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entrée du couloir, bonne neige et belle lumière
entrée du couloir, bonne neige et belle lumière
la face sud des rochers de naye
la face sud des rochers de naye
premiers virages dans le couloir
premiers virages dans le couloir
le couloir, qui n'aboutit pas
le couloir, qui n'aboutit pas

nocturne aux roches de Naye (Suisse)

Par gilou5, le 07.02.08

Il est 19h30. Mi janvier 2008. Je suis sur une plaque de neige très dure et je descends doucement en dérapage. En contrebas, je devine grâce à la demi-lune, une barre rocheuse d’hauteur inconnue et la pente qui continue après. Comment ai-je fait pour en arriver là ?
Ce matin je suis parti seul, certes un peu tard (vers 11h20), de la gare des Cases, au-dessus de Montreux, dans les Alpes Vaudoises. Je suis monté à peaux pendant 250 m de dénivelé et j’ai pris un téléski me conduisant jusqu’au pied de la dent de Jaman. Je connais bien les lieux, venant quelques fois par hiver pour le ski et aussi l’été pour faire quelques ballades. Je décide de descendre un bout et de repauter en direction du col de Bonaudon (1755 m). Une fois au col, je bascule en versant est et je descends un peu plus bas que le chalet d’alpage la Case (1580 m). J’entame la montée vers la dent d’Hautaudon (1871 m) puis je traverse son flanc sud-est pour arriver à une antécime dominant la piste de ski de Jaman. Il est maintenant 13h30. La descente qui se présente devant moi est orienté ouest et serpente entre quelques sapins. La neige est poudreuse sur une vingtaine de centimètres et coule une peu sur le fond dur voir gelé par endroit. Puis la pente se raidit, aboutissant sur un petit couloir encaissé. Je rejoins alors la piste de ski et reprends le téléski qui me ramène au même endroit que deux heures auparavant. Je prends alors le petit train qui monte aux Rochers de Naye (2041 m). Là-haut je profite de la vue sur la mer de brouillard et je prends quelques photos. J’observe quelques traces filant dans la face sud des Rochers de Naye, car c’est par là que je vais passer bientôt. Il est 15h15, je suis détendu et heureux d’être en montagne.

Je m’élance donc dans la traversée qui va m’amener au chalet de Sautodo (1832m). Je croise un gars qui traverse en montée vers le sommet. J’hésite à pic niquer au chalet désert, mais je préfère attaquer la descente tout de suite. Sautodo domine le versant NW des Dentaux, une face boisée striée de quelques couloirs, serpentant parfois entre des petites barres rocheuses. La pente moyenne est de 35-40 degré sur 300-400 m (dépendant du couloir descendu) avec des ressauts plus raides. J’ai eu l’occasion de parcourir il y a 2 ans le couloir le plus oriental et une de ses variantes qui nécessitait un déchaussage pour passer un goulet. Sa particularité est qu’il faut tirer bien à droite à un certain moment pour éviter le goulet : pour cela il faut bien repérer le sentier d’été. Il y a 2 semaines, je m’offrais le couloir le plus occidental dans des conditions excellentes. Seule la fin du couloir était étroite et peu skiable.

Maintenant je décide de descendre dans le couloir à droite de l’occidental. Les quelques traces qui étaient encore présentes au chalet bifurquent vers la droite ; le couloir est donc vierge. La pente est large au début et la neige très bonne. Parfois 40 cm de fraîche sur fond dur. Ça tient. Puis le couloir se resserre. Le fond est lustré par les purges et verglacé par la pluie de la semaine précédant. Le ski devient sportif ! Une purge se déclenche d’un petit couloir secondaire et se dirige vers moi mais s’arrête 20 m en amont. Ouf. Je continue à descendre et je vois 50 m devant moi un goulet raide (je juge sa pente en voyant la neige y dégringoler).

Je décide de déchausser et d’aller voir. Je mets mes crampons car la neige est très dure. Je m’arrête juste au-dessus du goulet : passage d’escalade mixte vertical, court (10 mètres), mais avec la glace, gros taquet assuré ! Je réfléchis un peu, et je vais tenter de traverser sur la droite. Mais la pente est raide et la forêt touffue, tout cela au-dessus d’une barre. Je décide donc de remonter le couloir, en essayant de sortir avant la nuit (il est 16h30).


Au début la montée est rapide, puis je m’enfonce par endroit profondément. Quand le couloir se couche, je remets les peaux et fini ski aux pieds jusqu’à Sautodo. Je suis content d’être sorti, il fait encore un peu jour malgré qu’il soit 17h30 !
Je suis confiant pour la suite car je me décide d’emprunter le couloir oriental que j’ai parcouru aussi bien l’été que l’hiver. Il y a quelques traces qui partent dans le couloir et ensuite qui bifurquent sur la gauche. Je ne connais pas cette variante, je suis un peu sceptique car je vois des traces de remontées à pied. En plus il commence vraiment à faire nuit. Je me dis que c’est quand même plus sûr de suivre les traces, mais après 30 mètres de descente je me dis que c’est bête de les suivre aveuglement (et on peut le dire…). Je remonte alors en escalier et descends le couloir oriental en espérant trouver la bifurcation à droite permettant de s’échapper du couloir pour éviter le goulet que j’avais emprunté il y a 2 ans. Je pense avoir repéré l’endroit caractéristique où il faut quitter le couloir: une sorte d’encoche entre un sapin et un gros bloc. Je traverse donc à droite, mais la pente devient de plus en plus raide et la neige accroche mal. Il fait maintenant bien nuit et je distingue des barres en contrebas. C’est sûr que ce n’est pas là. Je panique un peu planté sur mes skis. Je déchausse et reviens en arrière. Je sors ma frontale en fin de vie mais quand même rassurante et regarde la carte pour trouver ce foutu passage. Je me dis qu’il est sans doute plus haut. Je remonte donc une partie du couloir ski sur le sac. Je retraverse sur la droite. Je rechausse les skis. J’entends mon téléphone vibrer (je pense que c’est ceux que j’ai prévenus de mon itinéraire), mais c’est un copain qui veut me conseiller sur un achat de ski de rando ! Je n’ose pas lui avouer que je suis dans la merde pour ne pas l’inquiéter…J’envoie un message pour rassurer mes proches. Je descends donc en dérapage sur une espèce de croupe, je m’enfonce pas mal (c’est orienté ouest, la neige a sans doute un peu transformé). Mais ce n’est de nouveau pas l’endroit où passe le sentier d’été. Bon, il faut que je réfléchisse. Je me tranquillise en me disant que d’abord il fait très beau (mais un peu froid quand même, et j’ai faim !) et que ce n’est pas la première fois que je skie de nuit (même si les dernières fois étaient volontaires).

Il est 18h30. Voilà ce que je projette : remonter vers les traces que j’ai croisé 45 minutes plus tôt, les suivre, et puis on verra ! Je remets mes skis sur le sac et rechausse mes crampons car l’axe du couloir est presque glacé. Une fois arrivé aux traces, je rechausse. Je suis bizarrement très calme, aussi calme que le Léman en contrebas. La lune m’éclaire un peu mais je me sens quand même très aveugle. Il me faudrait un gentil toutou pour me guider ! Je fais des virages un par un et je dérape de temps à autre. Parfois je reprends mon souffle et examine la suite. Les traces louvoient entre les vernes. Le fond est de plus en plus dur, je descends en escalier. Premier ressaut contourné par la droite. Je m’accroche à des branches au cas où. Je dois voir à 30 mètres devant moi, ce qui est gênant car j’ai l’impression que la fin est toute proche. J’espère que ça aboutit quelque part et que je ne vais pas devoir remonter une nième fois ! Il doit être 19h15. Je continue à descendre, ce n’est pas facile car le fond est béton et je dois toujours me demander quelle trace je dois suivre. Deuxième ressaut. Plus raide et plus expo. A ma droite un couloir bien encaissé qui se perd je ne sais où. En contrebas, encore des barres. Au milieu, de la neige dure. Là j’en ai marre, j’ai mal aux jambes ! Je descends encore plus prudemment car je n’ai pas envie de finir en saucisson. C’est bon, c’est passé. La pente est moins raide. Je vois les traces bifurquer vers la droite juste avant la barre que je voyais depuis plus haut. La victoire me semble très proche. Un petit saut vers la droite et les grands champs de neige descendant jusqu’à Liboson m’attendent. Je skie comme un pied. Coup d’œil à mon téléphone : il est 19h45. Vite, car dans 30 min il y a un train à Caux, faut pas le rater ! Je suis la route quasi-horizontale qui amène aux Echets en rognant les bas côtés enneigés. Parfois je prends trop de vitesse et je me freine avec les piquets bordant la route. Premier contact avec le piquet : il casse, ou plutôt il gicle. Paix à son âme. Second piquet (y en aura pas de troisième), d’une autre génération : il tient bien le bougre et c’est mon épaule qui prend un coup ! Arrivée aux Echets à 20h07. Le train part à 20h16 précise. J’emprunte la piste de ski descendant à Caux comme un dératé. Parfois il y a quelques étincelles. Des cailloux ? Enfin Caux. Freinage d’urgence sur le goudron. Sprint final vers la gare. 20h12 : in the pocket ! Le conducteur de train me voit arrivé et doit avoir peur : j’ai une espèce de lampion sur la tête et j’ai sans doute une sale gueule ! C’est bon d’être au chaud et les fesses en sécurité.

Lausanne, le 15/01/08

Dans le cadre du concours "La plus belle plume"

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