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Francoijouix et Bordélix, gavés de potion magique, font du ski
Francoijouix et Bordélix, gavés de potion magique, font du ski
Conditions quasi parfaites, quasi parfaites (copyright Nat Schnorkel), pour cette sympathique mise en bouche qu’est le couloir Nord de la Rosière…
Conditions quasi parfaites, quasi parfaites (copyright Nat Schnorkel), pour cette sympathique mise en bouche qu’est le couloir Nord de la Rosière…
Pénible remontée en crampons dans le four SE, agrippés aux rhododendrons...
Pénible remontée en crampons dans le four SE, agrippés aux rhododendrons...
Le B, en ayant terminé avec ce beau bout d’arête, immortalise ses camarades. Une ambiance à la Rébuffat !
Le B, en ayant terminé avec ce beau bout d’arête, immortalise ses camarades. Une ambiance à la Rébuffat !
Le Gouyde passe son photophone/toaster/écrase-purée en mode retardateur et signe un autoportrait in arrachis: la photo le montre en effet à la réception de son back flip qui lui a permis d'être tout entier dans le cadre...
Le Gouyde passe son photophone/toaster/écrase-purée en mode retardateur et signe un autoportrait in arrachis: la photo le montre en effet à la réception de son back flip qui lui a permis d'être tout entier dans le cadre...
Le L étrenne son nouveau matos et le résultat est fort probant !
Le L étrenne son nouveau matos et le résultat est fort probant !
Goût vestimentaire plus que douteux mais technique et style faisant l’unanimité, mesdames messieurs voici le Gouyde à l’attaque !
Goût vestimentaire plus que douteux mais technique et style faisant l’unanimité, mesdames messieurs voici le Gouyde à l’attaque !
Sourire improbable du banquier Suisse, souplesse de cul peu banale, casque tibétain vissé sur le crâne, et bras droit surdimensionné : vous aurez reconnu la Manèce ! Au second plan, l’incroyable Bulk, toujours aussi solide à l'humour intact.
Sourire improbable du banquier Suisse, souplesse de cul peu banale, casque tibétain vissé sur le crâne, et bras droit surdimensionné : vous aurez reconnu la Manèce ! Au second plan, l’incroyable Bulk, toujours aussi solide à l'humour intact.
Baaaaase le muret ! « Friraïde » jusqu’au bout !
Baaaaase le muret ! « Friraïde » jusqu’au bout !
Un dernier souvenir de la belle ambiance de ce couloir grandiose !
Un dernier souvenir de la belle ambiance de ce couloir grandiose !

La clé du Paradis...

Par Romain de Lambert, le 06.02.08

La clé du Paradis


Face Nord de la Rosière
Couloir Ouest du Petit Armet
26 février 2006




Je croyais cette époque de ma vie derrière moi. Les belles sorties en conditions parfaites, les jolis enchaînements, oui. La pente raide, l’exposition, la pression, non. Risquer ma vie dans des bennes à ordures glacées, cauchemarder la nuit précédant une sortie technique, s’interroger, en plus de la nivologie, sur la difficulté de tracer des courbes dans des pentes où l’erreur ne pardonne pas, cela faisait presque complètement partie du passé. L’escalade avait pris le pas… Le BE m’avait demandé un gros investissement en temps depuis 18 mois. Il est d’ailleurs quasi bouclé, il reste à valider l’UF Canyon en juin (peut-être en Sierra de Guarra) pour se présenter au « final ». C’est un peu un rêve qui se réalise, c’est surtout l’opportunité, dès l’an prochain, d’essayer d’en vivre pleinement. Dans cette optique d’ailleurs, je peux d’ores et déjà annoncer avec quasi certitude que mon été 2006 comportera deux mois de vacances, un luxe que je ne me suis pas offert depuis ma vie d’étudiant, il y a déjà presque six ans !

Cette courte introspection me donne l’occasion de faire un peu le point sur nos vies respectives. Nous ? Le BLMS ! Nos plus jeunes lecteurs ne connaissent peut-être pas ce pourtant célèbre quadrigramme qui a jadis fait trembler (et rêver ?) l’ensemble des Voloboys et des Skitouriens, sans mentionner les nouveaux caïds locaux, la Nimp Crew. Si depuis quelques temps, le BLMS sévit d’avantage sur le rocher, avec une nette augmentation de la difficulté des réalisations (une grosse quinzaine de grandes voies ED l’an passé, du sept et même un poil de huitième degré), il n’en oublie pas tout à fait ses premières amours en saupoudrant le petit monde hyperactif du ski de rando Grenoblois de quelques (rares) sorties élégantes, raides, et originales. [Le Goulot des Chaudières en 2005 par exemple, autrefois connu sous le nom nettement plus valorisant de « Rampe Bordin »] En d’autres termes, ces membres du club des « acteurs du renouveau du ski de pente raide Grenoblois » (dont les modèles étaient l’incroyable Boivin, l’inoxydable Volo, l’énigmatique Chauchefoin, le génial Chantriaux, l’égocentrique Vallençant, ou le visionnaire Saudan) n’étaient pas encore complètement enterrés !

« Les filles de 1973 ont 30 ans », chantait il y a peu Vincent Delerm. « La moitié du BLMS a 30 ans », rétorque-t-on du côté de la capitale des Alpes. « La bonne moitié ! » s’exclame même le B… Max vient d’ailleurs de fêter ce passage en s’installant, en homme mûr, responsable, et aux bourses bien remplies [Pas de mauvais jeu de mots, merci. Ce que vous pouvez être lourds], avec sa douce « Drine ». La vie genevoise semble convenir au couple, notamment à Madame qui, selon une indiscrétion indiscrète, ne serait plus réglée depuis deux mois… Au delà de la boutade, le BLMS génération 2 va-t-il s’agrandir sous peu ? En d’autres termes, Antonia et Maïa seront-elles bientôt rejointes par une petite camarade ? (Je dis une car il semble peu probable qu’un ancien crossman roulant désormais en scooter 125 4 temps soit capable d’engendrer des petits gars… à lui de nous prouver le contraire !)

Si Antonia fait la joie de deux professeurs Valentinois ayant récemment défrayé la chronique dans un e-magazine people de mauvais goût que nous ne nommerons pas, Maïa Fiori, elle, répond directement aux ordres du Colonel (et de sa charmante assistante). Elle se passionne en ce moment pour la natation et entraîne ses parents dans le monde merveilleux des « Flottibulle ». Elle a confié cette info à un journaliste de Lansb-Mag lors d’une « Soirée mâles » organisée chez Vincent. On le sait, le S traverse une passe difficile, et sa pratique sportive tourne pour l’instant au ralenti. Cependant, et comme toujours, ce que fait le S, il le fait à fond et avec talent : c’est pourquoi nous pouvons dire que le repas mitonné par notre hôte lors de cette sauterie BLMS était à la hauteur de sa réputation : excellent ! Une soirée « P&P » [Concept estudiantin simple : une soirée réussie ? Des Putes, des Pizz' !] où le L s’est à nouveau montré intarissable sur son inextricable situation professionnelle (Eh oui les managers supportent de plus en plus difficilement de surpayer un personnage cynique qui, après plus de cinq années d’expérience, affiche une incompétence chronique frisant l’autisme… la DRH de Xerox aurait à ce propos demandé un cariotype du Lansb à la médecine du travail…). Le BM n’ont pas été en reste en taquinant gentiment Maïa afin que leur illustre collègue Lyonnais soit désigné pour lui lire une histoire au coucher. Pendant ce temps, le S mettait du kérozène dans le réservoir de ses acolytes, avant de proposer une projection de « Arrowhead », film d’escalade retraçant les aventures d’Edlinge aux States, et d’un documentaire muet mais impressionnant de baaaaaase Dan Osman. Un grand merci pour finir à Olga, Irina, et Hélena, trois charmantes Hongroises commandées à « Putza 30 » à l’occasion de cette fameuse « P&P » party. « Putza 30 », ce sont de véritables professionnelles livrées chez vous en 30 minutes. Disponibles en pâte fine ou épaisse, avec ou sans olives, en brunes ou en blondes on peut également profiter de l’offre spéciale sauce piquante certains jours du mois [C’est d’un goût, mais c’est d’un goût !] ... Pensez-y, « Putza 30 », c’est le dépaysement, le charme, et l’exotisme des pays de l’Est, à déguster chez soi !

Et pendant ce temps là, au Parti Communiste… euh pardon, rue Pognient à Voreppe, se tenait la « Soirée Gonzesses », une orgie concurrente. Selon des sources sûres, ces dames s’offraient une petite séance «TPS » [Télé Pizza Sodomie : c’est concept, c’est élégant, c’est frais, idéal pour la Saint Valentin…] . Nul doute que l’ambiance était aussi au rendez-vous, et que les oreilles de leurs hommes ont dû siffler quelques fois… Tout ce petit monde fourmillait gaiement, jusqu’à ce qu’un coup de fil du Jouy (attendu au demeurant) ne vienne interrompre les festivités. De suite, on est emportés par l’enthousiasme tout à fait remarquable de ce jeune garçonnet à qui l’adolescence semble vouloir s’attacher plus que de raison.

Le Gouide, le seul alpiniste dont les yeux brillent autant à l’évocation de la face Nord des Jorasses qu’à celle d’un 7a sur micros prises roses à Espace Vertical. Le seul vendeur montagne ayant les mêmes trémolos dans la voix en évoquant les nouveaux « fat » en carbone qui vont révolutionner le ski de rando qu’en parlant d’un cordon de sac à pof ou d’un lacet de chausson. La passion à l’état pur. Un cerveau d’homme, un cœur d’enfant, des joues de poupon. Bref, un type unique qui a décidé de devenir guide de haute montagne, et donc de s’aligner au proba de ski en avril. Il s’entraîne, il a emmagasiné de l’expérience, il est doué, le projet n’a donc rien d’irréaliste. Afin de mettre toutes les chances de son côté, il s’attache les services des plus grands spécialistes…

Il y aura peut-être des bosses ? Il skie avec Antoine, BE ski à Chamrousse, l’un des très bons « bosseurs » français et heureux propriétaire d’une godille en or massif 24 carats.

Il faut envoyer en glace ? Il trimballe Viguen aux Moulins, ce qui fait grimper la cotation d’un demi degré, et rend la chute interdite (Viguen, si tu nous lis, je plaisante, lâche ce piolet s’il te plaît !)…

Il y aura peut-être un bout de pente raide à négocier ? Pas de problème, il va chercher ce qui se fai(sai)t de mieux: le BLMS ! Ceux qui seront navrés devant autant d’auto suffisance (ils n’auront pas tout à fait tort !) n’ont qu’à aller répéter la plaque de glace inférieure à l’Ailefroide ou la Petite Lance de Domène… ou mieux encore : avoir de l’esprit. Oui, c’est ça !

Objectif de l’appel de notre Jouiffredi national : définir un plan de bataille pour le lendemain, le 26 février 2006 . Mais avant cela, un bref rappel de la mouvance actuelle en matière de ski de montagne s’impose…

On remarque en effet depuis le début de l’hiver une tendance générale aux grosses bambées. Les pentes très raides ne sont pas encore en conditions, le vent a globalement soufflé très fort et souvent dans tous les sens, les chutes de neige ont été peu nombreuses mais importantes, tout ceci a contribué à faire de cette saison 2005-2006 l’une des plus meurtrières de ces dernières années à l’échelon national. Ainsi, les « gros bras » ont-ils privilégiés les circuits à fort dénivelé et aux pentes mesurées au détriment des couennes techniques, du moins jusqu’à cette date. Ceci est bien entendu schématique, n’excluons pas un florilège de jolies croix et ouvertures ponctuelles dans les courses en 5.x, signées entre autres par l’omniprésent Lionel Tassan et sa « garde rapprochée ».

On soulignera quelques belles réalisations, avec en point d’orgue une « Skitour Traversée de Belledonne » en 24h chrono qui a vu une petite dizaine de skieurs très affûtés enquiller jusqu’à 5200m de dénivelée positive : il semblerait que la pratique se « sportivise », la performance athlétique pure prend des parts de marché dans cette discipline un peu plus « technique » à l’origine. Citons également pour mémoire le « Champsaur World Tour 2006 », au cours duquel le B et le Gingreau en particulier ont avalé 3400m en une petite journée, pendant que le L, de son côté, bouleversifiait la vision artistique de Béa Frison, photographe autrefois indépendante, aujourd’hui dépendante de Sole Lansbis. [Voir Lansb-mag, édition du 13 février 2006]

Refermons donc cette parenthèse pour en revenir à nos moutons (la coupe de cheveux de Fanfan, ainsi que son rire, parfois, me permettent d’oser cette comparaison). Au menu de ce dimanche donc, frapper un grand coup: empiler le très beau couloir Nord de la Rosière avec, moyennant une remontée que l’on improvisera sur place, le fabuleux couloir Ouest du Petit Armet ouvert en 2004 par l’Amicale des Dentistes Grenoblois, c’est à dire la Mafia Tassan (Don Tassano et quelques uns de ses bras droits). De quoi mêler l’esthétisme d’un circuit, l’effort physique d’une sortie à fort dénivelé, et la poussée d’adrénaline engendrée par deux pentes sérieuses. Mention particulière pour la seconde qui, sans forcément mériter le 5.4 qu’avaient initialement proposé les ouvreurs, s’avère être un 5.3 de référence et dont l’exposition ne permet pas le doute : on est ici dans ce qu’il convient encore d’appeler un couloir extrême. Cet enchaînement inédit bien qu’annoncé depuis quelques temps sur le livre jaune de la Nimp Crew par notre créatif visionnaire le Borsdin, nous fait tous envie : c’est élégant, c’est esthétique, et c’est dur. Des valeurs qui ne peuvent laisser insensible des zozios qui ont toujours accordé une part importante à la performance dans leur pratique…

Parallèlement à ça, c’est l’occasion pour François de retourner sur le lieu du tournage de « Brut de Pente », un de ses beaux films où Nat tenait le rôle titre. Une façon aussi pour nous autres de penser au S qui affectionne particulièrement les grands enchaînements originaux et soutenus.

Rendez vous est donc pris à Toutouyoutou [Gymnase Club, pont de Catane, Grenoble, France, Europe pour les novices] vers 6 :45.00.000 CET. Ne roulant peut-être pas assez la semaine (à peine 900 bornes), et bénéficiant il est vrai de la plus grosse caisse (faisant ainsi mentir l’adage « grosse bagnole… »), je me vois attribuer la tâche de récupérer le Jouy, actuellement concierge de l’appartement de Djewom Djingwo, dit « l’Americano ». Nous arrivons à peu près à 6 :58.37 .000 (chrono arrêté à l’ouverture de la portière) sur le parking, ce qui nous vaut un accueil glacial de la part du B: menton tiré vers les étoiles, et index accusateur pointant vers le cadran de sa Suunto… aeuh !

Après avoir soigneusement rangé les skis dans les housses (c’est pas dans la BM du L qu’on risque d’attraper des maladies nosocomiales, qu’on se le dise !), nous partons pour le Mollard, lieu dit niché au cœur du massif du Taillefer, en choisissant de monter par Laffrey. En approchant du petit parking en bord de route, contre l’abri bus, surprise : une voiture s’y trouve déjà et des skieurs s’équipent… Coup de stress : OLE, après un but magistral la veille , aurait-il changé d’avis ? [Le sympathique Olivier Lesbros (éminent Voloboy) résigné par une météo a priori misérable, renonce à cet objectif samedi. Parti jumeler l’itinéraire de grand matin depuis le le Rond de Parier pour une tentative reportée de 24h, il constate avec impuissance que des skieurs alpinistes sont engagés dans la face… Caramba ! Du coup, changement de cap et direction la Tête des Ombres avec Lio Tassan et son fidèle lieutenant Manu Le Folgoc…] Que nenni, collant pipette mythique et onomatopées savoyardes pur jus, il ne peut s’agir que de Bubu ! Le célèbre modo camp2camp accompagnant quelques amis vers le Coiro [dont l’énigmatique « Petit Bouchon », charmante demoiselle qui, si elle persiste à se trouver en compagnie de Bubu, risque de se trouver rapidement à la « Une » de Lansb-Mag] , nous ne nous marcherons pas sur les pieds aujourd’hui…

Départ tranquille et collégial sur un chemin verglacé après avoir traversé une ferme encore endormie, au mépris des risques de contamination par le H5N1. Il est vrai que le simple fait de passer par une basse cour à l’approche fait de nos jours sacrément grimper la cotation d’exposition d’une sortie de rando… Nous chaussons les skis après une petite centaine de mètres de dénivelée sur un chemin forestier. Max et moi partons doucement, car nous semblons l’un comme l’autre incapables de nous alimenter correctement le matin (c’est avec dégoût et lenteur que je me suis forcé à ingurgiter quelques malheureux biscuits riches en sucres lents, moi qui adore pourtant ces trucs-là). Nous nous échappons rapidement de la forêt et entamons une remontée assez raide dans les vernes en contournant par la gauche une facette rocheuse, pour franchir un verrou et débarquer dans la combe Fourane. Celle-ci s’étend ensuite et présente un second coup de cul soutenant le grand cirque délimité à l’Est par l’arête Nord-Sud reliant le Grand Vent à la Rosière.

C’est le moment choisi par les légionnaires (mercenaires ?) Lansb et Max, les poches alourdies de sesterces, pour faire une petite pause ravitaillement, au camp retranché de Petibonumaumarteau. Plus haut, Bordélix et un étonnant Françoijouix progressent avec une dizaine de minutes d’avance. En l’an 50 après Sylvain Saudan, toute la région dauphinoise est occupée par Camp2Camp et Skitour. Toute ? Non, un petit groupe que nous connaissons bien résiste encore et toujours à l’envahisseur : le Blmsdeuxmillesix. Accompagné depuis deux ans par la Nimp Crux [Natix, Jouix, Gingrix, Robix, et Zix, autres célèbres irréductibles], ils bénéficient d’une potion magique qui leur donne une force surhumaine et leur permet de torcher de beaux couloirs. Ainsi, ils repoussent les assauts incessants des méchants, emmenés par le terrible empereur Caïus Volodius ! Etonnante santé de Françoijouix le Gaulois que l’on soupçonne alors d’avoir emprunté sans autorisation la gourde de potion du Gingrix… Quant à Bordélix, c’est bien connu, il n’y a pas droit car il est tombé dans la marmite quand il était petit, et gna gna gna. Enfin, Lansbix le Gaulant et Mix le Gaulé n’ont droit de goûter à ce savoureux breuvage qu’en de très rares occasions [Montée de la Bastille 98 pour Mix qui se transforme du coup en Méga-Mix et Challenge des 4 Seigneurs 2005 pour Lansbix, d’après les travaux de Janpierus Renus, auteur de Historia veritas del ski de Volodius à nos dias aux éditions « Nosotrosnonoschiamos »].

La jonction avec les deux leaders s’opère au soleil, au dessus du second verrou susnommé. Un peu de pommade pour les blondinets (les autres étant, comme de coutume, méditerranéens, c’est à dire vraisemblablement promis à une belle tête de gland le lendemain), une gorgée de flotte, une barre chocolatée, et c’est reparti pour les 400 derniers mètres jusqu’au premier objectif du jour.

Nous quittons le soleil et visons l’Ouest pour atteindre l’arête presque plate qui mènera au sommet de la Rosière. Deux ruptures de pente et une neige hétérogène nous font craindre des plaques : on s’espace, déchausse quelques mètres pour privilégier un court passage mixte. Plus haut, Matt ouvre une variante alpine assez délicate sur une trentaine de mètres, skis au dos, alors que nous autres tapons dans la zone à risque – l’un après l’autre – pour prendre pied sur la large arête faîtière. Quelques minutes plus tard, c’est le sommet.

« La Rosière, vingt minutes d’arrêt. A tous les voyageurs, cette trace dessert la Rosière et le Petit Armet. Vingt minutes d’arrêt ». La vue est superbe, la corniche qui nous sépare de l’entrée du couloir aussi ; il est temps de se poser quelques instants. Pain, fromage, saucisson, et petites sucreries. C’est tellement vrai : l’altitude, l’ambiance, et l’effort prolongé donnent du goût aux aliments. Déjà plus de 1700m de gravis, il nous faudra en rajouter au moins 400 pour empiler avec le gros morceau de la journée. Mais pour l’instant, place à la face Nord de la Rosière, si toutefois on arrive à y prendre pied sans qu’une rupture inopinée de la corniche nous baaase dans cette grande face cul par dessus tête ! Heureusement, il y a les 30m de corde que nous avons pris le soin d’embarquer, le B ayant comme d’habitude perdu le tirage au sort du « kikiportelanouille »…

Assuré par le M et votre serviteur, le Big Matt ne tarde pas à trouver le point faible de la corniche : c’est « à vaches ». Le plaisir de passer les chaussures en position descente, de se préparer pour l’action… et nous plongeons un à un dans le couloir, 1500m au dessus de la route du col d’Ornon, baignée d’un soleil presque printanier. Les 50 premiers mètres sont raides et justifient la cotation. La neige est profonde, peut-être un peu trop. Un passage d’arête et une accumulation potentiellement dangereuse nous mettent sur nos gardes, mais tout se passe bien et l’on peut se gaver de poudre dans une très belle ambiance.

Les virages s’enchaînent, le couloir s’élargit, le rayon des courbes s’agrandit. C’est tout Nord, c’est tout bon, la journée commence à vraiment prendre forme !

Les 550m de couloir sont rapidement avalés par les « raïlledeurs » assoiffés de pente que nous sommes. Il va falloir remonter dans une brûlante face SE. L’ambiance surchauffée au pied du couloir nous impose un arrêt crampons option « crème solaire », méditerranéens ou pas. Nous décidons, vu le four dans lequel nous nous trouvons, de gravir un éperon partiellement rocheux et herbeux entre deux grands couloirs débouchant sur l’arête qui remonte au NE vers le Petit Armet. Les crabes sont de sortie, c’est toujours plaisant d’en avoir besoin car on n’a pas la sensation de les avoir trimballés pour rien. L’ascension est pénible : c’est fort raide, les rhododendrons piquants sont parsemés de crottes de chamois rendues humides et molles par la fonte (du coup elles collent aux dents), les cuisses chauffent… et l’oxygène inspiré est consommé à vitesse grand V pour pouvoir grimper tout en soutenant l’incroyable rythme de conversation du Jouy. Matt et Max causent moins et se trouvent plus haut.

Dans la partie supérieure de la face, les skis descendent à nouveau du sac et on peut repeauter. Quelques grandes traversées dans de la neige molle nous amènent à la crête très alpine nous séparant de l’entrée du couloir.

Cette section est la plus technique de la sortie, un vrai parcours alpin. Les skis s’en retournent sur le sac, et les bâtons, a fortiori, auraient également dû y trouver place, car ils feront plus ch… qu’autre chose. Les crampons ? Bah, ils sont dans le cartable, maintenant que les skis sont bien attachés, on s’en passera ! Une centaine de mètres d’escalade un peu délicate sur une arête très effilée requiert de l’attention, car la moindre zipette offrirait à son auteur un aller simple pour aller voir six cent mètres en contre bas, et ce de chaque côté.

C’est aussi l’occasion de prendre de jolis clichés, et de rendre ce circuit plus complet. Il est 14h quand nous nous retrouvons à l’entrée du plat de résistance de la journée : le couloir Ouest du Petit Armet. Une première signée en 2004 par Don Tassano, « le Parrain », et ses hommes de main. Un des plus beaux morceaux des Alpes hivernales : Une partie sommitale ouverte au Sud qui chauffe sur 50m, puis un demi kilomètre de couloir encaissé, tourmenté et plus froid, parsemé de courts crux et d’une lame rocheuse qui défend l’accès au cône de déjection. 550m de pente jamais inférieure à 45°, présentant quelques passages de 50° et surtout, une exposition ne permettant de pas se relâcher avant la toute fin des hostilités : un véritable don des cieux pour qui aime le ski de pente raide engagé. On ne peut que féliciter le chouchou de Volo d’avoir ouvert cette incroyable ligne. Le « Dentiste » a laissé la clé de la maison au Jouy, qui connaît bien les lieux pour y avoir été en villégiature l’an passé, en compagnie du professeur Schnopfler. Le futur médaillé Olympique de Vancouver (s’il ne remarche pas d’ici là !) était en effet en vedette de « Brut de Pente », un superbe documentaire signé Nimp Crew tourné dans cet endroit magique l’hiver passé. C’est donc en connaisseur que le Gouide est venu déguster ce somptueux itinéraire avec le BLMS.

De notre côté les grandes pentes engagées se font plus rares ces derniers temps, et pour ma part je suis même un peu anxieux : il y a bien longtemps que je ne me suis pas lancé dans une entreprise de ce niveau. Mais j’ai un atout : mes nouvelles Garmont Megaride et mes FR10 Carbon, inaugurés il y a un mois. Pour la première fois en six ans, après 2200m de dénivelée, je ne déplore aucune ampoule, aucune rougeur, aucune douleur aux pieds. Exit les cloques ensanglantées, la demi-douzaine de Compeed, l’Elastoplaste, les grimaces d’inconfort et de douleurs podales. Bienvenues les économies du budget pharmacie ! Bonjour le maintien parfait de mes petons aussi fins que mon humour ne l’est pas. C’est bien simple, je n’échangerais pas mes Megaride pour des charentaises, et si ce n’était pour le bruit sur le plancher, je les mettrais volontiers pour traîner à la maison. Oublié l’anti-contrôle des lattes dans mes Laser approximatives, esaaab le plaisir de skier avec du matos qui n’a plus grand chose à envier à un excellent équipement de piste.

L’heure est à la détente, mais progressivement chacun se concentre, et bientôt Matt attaque les premiers virages dans le couloir, sur une neige un poil lourde et pas facile. Cela ne durera que le temps de basculer dans le serpentin étroit plein Ouest, à l’ombre, où la neige sera très certainement restée froide. Max le suit de près, le banquier Suisse retrouve avec plaisir des sensations trop longtemps endormies. Fanfan prend son temps pour peaufiner ses réglages afin que « tout soit parfait ». Mon fidèle Canon S45 shoote (et surexpose généreusement) mes camarades les uns après les autres, puis, seul et en silence, je serre les boucles de mes chaussures, bloque mes fixations, et m’offre les premières courbes à mon tour.

La pente à 45° est idéale pour se mettre en jambes, même si la neige demande en effet quelques précautions dans cette portion chauffée. Un coude à droite, on pénètre dans la gueule du boa : le serpent rocheux se dévoile enfin à mes yeux : l’ambiance est exceptionnelle. L’inclinaison prend d’un coup quelques degrés, mais la neige, devenue meilleure, permet de skier en confiance. Si j’appréhendais cette descente technique, je suis désormais totalement serein. Mes pompes, véritables plâtres sur mesure, ainsi que mes « fat » sont en partie responsables de ce plaisir nouveau. Quel contrôle, quelle facilité dans cette neige. Les virages sautés se font précis, arrondis, doux, en toute décontraction, avec une marge de sécurité inédite en ce qui me concerne. Quand je repense à certains virages « banzaï » de mes débuts en pleine pente, effectués la peur au ventre pour ne pas décevoir mes futurs collègues du BLMS… je me dis que la roulette Russe, avec 5 chances sur 6 de s’en sortir vivant, est une activité d’enfants de cœur ! Rétrospectivement en effet, quelques erreurs de jeunesse auraient pu me coûter cher…

Pour mes compagnons, le bonheur est tout aussi intense. Nous skions pour la première fois avec François qui fait montre d’une grande dextérité et d’une technique irreprochable. Combinaison « flashy », casque de freerider, style qui va bien, l’ex-surfeur extrême semble au point pour claquer un 18 au probatoire du guide dans six semaines. Matt fait parler la puissance et la continuité insondables de ses cuisses pour enquiller les courbes à la pelle, pendant que Max, malgré un matériel quasi désuet (du moins passé de mode) et surtout des Scarpa ne lui offrant qu’un contrôle imparfait, parvient à nous ressortir sa célèbre et élégante godille de derrière les fagots.

Le temps passé dans ce magnifique couloir de l’Armet fait déjà partie de mes plus agréables souvenirs à ski. Je pense à Nat en me remémorant les images du film tourné ici, je revois aussi des souvenirs du S tout en me persuadant que ce dernier fera un jour son retour dans cet univers magique qu’il aime tant.

Les skieurs se succèdent dans la pente, les photographes improvisés immortalisent cette descente magique. Nous voici sur le point d’aborder la dernière difficulté de la journée. Une bonne purge rive droite dégueule dans l’axe sous mes yeux alors que le BMG me rejoint, pour affronter l’ultime défense d’un couloir qui abat sa dernière carte avant de s’avouer vaincu. Il s’agit d’un ressaut rocheux très raide et manquant cruellement de neige. Alors que les New Crimpeurs l’avaient franchi en surf-étincelles sur des dalles l’an passé, là il faut bien se rendre à l’évidence : ça ne passe pas. Même « Air Jouy », turbulente compagnie aérienne s’il en est, annule tous ses vols au départ du bloc rocheux ! Il va nous falloir désescalader, ou au pire poser un petit rappel.

Matthieu est sans surprise le plus rapide dans les manips, suivi par votre serviteur. Le grand blond désescalade facilement les quelques mètres de mixte, sans avoir besoin de poser une corde sur les pitons en place. Je l’imite et profite de la plate forme qu’il a creusée pour ranger les crampons et la pioche, puis rechausser les skis. Bientôt, Max est avec moi, et enfin l’homme à la combinaison caca d’oie règle son compte à ce dernier obstacle. Après Matt, les deux propriétaires de paquebots des neiges (le Jouy et le L donc) envoient chacun à leur façon des grandes courbes dans la poudre parfaite des 35 degrés du cône de déjection. Quel plaisir ! A bien y réfléchir, il n’y a pas grand chose qui en procure autant sur cette planète ! Max, digne héritier des fameux « pulls rouges » (comme son frangin futur BE ski, mais sans rapport aucun avec l’étêté Christian Ranucci), dégaine sa godille maison, la marque de fabrique de l’immigré Helvète. C’est gagné, cette superbe journée de ski ne peut plus être ratée. On se retourne, et on contemple encore cette face, cette atmosphère unique. Qu’on est bien ici ! Avant de s’en retourner dans la vallée, on laisse la clé du bonheur sur le paillasson (merci encore au Lio pour son hospitalité), les suivants sauront donc où la trouver.

La redescente du vallon est des plus amusantes : la neige reste bonne, ça y carve (beaucoup), ça y saute (un peu), ça y slalome dans la végétation (parfois), et l’on skie sans problème jusqu’à la Haute Gorge. Non contents du bonheur total déjà éprouvé aujourd’hui, nous refusons de déchausser si vite, et c’est parti pour du ski ludique dans les champs, entre les maisons et les fermes, directement chez les gens… le tout agrémenté de figures stylistiques, de sauts de murets et autres franchissement de grillages, ce qui nous amène pratiquement jusqu’à la route de l’Alpe du Grand Serre, à trois kilomètres de notre point de départ. Le soleil décline, la vie est belle.

Alors que le B et le Gouide refusent toujours obstinément de déchausser et improvisent une séance de skating dans les champs bordant la route, Max et moi taillons le bout de gras en marchant côte à côte. Cela nous donne l’occasion d’échanger nos impressions, de partager notre plaisir, et accessoirement de ramasser un gant perdu par le B quelques instants auparavant. Je dois avouer d’un point de vue tout à fait personnel que les compliments du maître Meusien sur mes progrès à ski me font droit au cœur. Il hésite d’ailleurs à investir dans du matériel plus « large » et surtout dans une paire de grolles plus efficaces. Décidément, le Jouy est un sacré vendeur : non content de conseiller la moitié de Grenoble la semaine, il démarche de futurs clients, démonstration à l’appui, dans les couloirs les plus reculés de l’Alpe le week-end ! Ca mérite une augmentation ça non ?

Clac clac clac, le poêle à mazout du L vient de démarrer, chargé de quatre types heureux de vivre, la banane jusqu’aux oreilles. La jauge de réserve désespérément allumée ne nous empêchera pas…d’allumer au milieu du trafic sur le toboggan du retour, donnant l’occasion aux autres usagers de vérifier que leur comodo d’appel de phares fonctionne toujours. La manip discutable sous l’autopont, qui aurait pu coûter un beau bouquet de points à son incorrigible auteur (entre autres deux feux grillés et une ligne blanche en cadeau bonus) s’avère pourtant très rentable vu le capharnaüm ambiant. Peu importe, nous sommes à bon port un peu avant 19h, et c’est bien quatre grands sourires de gosses qui ornent nos visages quand nous nous séparons. La nuit sera belle, nos rêves aussi.




NDLR : quelques commentaires bien inspirés ont été directement importés de la sortie sur BLMS.com et sont l’œuvre d’un Borsd en grande forme.


Dans le cadre du concours de la plus belle plume

Commentaires

» Yann, le 06.02.08
Merci !
C'est un plaisir à lire !!

» Romain de Lambert, le 06.02.08
Merci Yann,

quelques précisions sur ce texte que j'ai choisi car il symbolisait une excellente journée à sceller des amitiés (qui n'avaient déjà pas besoin de l'être d'avantage), dans un couloir absolument magique et à recommander !

J'ai laissé le texte tel quel, avec les interrogations de l'époque aujourd'hui désuètes (Le Jouy aura-t-il son proba ? Il est aujourd'hui Aspi... Le L arrêtera-t-il de bosser ? Il est BE Escalade à plein temps...), les news qui n'en sont plus (Max incapable d'avoir un petit mec ? Il a aujourd'hui un fils prénommé Nathan...) etc...

J'ai donc décidé de laisser le temps s'emparer de ce récit, sans le "remasteriser" version 2008. Il en va ainsi par exemple des perspectives sportives du S, pas encore remis de ses malheurs à répétitions, où de la solidité du B, qui fut bien ébranlée un an plus tard dans un carton à vélo...

J'ai également longuement hésité avec un récit "historique" de la première sortie en commun BLMS/Nimp Crew (Arcalod face E + Gd Pic de Belledonne face E), disponible ici pour les fans !

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