Pendant que je donne un maximum d'informations aux pompiers (localisations, nos équipements, les conditions pour ce que j'en connais, ...), je vois Séb continuer les recherches ARVA en descendant jusqu'au front de "mon" avalanche et remonter en quatrième vitesse. Quand il me rejoint, nous faisons le point et il décide de traverser à flanc vers les zones qu'il n'a pas pu passer à skis.

Je gueule à l'attention de Cyril que les secours sont en route. Pourvu qu'il m'entende.

Tétanisé et beaucoup plus angoissé maintenant, j'essaie d'analyser la situation. J'angoisse de devoir repartir de mon abri. La crainte de reprendre une plaque sur le dos
ne m'a pas quitté malgré les informations rassurantes sur ce point de Séb. Mais ma crainte n'est pas rationnelle.

Lorsque je décide de partir à la suite de Séb pour l'aider, les pompiers me rappellent. Ils ont beaucoup de mal à nous localiser, le cirque dans lequel nous nous trouvons est immense. Comme j'ai déjà vu et entendu l'hélico je leur donne des indications complémentaires.

Et là ils vont très rapidement tomber sur Séb qui continue ses fouilles puis localiser Cyril. Je ne suis plus qu'un témoin impuissant de l'action qui se déroule. Tous les scénarios défilent dans ma tête. Ce sont les moments les plus durs pour moi.

Heureusement, les pompiers m'appellent régulièrement pour me donner des nouvelles, tout d'abord pour me dire qu'ils ont localisés Cyril et qu'ils l'ont évacué. La crainte d'avoir droit à un DELTA - CHARLY - DELTA en code radio s'éloigne. Je me moque à ce moment des premiers pronostics sur la gravité des lésions de Cyril.

Les temps morts (toute l'action va prendre presque l'après midi entière) seront pour moi des temps d'angoisses monstrueuses. C'est l'inaction qui nourrit la peur qui m'a rongé.

Dernier appel des pompiers, c'est moi maintenant qu'ils n'arrivent pas à localiser ! Pourtant, j'ai sorti ma couverture de survie et l'agite comme un fou. Je me vois déjà en train de repartir au refuge avec mes crampons pour ne pas passer la nuit dans ce cirque (j'ai perdu ma montre dans la descente et n'ai qu'une vague idée de l'heure qu'il est) ! Je propose même au pompiers / PGHM de me déplacer pour qu'il me repère. Ils m'en dissuadent diplomatiquement, ayant sans doute (et à raison) peur d'un « sur » accident bête. Quand l'hélico se stabilise enfin face à moi, je repense aux pages magnifiques que Saint-Ex a écrites sur le sauvetage. Je suis à la limite de craquer nerveusement : ça doit bien faire presque 4 heures que je suis accroché à une pauvre vire dans une position inconfortable.

Bref après le roman l'analyse :
Pour moi il y a une seule grossière erreur : le fait d'avoir à un moment donné été tous les trois susceptibles de "partir" avec l'avalanche en même.

Dur de tirer des conclusions alors qu'il n'y a pas d'erreur manifeste de notre part et que l'ensemble des réflexes que nous avons eu une fois l'avalanche déclenchée ont transformé une catastrophe en "incident".

De l'extérieur, ça peut ressembler à de la chance, mais je reprendrai ce qu'a dit Pasteur : "la chance ne sourit qu'aux gens bien préparés", et je crois que nous le sommes. L'ensemble des réflexions et options que j'ai (qu'on a) pu prendre DANS l'accident sont issus à la fois des formations que j'ai pu avoir, du temps que j'ai passé en montagne, des incidents ou presque accidents qui ont pu m'arriver ou arriver aux collègues (d'où l'importance de beaucoup discuter !), des analyses plus ou moins
conscientes qu'on fait à longueur de temps en montagne.

Au niveau du manteau neigeux, j'ai tendance à faire l'analyse suivante (qui ressemble à celle de Cyril d'ailleurs) : une couche de neige fraîche pas encore collé sur un substrat plus ou moins vitrifié (certainement très caractéristique des versants ouest en Corse) et tombé avec un fort vent d'ouest est parti avec notre surcharge. C'est un peu mince comme analyse d'autant que la plaque était vraiment loin de la crête, dans une zone au relief pas forcément homogène (et donc pas susceptible de favoriser la formation d'une plaque aussi large).

La conclusion : dans tous les cas et toutes les configurations, rester en alerte et maximiser les mesures de sécurité (distances, zones d'arrêt, de dépeautage / repeautage, ...)
Deuxièmement, et je dis ceci pour éviter les accidents de "milieux" de carrières de pratiquants de la montagne : toujours se remettre en cause et en même temps les schémas que l'on utilise. C'est notre analyse "nord alpine" qui n'a pas fonctionné dans le contexte très particulier des neiges du sud.

» Ricil, le 11.12.07
Ayé, j'ai rattaqué le ski de rando fin novembre 2007 : tout se passe bien. Ou presque. Il me manque quelques sensations au niveau du pied droit mais ça va venir !

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