Objectif 4000 : Saga en 3 épisodes des aventures extraordinaires d'un groupe de jeunes ordinaires (ou presque) issus d'une classe de BTS IPM. Deuxième et dernier volet : C'est la montagne qui gagne
Après la journée d'initiation au ski de randonnée qui a eu lieu le 9 février au petit Som, le WE intermédiaire prévu au TABOR a été annulé pour cause de (très) mauvais temps. On décide donc de nous laisser 3 jours pour le volet final de ce projet, à savoir le
Dôme des écrins (4015). Ce sera du jeudi 22 au samedi 24 mai 2008.
Jeudi 22 mai 2008
On ne change pas les bonnes habitudes : Rendez vous à 9 heures devant
Espace Montagne, partenaire du projet. A 9 heures 45 tout est plié, les 9 jeunes sont équipés. Merci à vous pour votre service au top !
7 jeunes seront en raquettes, 1 en ski de randonnée (seul rescapé de la journée d'initiation), et 1 en snowboard. On en a laissé deux à la maison, pour cause de petits bobos. Au niveau des encadrants, on trouve Pierre Biju Duval, le guide le plus cool de la planète qui fait son "coming out" en raquettes à neige, et 4 enseignants : deux en ski, un en raquettes et un en snowboard. La météo est prévue belle pour jeudi et vendredi, une perturbation devant arriver au cours de la journée de samedi.
On part donc pour le
pré de Mme Carle sous un beau soleil de mai. La route est ouverte jusqu'à l'entrée du pré (pont du Banc, 1845). On mange, on s'équipe tranquillement et on décolle vers 14heures. Seul le verrou du glacier Blanc est déneigé. tout le reste se fait raquettes/skis aux pieds. Dès les premiers lacets, on comprend que ça va être très dur pour certains. Sacs énormes, ampoules, mal aux jambes, souffle court. Se sont-ils préparé pour ce projet ? On-t-ils réalisé la difficulté de l'objectif ?
Vers 17h30, c'est à l'agonie que certains arrivent au
refuge du glacier Blanc, où l'on a prévu de passer notre première nuit. Le refuge est perché sur un promontoire, en rive gauche du glacier Blanc. Le refuge du glacier Blanc, c'est la porte de la haute montagne. Au dessus commence le royaume des neiges éternelles. Il fait face aux magnifiques sommets qui sont en en rive droite du glacier Noir : Pelvoux, Pic sans Nom, Coup de Sabre, Ailefroide. C'est le royaume des couloirs mythiques et des énormes glaciers suspendus. La mecque de l'alpinisme, après la vallée du Vénéon bien sûr
Ce jour-ci le refuge est non gardé. C'est la trêve entre la période du ski de randonnée (Avril > Mai) et celle de l'alpinisme (Juin > Septembre). Nous investissons donc le confortable refuge d'hiver. Grand luxe : il y a de l'eau. Sur les 3 réchauds, un seul est en état de fonctionnement. Heureusement le guide a donné ses consignes : bolino pour tout le monde, car c'est donc moins énergivore (ça n'a pas besoin de cuire). Certains sortent des pots de cornichons et des Yop entiers de leur sac, on hésitent sur l'attitude à adopter : être atérés ou morts de rire
Le repas est réparateur pour les organismes, et après avoir fait la java un long moment les jeunes finissent par s'endormir vers 21h00, plein d'étoiles dans la tête.
Vendredi 23 mai 2008
3 heures du mat. Driiiiing, c'est l'heure de se lever. C'est tôt mais c'est pas pour aller bosser

. Après un petit déjeuner à la lueur des frontales on s'équipe rapidement. Les organismes sont encore endormis et les gestes un peu maladroits. Heureusement le matériel a été soigneusement préparé la veille. Baudrier, crampons, casque, tout le monde est prêt et on décolle à 4 heures.
La nuit est étoilée. Il n'y a pas un nuage ni le moindre souffle de vent. Le regel est excellent et doit nous permettre de progresser rapidement. Pendant 2 heures nous marchons sous les étoiles à la lueur de la lune (presque) pleine et des frontales. Les cerveaux se réveillent doucement avec l'aube. Les conditions sont exceptionnelles.
Vers 6 heures on est à 3000 mètres, sur le plat du glacier Blanc. L'aube n'est déjà plus qu'un souvenir. Au fond on aperçoit pour la première fois le dôme des Ecrins et les rayons du soleil qui illumine ses pentes terminales. Instants magiques, grandioses.
La journée est extraordinaire. Ciel bleu limpide, neige en quantité, pas de vent. Les conditions sont tellement bonnes qu'on hésite un moment à monter la troupe au dôme aujourd'hui. Même si c'est un peu tard la face est nord donc reste froide. Mais depuis le refuge du glacier Blanc, ça représente plus de 1600m de dénivelé, dont les 700m de face en raquettes. Vu l'état des troupes c'est le but assuré. On reste donc sur la prévision initiale : dôme des écrins demain, si la météo le veut bien.
Les jeunes sont bien entamés, au moins pour une partie. On décide de faire deux groupes. J'accompagne directement les plus fatigués au
refuge des Ecrins (ils ont terminé leur journée à ... 7h45 !!), et je file rejoindre le deuxième groupe emmené par Pierre au col de roche Faurio. Au moment où je passe sous le col l'appel du dôme, en face, est trop fort. Un petit coup de radio à Pierre et c'est parti : j'ai l'autorisation de m'échapper un moment
Alors que l'équipe se fait bronzer au col de Roche Faurio, je suis au sommet. Descente rapide en superbe poudre et je rejoint le groupe dans la remontée au refuge des Ecrins. Ils vont à un bon rythme, c'est de très bonne augure pour le lendemain. on arrive au
refuge des Ecrins vers 11h30.
Sympathique refuge, surtout quand on est seuls. On y passe l'après midi à dormir et à jouer aux cartes. Sur les 6 personnes attendues, seules 2 seront montées, c'est pas de bonne augure pour la météo de demain...
Dans la soirée, Frank&co nous rejoignent. Demain le réveil est prévu à 3 heures pour ceux qui tentent le dôme (les autres profiterons un peu avant la longue descente qui nous attend). A 8 heures tout le monde est au dodo, sans demander son reste.
Samedi 24 mai 2008
Le réveil sonne à 3 heures. Dehors il neige fort et la visibilité est réduite à 100m. Gros plantage météo. Déjà plus de 5cm de neige sont tombés depuis hier soir. On sait que le dôme ne se fera pas aujourd'hui. C'est la grosse déception pour ceux qui avaient les capacités de monter là haut, mais la montagne est la plus forte, elle a toujours le dernier mot.
On quitte le refuge vers 7h30 pour une longue descente. Sous la neige au dessus de 2400, en dessous c'est la Bérézina : une bonne grosse pluie qui finit de nous achever

. Finalement, tout le monde arrive trempé aux voitures, pas faché de boucler ces 3 jours.
C'est sûr, si on avait pu écrire la fin on aurait pas choisi celle-ci. Bien que l'objectif n'ait pas été atteint, l'expérience de ces trois jours de haute montagne aura certainement marqué les esprits, et peut être donné (un peu) l'idée aux jeunes qu'on a jamais rien sans rien, et qu'il faut parfois souffrir pour atteindre son objectif (ou pas).
Merci au
CAF pour la réduction consentie sur la nuitée dans les refuges. Ils nous aide ainsi à permettre de faire découvrir la haute montagne à un public pas forcément habitué, et qui aura peut être l'envie d'y retourner.
Merci à
Espace Montagne pour leur soutien matériel sans qui le projet n'aurait pas pu avoir lieu.
Merci à Yvon Bourret, proviseur du Lycée des Métiers JC Aubry, qui n'a pas pour habitude de sortir le parapluie, et qui n'a pas peur de faire confiance à ses équipes.
Merci à Pierrot, sacré champion du monde des guides pour son professionnalisme et son amitié. En raquettes aux pays des grandes oreilles, c'était pas gagné d'avance
Merci aux jeunes et aux collègues, qui ont essuyé les imperfections d'organisation et qui ont accueilli et vécu le projet dans la bonne humeur !
Pour clore l'article, un petit texte en vidéo par Pierrot :
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