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Ca aurait pu être pire

Par lutinrouge, le 29.01.08

Ce samedi 26 janvier 08 me voilà près pour faire une nouvelle sortie de ski de rando, direction le Taillefer et sa combe nord que l’on voit depuis Grenoble. Levé vers 6h30 puis je passe prendre Seb vers 7h30 et rendez-vous avec Christian à Comboire.

Au départ, quelques voitures et un groupe du CAF Isère en raquette. Nous arrivons à nous trouver tranquilles dans la forêt puis dans la combe du Brouffier où, à son sommet, nous faisans une pose casse croûte. Il fait chaud, la neige entre 1400 et 2200 est assez agréable. Puis direction le Pas de la Mine, passage clé de la course. Il est vrai que ce passage est impressionnant mais il est bien tracé et avec la qualité de la neige, en mettant les couteaux, çà passe sans problème. Une fois passé le pas, l‘ambiance est différente, il y a du vent, la qualité de la neige est différente, orientée plein sud, elle est glacée. Nous devons garder les couteaux. Nous cheminons de manière très agréable, mais toujours avec le vent sur les crêtes en direction de la croix Pinelli. Puis après avoir apprécié le panorama, l’ambiance alpine du Taillefer, et aussi rechargé les batteries, nous revoilà partis vers le sommet du Taillefer via le col du Van. On nous prévient que la pente est gelée et Christian décide de nous attendre au col.

Avec Seb, on se dis que l’on fait l’aller-retour et qu’on mange tous ensemble au col, les pied dans le bassin grenoblois et la tête dans les montagnes. Mais la dernière pente est gelée. Il faut déchausser pour aller jusqu’au sommet. Quelques photos, un dernier regard sur une vue à couper le souffle puis on chausse, près à rejoindre notre compagnon quelques mètres en contrebas. Seb m’attend, je décide d’y aller, un virage à droite, un un gauche et patatra, la glissade. Mes skis ne touchent plus le sol, je n’arrive pas à m’arrêter. Je regarde en bas et là, je vois un champ de cailloux. Je me dis que je vais me faire mal, très mal, et plus ça approche, plus ça va vite. Je me dis même que c’est fini, je me dis que je n’ai pas fini ce que je dois faire sur cette Terre (j’ai un projet de vie qui me tient vraiment à cœur, un gros cailloux pour que sa vie soit complètement remplie même si jusque là, ma vie ne m’a pas réellement donné l’occasion de serrer dans mes bras ce fruit de l’amour, une nouvelle vie).

Mais tout va vite, trop vite et c’est la rencontre avec la première pierre. Mes skis amortissent le choc mais je vais trop vite et me voilà en l’air. Je vole, roule, tombe, rebondis mais je ne sais combien de fois. JE suis concentré sur une seule chose, ne pas toucher la tête trop fort au sol. Puis tout s’arrête. Groguis, j’essaie de me protéger car je ne veux plus prendre de coup, ne plus avoir mal. Tout est vraiment arrêté, alors doucement je tente de reprende conscience de mon corps, j’essaie de contracter mes muscles, de bouger légèrement mes membres. J’entends une voie, Christian je crois, mais je n’en suis pas sûr, me demander si çà va. Je prends du temps pour répondre (sans doute une éternité pour le questionneur) puis je réponds que çà va. Certes je suis défoncé, rousté de coups mais je sens que je n’ai rien de cassé. Je tente de relever la tête et mes 2 compagnons sont déjà à ma hauteur. JE les entends parler et là je commence à prendre peur. Je leur demande ce que j’ai et ils me répondent que je vais sans doute avoir quelques points de suture. J’entends même « bon Dieu, il est immortel ce mec ! ». A cet instant je me dis que je dois avoir quelque chose de bien grave et en voyant les tâches de sang bien rouge sur cette glace blanche je commence à paniquer. J’interpelle Christian, Seb est déjà parti appeler les secours, car le portable ne passait pas où j’étais, en lui demandant s’il pense que ce que j’ai est grave. Il me répond que les points sont indispensables mais qu’apparemment rien de très grave, qu’il semble que j’ai de la chance, beaucoup de chance. Après avoir cherché des habits dans mon sac à dos lacéré, je commence à avoir très froid, je tremble, j’ai les doigts qui s’engourdissent. Christian me passe ses gants et m’offre du thé chaud. Putain, le thermos, c’est bien bon !

J’ai froid, je languis les secours car je sais que je suis trop choqué pour redescendre par mes propres moyens ; Une autre personne demande si on a besoin d’elle mais hélas elle ne peut rien pour nous, merci quand même pour l’attention. Je commence à languir la suite, je commence aussi à vouloir dormir alors Christian me tient la conversation. Et çà y est, on l’entend ce bruit de palles qui frappe les flancs de la montagne. Très vite un médecin arrive, puis après une rotation, me voilà dans les airs sous un oiseau de fer volant. Très peu de temps après je vais être pris en charge par une très gentille infirmière qui est rassurante. Ses premiers gestes serviront à me rendre plus « humain », moins sanguinolent, ses paroles seront réconfortantes et me permettront, d’évacuer sans pudeur le stress de ma chute. Quelques radios, qui confirmeront que rien n’est cassé, 2 heures avec 2 internes qui ont pu exercer leur talent de couturier (52 points de suture à la tête et 2 au coude), encore un passage dans les mains de cette infirmière très gentille, très rassurante voire maternelle et me voilà « présentable » pour Mel. Oh certes, elle est choquée par l’image que je renvoi, tout comme ma mère qui viendra le lendemain à la maison mais franchement, après cette chute, le spectacle et la conclusion aurait pu être vraiment différente.

Ce samedi 25 janvier 2008, finalement j’ai eu de la chance, beaucoup de chance et vraiment j’en suis conscient. Je ne pense pas être quelque d’inconscient, surtout en montagne où plus d’une fois j’ai pris conscient de la grandeur de ce qui m’entoure et de la petitesse de ce que chacun est. Mais putain, une seule est importante, c’est d’apprécier l’instant présent et dire à ceux qu’on aime qu’on les aime.

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Pour partager, et secondairement pour le concours !

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