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Recto-Verso. 
L'endroit de la Médaille
Recto-Verso. L'endroit de la Médaille
Technique du guide: se faire porter son sac pour mieux observer et contrôler. Rapidité=Sécurité
Technique du guide: se faire porter son sac pour mieux observer et contrôler. Rapidité=Sécurité
« Objectif 4000 : 1 - La montagne, ça fait mal !

Et le revers de la médaille

Par NordOuest, le 23.02.08

Suite à l'article de Jeroen: Objectif 4000

Bon d’accord, du boulot ça ne se refuse pas, et, puisqu’il faut, parait-il se lever tôt pour gagner plus, je me lance dans l’aventure d’un objectif 4000. Pas évident un 4000 m en Oisans, je pautasse et relis tous les topo-guides. Idée de génie, je m’arrête sur le Dôme des Ecrins. Effectivement, c’est bien un 4000 m, moi qui en doute encore ! Rendez vous pris avec « votre serviteur : Jeroen » et un groupe d’étudiants.
Je dois dire à mon insu que l’idée émane de votre webmaster, parce qu’accompagner des djeun’s de 24 ans ne m’était pas vraiment venue à l’esprit sur un si haut sommet et qui plus est : le point culminant du massif moins 87 mètres.(mensurations de la copine).

Samedi 9 février, 8h45 du matin à Saint Martin d’Hères (banlieue grenobloise, vitesse limitée à 70 km/h raison invoquée : un pic de pollution à 4015 mecibels)…
Foutu départ pour une première en rando et bien sûr, personne n’est équipé. M’en fou, on a toute la journée et l’objectif : le Grand Som à portée de tous. Alors cool mon Pierrot ! Eh oui cool, une bande de jeunes 20-24 ans tchate sur le parking en jean’s et basket, comment vous dire, vous savez les chaussures que l’on met pour un ring de boxe. Waouh, ce sont des vrais. 11 grands garçons (à force de bouffer des Tom et Pilou) mais pas une fille. La mécanique les fuirait-elle? Je dois paraître bien maigrelet aux cotés de ces gaillards à l’air jovial.
Il est 9 h. Dringggg, non c’est pas la récré. Juste l’heure de récupérer le matériel, essayer les chaussures, voir si la couleur convient, régler les skis, prendre les raquettes et comment ça marche. Une parodie de « C’est pas sorcier » pour les plus jeunes sur France 3 à 17 h.
« On aura droit à des bâtons ? », « Put..n, qu’est-ce que je suis mal dans ses pompes » (forcément mon gars t’as mis le pied gauche), « Môsieur, y’a un pied droit et gauche pour les raquettes » « merde, j’ai que des soquettes » « et on va où en fait » etc…etc…Le pied géant. Cool Pierrot.
J’vous passe le trajet sans encombre à discuter avec le boss sur les topos de skitour, la croissance du site, ses défauts, ce qu’il faudrait améliorer, le prochain resto de l’équipe de modération…
10h40 au habert de la Ruchère.
Préparatifs et là, Grand moment, je vous jure. Remarque me dis-je, nous ne sommes qu’en matinée et il reste encore 8 heures de jour. Bref, je passe. Départ à Donf à 11h et le doute m’envahit. A force de taper dans un ballon toute la journée agrémenté de soirées en boite, c’est vrai qu’ils doivent tenir la caisse ces petits. Au loin j’aperçois le Jeroen qui parlemente, moi, tant bien que mal je navigue entre la tête et le milieu de course. Le dénivelé s’avale et le rythme se calme, mais vraiment se calme, on est arrêté. Alors pauses twix, photos, différence entre un épicéa et un sapin, la Chartreuse et Saint Bruno, les Massifs Karstiques(couac), le PNR, les coulées d’avalanches, et le « Vous faites quoi vous comme métier ? Ben moi je suis guide de haute montagne mais pas dans les musées » Bref, les grandes classiques quoi.

Aparté : je demande à un client s’il se sent de sauter la crevasse ? Of course he said. Lui laisse 3 mètres de mou et hop le vois disparaître dans la crevasse. No comment

13 h : The summit comme une victoire.
Pensée du guide : on les a monté jusque là, maintenant, va falloir les descendre !

Extrait en vrac « Que c’est beau ! - on voit ma maison, non ? – Est- ce qu’on va plus haut ? Hé !!! , Fais attention, tu es assis dos à l’Ouest et au vide. Oh Pierre pas de problème ça fait 10 minutes (oup’s) – Il reste du coca ? - …
Et là, on se dit que l’on fait un métier formidable.

Et TOUS, dans la bonne humeur on entame la descente. H – 1, non pardon, seconde - 1 : un de moins, s - 2 : plafff, s-3 : ils sont où les skieurs ?. Et on se dit que l’on fait un métier extraordinaire.
Moment d’anthologie qui fait que la science progresse. La raquette est le moyen le plus rapide de déplacement sur terrain enneigé. Vous en doutiez, moi plus.
Il est 15 h, grand moment de solitude. Ma pharmacie est ok, j’ai quelques barres moisies d’un reste d’été au fond du sac, la radio secours est chargée, il fait pas froid et soudain, comme aveuglé par ce sublime itinéraire proposé par l’encadrement je pense à ma tikka +. Merde, je ne l’ai pas prise. Et si on me reprochait cette erreur professionnelle pour une rando au Petit Som ? L’idée passe, les 3 conversions pour Bovinant aussi, la pause tant méritée au Habert également après tous ces efforts surhumains.
16 h : On boucle au pas de Roche Rousse quand soudain l’un deux glisse et file vers le versant Sud du Col de Léchaud. Et Merde, on va se retaper la boucle !!!!

La descente : Jeroen et Bibi prenne sur leur sac 2 paires de skis, histoire d’aller plus vite. Eh oui, je vous le disais, la raquette est le plus rapide des moyens de transport.
Grande traversée en rive droite et hop une vilaine conversion et hop face au Mt Blanc et hop je ne vois toujours pas la caisse….
17h30 : J’ai toujours les clés de la bagnole dans ma poche. OUF.

Le métier de Guide de Haute Montagne, c’est aussi cela : cf photo mais surtout…

Epilogue : Un Petit Som, ensuite deux jours à suivre en raquettes puisque ça va plus vite … avec une nuit en refuge puis comme un couronnement pour dépasser des limites… La notre sera, on l’espère les 4000m. Chacun sa vision de l’imaginaire, à chacun sa façon de concevoir l’effort, à nous tous de comprendre qu’il existe aussi d’autres manières d’appréhender l’espace montagnard et ce qu’il représente. NOUS, quand je dis NOUS, c’est cette bande de joyeux lurons hyper motivés, montres sympas qui bossent en contrat alternance et qui découvrent un jour de leur vie une facette de la montagne et de l’effort qu’il ne connaissaient pas. Alors OUI, le métier de Guide est à chaque instant différent et enrichissant parce que dans nos facultés d’aptitude à la montagne, on est conscient que chaque mètre gravi pour l’autre est une forme d’ascension et de plénitude. Le Dôme des Ecrins, j’y suis quelques fois comme bien des sommets de l’Oisans. L’important est de se demander avec qui on a envie de le faire tout comme une traversée de la Meije ou un raid sur un Chamonix-Zermatt ou alors une pente raide avec l’ami qui fait parti de la famille. Cette bande de jeunes, elle est monstre motivée, en monstre manque d’entraînement, et alors, si on parvient à trouver la lumière même en raquettes sous le Col des Ecrins… Quel bonheur pour nous et pour eux. Se savoir libre, vivre et dépasser d’autres limites que l’on n’ imaginait pas. Questions d’échanges.
On y croit et eux aussi, surtout eux. Laissons les s’entraîner pour leur projet.

Fin de l’épisode 1

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