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5 weekend en ski - Ch.2 - dans le brouillard c'est plus drole

Par Régis Piégay, le 30.01.08

Chapitre 2


Le cycle autonomie organisé par Jean marie, Florence et Antoine avait commencé début janvier par un week-end du genre « on va voir si les prétendants sont autonomes » , avec nuits en igloos puis refuge non gardé. Le pourcentage de perte autorisé n’étant pas connu, nous ne pouvions pas imaginer le sort qui nous était destiné.

Un mois après, les rescapés de ces trois jours sont normalement tous près à repartir pour de nouvelles aventures. Mais deux personnes ont prévenues qu’elles ne seraient pas des nôtres. La première, Dominique, marche comme une petite vieille, rattrapée par un lumbago, et tente de se redresser à coup de piqûres dans la fesse gauche. « Est-ce le kamasutra numéro quatre cent trente sept qui lui a été fatal ? » demande Jean marie. « Euh non, non, on n’a pas encore été jusque là » répond votre serviteur qui en Lyonnais pur sucre croyait que ça s’arrêtait au numéro soixante neuf. Le second, Julien, craint pour la semelle de ses skis car le manque de neige est caractérisé pour ce début d’année 2007, et les cailloux affleurent dans toutes les orientations au dire des différents témoignages rentrés sur « ski-tour » ou « camp to camp ». Nous serons donc douze à partir du parking de la mairie de Bron ce matin à 6h00.

Le départ ne fut pas plus simple à douze qu’à quatorze. Car même si à priori ce nombre facilite le remplissage des voitures européennes pour qui connaît sa table de trois, ce n’est pas si simple quand il faut rajouter quelques contraintes du genre de la taille des coffres qui ne sont pas forcément adaptés au nombre de passagers voyageant avec armes et bagages dans le véhicule, ou aussi, lorsqu’il faut que les bagages d’un voyageur reste à portée de main de celui-ci durant le voyage. Sans parler des portes ski qui n’ont rien de prévu pour les bâtons qui accompagnent normalement chaque skieur. Manifestement, si il reste tout un champ d’investigation pour les directions du marketing des constructeurs automobiles, c’est celui des skieurs de randonnées alpines.

Mais la bonne volonté de tous finit par l’emporter et chacun trouve place avec son matériel dans trois véhicules bourrés à bloc. Les chauffeurs sont appelés à écouter attentivement les consignes de l’itinéraire. En gros destination Saint Etienne en Dévoluy, rendez vous devant l’église. A priori avec un nom comme ça il doit y en avoir une … Cette fois j’ai choisi une grosse berline allemande plutôt qu’un quatre-quatre britannique. La dernière fois il m’a semblé que celui-ci avait des sièges encore plus raides que mon vieux break américain, et j’ai accusé ceux-ci, peut-être à tort, d’avoir joué un rôle non négligeable dans le blocage de mon sacro-illiaque droit (une articulation qu’on à quelque part vers la hanche). Bon, et puis je suis jamais monté dans une belle allemande rutilante alors c’est l’occasion ou jamais. Et là, tout de suite une très bonne impression, car on s’enfonce dans des sièges moelleux et profonds, que l’on sent immédiatement prévus pour le repos du passager et non pas seulement pour son transport d’un point à un autre. Je vais pouvoir me rendormir, et ça c’est top. C’est le gros avantage de laisser sa voiture sur le parking, on peut dormir ! Quelques heures plus tard, et après quelques hésitations dans les ruelles de Corps qui ne sont manifestement pas prévus pour la taille des belles allemandes, on arrive tranquillement devant la fameuse église. Preuve du confort de ce type de véhicule, nous n’avons même pas fait une pose technique, alors que la banquette arrière du véhicule recueillait pourtant deux charmantes personnes souvent promptes à vouloir se dégourdir les jambes une fois le péage de Grenoble franchit. Non, non, je plaisante, nous aussi ça nous arrive !

Je ne vous ai pas encore parlé de la météo du jour. Et pourtant cette fois ci ce fut certainement une chose essentielle. Si à Lyon le temps était sec, arrivé dans ces montagnes du Dévoluy, il en était tout autrement. Pour faire simple, il neige à gros flocons. Je regarde bien autour de l’église si celle-ci est équipée, comme normalement dans notre pays, d’un ou plusieurs troquets, mais là rien du tout. Le désespoir m’envahit ; on court de plus en plus le risque de se retrouver dehors à peauter sous la neige qui tombe, dans une visibilité très limitée. Je m’imagine déjà ce soir arrivant trempé au gîte, et demain à épuiser mon stock de mouchoirs en papier pour assécher un rhume carabiné. Effectivement, Jean marie, en bon organisateur de voyage qui veut que son client en ait pour son argent, ne nous laisse pas le temps de déprimer. On remonte dans les voitures et on rejoint le point de départ de la randonnée. Chacun se dépêche de s’équiper comprenant bien qu’il ne faut rien attendre de la pitié de nos encadrants pour leurs protégés. Direction là haut, dans la neige et le brouillard. Au bout d’une demi-heure le chrono tombe. Six cent mètre heures. Je ne sais à quoi attribuer ce rythme effréné. La hâte d’en finir et de rentrer rapidement au sec, ou la rage de vaincre cette météorologie pourrie. Michel annonce même que nous avons frôlé les 700 mètres heures pendant quelques minutes. Ah ça s’appelle pas autonomie pour rien.

Après quelques coups d’œils à la carte, un petit coup d’azimut pour supplanter à l’intuition toujours néfaste dans ces situations, et on repart en direction d’une bergerie. Première pause. Bernard pour se redonner du courage entame sa petite topette qui contient un liquide non homologué pour les courses de ski alpinisme. Après avoir passé une semaine à Paris, entouré de jeunes beautés finement vêtue, voilà que son cœur chavire. Il semble avoir grand besoin de noyer son chagrin. Grand fou va, à ton age c’est pas sérieux. Petit à petit nous commençons à prendre le dessus sur le sale temps qui nous enveloppe. Jean marie avait du avoir une intuition sur notre capacité à prendre les choses du bon côté. Nous commençons à déconner en parlant de n’importe quoi. En fait ça va devenir le thème du week-end, contre mauvaise fortune bon cœur comme disait « Chépluki ». Pendant que Nathalie s’éloigne à la recherche d’un coin propice qui comme son nom l’indique ... , nous filons nous cacher derrière la bergerie, espérant créer chez celle-ci, Nathalie pas la bergerie, un petit moment de panique lorsqu’elle en aura fini d’arroser les plantes. Mais, bon la ficelle est trop grosse et on l’a fait pas à cette fière montagnarde. Elle nous retrouve immédiatement. Même pas peur.

Nous poursuivons donc l’ascension vers le col des Barges dans la neige et le vent, presque la tempête (là j’exagère un peu). Jean marie à beau nous dire que le nom du col n’a rien à voir avec une personne, ou un groupe de personnes connues, je reste dubitatif. D’autant qu’à la descente ça ne va pas être du bon ski vu que la neige qui tombe vient compléter une sous couche pas bien épaisse. La caillasse affleure de partout. Quand je pense que j’ai laissé 25 euros aux Vieux Campeurs la semaine dernière pour qu’il me refasse des semelles toutes neuves, ça redouble mon inquiétude. Bref le col est là, ou au moins on peut supposer que nous y sommes. On va faire demi-tour, rejoindre les voitures et direction le gîte pour passer l’après midi au coin du feu. Florence, l’encadrante, prend la tête pour redescendre. C’est le rituel du groupe. En gros, (c’est à dire en général) , à la montée Jean marie est devant. Tandis qu’à la descente Florence est devant. Antoine, lui est plutôt derrière. A la descente surtout, un peu comme le berger qui surveille son troupeau. Et en farfouillant parfois dans la neige, pour s’assurer que nous n’avons rien laissé traîner derrière nous qui pourrait salir ce beau tapis blanc. Ah oui, on peut le dire, Antoine fait preuve d’une très grande conscience écologique dans ce groupe.

Mais au bout de 300 mètres de dénivelée négative, Florence s’arrête devant quelques rochers et nous demande de repeauter. Là je comprends plus très bien. Repeauter pour descendre ? Non, non. Pour remonter bien sûr. Quoi ? Si, si on va rejoindre le Vallon Froid. Il paraît d’après Jean marie que celui-ci est mondialement réputé pour la qualité de sa neige. Ah oui, bien sûr ... A cet instant le coup au moral est terrible. Adieu, bibine, poêle à bois, et couchette moelleuse. La journée n’est pas finie. Ici c’est comme avec la pointeuse, il faut la faire tourner. Mais bon on a signé. Donc faut y aller. Débute alors une traversée de terrains accidentés sur lesquels nous allons tour à tour descendre, monter, glisser, peiner, bref suivre une courbe de niveau très théorique qui ne veut pas se laisser attraper. Robert qui ne veut pas que cette promenade soit trop monotone, décide de cacher une de ses peux toutes neuves dans la neige. Un vrai gosse. Un quart d’heure à refaire la trace en sens inverse avec lui pour retrouver son bien.

Enfin une petite pause au milieu de cet itinéraire vert comme j’en faisais prendre à mes enfants pour leur faire admirer le paysage. Ils adoraient ça. Euh non c’est pas vrai, ils préféraient les dessins animés. C’est au moins treize heure et on va enfin pouvoir casser une petite croûte. Si, si on a le droit. Bon Jean marie n’apprécie pas que nous soyons si terre à terre lui qui ne se nourrit qu’une fois par jour. Mais nous, nous n’avons pas la même santé, il nous faut nous rassasier régulièrement. Vu le temps qu’il fait on ne va pas non plus s’attarder très longtemps.

Puis ça repart, dans les arbres, puis les rochers, les pentes de neige lourde, jusqu’au point d’orgue de cet itinéraire. Mais il ne s’agit pas d’une question de changement de rythme sur la portée. Non point du tout. Juste une rupture dans la courbe de niveau. Un truc qu’on voit pas sur la carte. Genre un micro-relief comme on dit en cartographie appliquée. C’est une petite marche à sauter pour les uns. Pour d’autre on est déjà dans la catégorie désescalade. Accro-branche serait exagéré. Mais pour les encadrants, pas de doute on est bien sur le bon itinéraire. D’ailleurs le Vallon Froid, c’est là bas derrière les arbres qu’ils disent. Après cette séquence aventure on arrive enfin au cœur du dit Vallon, encadré de barrières de pierres majestueuses toutes orangées qui grimpent jusque dans les nuages. Un peu comme l’intérieur d’une immense cathédrale dont la nef se serait écroulée. On revient sur un terrain plus facile. L’ascension reprend tranquillement. Si ce n’est une petite chute d’Fabien, qui nous fait croire l’espace d’une minute qu’il va falloir monter le traîneau, tout se passe bien. On arrive enfin à un col. Soit disant. On n’est pas sûr. Faut dire qu’on y voit pas à dix mètre. On ne vérifiera pas aujourd’hui. Demain on s’apercevra de loin qu’on était pas tout à faut au col et que si on avait voulu descendre là, il aurait fallu poser un rappel de vingt mètres. Comme quoi en montagne, il faut toujours garder une part de questionnement, des fois qu’on soit pas tout à fait là où dit la carte.

Bon il se fait tard. Il faut rentrer. On dépeaute et on emboîte les ski de Florence pour la suivre jusqu’à la forêt dans une neige que je qualifierai de très moyenne. Se pose alors la question de ne pas rater la route forestière qui doit passer par là dessous. Florence surveille sa carte et son altimètre qui n’arrête pas de bouger. Le bougre. Et puis extraordinaire, lorsque celui-ci indique l’altitude à laquelle on doit trouver la piste, un large chemin s’ouvre devant nous, laissant imaginer que l’on est bientôt sorti d’affaire. Florence pousse un petit soupir de soulagement car ce n’est pas rien d’avoir la pression des onze de derrière qui croient aveuglément en elle. Un peu plus loin, on sent que le groupe commence à sentir l’écurie. Deux skieurs plus habiles décident de couper un lacet de la route pour s’amuser. Mais c’est sans compter l’œil exercé de notre leader. Elle s’arrête dans l’épingle que fait la route et fait mine de s’engager dans la direction opposée. Nous tous comprenant le stratagème, nous la suivons rallant à qui mieux-mieux qu’il faut remonter de l’autre côté. Les deux skieurs nous ayant devancés par un raccourci se voient ainsi dans l’obligation de déchausser et de nous rejoindre. Très gentiment l’un d’entre nous dit pour qu’ils nous entendent, « partez pas il faut les attendre » . Habile … Et lorsque les deux acolytes nous on rejoint, nous faisons un volte face qui nous engage dans la pente qu’ils viennent péniblement de remonter. De vrais gosses. Tout cela se terminera plus bas dans une nouvelle épingle de la route par une bataille de boules de neige, et un concours de domino au moment de la photo de groupe. Tout le monde est en rang d’oignon, arborant son plus beau sourire lorsque celui qui se trouve à une extrémité pousse son voisin de l’épaule qui pousse à son tour son voisin par l’épaule jusqu’à ce que tout le monde soit étendu dans la neige. Devant l’ambiance cours d’école primaire qui règne autour de lui, Jean marie commence vraiment à désespérer de ses capacités à constituer un groupe de gens sérieux, de vrais montagnards.

Une heure plus tard nous sommes enfin rendu au gîte Les Miloux où l’on retrouve tout le confort moderne, douches chaudes, et petite bière bue autour d’un poêle à bois brûlant. Au menu, ce soir, ce sera raclette. C’est étonnant, mais il faut expliquer à Jean marie comment se servir des petites poêles en Teflon. Je me demande si il ne devrait pas se mettre à trois repas par jour afin d’élargir ses connaissances culinaires. Martine, elle, beaucoup plus patiente, est au petit soin pour son chef et lui explique le chemin qu’il y’a à faire du plat de fromage jusqu’à son assiette, en passant par la plaque électrique. Elle s’en sort très bien. Faut dire qu’elle a chaussée ses lunettes de juriste et que Jean marie est du coup très impressionné.

Comme de bons petits randonneurs bien sage qui ont du chemin à faire demain, nous regagnons assez vite les dortoirs. Et là, pour la première fois je vis quelqu’un dormir avec ses skis. J’avais lu quelque part que le fameux Ravanel, dit le Rouge, celui qui fit le premier Chamonix Zermatt en ski en 1903, aimait tellement ses skis qu’il les glissait carrément sous ses couvertures pour dormir. Mais cela me semblait être une légende. Et bien non, j’eu au contraire la preuve ce soir là, que c’était possible. Le skieur en question pris cependant la précaution de glisser les siens seulement sous son lit, car aujourd’hui avec ces matières plastiques qui enrobent les ski, on ne retrouve plus du tout le même contact doux et chaud sur les jambes du bois amoureusement ciré, qui rendait la nuit si voluptueuse pour le guide du docteur Payot.

Lendemain matin six heure. Ca commence à brasser dans la chambrée. On avait pourtant dit sept heures le petit déjeuné. Mais pour certain, si l’on ne veut rien laisser au hasard il ne faut pas traîner au lit. Moi, n’ayant pour une fois à m’occuper que de moi même, je sais qu’en 10 minutes ça sera réglé. Alors profitons encore de la couette, car on ne sait pas encore sous quelles intempéries nous allons passer la journée.

Sept heure, le ciel est couvert mais le temps est sec. La visibilité porte assez loin. Je vais déjeuné avec l’espoir de passer une journée sèche.

Sept heure trente, j’ai terminé mon bol de thé et je vais voir dehors. Damned ça pose tout plein de gros flocons de neige. Cinq centimètres sur la route en une demi-heure … ça promet. On s’interroge un peu les uns les autres, mais Jean-Luc ayant réussi à nous faire prendre le pli hier, nous attendons stoïquement la décision du chef, qui on le craint tous, sera d’aller voir là haut si il ne fait pas meilleur.

C’est bien comme cela qu’on se retrouve une heure plus tard sous les pylônes du téléphérique du Pic de Bure à tracer dans une neige épaisse et collante à souhait. Les bonne choses se partageant toujours. Jean marie met en place sa technique du relayeur de trace. Chacun à notre tour, nous passons devant pendant un quart d’heure, pour apprécier ce plaisir indéfinissable de se retrouver seul face à la montagne, imprimant notre trace dans les pentes de neige immaculées et inviolées. A peine machiste le concept. Mais les filles y ont droit aussi. Sauf qu’il peut arriver, mais à certaines seulement, qu’au moment de prendre leur tour, elles soient distancées par le groupe, suite à l’exécution d’un petit réglage technique de leurs lanières. Ce qui, bien malheureusement, les empêchent alors de goûter à ce plaisir si particulier. Mais ne vous inquiétez pas mesdames, c’est comme ça qu’on vous aime ; et ça dure depuis des générations !

Côté météo, ça s’arrange tout doucement. La neige a cessé de tomber et la visibilité s’améliore. Tout ceci grâce à un vent du nord de plus en plus violent. Par contre les pentes que nous devrions traverser pour atteindre le sommet sont à la fois chargées de neige comme une couche bien tendue, et surplombent des petites barres rocheuses qui exposent le skieur en cas de glissade, ou d’entraînement par une coulée de neige, à une chute de plusieurs mètres à travers de la caillasse. Pas engageant le truc. Du coup Jean marie décide de constituer un petit groupe de gens « éclairés » pour aller tester le début des pentes inquiétantes. Les hommes sans charges de familles sont désignés pour l’accompagner. Robert, Fabien, et Bertrand font partie du groupe de démineurs. Il me semble qu’Bertrand est chargé de famille mais peut-être que je suis me trompé. A moins que se soit un enfant illégitime. Je ne sais pas.

Robert commence à tracer dans la neige épaisse avec la vigueur d’un type capable de courir la SaintéLyon de bout en bout. Nous surveillons en arrière garde l’évolution des choses, prêt à intervenir s’il fallait dégager l’un d’eux. Le vent souffle par rafale et par moment nous ne les voyons même plus. Du côté des observateurs, chacun se demande ce qu’il vaut mieux pour nous. Que cela parte tout de suite pour que le chef décide de faire demi-tour ou que cela tienne pour que l’on continue la course à travers les pentes peu engageantes. Les avis divergent sur certains points mais convergent sur d’autres. Et là, tout à coup, la trace d’Robert ne le soutient plus. Il glisse, tombe sur les fesses et commence à descendre la pente, déclenchant une petite coulée de neige fraîche. Il s’arrête vint mètres plus bas, sans ensevelissement, mais avec une petite frayeur quand même.

Pour Jean marie, plus question de continuer. On plie les gaules et on rentre. Florence , pas l’encadrante, mais la brune, se décontracte un peu. Il y’a un mois elle a été une des héroïnes de « la plaque se détache et vous emmène plus bas » et elle ne souhaite pas du tout faire partie de la distribution du numéro 2. Nous rejoignons un collet où nous sommes en sécurité. Il donne accès à un vallon orienté plein nord et qui promet une belle descente. Le soleil brille maintenant complètement et nous profitons de la vue très dégagée sur cette vallée très large du Dévoluy. On dépeaute, on range le sac, on ajuste les chaussures, et on est prêt.

La descente commence par une petite traversée dans une neige un peu croûtée. Puis on atteint une première pente bien régulière qui semble enneigée juste comme il faut. Aucun cailloux n’affleure. Ca devrait être bon. Florence qui repérait le terrain plus à gauche nous fait signe d’y aller. Ou ah ! c’est parti, la neige porte bien, pas traîtresse, de la poudre bien compact, presque légère. En appui sur les languettes, il faut imposer le rythme, hop, hop, les bras devant, les poignets qui pointent les bâtons dans le prochain allègement, et j’enchaîne, un, deux , trois, … p… que c’est bon, que du plaisir, du coton. Je m’arrête plus bas, regarde les traces. Bon on a vu mieux mais c’est pas trop mal. Ah si on n’était pas en randonnée on se lâcherait un peu plus. Mais bon faut prendre soin de son dos. Gare à ne pas se prendre une boîte.

Petit regroupement au soleil pour les premiers arrivés. On regarde descendre les autres qui ont vraiment plus de mérite que nous car, poser sur l’arrière des chaussures, ils doivent faire arquer les cuisses pour engager les skis dans leurs virages. Et pour maîtriser leur vitesse, ils doivent encore tirer davantage dessus, car leur propre poids au lieu de les amener en avant pour appuyer sans effort sur les skis et les freiner, les tire en arrière, allégeant l’avant des skis, et donc augmentant encore davantage leur vitesse, et leur stress. Forcément, après ça, on a mal aux cuisses.

Fabien et Robert piaffent d’impatience devant la seconde pente qui s’offre à nous. Régulière, sans trace. Allez on remet ça. Mais sur la fin je reprends une trace directe car la neige a du prendre un peu le soleil du matin à cet endroit et elle est un plus lourde. Nous arrivons au dessus d’une pente plus raide avec quelques petits sapins et quelques cailloux. Prudence ? Je me demande si on en fait vraiment preuve. Je m’engage à la poursuite d’Robert, accompagné d’Fabien et d’Bertrand. Et au bout de cinq ou six virages. Nous nous arrêtons pile au dessus de quelques petits rochers. Bon, allez, on arrête de faire les cons, on traverse gentiment puis on rejoint le sapin isolé où Florence nous a donné rendez-vous. Arrivé là, Florence nous rejoint avec le reste du groupe qu’elle a prudemment emmené faire le tour par la gauche. Tout va bien, c’est bien le bon sapin, on ne sait pas trompé. Nathalie trouve ce sapin très propice et va lui conter fleurette. Jean marie nous autorise à sortir le casse croûte. Il fait beau, pas de vent, ça devrait bien se passer. Fabien, examine la semelle de ses skis, il s’ensuit, mais on l’avait prévenu, un long sanglot (une incontinence lacrymale disent certaines). Forcément, à chercher systématiquement à sauter le moindre rocher qui dépasse, on y laisse des plumes, ou du plastic.

La pause réglementaire étant écoulée, et les skieurs sentant à nouveau les spatules s’agiter, Florence reprend la tête et nous emmène dans une ballade sylvestre. Je ne sais pas si elle l’avait repéré sur la carte, mais elle nous engage dans une belle clairière, clairsemée de quelques petits sapins, mais suffisamment large pour nous permettre de tracer sans crainte. La meilleure neige du week-end. Une poudreuse légère qui recouvre largement blocs de pierre et vielles souches, pas collante, un régal. La bande de jeunes que nous sommes va tracer le terrain à grand coup de spatules ne laissant aucun espoir de neige vierge pour ceux qui viendront demain. Toutes les choses ont une fin. Nous rejoignons un chemin sur lequel deux skieurs de fond se promènent gentiment en combinaison matelassée des années soixante dix. Puis nous arrivons au parking, non sans tracer une dernière petite godille sur le chemin.

Vient alors le moment de recharger les coffres. Au bout d’un moment Bernard est perplexe. Il reste de la place. Un moment nous croyons que la belle allemande a pris du coffre, à moins que ce ne soit Florence qui, ayant englouti tous ces pique-niques, ait libéré ainsi un volume gargantuesque. Non évidemment ça cloche. Florence n’a rien d’une ogresse, mais plus sûrement Bernard a laissé son sac de chaussures vers la portière. C’est vrai qu’à force de tirer sur la topette, l’esprit s’embrume peut-être un peu.

Et voilà, tout est rangé, et tout le monde se retrouve dans un bistrot, où Jean marie est entraîné malgré son cœur défendant, comme d’habitude. Au mur de belles photos des environs du Dévoluy sont accrochées. S’en suit alors une discussion très détaillée sur la face cachée du Mont Aiguille, à laquelle la patronne vient mettre un terme, en affirmant que cela n’a rien à voir car ici on est dans le Dévoluy et non pas dans le Vercors, me permettant ainsi de gagner une bière au dépens de notre ami Michel.

Ah la brave femme !

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