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5 weekend en ski Ch.3 - collants ou pipette ?

Par Régis Piégay, le 30.01.08

Chapitre 3


Le troisième acte de notre cycle commence, comme les deux précédents par un rendez vous matinal sur le parking de la mairie de Bron. Vendredi 3 mars 2007, tous les membres du groupe maintenant bien discipliné, est présent, ponctuel à 5h45. Cependant, ce week-end à son petit lot de nouveauté. Nous avons devant nous un week-end de trois jours dont le terme final sera pour chacun d’entre nous ou presque une première. Il s’agit de participer à une course de ski alpinisme. La cinquième édition de la Croix de Chamechaude. En Chartreuse. Mais attention, il ne s’agit pas d’une petite course de quartier, avec les randonneurs saucisson et vin rouge de l’amicale laïque du Sappey. Non, non. Il s’agit d’une vraie course, homologuée FFME, à laquelle participe les plus grands champions de la discipline et les futurs champions des équipes jeunes de la fédération. Evidemment nous sommes tous un peu intimidés et pour certains même un peu inquiets. C’est vrai que le ridicule ne tue point, mais bon à s’imaginer avec nos parkas haute montagne, nos sur-pantalon gore tex et nos skis équipés de Diamir, au milieu de cent cinquante collants pipette, ça donne un peu le trac.

En attendant le grand jour, Jean marie à prévu pour nous un programme d’entraînement de son cru. Etant donné que la course du dimanche est prévue pour 1500 mètres de dénivelée positive, nous allons dès vendredi commencer par la Grande Lauzière en Belledonne. En partant du parking de Freydières, cela fera déjà un bon quinze cent au compteur. Nous dormirons en suite au nouveau refuge d’hiver de la Pra et le lendemain nous viserons le Pic Lamartine ou la Croix de Belledonne ce qui représente un petit huit cent mètres. Pour samedi soir Jean marie a réservé très astucieusement un gîte en demi-pension au pied du départ de la course, au col de Porte. Nous aurons donc juste à mettre les pieds sous la table pour reprendre des forces, et nous disposerons de douches chaudes et chambres chauffées, pour nous reposer avant le grand jour. On reconnaît encore une fois les qualités d’organisateurs de Jean marie. Rien n’est laissé au hasard. Tout est calculé, minuté, préparé, afin que tout se déroule sans accrocs. Jean marie aime l’ordre. Ca se voit. Mais il ne fait pas preuve d’un autoritarisme pesant que l’on retrouve habituellement dans ce type de caractère. Au contraire il explique, écoute, propose. Puis il décide. On apprécie tous, car de fait il y’a juste à se laisser guider tranquille pénard.

Retour sur le parking de Bron. Ce matin, on voit que le groupe se rode : point de cafouillage dans la répartition des passagers et de leur matériel dans les voitures. Les voitures sont rapidement constituées, chargées et lancées sur l’autoroute de Grenoble direction Domène devant l’église. Pour moi, aujourd’hui pas question de prolonger ma nuit, je conduis. Antoine qui s’est retrouvé avec moi et Dominique s’assoupit très vite. Il est vrai qu’il a eut une nuit agité. Tout dans la préparation de son raid d’avril vers Zermatt, il a fait dans la même nuit Castor, Polux, Liskam, Pointe Dufour, dans un sens puis dans l’autre. Forcément ça fatigue. France Musique nous berce calmement à cette heure si avec du Romain Marais et nous voilà vers 7h30 devant l’église ou plutôt derrière puisque nous avons devant nous le chœur de celle-ci. Chacun sort de son siège, les filles ont déjà beaucoup de choses à se raconter et nous attendons Robert et Fabien qui nous rejoignent directement ici car nos pharmaciens viennent directement de Châtel. Les voilà. Fabien pose son carrosse au beau milieu de la voie d’accès du parking, descend de voiture et commence à serrer les mains et taper les bises , créant immédiatement dans ce petit village paisible un bouchon pour un autochtone qui cherchait à rejoindre l’autre côté de la place. Jean marie se charge alors de rétablir la circulation puis nous remontons tous en voiture pour rejoindre les granges de Freydières la haut dans la montagne.

Arrivés au bout de la route nous rencontrons un groupe d’une douzaine de militaires qui terminent de se préparer pour une randonnée à ski. Le temps de nous garer et ils sont déjà partis. Pourvu qu’ils n’envisagent pas de dormir à la Pra. Les dix huit places du refuge d’hiver ne permettront pas d’accueillir quatorze cafistes et douze chasseurs. D’autant que leur réputation de chasse bites, rapportée par notre gentil organisateur, peut légitimement en inquiéter certains. En effet, le verbe chasser pouvant être pris au sens de courir après pour attraper, ou aussi de refouler, mettre dehors, il apparaît rapidement que dans les deux cas les conséquences peuvent être terribles. Que ce soit pour ceux qui ne veulent pas perdre le peu de virginité qui leur reste ou pour ceux qui redoutent de refaire un igloo ce soir. C’est là où les talents d’organisateurs de Jean marie se révèlent pleinement, car dès la première nuit du premier week-end, il nous a appris à construire notre igloo. Par contre pour le côté comment rester intact de l’autre côté rien n’avait été enseigné. On peut pas tout prévoir non plus !

A notre tour nous sommes tous prêts. Les skis sont sur le toit car il n’y a pas assez de neige sur le chemin et nous attaquons la montée. Très rapidement nous trouvons un peu plus de neige et nous pouvons chausser nos skis. Nous remontons dans le bois d’épicéa dans le jour levant. Il faut parfois déchausser car le sentier n’est pas toujours suffisamment blanc et il faut alors jouer à éviter les racines et les pierres qui affleurent ici ou là. Enfin, arrivés à la sortie de la forêt la neige est plus épaisse. Le soleil commence à sortir de derrière les arêtes de pierre de la chaîne de Belledonne. C’est magnifique. Autour de nous, les derniers arbustes, aulnes ou arcosses, sont tout couverts de givre et les rayons du soleil qui arrivent de biais font briller les branches au milieu d’une ambiance encore toute emballée de l’ombre des pics qui nous entourent. Une neige récente recouvre les vielles neiges sales de cet hiver très sec. Les rochers des éboulis forment maintenant un moutonnement blanc de bosses et de creux. Le vent à signer des virgules dans la neige. Tout devient courbes, douceurs, caresses. En bas, dans la vallée, on voit les forêts et les prés qui verdoient dans leur différentes teintes contrastant avec les étendues blanches qui nous en séparent. Au dessus de nous, les faces noires des sommets qui nous embrassent sont toutes plaquées de blanc par la neige tombée la veille. Enfin plus haut encore le ciel du début du jour est d’un bleu intense, immaculé, qui vient rehausser la pureté des cimes. Comme à chaque fois ceci est éblouissant de beauté pure.

Nous faisons une petite pause au milieu de ce décors que nous aimons tant et que nous essayons de capturer un peu dans les mailles de nos neurones pour nous les repasser plus tard quand nous serons retourner à notre vie urbaine. Puis nous repartons en suivant approximativement le sentier d’été dont on voit par endroit les marques rouges et blanches sur quelques rochers pas complètement enfouis dans leur édredon de neige. Le paysage est agrémenté maintenant de quelques pins arolles dont la douceur des lignes de leur port s’accorde si bien avec le manteau de l’hiver. Après avoir suivi les tuyaux d’une ancienne conduite forcée que la neige rend moins vilain nous arrivons au lac du Crozet recouvert de sa couche de glace. A nouveau les montagnes enneigées nous offrent un spectacle éblouissant.

Au dessus de nous, sur les premières pentes des lances de Domène, nous retrouvons les militaires qui progressent dans une direction opposée à notre refuge. Ouf ! Nous voilà rassurés car nous allons avoir le temps d’atteindre celui-ci avant eux et de déposer sur les lits du dortoir nos effets personnels afin de marquer notre territoire. A priori point d’igloo en perspective, ni de désordres inconvenants.

Nous traversons les pentes nord en prenant nos distances puis après quelques conversions nous atteignons le col de la Pra au dessus du refuge homonyme. Jean marie se fait une belle frayeur en trouvant la première porte fermée. Mais heureusement en faisant le tour du bâtiment, il en trouve une seconde qui elle cède immédiatement sous sa poussée. Nous investissons aussitôt nos appartements, soulagés. C’est l’occasion de décharger nos sacs de tout le matériel de couchage et de cuisine que nous trimballons avec nous. Car nous n’avons que huit cent mètres et il en reste donc encore sept cent à faire pour atteindre le sommet que Jean marie nous a désigné. Avant de repartir, une petite pause casse-croûte permet à chacun de se refaire une santé, excepté pour les deux anciens montagnards du groupe qui eux peuvent se contenter de n’avaler que quelques gorgées de thé conservées dans leur bouteilles thermos. Et c’est reparti. Chacun apprécie le sac allégé.

Pendant que nous montons, un nuage de brume progresse en provenance de la vallée et nous rejoint presque, envahissant tout le pré où est posé le refuge. Mais il s’arrête là. Arrivé à la hauteur du refuge, il semble perdre toute sa force d’ascensionniste comme s’il s’essoufflait en remplissant la large cuvette du plateau de la Pra.

Nous faisons une petite pause à mi distance du sommet. Petite vérification sur la carte pour s’assurer de la direction à prendre et nous poursuivons en suivant une trace de montée bien régulière qui après nous avoir fait contourner un rognon rocheux par la gauche, nous amène au fond d’une cuvette du quel nous rejoignons le col, puis à droite à quelques mètre le sommet. Nous découvrons toutes les alpes autour de nous du Mont Blanc à la Meije. Le vent souffle fort. En altitude, le ciel se voile de plus en plus. Nous ne nous attardons pas. Je suis heureux de faire ce sommet et surtout la descente de celui-ci que j’avais repéré en été quelques années avant. Nous descendons dans une neige mi lourde qui se prête en tout cas assez bien à nos évolutions. Arrivé au dessus du rognon rocheux contourné à la montée, nous l’abordons cette fois de l’autre côté pour se faire un petit couloir qui représente déjà une bonne pente sur une longueur conséquente. Ambiance. De part et d’autre des rochers. Sur le côté gauche les contreforts montent bien au dessus de nous avec des vires inclinées qui semblent prêtes à dégueuler la neige fraîche accumulée ces derniers jours. La pente est forte et par ruptures successives cache la vue sur le milieu du couloir, permettant à nos imaginations de s’inquiéter encore davantage. Tout en bas, mais loin, le replat où nous avons fait la pause tout à l’heure. Jean marie propose à ceux qui le veulent de faire le tour par le chemin de montée. Mais chacun à sa fierté et les moins téméraires prennent sur eux. Pas questions de flancher maintenant. Tour à tour les premiers s’engagent dans la pente en laissant de la distance. Comme nous ne voyons que le début puis la fin du couloir, les derniers s’inquiètent. Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi ils ne ressortent pas ? On appelle. Pas de réponses. Les derniers, forcément moins téméraires , s’inquiètent davantage. Enfin, un skieur arrivent en bas, sur le replat nous offrant une magnifique démonstration de godille. Puis un deuxième. Bon aller il faut y aller. Tout le monde passe, mais les derniers sont désavantagés. La poudreuse qui recouvre une couche dure comme du béton, a été balayée par les premiers, formant des accumulations de neige lourde, que le stem ou le chasse neige des skieurs moins aguerris a du mal à repousser dans les virages. Les dérapages sont fatigants sur ces pentes bétons et le stress renforce cet effet. Enfin tout le monde est en bas du couloir. Vue du bas l’effet n’est pas le même, cela semble plus facile. Mais par neige verglacée il faudrait être sûr de ses carres pour s’y engager.

Allez direction la maison. Encore quelques virages, une longue traversée, quelques pas en escaliers et nous voilà de retour au refuge. Nous avons fait nos quinze cent mètres sans trop de difficultés nous sommes donc prêts pour dimanche. Les collants pipettes n’ont qu’à bien se tenir.

Si ce nouveau refuge d’hiver est très confortable, il n’en reste pas moins qu’à cette saison il faut, pour cuisiner et boire, faire de l’eau en faisant fondre de la neige. Un véritable chantier s’organise au milieu de la petite salle à manger. Les réchauds ronflent, la neige arrive par sac entier, les gamelles se remplissent, des odeurs de soupe remplissent l’air. C’est une vraie ruche qui s’affère là au milieu. Certaines abeilles rejoignent les couchettes pour se reposer. D’autres discutent, mangent, rangent leur matériel. Ah c’est du sérieux le groupe Autonomie. Les heures passent. Dix sept heures, certains parlent d’apéro. Dix sept heures trente, les cacahouètes arrivent sur la table, Dix sept heures trente cinq les bouteilles sortent des sacs, suivis des couteaux Suisses. A moins vingt, tout le monde trinque, qui du rouge, qui du blanc. Dans des bols, des gamelles, des quarts, peu importe le flacon pourvu qu’on ait la tendresse (oups !). On compare, apprécie, goûte, mais raisonnables nous en restons là et enchaînons par le repas. C’est vrai qu’en hiver dans un refuge non gardé, on mange tôt et on se couche tôt. La fatigue de la journée y est pour quelque chose, mais l’absence de chaleur incite également chacun à rejoindre au plus vite son sac de couchage. A neuf heure, les bougies et les lampes frontales sont éteintes. Certains entament en chœur quelques symphonies bien cadencées. Puis plus rien ne bouge. Le sommeil nous gagne. Comme chaque fois je me dis que je profiterai de cette nuit en montagne pour regarder les étoiles, et au lieu de cela je plonge dans le confort du duvet et gagne le pays des songes.

- « Il est Six … heures … et … trente …minutes, il est l’heure de se lever ». C’est mon téléphone portable qui se met en branle. Antoine m’ordonne de jeter ce machin dehors. Heureusement je trouve rapidement le bouton et méfiant face aux réactions de notre ami, j’interromps immédiatement la voix de standardiste monocorde saccadée qui vient de nous réveiller. Bernard me signale vertement que j’avance de cinq minutes. Bref que de mauvais caractères dans cette équipe. La prochaine fois je mettrai le chant du coq comme sonnerie. Ils vont voir si ils ne regrettent pas la voix féminine qui nous rappellent notre maman quand on était petit.

Si le soir le refuge ressemble à une petite ruche, le matin lorsque tout le monde cherche ses vêtements, se précipitent vers les toilettes, trébuchent dans les sacs et les chaussures qui remplissent les passages obscures, cognent les gamelles et les gourdes, le refuge soutient alors la comparaison avec un autre lieu de passage dont vous entendez déjà le nom sans que je n’ai à l’écrire, respectant ainsi les règles de la bien séance. Enfin petit à petit, l’ordre regagne ses droits, les vêtements leurs bras et leurs jambes, et le matériel de chacun son sac à dos. Le petit déjeuné est pris dans un désordre organisé sans heurs ni coups, ni bruits excessifs. Un instinct naturel nous permettrait donc d’évoluer à quatorze dans vingt mètres carrés, avec autant de réchaud à gaz sur lesquels tiennent en équilibre des petits récipients en aluminium remplis d’eau et près à verser au moindre souffle. Comme quoi l’auto organisation de la vie des espèces animales c’est quelque chose de réel. Quand je regarde des fourmis aller et venir je me demande comment elles font pour ne pas se renverser, bousculer, marcher dessus, sans disposer de tout un système de supervision artificiel qui assure leurs évolutions sans bruits. Et bien là c’est pareil. Et puis chacun poursuit dans le local matériel pour coller ses peaux sous ses skis, enfiler ses chaussons dans les coques des chaussures de ski, enfiler les pieds dans les chaussons encore humide, … Et tout à coup une discussion animée démarre au sujet de l’usage des téléphones portables en montagne. Le sujet est lié à notre pauvre Michel qui a été malade comme un chien cette nuit et qui envisage de nous attendre au refuge pendant que nous ferons la Croix de Belledonne. Comme au retour nous ne passerons pas exactement au refuge, il faudra que l’un d’entre nous descende le chercher puis remonte avec lui au col de la Pra. Peu de choses à vrai dire pour une équipe Autonomie. A tout casser cinquante mètres de dénivelée. Mais l’esprit toujours alerte de Nathalie passe par là, se saisit du sujet, décortique le problème, et enfin propose à Jean marie :
- y’a cas l’appeler sur son téléphone portable lorsque nous arriverons au col. Comme ça, personne n’aura besoin d’aller le chercher.
Simple, clair, limpide. Oui mais. Jean marie, lui, n’accorde pas à ces appareils une très grande confiance envers tous ces nouveaux appareils électriques, car l’usure des piles rend ses appareils moins fiable qu’il n’y paraît au premier abord. D’autre part en matière de téléphone portable il est passablement susceptible aujourd’hui, du fait du réveil tonitruant de tout à l’heure et d’un interlude musical avec justement le téléphone portable de Michel hier soir. Trop c’est trop. Les téléphones portables l’insupportent maintenant. Un échange, vif, d’arguments tranchants, s’en suit. Jean marie a le dernier mot, Nathalie ayant la sagesse de ravaler toute sa fierté et de retourner à son petit déjeuné. Après cette animation gratuite qui nous a tous remis le cerveau en fonctionnement car il fallait bien suivre pour bien comprendre, nous voilà dehors ski au pieds, sac au dos, entrain de défiler devant Martine qui assure ce matin le contrôle des ARVA. Mais aujourd’hui la météo n’a pas ce beau côté ensoleillé de la veille. Les nuages d’altitude de l’après midi ont déversés vingt à trente centimètres de poudre blanche dans la nuit et se sont attardés sur les sommets alentours réduisant la visibilité. Le risque d’avalanche est analysé par Jean marie qui nous explique la situation. Les trente centimètres présents hier sur la couche de neige dure ont été augmentés cette nuit de vingt nouveaux centimètres, ce qui alourdit considérablement cette couche fragile sans cohésion., et augmente donc le risque de départ spontané d’avalanches. Le vent qui a aussi soufflé hier et cette nuit n’a pas manqué bien sûr de créer des plaques de neiges plus ou moins friables que le randonneurs risque de casser sur son passage déclenchant ainsi une avalanche de plaque. La conclusion tombe, risque quatre. Il va falloir être très prudent. Néanmoins Jean marie espère encore pouvoir monter à la Croix de Belledonne ce matin. Par l’itinéraire des chasses bites. Tiens encore eux ? Et oui, pour une raison que l’on ignore un des deux itinéraires à ski portent ce nom, l’autre étant communément appelé celui des « pépères mémères ». Il est évident devant ce patronyme que nous ne pouvons qu’emprunter le premier, on est un groupe Autonomie ou non ? mais avant toute chose, il faut nous délester de notre matériel inutile. Or nous l’avons compris précédemment avec l’affaire du téléphone de Nathalie il n’est pas question de tous redescendre au refuge car nous devrions alors remonter cinquante mètres inutiles. Jean marie, qui à manifestement une très grande connaissance des lieux, nous emmène donc au col de la Pra pour enfouir notre matériel inutile sous la neige. A trois nous creusons un trou dans lequel chacun vient déposer ses dons rassemblés dans un sac plastique. Le fameux sac de déchargement, qu’il ne faut pas confondre avec les étuis péniens en latex bien insuffisant pour le volume de matériel à recueillir. Une fois le trou rebouché, un réflexe intelligent nous interroge sur la façon de retrouver ce lieu. Je commence à penser à un alignement avec deux points, voir mieux une triangulation lorsque l’un de nous propose de pisser dessus. Mais l’idée bien que futée au premier abord en repousse plus d’un. Jean marie décide alors de repérer notre cache en disposant dessus quelques bout de papier toilettes de couleurs. A l’unanimité c’est celui d’Fabien qui est choisi : couleur lavande. Certains s’inquiètent sur le fait qu’un randonneur en mal de ventre, pourrait confondre c’est endroit avec des toilettes sauvages et décider de s’en servir à son tour. Mais il est vrai, nous rassure Antoine, qu’avec ce vent, le dit randonneur aura à cœur de chercher un coin davantage abrité.

Bien, conscient que tous ces détails peuvent conduire le lecteur à ne plus savoir où nous en sommes, je fais une petit résumé pour ceux qui sont un peu distraits. Alors tout d’abord, Michel est resté au refuge pour se soigner. Ensuite, Nathalie à ranger son téléphone portable. Puis, Jean marie nous a fait cacher notre matériel de camping dans un trou à neige. Bernard à voulu pisser dessus. Fabien à sorti son pécu. Enfin, nous sommes tous frigorifiés sur ce col ou la bise souffle à tout va. Nous sommes donc prêts à repartir pour la Croix de Belledonne par l’itinéraire des chasses bites.

Jean marie commence une trace qui de zig en zag s’élève vers l’entrée du passage qui constitue l’itinéraire des bites (oups !). La couche de neige est épaisse et est complètement désolidarisée de la sous couche en neige dure sur lesquels nos skis viennent s’appuyer. L’inquiétude monte d’un cran. Derrière je me tiens sur mes gardes, sachant, de toute façon, qu’en cas de départ d’une plaque de neige, je n’aurai pas grand chose à faire. Robert me suit à vingt mètres. Après sa mésaventure au Pic de Bure il a investi dans un sac à dos spécial avalanche. En cas, de départ d’avalanche, l’utilisateur du sac tire sur une poignée fixée à la courroie du sac, déclenchant ainsi l’ouverture d’une cartouche de gaz qui entraîne le gonflage immédiat de deux ballons solidaires du sac. Si le sac est bien fixé à son utilisateur, celui ci ne s’envole pas, il ne faut pas exagérer, mais reste en surface de la couche de neige, lui évitant l’enfouissement qui est en général cause d’une mort par étouffement sous la neige. Robert qui nous a expliqué tout cela la veille, aimerait autant économisé le prix d’une cartouche de gaz et commence à regarder la moindre fissure du manteau neigeux avec suspicion. Jean marie, lui, continue la progression en sondant régulièrement l’épaisseur de neige avec son bâton. Mais au bout d’un moment le cœur n’y est plus. La pente de neige qui est devant nous, lui semble à lui aussi très suspecte. Il hésite un peu puis amorce un mouvement de repli. Comme dit Robert : Il vaut mieux y revenir que d’y rester. Quand on est pharmacien on a forcément le sens de la formule ! La Croix de Belledonne ne nous verra pas aujourd’hui. Bien que celle-ci soit le symbole d’une résurrection, Jean marie décide de ne pas aller le vérifier aujourd’hui.

Jean marie toujours inquiet de ne pas remplir son contrat d’encadrant soumet le groupe à une consultation démocratique. Chacun est invité à proposer une autre activité pour le reste de la journée et le groupe votera démocratiquement pour la proposition qui lui convient le mieux. Certains proposent d’aller skier sur une station de ski avec des pistes sécurisées. D’autres sont intéressés par un peu de tourisme auprès des moins de la Grande Chartreuse. Enfin Jean marie propose de rejoindre le col de porte où nous devons nous rendre ce soir et de faire un petit sommet au nom charmant, le Charmant Som. Cette dernière proposition, fait du prince, est choisit démocratiquement. Alors en route.

Nous revoilà donc autour de nos deux morceaux de pécu rose lavande. On ressort les pelles, on creuse, on récupère nos sacs de déchargement, on refait nos sacs, on enlève les peaux et hop on redescend sur les granges de Freydières. Quelques virages dans la poudreuse légère sous le lac et nous rejoignons le sentier à l’entrée de la forêt où nous devons déchausser car la neige n’est pas assez épaisse pour poursuivre. Avec Fabien nous rechaussons un peu plus bas pour enchaîner quelques slalom sur le chemin forestier avant que je ne m’étale par terre dans la boue. J’ai le pantalon tout cochon. Et les semelles un peu plus rayées. Une bonne raison pour en racheter d’autre ?

Deux heures après, nous arrivons au col de Porte. Entre temps, nous avons rechargé le matos dans les voitures, écouté les directives de jean marie pour le rendez vous, et suivi l’itinéraire indiqué. Un petit cafouillage d’itinéraire pour l’une des voitures est vite récupéré. Et nous voilà tous face au problème. Il fait un froid de canard, la bise qui souffle agite la cime des grands sapins à vous en donner le mal de mer, et Jean marie veut toujours nous emmener au Charmant Som. Mais la chaleur retrouvée dans les véhicules ne nous incite pas à le suivre. Il y’a de la réticence dans l’air. Pour certains nous serions d’avis d’aller faire un petit « som » bien au chaud, tout aussi agréable que ce Charmant Som qui est tout décoiffé par cette bise hivernale. Michel, toujours malade doit de toute façon rejoindre le gîte car il a besoin de repos et de chaleur. Pour les autres une nouvelle consultation démocratique s’organise. Il y’a ceux qui disent non, ceux qui disent bof ou faut voir, bref ils votent blanc, et aucun qui souhaitent mordicus se taper le Charmant Som. Devant cette baisse de motivation pour les activité sportives Jean marie renonce, la mort dans l’âme, devant son groupe Autonomie qui baisse les bras. Aller, il est quatorze heures, on rentre au gîte.

Au dessus du gîte il y’a un restaurant, café, bar. Nous commençons par une pause boisson. Café, thé, chocolat et pression. Avec du génépi Bernard ? Euh non … Demain c’est le grand jour. La course. Il va falloir assurer, alors on ne va pas faire d’excès à quelques heures du départ au risque de compromettre nos chances de succès ...

Après avoir repris pieds dans le monde civilisé, nous allons nous installer dans nos chambres. Au premier coup d’œil tout semble parfait, boiseries au mur, cabine de douches toute neuve, toilettes broyeurs, salle commune bien centrale. Puis en allumant les lampes, apparaissent quelques imperfections. Les lits métalliques semblent provenir d’une colonie de vacances des années soixante, le chauffage semble bien capricieux, le sani-broyeur à une durite qui fuit. Quand aux boiseries elles ont été posées à la va vite, comme la fenêtre qui baille le long du mur laissant rentrer la bise qui souffle dehors. Mais bon ce soir c’est pieds sous la table, douche chaude et préparation de la course. Alors ce ne sont pas ces quelques imperfections qui vont nous détourner de nos objectifs.

Michel est de nouveau sur pieds. Il a faim. C’est bon signe. Par contre Antoine nous annonce qu’il ne participe pas à la course. Déception pour tous. Mais la réalité est souvent cruelle. Dans son contrat, Jean marie lui a demandé d’être le reporter sportif de cette journée. C’est lui qui se postera à un endroit stratégique pour prendre les photos qui immortaliseront ces moments historiques du groupe Autonomie 2007. Antoine a bien essayé de protester, arguant qu’à son age il n’était pas fini, qu’il pouvait encore, … mais rien n’y a fait. Jean marie a besoin d’un photographe et ce sera Antoine. Celui-ci se pliera donc à la volonté de notre organisateur. Tout devient simple quand tout est bien organisé.

Après les douches, certains s’affèrent aux derniers préparatifs exigés par le matériel de ceux qui ont l’espoir de faire un podium. Nos deux champions, les jeunes free-rider du groupe Autonomie 2007, ont décidé de farter leur ski. Deux techniques sont appliquées : à chaud ou à froid. Pour le fart se sera de l’universel car il est difficile de savoir si la neige sera froide ou chaude au moment où les compétiteurs aborderont chacune des quatre descentes. Car le parcours que l’on nous a présenté lors de la remise des dossards comporte quatre montées suivies chacune d’une descente. D’où la difficulté dans le choix du fart. En effet vers dix heures, la première sera certainement en neige froide, tandis que la dernière vers douze heure sera en neige plus chaude. Il y’a bien une technique qui consiste à passer deux couche de fart mais c’est compliqué. Ecoutez plutôt. D’abord une première couche pour neige chaude. En suite une seconde pour neige froide. A l’usage, le fart s’enlève, restant accroché sur la neige. Donc la seconde couche qui s’en va en premier sur la neige froide laisse la place à la première couche qui s’enlèvera à son tour mais sur la neige chaude. D’où l’importance de l’ordre dans le quel sont passées les deux couches. C’est pas clair ? Reprenez depuis le début. Un crayon à papier à la main, vous dessinerez la tranche du ski avec ses deux couches appelées respectivement grand c et grand f, puis avec le bout du crayon qui est équipé d’une gomme, vous effacerez successivement les couches grand f puis grand c simulant ainsi l’effet du frottement de la neige sur les skis et là certainement tout deviendra plus clair. Attention, ne changer pas les notations utilisées dans le texte car cela risquerait de vous conduire irrémédiablement à une nouvelle incompréhension. Aller, un, deux, trois, c’est parti !

Bon, Fabien n’écoutant que son courage et surtout pas mes conseils moqueurs, s’attèle au fartage à chaud de ses skis avec un fart universel. Il fait ça bien le petit gars. Il a tout le matériel avec lui, très soigneux, appliqué, efficace. On va en faire quelque chose de celui-là. Après c’est le tour d’Robert. Lui, il choisit la technique à froid. Beaucoup plus rapide. Un peu de crème sur la semelle. Un coup de chiffon pour étaler et le tour est joué. C’est bien réussi. Moins amusant, car plus rapide, pour ceux qui depuis le début donnent leur avis sur tout et sur rien, mais certainement tout aussi efficace.

Vient ensuite le choix des vêtements. La liste fournit par les organisateurs de la course est très précise. Cependant il reste à Jean marie à choisir la couleur des vêtements. Il dispose de trois combinaisons moulantes de skieurs de compétition dit collants pipette. Il tient là aussi à avoir l’avis du groupe afin de faire à coup sûr le meilleur choix. S’en suit un défilé de mode du genre moule ton corps auquel tout le monde ne peut pas prêter sans subir les sarcasmes de ces dames (personnellement, si j’avais dû passer par là, j’aurai plutôt choisit des vêtements plus amples laissant plus de liberté aux mouvements). A l’issue de ce défilé, l’avis est unanime. La combinaison tricolore des années soixante dix est la plus seyante. Bien qu’elle soit aux couleurs de l’Italie ce qui ravit Dominique, elle donne un air beaucoup plus sérieux au compétiteur qui l’enfile.

Enfin il est l’heure du dîné. A table tout le monde. Salade verte, spaghetti bolognaise, et tarte tropézienne des montagnes vont nous rassasier et nous mettre en situation d’attaquer les spécialistes sur leur terrain. Depuis le temps que je les vois passer comme des fusées sur les classiques de Belledonne, je vais enfin me mesurer une fois pour toute à ces fameux collants pipettes. En fait je sais bien au fond de moi que la mesure est déjà prise et que je ne vais pas m’y retrouver à mon avantage. Mais bon, l’important c’est de participer, comme le disait le baron Pierre de Coubertin. Aller il est l’heure d’aller au lit. C’est ça l’hygiène de vie des sportifs.

Cette fois je n’est pas fait sonner mon téléphone portable. J’ai bien compris que ce n’était pas du goût de tout le monde. Et puis je ne veux pas prendre le risque d’alimenter une discussion de bon matin sur les bienfaits du progrès technologiques dans le monde montagnard. En fait le matin, je fais partie de ceux qui ne voient rien, n’entendent rien, de réfléchissent rien. Et qui sont fatigués rien qu’à voir les autres s’agiter physiquement et encore plus verbalement. Les gens normaux quoi. Mais nous n’en n’aurons pas besoin. A sept heure le jour est levé, et comme il n’y a pas de volets à le fenêtre, nous serons assurément réveillés à temps.

Ma nuit est agitée et peuplée d’un rêve où je dispute une compétition de ski où s’enchaînent plusieurs montées et descentes. A la différence de ce qui m’attend réellement, les montées se font toutes avec les remontées mécaniques de la station imaginaire : téléski, télécabine, télésiège … Dingue ! A la fin je rencontre mon copain gardien de refuge, Jean Marie, qui m’invite à déjeuné de quelques truites du vallon de Bissorte, en Maurienne, arrosées d’un coteau du Layon. Mais qu’est-ce que je suis venu faire là …

Enfin c’est l’heure. Branle bas de combat dans la chambrée. Antoine contrairement à nous est beaucoup plus détendu, quoique inquiet au sujet de son appareil photo. Et si jamais il ratait les photos … ouille !

Nous filons prendre notre petit déjeuné. Contrairement aux conseils d’Robert qui s’y connaît en endurance, nous avalons croissant chaud et tartines de pain beurrée. Pas bien ça ! Dominique est patraque. Ca s’annonce mal pour elle. Toujours la digestion, mal de tête, nausée. Pour elle ça commence mal. Michel lui est en pleine forme et déjà hier soir il nous a montré par ses propos qu’il était là pour en découdre :
- En une heure on est à Chamechaude, puis encore une heure pour le reste. Allez en deux heures trente c’est plié.

Il est huit heures quinze, direction le briefing de la course. On nous y explique le tracé de la course. Les conditions nivologiques. La météo du jour. Le matériel à prendre ave soi. La conduite à tenir dans les passages techniques. Et puis direction le stade de départ. Petit à petit les concurrents passent le portillon d’entrée où s’effectue le contrôle de nos ARVA. N’aimant pas être en retard je me retrouve le premier dans cet enclos grillagé. Ce sera la seule fois de la journée où je serai le premier. Réalisant ma grande solitude, Jean marie me rejoins, et nous tournons en rond comme des chèvres dans cet enclos pour essayer de nous réchauffer. Enfin, après une annonce dans les hauts parleurs, tout le monde nous rejoins. Commençant à bien prendre conscience des capacités des autres concurrents je me tiens, avec quelques autres, à l’arrière de tout ce paquet de skieurs, pour ne pas risquer de gêner ceux qui vont s’élancer sur la piste. Nous avons bien fait, lorsque le top départ est donné par le contrôleur chef de la course, les collants pipettes partent d’un seul coup d’un seul en courant, comme un pet sur une toile cirée. J’ai rien le temps de voir que déjà j’aperçois des casques, car nous sommes casqués, qui flottent là bas au loin. Nom d’une pipe ! Epoustouflant. Robert qui aura tenté de faire le même départ sur les chapeaux de roue nous racontera qu’au bout de dix secondes il sera obligé de baisser immédiatement le régime sous peine d’exploser. Il faut dire que dans les premiers il y’ a des gens qui courent la Pierra Manta et l’ont déjà gagnées. La Pierra Manta c’est une course où il faut chaque jour pendant quatre jour se taper deux mille cinq cent mètres de dénivelée positive sur un rythme minimum de mille mètres par heure pour les derniers et mille deux cent mètre heure pour les premiers. Ca calme.

Pour chacun commence alors sa course, la sienne, car contrairement à la rando, là on ne s’attend pas. On se retrouve à l’arrivée c’est tout. La solitude du coureur de fond. Donc à partir de là je ne peux raconter que la mienne. Vous pouvez en omettre la lecture et vous rendre à l’arrivée sans m’attendre.
Au début le moteur se met en chauffe doucement au rythme lent d’un diesel. Puis au bout de quelques minutes je me sens plus léger, alors mes pas s’allongent un peu et je me retrouve à dépasser mes coreligionnaires. Je voudrai bien ne pas aller trop vite car la pente se redresse plus loin et je sens bien que cette trace droit dans le pentu va être terrible. Je mets les cales en prévision, moi qui ne les mets quasiment jamais. Je dépasse une personne qui semble attendre son collègue. Puis une femme qui semble peiner de plus en plus. Et je me retrouve derrière Fabien. Là je m’étonne puis réalise vite que si je le rattrape c’est qu’il doit avoir un problème. C’est effectivement son épaule qui le fait souffrir. Heureusement cela ne durera pas longtemps. Il retrouve du nerf. L’échauffement doit y être pour quelque chose. Vu que la pente est raide les conversions s’enchaînent rapidement. Il ne fait pas chaud. Les contrôleurs qui sont placés à quelques endroits stratégiques pour nous éviter de nous égarer nous encourage avec force. Cela fait du bien au moral. Arrivée en haut de la première montée je dépeaute et je vois arriver juste derrière moi Martine et Nathalie. Je pensais avoir bien gazé dans cette première manche mais je m’aperçois qu’il n’en est rien, les autres du groupe Autonomie, excepté Robert, Fabien et Michel qui sont déjà loin devant, sont juste quelques mètres derrière moi. Sur cette première montée j’ai commencé à me mettre dans le rouge. Je suis, de fait, obligé de lever le pied sous peine de ne jamais arriver au bout. C’est ça le manque de stratégie de course, on gère mal son effort. J’entame la première descente sur une neige déjà béton car toute la poudreuse a été dégagée par les cent cinquante coureurs qui sont devant. Je pense à Dominique. Elle n’aime pas ce genre de descente. Arrivé en bas, je repeaute. Martine plus rapide et plus tonique re démarre avant moi. Je la suis dans la montée. J’ai une peau qui se décolle à l’arrière. Merde ! J’espère qu’elle va tenir quand même car j’ai rien pour la recoller. A chaque conversion je suis le talon de mon ski des yeux pour lui éviter de se planter dans la neige et de reculer encore davantage la peau sur le ski. Je commence à me détendre. Et je jette un coup d’œil de temps en temps au paysage. Il fait grand beau, froid, la neige est douce, nous traversons des bosquets de petits pins qui adoucissent le paysage raide de la chartreuse. Au dessus se détache la falaise que nous devons franchir via un canyon, ou plutôt un couloir qui vient briser la face calcaire pour donner accès au plan incliné supérieur de la montagne de Chamechaude. Je ne sais comment je me retrouve engagé dans le couloir devant Martine, suivit de Nathalie. Skis sur le sac. Nous remontons le couloir en mettant les pieds dans des marches bien taillées par les organisateurs. Nous suivons une corde fixe à laquelle ceux qui le souhaitent peuvent se vacher comme sur une via ferrata. Les marches sont souvent hautes et je pense à ceux qui munis de jambes plus courtes doivent développer encore plus d’effort pour se hisser de l’une à l’autre. J’arrive à un point intermédiaire. Il faut continuer plus sur la gauche. Le cadre de ce couloir est magnifique avec les rochers un peu ocre, la neige blanche et le ciel d’azur. Nous aurons sûrement de belles photos sur internet. Tant mieux. Enfin j’arrive à la fin du couloir. Je prends pieds sur la plate-forme de neige. Avant de rechausser je décide de mettre les couteaux. Les contrôleurs ont prévenus au briefing que nous allons trouver une trace en neige dure parfois peu formée sur laquelle l’accroche sera difficile. En effet à la sortie du couloir la bise souffle alors que plus bas nous ne la sentions presque pas. Elle dégage toute la poudreuse posée sur le plateau sommital incliné qu’il faut remonter, laissant en place une surface de neige dure comme du béton sur laquelle il est plu difficile de progresser. Les couteaux vont me rendre un grand service en me permettant de m’économiser des forces et du stress. La pente est effectivement en neige très dure et la bise qui souffle nous fait presque perdre l’équilibre dans les plus fortes rafales. De fait je dépasse à nouveau Martine qui bataille un peu plus sur ce terrain, n’ayant que ces peaux pour s’accrocher à la pente. Arrivé au sommet, il faut remettre les skis sur le sac et longer à pied la crête sommitale jusqu’à un pas de rocher qu’il faut descendre en s’accrochant à un câble métallique. Croyant bien faire je me vache sur la corde fixe. Mais arrivé au pas proprement dit je vois que c’est inutile et qu’au contraire ma longe va me gêner. S’ensuit un cafouillage au cours duquel je décroche ma longe la garde à la main qui tient mes bâtons. Je désescalade les trois marches en m’agrippant au câble et me retrouve sur une nouvelle plate-forme de neige où nous pouvons rechausser pour s’engager dans la deuxième descente du parcours. Je commence à fatiguer. Derrière moi arrive Martine. Elle a vite fait d’enlever ses peaux et de chausser et s’engage telle une balle dans la pente raide et tendue à mort. Quand je m’engage à mon tour elle a déjà descendu cinquante mètres alors que pour ma part j’aborde celle-ci avec précaution, voyant bien qu’une chute m’emmènerait tout droit dans les pares avalanches, qui, à ma connaissance, ne sont pas habituellement rembourrés avec des mottes de pailles. Sur cette pente je pense encore davantage à Dominique. Si la première va l’inquiéter je suis persuadé que sur celle-ci elle risque de bloquer. Nous étions d’accord au départ, je ne l’attends pas. Je pense qu’en cas de problèmes, les contrôleurs de courses basés sur cette pente seront en mesure de l’aider. Enfin j’espère … Connerie de compétition, je n’envisage même pas de l’attendre pour l’aider. Arrivée en bas de cette p… de pente. Je rattrape un instant Martine qui est en train de repeauter, mais la fatigue s’accumule et je suis trop lent, je me fais à nouveau distancer. Je ne la reverrai qu’à l’arrivée. J’entame la troisième montée. Il fait plus chaud, les jambes commencent à fatiguer. Je sais qu’il faut, après cette montée, descendre puis remonter encore une fois. En cours de route je verrai Bertrand et Florence qui me dépasseront. Enfin je crois. Je ne sais plus tellement dans quel ordre tout cela se passe, car la fatigue aidant je suis de plus en plus concentré sur moi même. Cette montée est très jolie. Elle se déroule dans une petite forêt de pins. Ils nous font un peu d’ombre. Il n’y a plus personne ni devant ni derrière moi. Puis la trace sort des arbres et poursuit vers la crète. Je vois des skieurs qui remontent presque en direction du sommet. Cela me décourage un moment car j’imagine qu’il faut remonter tout la haut. Mais à la fin je m’aperçois que cette troisième remontée s’arrête moins haut sur la crête, au milieu d’un bosquet de pins. Ouf ! Enfin j’arrive à ce nouveau point de contrôle. Je prends le temps de manger la moitié d’une barre et de boire un coup de flotte. C’est la première fois depuis le départ. J’enlève mes peaux, je resserre les chaussures et je m’élance à mon tour dans cette troisième descente. Je m’écarte un peu de la piste bétonnée pour aller chercher la poudreuse à l’extérieur des fanions qui délimitent un peu le parcours. Oh que c’est bon. Quelques virages enchaînés dans cette poudreuse légère. Un pur moment de bonheur dans cette journée de fou. Mais cela ne dure pas très longtemps. La piste rentre à nouveau dans la forêt de pins et c’est plutôt du dérapage et du chasse neige que je dois mettre an application pour rejoindre le départ de la quatrième et dernière montée. Epuisant ! En arrivant à ce point de contrôle, Antoine est là, prêt à déclencher les flash. Je fais le pitre pour agrémenter le spectacle et rejoins directement la plate-forme de repeautage. C’est reparti pour un tour. J’en ai marre. Mais bon ce n’est pas maintenant qu’il faut abandonner ça serait trop con. Alors toujours seul je remonte cette trace. J’arrive au dernier passage technique. Il faut remonter à l’intérieur d’un petit cirque de pierre qui est creusé au fond par une grotte. C’est encore un coin très joli. Je m’y arrêterait bien pour profiter du paysage. Mais c’est pas le moment de rêver. Alors aller, hop, c’est reparti. Re les skis sur le sac et re les pieds dans les marches jusqu’à un petit mur de deux mètres de haut qu’il faut escalader en s’agrippant à une corde fixe qui pendouille là au milieu. Arrivée en haut, mes skis buttent dans les branches. P… con ! Le contrôleur dégage mes spatules et m’encourage pour la suite. Je rechausse et c’est reparti. Encore cent mètres qu’il m’a dit. Je me mets à douter. Si il m’avait dit ça pour m’encourager alors qu’il en reste le double ? Je pense juste à mettre un pied devant l’autre, doucement. Enfin à la sortie des arbres, j’aperçois le dernier point de contrôle. La fin de la dernière montée est là, à quelques mètres. Florence qui descend, me croise et m’encourage. Aller on y est presque. Encore une conversion, une seconde, une troisième. P… c’est la dernière. Cinquante mètres, devant moi la fin. Ca y’est j’y suis. C’est terminé. Plus que de la descente. Je suis accueilli par deux contrôleurs qui me félicitent. Ils sont sympas. Ca fait au moins trois heures qu’il sont là se geler dans le vent qui souffle encore. Je dépeaute, bois un coup, sert les chaussures à mort, me redresse, pousse un ou deux grand soupirs et appuie sur mes deux bâtons pour m’élancer dans la pente une dernière fois. Slalom dans les pins, passages verglacés, traversée d’arcosses, descente d’un chemin étroit avec rencontre de promeneurs du dimanche, et enfin arrivée sur la piste du téléski du col de Porte. L’arrivée est là bas tout au fond. Encore trois quatre virages, puis je me laisse aller dans des courbes plus grandes pour atteindre le boulevard damé, et tout shuss en direction du portail d’arrivée. Les organisateurs de la course n’ont rien trouvé de mieux pour nous faire terminer que de rajouter une remontée finale de vingt mètre à faire en pas de patineur. Ah les cons. Je me décide à prendre le plus de vitesse possible pour aller le plus loin sans pousser et j’arrive à mi pente sans pousser. Là se trouve un concurrent qui moins rapide remonte la pente en poussant sur ses canes. Autour des barrières, les copains déjà arrivés m’encouragent, applaudissent, … Je double le skieur qui est devant moi, tant pis pour lui, et en quelques coup de rein j’arrive enfin à franchir le trait bleu, peint sur la neige, qui signale la fin du parcours. Ouf ! C’est fini ! Terminé ! Je suis allé au bout je suis bien content. Robert, Fabien, Michel, Bertrand, Martine, Florence sont déjà là et m’entourent. On se dirige vers le stand d’arrivée où on m’offre du Cocacola bien frais. Ca fait du bien. Puis un vin chaud, du saucisson, du fromage, … Derrière moi arrive Nathalie, puis après il y’aura aussi Bernard, Julien, Jean marie, Florence, et Dominique. Cette dernière n’a pas pu démarrer la quatrième montée dans les délais impartis et a du rentrer en interrompant le parcours alors qu’elle avait suffisamment de pèche pour finir la course. Déception.

Nous revoilà tous ensemble. Douches, rangement du matériel, et repas offert par le comité de la course. Un p’tit canon de rouge pour faire glisser le coq au vin. Félicitations à Robert premier garçon, et Martine première fille. Bravo à tous les autres. Nous allons nous éparpiller chacun de notre côté pour rejoindre nos voitures et rentrer chez nous. Le troisième week-end Autonomie 2007 s’achève. A la prochaine ! Ca sera peut-être vers le refuge Albert Premier, Chamonix, les grandes montagnes ...


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