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Avec Gil, en randonnée dans le Mercantour
Avec Gil, en randonnée dans le Mercantour
Les plaisirs du ski... vers 1965!
Les plaisirs du ski... vers 1965!
Papa au ski, dans les années 40...
Papa au ski, dans les années 40...
Didier, vers le lac Blanc, une neige de rêve
Didier, vers le lac Blanc, une neige de rêve
Catherine, vers le lac Blanc, plein soleil...
Catherine, vers le lac Blanc, plein soleil...
Col des Lances, des pentes un peu plus raides
Col des Lances, des pentes un peu plus raides
Col des Lances, une neige peu accueillante
Col des Lances, une neige peu accueillante
Didier, le retour vers le Crozet
Didier, le retour vers le Crozet
Arrivée au col de Freydane
Arrivée au col de Freydane
Du col de Freydane, une neige de soie...
Du col de Freydane, une neige de soie...

Tour anti-horaire

Par Cackie, le 26.01.08

Dans le cadre du concours de la plus belle plume
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Une longue histoire


Mon premier "tour" en ski de randonnée, c'était en avril dernier, et c'est une longue histoire. J'ai décidé de vous la raconter, mais en prenant le temps, un peu comme si nous partions en voyage...

Nous sommes partis du Pré Raymond, dans Belledonne. Il n'était pas 6h, et la frontale n'était pas un luxe. Comme disait Gil, mon frère, on monte ainsi presque sans y penser : alors que, déjà fatigués par une longue montée, nous demandions à Papa un arrêt que nous jugions bien mérité, il prétendait être tout juste en train de se réveiller! J'ai mis une photo de lui, lors d'une de nos randonnées d'été dans le Mercantour, c'est un souvenir d'enfance qui m'est très cher.

Il a fallu monter un certain temps à pied, les skis sur le dos, nous avons chaussé peu avant d'atteindre le lac du Crozet. À 8h du matin, le soleil faisait son apparition, et l'ambiance était encore bien froide.

Pour atteindre le col du Pra, il faut emprunter un étroit sentier qui longe le lac de tout son long, sur plusieurs centaines de mètres. Ce sentier est haut perché : en hiver, il domine le lac d'une pente raide, bien lisse... Je n’aime pas trop regarder en bas. Pourtant l'eau, la glace et la neige s’y mêlent, composant d’une touche de bleu de glace, de blanc pur et de turquoise d’eau des formes à la beauté irréelle.

Une beauté irréelle


Nous poursuivons notre route en direction du col de la Pra. Alors que nous sommes en pleine pente, au-dessus du lac, nous croisons deux ravissantes suédoises, en raquettes, sur le chemin du retour... Elles s’écartent spontanément, en équilibre sur cette pente gelée, pour nous laisser la trace, nous saluant avec douceur…Elfes ou fées, cette vision irréelle nous laisse éperdus… Ce n’est qu’à notre retour, quelques heures plus tard, que nous aurons la clé de cette énigme.

Du lac, nous gagnons le col de la Pra, où nous retrouvons les randonneurs qui ont dormi au refuge. Devant nous se dresse le verrou des Doménons, sorte de barrière naturelle qui protège l'accès au Lac du Petit Doménon. La neige est encore bien dure, le soleil pourtant tout proche ne nous réchauffe guère. Didier m'attend, nous ferons une pause bientôt... mais je me sens bien seule. Derrière moi surgit un randonneur, je m'apprête à lui laisser la trace, mais il refuse : il n'a pas ses couteaux et ses skis dérapent, dans un crissement désagréable. La dernière conversion est plus difficile à négocier, j'en profite pour faire la démonstration de ma conversion en débotté-jeté, un truc incroyable que Jeannot Grinda m'avait appris, à la Colmiane. Mon compagnon du moment apprécie, en connaisseur.

Jeannot, c'était le guide-moniteur de ski de St Martin de Vésubie avec qui nous avons appris l'escalade, et le ski. À l’époque, le ski, c'était un sacré bazar, comme en atteste la photo (chaussures à lacets, fixation à câbles, skis en bois…). C’était en 1965 je crois, j’avais 11 ans. Je me souviens avec précision des séances de lacets, le matin, quand maman se penchait sur nos chaussures, l'un après l'autre, avec une patience infinie. Nous étions 6 enfants à chausser, à équiper de pied en cap, sans parler des forfaits perdus à la dernière minute... Gil était un spécialiste de ces fantaisies qui nous plongeaient tous dans l’anxiété.

Nous atteignons le verrou des Doménons vers 9.00, le soleil baigne le vallon. Au-dessus de nous la Croix de Belledonne, destination de la plupart des randonneurs aujourd'hui. À notre gauche la Grande Lance de Domène, et le Pic Couttet. Devant nous, à l'ombre de deux formidables murailles, le col de Freydane, que nous atteindrons peu après 10h. Le soleil déjà haut crée des ombres superbes ; des flancs des montagnes aux creux des vallons se déroulent des chatoiements de bleus, de gris et de blancs.

Je parviens enfin au col, Didier me fait de grands signes d'encouragement, et cela me fait chaud au coeur. Quelques rochers permettent de s'asseoir au sec, nous nous reposons, il fait bon, autour de nous le silence. Il nous faudra ensuite redescendre vers le Lac Blanc. De là, nous remonterons au col des Lances.

Une neige de soie


Nous voici donc au col de Freydane, il est 10h, il fait bon, pourtant il faut repartir, afin d'atteindre le col des Lances à une heure raisonnable. La descente vers le lac Blanc est une merveille, nos skis glissent sur une neige douce comme de la soie. Nous sommes seuls, à part deux skieurs que nous apercevons au loin, en marche vers le col. Deux autres skieurs nous rejoindront prochainement, un père avec son fils je crois.

Je pense à Papa, maintenant immobilisé sur un fauteuil roulant, les pensées et les mots à la dérive… Un homme de lutte, de défis, c’est lui qui nous a appris la montagne. Par-delà la contrainte qu'il s'imposait, qu'il nous imposait aussi, je garde l'image d'un homme généreux, débordant d'amour pour la vie. Cette photo de lui, l’air très sérieux, à gauche, est ancienne, les années 40 je pense.

Nous approchons du col des Lances, la pente se redresse, impressionnante. Je compte les conversions : une bonne quinzaine... Didier est derrière moi, sa présence me rassure, et puis la neige est si douce... Les deux randonneurs qui nous précédaient n'en ont fait qu'une bouchée, ils ont déjà disparu! Nous voilà à notre tour au col, il est midi. Personne, à part le jeune homme de tout à l'heure. Il nous montre une trace, en face, sur les contreforts du Pic du Loup, son père est en train de gravir cette face raide et cornichée. "Impossible de l'arrêter" nous dit-il avec un bon sourire, "j'ai proposé de l'attendre ici, il doit me rejoindre, sinon dieu sait ce qu'il aurait encore pu me proposer!". Nous acquiesçons, impressionnés.

Nous mangeons du pâté, du jambon, et de la viande des grisons, avec du pain aux céréales, un régal! Sans oublier du gouda au cumin pour moi (une horreur m’entends-je dire !) et du beaufort pour Didier. Il nous faut maintenant repartir, descendre le glacier de la Sître, puis remonter encore au col du Loup.

La fin de l'énigme


Du col des Lances, la pente est raide, en neige dure. La surface, pleine d'aspérités, a un abord très désagréable : elle est striée de traces de skis, émaillée de boules de glace dure. Entamer un virage s’avère difficile… Nous partons tous les deux en dérapage, tout doucement, quelques glissades en avant, puis en arrière… Et nous voilà en bas, tout heureux d’avoir surmonté sans encombre ce passage pour nous un peu délicat. Nous retrouvons alors une neige transformée, et nous filons en douceur vers notre prochaine destination : le col du Loup. Pour l’atteindre, d’après le topo, ce n’est rien du tout, cinquante mètres de dénivelé, pas la peine de remettre les peaux : la réalité est plus rude… Nous nous résignons à ouvrir les sacs, défaire les fixations, recoller les peaux… Cette dernière montée nous paraît bien longue, il est 13h et le soleil tape. Mais du col du Loup, la descente vers le lac du Crozet sera un pur bonheur.

Beaucoup de monde au lac, destination bien connue des grenoblois : des skieurs, mais aussi des marcheurs, en tenue légère et en baskets. Nous nous sentons un peu patauds à côté d’eux, avec nos sacs lourds, et nos vêtements encombrants. Au loin, deux surfeurs tracent des courbes élégantes au creux des derniers vallons enneigés. Il nous faut bientôt déchausser, remettre les skis sur le sac, et descendre par le sentier maintenant boueux…

C’est alors que nous croisons un de mes collègues, professeur à l’université. Il est accompagné de sa fille, et de plusieurs de ses amis, ils viennent de la Croix de Belledonne et ont passé la nuit au refuge. Ils ont eu la surprise, au réveil, de découvrir deux suédoises, ravissantes, endormies sur un banc : égarées la veille dans le massif du Grand Colon, arrivées tard au refuge (plus de 11h !), elles n’avaient osé réveiller personne et se sont allongées sur place, sans manger… se décidant à redescendre ce matin à la première heure.

Voici l’histoire de nos deux elfes éclaircie. Il est temps pour nous de rejoindre la vallée.

Commentaires

» Mic'hel, le 27.01.08
deux suédoises...!?! c'est bien fréquenté, ces refuges de Belledonne!! ;o)

Bien beau récit.

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