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Chamonix- Zermatt 1ère !

Par Mattiou, le 08.02.08

Dans le cadre du concours de la plus belle plume

Chamonix- Zermatt 1ère !

Avril 2003, les kilomètres défilent et les gouttes de pluie tambourinent sans discontinuer depuis Grenoble. Une légère boule dans le ventre, je tente désespérément de trouver un peu de repos et de tranquillité en me laissant bercer par le ronronnement du moteur… peine perdue, les mêmes interrogations reviennent comme un refrain : et si on chope la tempête ? Et si l’un de nous craque physiquement ? Et si ca craint coté nivo ? Est ce que j’ai bien pensé aux couteaux ? Faut dire que pour un premier raid, on s’attaque à un mythe : THE haute route Chamonix Zermatt ! Ne sommes-nous pas un peu présomptueux ?

Pas eu le temps de trouver les réponses à toutes mes questions qu’on arrive à Chamonix. Il neigeote et l’OHM nous annonce un cumul impressionnant en altitude pour les dernières 48h, du genre à pas sortir une spatule dans la vallée blanche ! Youpi, tout ca n’était qu’un mauvais rêve, on reprend la voiture en sens inverse et on part grimper dans les calanques, j’me prendrais moins la tête avec les conditions nivo et les problèmes d’orientations une fois au bar à Morgiou, à potasser le topo de la grande Candelle. Sauf que tout le monde n’est pas du même avis et on se retrouve au bar PMU pour un conseil de guerre. OK, c’est décidé pendant que Chris, Lu, Moy et Papy attaquent une partie de tarot (au bar de Morgiou au moins on aurait pu jouer en terrasse les gars !), on retourne à la bibliothèque de l’OHM avec Laure et Del pour potasser les topos. Alors qu’à défaut de la grande candelle je finis par dénicher un topo inespéré de la Sainte Victoire histoire de croire encore au soleil, les filles empilent quelques topos Suisses d’une précision diabolique. Alors qu’on rêve sur des photos du majestueux glacier d’Ottema –tu t’imagines remonter les quelques kilomètres de ce géant à la boussole dans un temps comme aujourd’hui ? Quel con j’ai oublié le mode d’emploi de mon GPS…- la météo Valaisanne nous annonce une météo bien plus clémente à l’Est du Mont Blanc. Sans trop oser y croire, on propose donc aux assoiffés du PMU de sauter les deux premières étapes. Direction la Fouly, en voiture donc ! Et effectivement, dans la descente sur Martigny, on arrive à apercevoir un peu de ciel bleu.

Après une nuit confort dans un dortoir de l’hôtel des glaciers, nous vla partis pour la première étape. Cette fois on y est ! Mais le soleil est au rendez vous, l’air du val Ferret nous fait le plus grand bien et toutes mes interrogations se sont –presque- envolées avec les nuages. La montée aux lacs de Fenêtre se passe sans soucis même si on n’est pas encore dans le rythme du raid, on a un peu trainé ce matin et on le paye en crème solaire. A partir des lacs, la neige devient légère, on aperçoit déjà la fenêtre d’en haut au loin, quel plaisir de soigner la trace à travers ces dunes blanches. Les dernières craintes s’envolent définitivement, chacun rentre dans le raid, on y croit à notre La Fouly-Zermatt ! Et on se met même à espérer une première descente royale sur le col du Grand St Bernard. A peine le temps de profiter du chemin parcouru et de la vue à la fenêtre où le vent nous cueille, les peaux au chaud sous la veste et on s’élance dans une neige… pourrie. J’ai beau tourner la carte, c’est bien un versant Sud, la poudre est derrière nous et la croute est au rendez vous, le poids des sacs en plus ! Malgré la pause pic nique au milieu de la descente rien n’y fait, on n’aura pas mieux aujourd’hui et on optimise la traversée pour atteindre le tunnel qui nous mènera au col. Le passage dans ce boyau de béton réservé aux skieurs en cette saison est assez original. Un dernier virage et St Bernard nous accueille, trônant fier devant son hospice, impressionnante bâtisse posée là on ne sait comment. L’accueil des chanoines est impressionnant de gentillesse et de prévenance pour les voyageurs de passage. A peine arrivés on nous explique le fonctionnement du lieu, les horaires à respecter. A l’intérieur, le confort des chambres contraste avec l’apparente rudesse de la bâtisse. Le couloir réservé aux Chanoines, fermé par une imposante grille, et dans lequel on voit de temps en temps passer l’ombre furtive d’une soutane contribue au mystère du lieu. La fatigue de cette première journée, un peu d’imagination et nous voilà propulsés au moyen âge dans ce lieu vraiment à part !

L’accueil n’est décidément pas un vain mot pour ces quelques chanoines et nous sommes touchés par leurs questions sur notre destination et leurs quelques mots d’encouragement alors que nous nous équipons pour affronter le froid et le vent qui souffle dehors pour célébrer notre deuxième matin de vagabonds des neiges. L’étape s’annonce longue pour rallier la cabane de Valsorey, on s’est donc levés tôt… Encore raté pour le grand ski, c’est sur une neige béton que nous dévalons jusqu’à Bourg St Bernard. Les cuisses sont à point pour attaquer la première montée du jour. On hésite un moment entre l’itinéraire du col de Proz, un peu plus long mais plus tranquille et la face Est de la croix de Tsousse. L’appréhension de la longueur de l’étape ? L’euphorie du début de raid ? Je ne sais pas ce qui nous pousse à choisir la deuxième solution mais nous nous engageons dans une longue traversée à flanc qui restera comme une grosse frayeur du raid. La neige béton nous contraint d’abord à sortir les couteaux, mais jusqu’ici tout va bien. Une fois passés à l’aplomb de la croix de Tsousse, le col paraît tout proche... il nous faudra deux heures pour l’atteindre. La couche de neige gelée repose en effet sur une épaisseur impressionnante de gobelets qui ne nous inspire aucune confiance. On improvise alors une chorégraphie du sauve qui peut, partants chacun notre tour pour tracer la pente de rocher en rocher, attendant que le groupe se reforme sur un ilot de stabilité avant de repartir à l’assaut de l’océan de gobelets. La tension est palpable dans le groupe jusqu’à la dernière traversée du dernier d’entre nous depuis le dernier rocher jusqu’au col tant désiré. Une pause au soleil pour faire tomber la pression, boire un coup et nous nous élançons libérés dans un large vallon face au grand Combin, persuadés que le gros de l’étape est passé et que la montée à la cabane ne sera qu’une formalité. La descente est agréable sur une neige déjà bien transformée qui nous enchante après la croute et le béton déjà testés. Une fois dans le fond du vallon où coule le torrent de Valsorey, reste plus qu’à remettre les peaux, attaquer la moraine et suivre le beau Z qui va nous amener à notre maison du soir. Au final nous allons payer le temps perdu dans la montée scabreuse du matin en attaquant cette dernière pente sous le cagnard. Et c’est dans l’effort que l’on réalise toute l’énergie dépensée dans la bataille de la Tsousse quelques heures plus tôt. Chacun son rythme, chacun pour soi, on se traine tant bien que mal vers le haut conversion après conversion, notre « formalité » n’en finit pas. Les gourdes déjà bien entamées au début de la montée ne résistent par longtemps à la chaleur ambiante et c’est à sec que nous nous écroulons sur les bancs en pierre du refuge. Le temps de reprendre nos esprits et nous faisons sauter la caisse du gardien à force de commander tournée de thé sur bouteille d’eau pour nous refaire une santé.

Réhydratés à marche forcée, les corps acceptent de repartir le lendemain pour une étape plus tranquille en altitude. Le Mont Blanc s’enflamme à l’Ouest alors que nous remontons les pentes du glacier du Meitin encore endormis, bercés par le frottement régulier de nos skis sur la neige gelée. Le spectacle est grandiose : sur les pentes du Grand Combin, face au Mont Vélan, avec le massif du Mont Blanc en arrière plan, je prends tout à coup conscience de notre place dans ces montagnes, du petit point que forme notre caravane sur la ligne reliant Chamonix, La Fouly et Zermatt. Le sens de cette traversée, de cette haute route m’apparaît évident, comme un lien entre certains des plus beaux sommets des Alpes. Dans mon demi-sommeil contemplatif, je me mets à rêver d’apercevoir, par delà les crêtes du Valais, la cime parfaite du Cervin. La pente se redresse progressivement et il faut bientôt s’arrêter pour mettre les skis sur le sac et chausser les crampons. Heureusement, l’étape est fréquentée et la trace est faite. Nous arrivons sans encombre sur le plateau du couloir où le soleil nous accueille. Petite frayeur tout de même pour Papy qui a bien failli perdre un de ses crampons en pleine pente. Après une pause contemplative devant le magnifique Vélan et l’étonnant bivouac Musso, drôle de boite de conserve rouge accrochée aux rochers, une traversée à flanc nous permet d’atteindre le col du Sonadon sans repeauter. La descente sur le glacier du Mont Durant qui suit est agréable dans une bonne vieille neige restée froide. On vient lécher quelques jolis séracs puis les pentes Nord du Mont Avril avant de remettre les peaux pour atteindre en une dernière montée la cabane Chanrion. Cette étape plus courte nous a permis de nous refaire une santé et nous profitons pleinement de la fin d’après midi ensoleillée sur la terrasse de ce refuge 4 étoiles.

Cela fait seulement 3 jours que nous avons quitté la Fouly et nous avons l’impression d’être partis depuis des semaines. Le rythme de notre petite caravane est désormais bien rodé, nous voilà pour de bon dans le rythme de ce voyage dont nous avons rêvé. Chacun trouve naturellement sa place tous les matins, à la trace ou à la papote dans le gruppetto à l’arrière selon la forme, les ampoules et l’humeur du jour. Pour ma part je suis déjà passé par tous ces cols, j’ai déjà admiré touts ces faces… en rêve, en préparant l’itinéraire ou en contactant les refuges. J’adore cette première étape, essentielle, où le voyage se construit d’abord sur le papier, et dans la tête. Elle permet de s’approprier l’itinéraire, de décrypter tel ou tel passage un peu plus engagé ou d’imaginer la vue depuis tel col. Toute cette phase se déroule au chaud à la maison, mais dès que je me plonge dans les cartes ou les topos, c’est un peu comme si j’étais déjà parti. Par la suite, ce qui me ravi par-dessus tout, c’est bien sur la confrontation au terrain si souvent rêvé, je les ai tellement imaginés que je reconnais presque les passages et je nous vois, tous les 7, d’en haut, tracer cette ligne pointillée dessinée sur la carte quelques mois auparavant.


En ce matin du 4ème jour, nous nous accordons une variante et laissons les quelques colonnes de skieurs qui partent vers le glacier d’Ottema. Nous traçons à l’ombre de la crête allant de la pointe d’Ottema au Pigne d’Arolla alors que le soleil illumine un à un les sommets alentours. Même si le monde ne nous a pas vraiment gênés jusque là, la sensation d’être seuls en montagne ce matin là décuple le plaisir de poursuivre notre chemin. Une série de conversions nous amène au col des Portons et c’est là que nous l’apercevons. Le Cervin, magnifique pyramide encore discrète à l’horizon, nous indique la route. En se retournant vers l’Ouest, on aperçoit le massif du Mont Blanc et on prend conscience du chemin parcouru. J’ai l’impression d’être sur une ligne de partage des eaux entre Valais et Mont Blanc, ce col symbolisera pour moi la bascule entre ces deux univers. C’est une sensation particulière que je chercherais à retrouver lors de mes prochains voyages à ski : se sentir traverser les paysages, voir peu à peu les repères du départ s’estomper et distinguer de plus en plus net l’éclat du phare du port de Zermatt par delà la mer de pics et de glaciers du Valais. A nos pieds, le spectacle est grandiose également, le majestueux glacier d’Ottema, véritable autoroute glaciaire, nous appelle. La neige est transformée à point, la descente vers ce géant est trop courte et il est déjà temps de traverser cet immense plateau blanc. En avance sur les groupes qui remontent l’interminable corridor depuis le refuge, nous ne regrettons pas notre variante matinale et reprenons la trace vers le col du petit Mont Collon. La neige est légère et c’est un plaisir de dessiner notre ligne en jouant avec le relief doux du glacier. Une traversée de plus pour le col de l’Evêque et nous profitons de notre première vraie descente en poudreuse depuis le départ. Le poids des sacs est oublié, les virages s’enchainent avec facilité, les cris de joie troublent un instant la sérénité du Vallon sous surveillance de l’Evêque et de la Vierge. La cabane des bouquetins est en vue, la montée finale nous offre une dernière suée et nous nous affalons sur nos sacs pour une sieste bien méritée. Nous avions choisi ce refuge non gardé dans l’espoir de nous y retrouver seuls à la veille de notre dernière étape, c’est raté. Des groupes Belge, Allemand et Suisse ont eu la même fausse bonne idée que nous. Le gardien est d’ailleurs monté en famille par hasard, mais il est là en vacances et ne s’occupe pas vraiment de nous. Je me fends donc d’une explication en anglais pour organiser la cohue qui s’installe dans le refuge et répartir les lits. Le refuge est chaleureux, cabane en bois ronde avec les lits disposés autour du poêle central. Le poêle justement, il carbure toute la soirée pour faire chauffer les popotes de notre petit bout d’Europe perdu dans la montagne. A chaque groupe son menu, ses exigences, et la cohue repart de plus belle. Une fois tout le monde rassasié, on laisse mourir les dernières buches en se serrant sous les couvertures pour une nuit qui s’annonce bien. C’est sans compter sur un de nos amis belge qui, ayant un peu froid dans la nuit, décide de remettre quelques buches sans se préoccuper de ré allumer le feu… « on va tous y péter la dedans !!! » c’est pas ce cri du cœur que Papy nous sort de notre sommeil et nous sauve peut être la vie ! Les bûches se consument en effet doucement sans bruler en enfumant progressivement toute la pièce. Branle bas de combat, on ouvre toutes les fenêtres en grand sans s’occuper du belge qui continue à se plaindre du froid ! La fin de la nuit est plus calme grâce aux quelques couvertures supplémentaires qui écrasent maintenant le malheureux imprudent.

Après cet épisode mouvementé, nous sommes heureux de rechausser les skis et de respirer à pleins poumons l’air frais du petit matin. Nous admirons le levé de soleil sur la magnifique face Nord du Mont Brûlé et attaquons, skis sur le sac, la montée au col du même nom. La grande rampe du haut glacier de Tsa de Tsan s’offre à nous et les moteurs s’emballent. Nous sentons l’objectif si proche que nous prenons à peine le temps de nous arrêter pour repartir à l’assaut du col de Valpelline qui nous cache encore les sommets des géants de Valais. Malgré l’impatience, je profite pleinement de cette dernière montée en pente douce en repensant au chemin parcouru et à cette ligne que nous allons finir de tracer jusqu’à Zermatt. Mes pensées vagabondent sur ces étendues glacées alors qu’une première pyramide grandit progressivement à l’horizon, la Dent d’Hérens, digne sœur du Cervin avec sa magnifique face Nord où trônent d’imposants séracs suspendus. Les lents mouvements s’enchainent et le Cervin prend peu à peu sa place dans le paysage, de même que les autres géants, du Mont Rose à la Dent Blanche. L’arrivée au col est notre grand moment on s’embrasse et on a du mal à y croire. Être là, tous les sept, face à ce panorama de rêve après nos cinq jours de traversée. Ca parait simple mais on est vraiment heureux comme des gosses d’avoir réussi notre pari avec un bon coup de pouce –merci à elle- de la déesse météo qui nous a préservés du début à la fin des brumes du val d’Aoste qui lançaient leurs assauts sur les hauts massifs Suisses. Nous nous enivrons de ce paysage grandiose à perte de vue, c’est le paradis… de l’héliski ! C’est la seule ombre au tableau, depuis le passage du col du Mont Brulé, les hélicos enchainent les rotations pour offrir à leurs clients une descente dans ce décor de rêve. Oh combien nous préférons notre choix d’avoir lentement tracé notre route depuis la Fouly pour arriver à ce point d’orgue du col de Valpelline, la descente n’en sera que plus inoubliable. Et elle fut belle cette descente sur Zermatt ! Pas de poudre, mais une neige transformée parfaire pour nos cuisses fatiguées par les efforts accumulées. Un peu de slalom entre les chutes de Séracs et nous pouvons libérer Christophe et Ludo d’un poids lourd gardé précieusement en fond de sac : une boite de fois gras pour fêter notre piquenique sous la Dent d’Hérens, aux premières loges face au Cervin. On reprend la descente jusqu’à rejoindre les pistes de Zermatt qui nous permettent presque d’arriver au village sans déchausser. On a quand même droit à une séance de télécabine pour terminer, tant pis pour l’éthique ! L’ambiance, devenue printanière au cours de la descente depuis le col, devient estivale à Zermatt et cette chaleur nous fait tourner la tête. Nous profitons du paysage en savourant le bonheur d’être là. Il nous faut quand même songer à trouver un taxi pour rentrer à Chamonix sans trop tarder car une idée un peu folle nous est venue dans cette dernière descente, celle de terminer le raid en reprenant le tout depuis le Mont Blanc, comme si de rien n’était, pour ne pas s’arrêter déjà et pour aller au bout de notre rêve : la Haute Route, pas une haute route tronquée !

Dans le bus qui nous ramène à Chamonix, nous avons le temps de profiter du contraste entre les terres d’en haut, où nous étions il y’a quelques heures et où l’hiver résiste, et les vertes vallées d’en bas, où l’été pointe déjà le bout de son nez. Ce changement brutal de saison est fatal à Papy qui se fait doucement à l’idée de nous laisser finir sans lui. L’appel du trio pétanque-marcel-pastis (et se sa ptite femme !) dans sa Dôme bien aimée est devenu irrésistible, il n’a plus le goût aux frimas d’en haut. Malgré la déception de le voir partir le moral des troupes est au beau fixe dans les rues de Chamonix jusqu’à ce qu’on réalise qu’on est pas en refuge ce soir, avec d’autres vagabonds comme nous, mais à la ville, avec des touristes douchés du jour qui risquent de ne pas comprendre… Ludo des dévoue pour aller demander, penaud, dans un restaurant s’ils acceptent les clients à odeurs douteuses. Ne se rendant sans doute pas compte de notre état, le patron accepte gentiment de nous nourrir. Le diner est une France partie de rigolade à observer les signes qui ne trompent pas, chez nos voisins de table, et traduisent une certaine gêne pour ne pas dire plus. On s’est pourtant creusé le ciboulot pour tenter de limiter les dégâts, chacun y allant de sa solution : soit « pieds nus bien sur, ca les aère et ils sentiront bientôt plus le moisi ! », soit « chaussures de ski serrées à fond malheureux ! on étouffe tout pour en garder la primeur tout à l’heure au gite ! ». Après ce grand moment, il est temps de partir à la recherche de notre gite pour la nuit. L’office de tourisme nous a donné un plan de la ville mais on se rend rapidement compte que notre gite est hors plan. Il nous faudra bien une heure d’errances entre impasses et chemins de terre pour finalement trouver notre toit pour la nuit. Il faut dire que la propriétaire, loin d’être aimable, n’y a pas vraiment mis du sien pour nous aider à nous repérer une fois sortis du centre ville éclairé. Et pour couronner le tout elle manque de nous fermer la porte au nez en prétextant qu’il est trop tard ! Ah ben ca, on reviendra c’est sur, sacrée adresse ! On n’a quand même pas tout perdu puisque la douche est chaude et inespérée.

Le réveil du 6ème jour est un peu dur, on a eu beau résister à l’appel du printemps hier, le retour dans la vallée à quand même cassé le rythme de ces derniers jours. A la 5ème ou 6ème répétition de la sonnerie du réveil qui devait nous sortir du lit à 7h, je me décide enfin à remuer les troupes, il est pas loin de 8 h… Après un petit déjeuner avalé fissa, on rechausse nos chaussures de 7 lieux à crochets et on prend la route d’argentière, d’abord à pied avant de trouver un arrêt de bus. La vision de notre fine équipe marchant, skis sur le sac au milieu des voitures restera aussi comme une image à part de ce périple, tellement en décalage avec les scènes vécues jusque là… vivement qu’on reprenne de la hauteur ! Passage au purgatoire d’abord : la queue pour le téléphérique des grands Montets est impressionnante et toute cette foule nous oppresse un peu après ces jours de calme au pays d’en haut. Enfin nous sortons de la cabine et prenons un peu d’air dans la descente vers le glacier d’Argentière. Ce cirque austère, en cul de sac et grandiose lui aussi, mais on ne prend pas trop le temps d’en profiter, le temps perdu au réveil et dans la queue du téléphérique nous pousse à ne pas trainer. La montée au col du Chardonnet nous parait interminable, nous avons du mal à retrouver le rythme après la délivrance de l’arrivée à Zermatt, le confort et la chaleur dans la vallée. C’est au moral que nous terminons cette première montée du jour, après le col, le lien avec la civilisation sera plus nettement coupé et nous espérons retrouver la magie de l’itinérance vécue des derniers jours. La descente sur le versant Saleina nous oblige à poser une corde et nous descendons le passage en main courante hormis Moy qui tente la descente en ski en manque de se faire avaler par la rimée qui raye la base du couloir ! Je ne sais pas si je m’en convaincs moi même, mais après avoir basculé, je me sens effectivement mieux et prêt à poursuivre la route, de nouveau en tête à tête avec la montagne, à la force de mes jambes. La descente sur le glacier de Saleina est tranquille même si nous payons notre horaire tardif par une soupe qui va s’épaississant. Cet horaire tardif, nous finissons de le regretter définitivement dans la dernière montée vers la cabane de Saleina. Des nuages sont en effet montés progressivement de la vallée pendant notre descente et nous voilà dans la purée de poix à 30 minutes près. La trace est peu marquée et l’itinéraire pas évident à trouver. Nous nous élevons lentement dans ces pentes, sortant régulièrement la carte pour ne pas rater le bon vallon. Un peu plus haut, alors que nous contournons un énorme kairn, nous entendons une voix sortie de nulle part nous annoncer avec un bel accent Suisse « vous arrivez à proximité de la cabane de Saleina, ne venez pas vers ma voix, suivez les traces ! ». Nous croyons rêver, ils sont décidément fous ces Suisses, ils mettent maintenant des détecteurs de mouvement sur leur kairn pour guider les randonneurs perdus… En fait de détecteur sophistiqué, c’est Roger, le gardien qui nous attendait et sortait toutes les 15 minutes, au cas où nous arriverions, pour nous guider jusqu’à lui ! Nous le remercions chaleureusement pour cet accueil inattendu. Il est lui aussi heureux de nous voir, cela fait 3 jours qu’il n’a vu personne et il profite de notre curiosité pour nous offrir une visite complète du refuge. Une fois installés dans le dortoir, il nous offre l’apéritif et nous laisse choisir le menu du soir. Ca sera fondue, à l’unanimité ! Etant seuls dans le refuge, il nous propose même de manger avec lui dans sa cuisine. Le diner est mémorable : sentant notre bon coup de fourchette pour racler le caquelon, Roger ne se dégonfle pas et nous propose de remettre ça… les sourires s’agrandissent sur nos visages. Le ventre bien plein, nous entamons une partie de carte à n’en plus finir arrosée comme il se doit !

Le soleil est revenu le lendemain, mais c’est à regret que nous quittons Roger, cette halte aura été la plus agréable de notre voyage, sans aucun doute ! La montée au col de Planereuse est agréable, nous retrouvons notre rythme pour de bon aujourd’hui, les skis crissent sur la neige, les conversions s’enchainent et nous retrouvons rapidement le soleil au col. La descente qui suit est assez courte et il nous faut partir à pied à l’assaut du second col du jour : le col de Crête Sèche. Arrivés en haut, la vue s’ouvre sur les sommets du Valais, le grand Combin, le Mont Vélan, la Dent Blanche un peu plus loin. Nous les identifions un à un et c’est avec un brin de nostalgie que nous entamons notre dernière traversée vers le col des Essettes, en se repassant le film de ce raid parfait. Rien à redire, même la parenthèse entre Zermatt et Chamonix nous parait lointaine, même si, aujourd’hui, nous préférerions n’en être qu’au commencement et ne voir la Fouly que comme une étape sur le chemin de Zermatt et non comme la fin du voyage ! Une dernière photo de groupe pour notre dernier col et nous entamons la belle et longue descente sur le val Ferret et la Fouly. Elle se termine les skis sur l’herbe, cette fois nous abandonnons l’hiver pour de bon, aucun de nous de rechaussera les skis cette saison. Notre dernière halte nous réserve une dernière surprise : arrivant au bar des glaciers, Dédé Gross, le patron, comprend que nous avons bouclé la boucle et, ne se préoccupant plus des clients qui cherchent à commander une bière, monte le son et se met à danser avec nous pour fêter l’évènement ! C’est énorme et cela conclue en beauté cette magnifique semaine d’itinérance à ski qui nous laissera des souvenirs et des anecdotes à raconter encore longtemps. L’enchainement des étapes, la traversée des paysages donnent au raid une dimension supplémentaire par rapport à une journée ou un week-end de ski. La durée permet de s’imprégner plus profondément du milieu dans lequel nous évoluons et, petit à petit, de se mettre à son rythme, comme les chameliers du Sahara vivent au rythme du désert. Et nous terminons ce voyage heureux d’avoir mené ensemble ce beau projet à son terme, d’avoir bouclé la boucle et soulagés d’avoir réussi le pari un peu fou d’un Chamonix-La Fouly-Zermatt pour notre premier raid.

Nous prenons congé de Dédé, et quittons à regret ce petit village blotti au cœur de ces montagnes qui nous parlent désormais. Au retour sur l’autoroute qui nous ramène à la maison, je me laisse bercer par le ronronnement du moteur, profitant de la bonne fatigue accumulée pour laisser mon esprit divaguer. La boule au ventre a disparu mais la chanson reprend dans ma tête, seul le refrain à changé : quand est ce qu’on repart ?

Commentaires

» Lenormand Jean, le 09.03.11
As tu utilisé ton GPS en Suisse?
Si oui, peux tu me dire où tu as trouvé les coordonnées GPS ( COMPLETES) de tes points? Les coordonnées que l'on trouve sur les cartes sont manifestement insuffisantes. Merci.

» Mattiou, le 10.03.11
Non, on a pas eu a utiliser le GPS vue le beau temps. On en avait un mais on n'avait pas pré rentré de points. Bonne recherche!

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