Le Mont Blanc seul : ce qu'il ne faut pas faire
Par mick38
Suite à une discussion sur le forum à propos du Mont Blanc, j'ai décidé d'écrire cet article pour les candidats qui seraient tenté par l'aventure du "solo".
Les 3 Monts et la face nord, c'était mon but depuis plusieurs années.
Avant
La dizaine de copains avec qui je sors étaient motivés et me demandaient de les enmener.
Cette année, je me décide donc à faire cette face nord en poudre qui trône dans mes WC depuis quelques années. Sans me préparer spécialement, je n'arrête pas la saison en avril comme les copains grimpeurs et je continue à faire quelques beaux 3000.
Le créneau météo c'est le samedi ou le dimanche. Le mercredi je réserve le refuge pour le vendredi soir pour 4. Mon épouse, qui me suit partout, a tellement galéré ( froid, MAM) lors de notre 1° au mois d'avril 2007, ne voulait plus y retourner.
Les copains, ils ne sont plus motivés malgré mes appels. J'essaie de contacter des coéquipiers via skitour. Ça ne marche pas vraiment (les solitaires y vont par la 1° benne, d’autres partent le samedi) mais un autre groupe de surfeurs OURIENS y va et je pars seul pour le refuge des cosmiques par la dernière benne du vendredi (16h).
Au refuge
Même pas un autre solo comme moi sur les 150 personnes au refuge. Pas fous les gars ! Si je rencontre 3 Ouriens (avec qui j'avais échangé autour d'une couse exceptionnelle en chartreuse) avec qui je converse un peu et je retrouve les surfeurs avec qui j'avais échangé sur le Net avant de partir. Bizarre de se retrouver seul au milieu des groupes (le gardien est méfiant). Je dine avec 2 australiens qui sont montés pour l’acclimatation (mon anglais ainsi leur français sont très limités). Pour la 1° fois je suis seul dans un refuge bondé, BOF, si on peut éviter.
La montée
Je ne pars pas avec le premier réveil et je monte avec les diverses cordées dont beaucoup d’alpinistes pédestres.
Pas de problème l'itinéraire est tracé et il y a au moins 100 personnes
Montée à ski au début, à pied depuis le milieu de la face Nord du Tacul jusqu'au mur de la côte, puis de nouveau à ski+couteaux jusqu'au sommet.
Montée que je trouve facile sauf les derniers 300m où je tire la langue, mais normal.
Je reste 1h au sommet en polaire, pas de vent.
La descente
Je n’ai pas trop envie de descendre seul au milieu des crevasses alors je demande à un groupe « on descend ensemble ? » et on descend à 6 et en doublant un couple dont la fille est morte de trouille.
Neige très dure et irrégulière dans des parties à 40°, ce qui interdit la chute. Dire que j’avais rêvé de poudre ! bien content de ne pas être seul de chez seul au milieu des séracs de 150m de haut ( bien que si ça tombe !). En dessous de 4000 => moquette 5*, un régal.
Quels enseignements en vrac:
• Partir seul que si vous avez un bon fond avec plusieurs sorties à plus de 3500 où vous vous sentiez bien et un mental habitué à faire des solos, car vous risquez de vous retrouver bien seul.
• Si on est seul partir par la 1° benne du matin et ne s’occuper de personne, mais on est à la bourre pour la descente ( jonction, traversée sous aiguille).
• Le refuge c’est la réussite assurée et vous verrez bien par chance il y aura un autre solo, sinon il faut vous attendre à vous retrouver seul et là ce n’est pas rigolo.
• Ne pas compter sur skitour pour trouver un coéquipier au pied levé.
• Sinon prendre contact bien avant et faire 1 ou 2 sorties ensemble avant pour voir le niveau.
• Ne pas compter nouer contact avec un groupe pour la montée, la différence de niveau de mental et de forme risque d’être trop difficile à gérer ( soit vous êtes le boulet, soit vous allez rater votre course)
• Choisir le 2° départ réveil 2h30. Le 1° à 1h30 c’est pour les alpinistes piétons qui font l’aller retour ou rentrent par Vallot. Vous risquez de vous trouver le premier au sommet et de descendre avec de la neige non revenue.
• La montée : et vous avez un problème de MAM qui va vous en sortir ? (ça peu arriver tout d'un coup aux meilleurs)
• Au col de la Brenva c’est l’hécatombe pas mal de gens sont au plus mal MAM, il est possible de faire ½ tour mais la descente du Maudit sera à faire à pied et si pas de corde fixe.
• Vous croyez en arrivant au sommet trouver un groupe qui descend la face Nord?. Attention peu de candidats, il n’ ya pas foule qui fait la face Nord et veulent ils prendre le risque d’avoir un pépin avec vous ?
• La descente interdit toute chute sauf celles des monstrueux séracs de 100m de haut qui vous surplombent. Inquiétant et on est pressés d’en sortir et même à 6 on ne traine pas, bon mental nécessaire si vous êtes seul.
• Attention aux crevasses en dessous de 3500 et surtout dans la jonction (si on part à la 1°benne du matin c’est pire) voir photo de la sortie 28941.
• Attention à la traversée sous l’aiguille exposée aux avalanches de fonte ( depart 1°benne encore ).
• Mais bien que ce soit très fréquenté, que le portable passe beaucoup mieux qu'au fin fond de la Chartreuse ou du Queyras, cela reste un sérieux cran au dessus de la course moyenne. Il n’ ya que 1450m mais ça fait mal.
• En tous cas ce jour là c’était le top! Le créneau de l’année car le dimanche jour blanc !
• Bien que seul, j’avais tout le matos de glacier ( corde 30m, broches, poulie mini-traction….) ;tu ne va pas jouer l’incruste et compter sur les autres.
• Un dernier truc en préventif: pour éviter l'arrivée du MAM et ses maux de tête, j'ai pris 1gr d'aspirine à l'arrivée au refuge et 1gr au matin, et pour dormir au refuge un stylnox.
6 mois après je me dit que j'ai eu de la chance de rencontrer les 5 gars avec qui j’ai fait la descente, j'aurais moins apprécié la descente en solo intégral.