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Le vallon du Fruit nous ouvre ses portes
Le vallon du Fruit nous ouvre ses portes
Le premier coupe-gorges
Le premier coupe-gorges
Le vallon de Gébroulaz nous offre ses dômes de yaourt
Le vallon de Gébroulaz nous offre ses dômes de yaourt
Le lointain Dôme de Polset domine le Glacier de Gébroulaz
Le lointain Dôme de Polset domine le Glacier de Gébroulaz
Cousteau, le bouquetin dodu et insubmersible
Cousteau, le bouquetin dodu et insubmersible
Au matin de la deuxième tentative, petite brise au sommet est un euphémisme
Au matin de la deuxième tentative, petite brise au sommet est un euphémisme
Les conditions deviennent extrêmes
Les conditions deviennent extrêmes
Glacier de Gébroulaz
Glacier de Gébroulaz
Sauve qui peut !                                       .
Sauve qui peut ! .
Le calme après la tempête
Le calme après la tempête

Ski de rando rime toujours avec poésie

Par jib, le 08.02.05

Michaël Tréhoust, le 29.01.05 a dit :Un bien beau périple raconté avec beaucoup de talent ; merci. On en redemande...
--> en revoilà ![pub]
Sortie du 23/01/04 au Dôme de Polset, raconté par Sylvain (première tentative).

"Bonjour à vous tous,

Du grand bonheur ce week-end :

Avec marseillais (ndlr Jib), nous avons débarqué par surprise chez Seb et Manu vendredi soir. Surprise ! Ils nous ont donc offert le gîte et le couvert, sachant que Manu avait préparé un super poulet au curry pour son cher et tendre...
En toute amitié, Manu nous propose de nous céder lesdites cuisses de poulet, eux se contentant des pâtes servies en agrément (qui tombèrent une fois par terre d'ailleurs, suite à une manoeuvre frauduleuse dans la cuisine...).
Pendant que nous nous délections du poulet, Seb regardait Manu et lui disait de temps à autre, avec son faux air innocent "mmmh, c'est délicieux ce que tu nous a fait ma pupuce..." Et Seb de me regarder alors du coin de l'oeil, me fustigeant à souhait... je jubilais !!! Le mot ESCROC prit alors tout son sens ; un savant mélange d'amitié et d'opportunisme...

Une fois couché aux côtés du marseillais (dans le lit conjugal lui aussi cédé, cela va de soi), je sombrai dans une douce torpeur, m'envolant pour 3 heures de sommeil vers le sommet tant convoité du lendemain...

Car nous n'étions pas venus en touristes, avec le vilain marseillais. Debout militaire à 4h30.
Douche, petit déj, préparation des sacs (Seb tentant de dormir l'oreiller sur la tête... mais en vain).
Une petite heure après, dans un grand fracas et un ultime claquement de porte, nous annonçâmes la retraite.

Direction Méribel et le petit lac de Tueda. A moitié réveillés, nous attaquons les préparatifs : peaux sur les skis, corde lovée sur le haut du sac, barres céréales à portée de main...
Sur le parking, un étrange ballet commença : des immenses chasse-neige balayaient tout sur leur passage : godets titanesques remplis de neige se déversant sur les extrémités du parking, roues chaînées et démesurées cliquetant à grande vitesse, monstres d'acier poussant les voitures mal garées sur les côtés (et fi du parallélisme, de la direction, des rayures, des pare-chocs fendus,etc.) Bref, cet exercice de déneigement nocturne relevait davantage d'une danse cauchemardesque exercée par des machines abominables...

Une fois engloutis par la forêt, le calme revint, silencieux, poudré et glacial. Des milliers d'étoiles au dessus de nous, le petit lac givré sur notre droite, et la trace étroite dans la neige que nous suivions, en glissements successifs de nos skis. Un départ de course merveilleux, entourés de toute part par les sommets discrets et la nuit protectrice.

Après une petite heure sur un sentier débonnaire en forêt, nous arrivâmes soudainement à l'orée d'une large vallée, s'étendant à perte de vue, et dont le tapis profondément poudreux et absolument immaculée se fendait d'un ruisseau serpentant amoureusement en son sein. Au fond, la vue venait buter contre une muraille de sommets religieusement feutrés. C'est alors que le vallon tout entier, cédant aux assauts du jour, prit en quelques minutes des teintes violines, pourpres et rosées, et les arêtes supérieures le délimitant de part et d'autres ciselèrent dans le ciel un fil d'or continu sur toute leur longueur. Le soleil se levait et le sublime vallon du Fruit nous ouvrait ses portes.

JB et moi étions complètement fous et émerveillés. Du bonheur en lingots ! Sur les versants raides, de grandes avalanches avaient dévalé, ponctuant leur base de cônes impressionnants. Nous avancions dans le vallon ; au loin une harde de bouquetins traversait lentement, comme quelques santons parfaitement disposés au centre d'une crèche féerique. Je marchais ivre, avec l'impression de flotter au milieu de ce décor génial. Le soleil entamait sa ronde, nous chauffant timidement le visage : divin !

Après une heure de marche, nous arrivâmes dans un premier étranglement, bordé à droite d'une petite falaise rocheuse et sur sa gauche d'un immense versant raide et continu. Le traquenard parfait en cas d'avalanche, d'autant qu'un peu avant des coulées avaient presque atteint le fond du vallon et que ladite pente n'avait pas encore "fonctionné", armée et prête à partir. Mais il faisait encore froid et nous le "sentions" bien. Sans traîner, nous sommes passés l'un après l'autre et avons atteint rapidement le petit refuge du Saut, blotti dans un cirque encaissé et somptueux. Nous étions parfaitement seuls. Sur notre droite, un deuxième étranglement, ombragé et peu accueillant, laissait entrevoir comme au travers d'une lucarne une grande plaine écrasée de soleil, montant en pentes progressives vers le glacier de Gébroulaz.

C'était l'heure de la pause. Après quelques bananes, carrés de chocolat et divers gâteaux (Mention spéciale du jury : les Goûters aux pépites de chocolat Gerblé !), nous repartîmes en direction du fameux goulet, sésame angoissant pour atteindre notre plaine enchantée...
Encore un coupe-gorge : cette fois des avalanches avaient carrément atteint le fond, l'obstruant de blocs informes et compacts avec, ici aussi, une pente armée quoique d'envergure moindre. En revanche, à droite, une pente au soleil laissait déjà glisser par intermittence quelques filets de neige poudreuse. Après mûres réflexions et toujours espacés d'une centaine de mètres, je m'engageai dans le goulet, avec l'aimable impression de m'introduire dans la gueule du loup...

De plus près, la pente menaçante se révéla finalement d'aplomb et les coulées sur la droite, bien que régulières, restèrent superficielles. Ainsi, nous arrivâmes au milieu de cette grande plaine, parfaitement sûre et inondée de soleil. Du bonheur ! Il ne nous restait alors qu'à la remonter pour atteindre le pied du glacier. Ce furent ainsi deux heures de marche heureuses, dans une neige profonde et légère, le nez fixement tourné vers le ciel, doré de soleil et en vue des hautes montagnes environnantes. Deux parfaits privilégiés, seuls dans un décor de cinéma. En haut du glacier, le Dôme de Polset, objectif de notre course, mille mètres encore au dessus de nous. Les aiguilles tournaient et l'après-midi était déjà bien entamée. Après plus de six heures de marche à faire notre trace, nous n'avions pas le temps d'aller en haut. Nous nous sommes donc arrêtés sur la partie inférieure du glacier, un peu déçus, mais largement comblés par la montée, d'autant que se présentait en dessous de nous la carte des desserts, le morceau de choix de la journée... la descente !

Après quelques victuailles goulûment expédiés et une petite sieste au soleil, l'heure du bonheur ultime approchait ; un rapide coup d'oeil au rocher qui nous avait servi d'hôte, nous laissions notre dîme à la faune vernaculaire, en cette période de choucas maigre, et partions le coeur extrêmement léger. Devant nous, sur huit cents mètres de dénivelée, une gigantesque page blanche attendait nos plume inspirées -et parfois baveuses il est vrai, mais tout n'est-il pas perfectible ? Dans le vallon retentissaient des cris de joie et, penchés en arrière, nous savourions chaque virage durement gagné. Nous avions mérité notre étude rythmique approfondie.

Vite expédiés les goulet angoissants, le cirque du refuge, le premier étranglement -dans lequel un bouquetin grassouillet, herborisant avec nonchalance fut prit de panique en nous voyant et entreprit une directissime hasardeuse sur une raide pente, gorgée de poudreuse... on ne voyait plus qu'un bout de tête et deux grandes cornes dépassant de la neige...
- Ah ah ! mon gaillard, on fait moins le malin... tiens, pour la peine, tu finiras dans ma boite à image. Clic clac ! pour la postérité. Nous t'appellerons Cousteau, le bouquetin insubmersible.

Vite expédiés les Vallon du Fruit, sentier et petites cabanes forestières, pour surgir brutalement en pleine civilisation, au beau milieu d'une piste de ski de fond grouillante de combinaisons fluo, faisant le tour du lac. Situation incongrue qui tourna rapidement au grand-guignolesque lorsque, bardés de nos sacs à dos, piolets et gros skis de rando, nous entreprîmes de faire la course avec un fondeur au regard méprisant, tout de fluo vêtu et courroucé de voir surgir sur sa piste deux randonneurs venus de nulle part. Un grand moment de compétition entre, devant, un fondeur au parfait mouvement de balancier et, à ses trousses, deux pouilleux sans technique mais fermement motivés à en découdre ! Peine perdue, il disparut un peu plus loin, l'honneur sauf.

Nous arrivâmes peu après au parking, terme de notre randonnée, sous les premiers flocons, le temps s'étant couvert rapidement dans la descente.

A retenir : une course très longue à refaire rapidement, mais en deux jours, avec nuit au refuge, pour espérer faire le sommet dans des délais raisonnables. Et puis bien sûr, beaucoup de très belles images dans les yeux...


Sylvain"

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En bonus, le naufrage de la deuxième tentative de la saison. On comprend mieux l'apothéose ressentie lors de la troisième et dernière tentative au mois d'Avril (cf article précédent www.skitour.fr/articles/read_42.html)


"Bonjour à tous,

Dimanche dernier, sortie dantesque en ski de rando :

Météo annoncée : samedi soir : neige, dimanche : neige le matin, mitigé l'après-midi, vent fort (mais on tente le coup quand même... on ne sait jamais, "sur un malentendu..."

Objectif : le Dôme de Polset, 3501m (tenté il y a 15 jours, mais beaucoup trop long, souvenez-vous...).
Comme nous sommes opiniâtres, on retente le coup.

Programme : on décolle de Décathlon à 19h le samedi soir (après 10h d'une marée humaine sans nom...).
Arrivée à Méribel Mottaret vers 22h. 5 petits cm tapissent les voitures et il neige modérément.
Départ sur la piste de ski de fond de Tueda (désertée par ses fondeurs décidemment bien mollassons. Nous, au moins, on pratique même la nuit !). Par moments, une trouée dans les nuages laisse percer la lune pointant d'immenses gyrophares blafards sur les montagnes alentours... surréaliste ! il continue de neiger. 10 cm de fraîche partout, la trace à faire, une sous-couche solide, du bonheur...

Arrivée dans le cirque du Saut, 1h du mat, les sacs à dos lourds comme un bouquetin braconné... plus de flocons dans le ciel, de grandes trouées de ciel et la lune qui apparaît par moments... wouaouh, on y croit !

2h du mat : la tente est montée, j'ai faim, je mangerais un bouc ! Vite on enlève les chaussures, les vêtements et on rentre dans le duvet en 4ème vitesse. Jb sort une tablette de chocolat... silence religieux.

Puis dodo. Réveil branché à... 5h du mat (soit dans 3h).
Nuit polaire, glaciale, ce que vous voulez. Impossible de fermer l'oeil de la nuit. Je dors collé contre Jb, lui même collé contre Manu (son frangin, monté de Marseille faire le kéké dans les Alpes). Recroquevillé, j'ai du dormir 20mn cumulées. Sur le thermomètre de ma montre, -7°c dans la tente. (motivés vous avez dit ?)

5h du mat. Debout. le réchaud ronronne pour le thé. L'heure de vérité en ouvrant la tente : quel temps fait-il ??? et là... stupeur ! Un ciel criblé d'étoiles, la lune éclairant tout le cirque... incroyable ! Mais qui sort du duvet en 1er ??

6h du mat : départ. Je cours avec mes skis autour de la tente pour me réchauffer pendant que Manu finit de se préparer. (-12 / -13°c au thermomètre).

Le temps de se réchauffer, tout devient fabuleux. Le soleil se lève, allume les cimes les plus hautes. Nous restons dans l'ombre du vallon que nous remontons 2/3 heures. Au loin, vers les sommets, le vent emporte de grands panaches de neige. Ca souffle fort là-haut.

10h : on s'encorde. Nous attaquons le glacier de Gébroulaz. Nous passons au soleil, mais pas de grosse différence vu le vent qui souffle en rafales de plus en plus violentes. J'attrape de petites onglées sans cesse.

12h : remontée du dernier couloir sous le sommet : la vue s'élargit, on prend de la hauteur. Vue sur la Grande Casse et les glaciers de la Vanoise, le Mont-Blanc, Dent Parrachée, etc. Le vent devient violent et ne cesse que quelques secondes à chaque fois. Il emporte avec lui des nuages de neige, de grésil. Ca devient pénible.

12h30 : à 50m sous le sommet, les conditions deviennent insupportables. Le vent hurle, la corde tire sans arrêt tant les pauses sont fréquentes pour se protéger et l'on ne s'entend plus parler. J'ai le nez, les joues et les phalanges insensibles (malgré 3 épaisseurs de gants, une cagoule, un bonnet et la capuche de ma veste). Nos lunettes de soleil sont givrées. C'est l'enfer ! Je jure contre le vent (et le sommet en passant, qui décidemment ne veut pas de nous !). On entame la descente à moitié courbés en avant, vers un petit rocher derrière lequel nous pourrons nous protéger (un peu !) et nous préparer pour le couloir. C'est un havre bien dérisoire, on a l'impression que le vent nous en veut personnellement ! Vite, la corde dans le sac, on enlève les peaux sous les skis (à main nue, obligatoirement !), les fixations en position descente, et c'est parti pour le couloir. Rapidement le vent se calme et alors, ça devient festival !
Poudreuse, paysages glaciaires, ski au milieu des pointes bleues et vertes des séracs, recherche de l'itinéraire au travers des crevasses émeraude et turquoise, faux plat descendant immense sur la langue du glacier, absolument vierge. Le ski de montagne dans toute sa grandeur !

15h; pause de retour à la tente pour manger un peu. La peau gelée au sommet paraît brûlante au soleil

Puis 2 heures pour descendre au parking, avec des sections de faux plat abominables : j'ai des crampes dans les mollets, les quadri et les ischio (haut et bas de la cuisse) !!

17h : après 14 heures de marche (entrecoupées de 3h d'une nuit glaciale), 1800m de dénivelée interminables, un froid polaire au sommet, nous arrivons à la voiture... arrghh ! Et on a encore raté le sommet, à 50m près cette fois. Ca devient une affaire personnelle maintenant !

Ce mercredi, la sensibilité du bout de mes 2 auriculaires n'est pas encore revenue. C'est pas bien méchant, mais ça montre qu'une engelure peut venir très vite. Mon nez est en compote (horrible pour me moucher ;-)), malgré la super crème neutrogéna que j'avais pris soin d'appliquer durant la course. Jb en rechanche a une engelure sur le nez. Toute la partie droite a bruni et reste insensible. Il a chopé des phlyctènes (sortes d'ampoules) !! Le médecin l'a rassuré, son nez ne tombera pas, mais en attendant il jongle bien !!

Sylvain"

Commentaires

» Tchouf, le 10.02.05
Quel talent...
Encore, encore....
On en redemande....
Sylvain (Tchouf)

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