Accueil > Articles > Récit de course > Il y a dix ans : Le raid des cabanes
Cabane de Tramouillon. Notre abri pour la première nuit de ce raid.
Cabane de Tramouillon. Notre abri pour la première nuit de ce raid.
Ce petit couloir nord descendant de la crête des Prenetz va nous permettre de faire nos premiers virages.
Ce petit couloir nord descendant de la crête des Prenetz va nous permettre de faire nos premiers virages.
Pierre et son harmonica dans la cabane de Tramouillon.
Pierre et son harmonica dans la cabane de Tramouillon.
Sous la tête de Vautisse, le vent souffle fort !
Sous la tête de Vautisse, le vent souffle fort !
Le vallon Cros nous réserve de belles portions de neige transformée.
Le vallon Cros nous réserve de belles portions de neige transformée.
La très humide cabane du Sellar.
La très humide cabane du Sellar.
Cabane du Parc au saut du Laire au pied de laquelle coule le Drac.
Cabane du Parc au saut du Laire au pied de laquelle coule le Drac.
La partie à laquelle nous avons accès est petite mais très confortable !
La partie à laquelle nous avons accès est petite mais très confortable !
Sur l'arête Est du Mourre Froid, un moment de contemplation !
Sur l'arête Est du Mourre Froid, un moment de contemplation !
Cette face Nord du Mourre Froid, quelle descente !
Cette face Nord du Mourre Froid, quelle descente !
Le hameau de Prapic marque le retour brutal à la civilisation.
Le hameau de Prapic marque le retour brutal à la civilisation.
La large arête Nord du Grand Pinier marque la fin de l'ascension !
La large arête Nord du Grand Pinier marque la fin de l'ascension !
Dans la combe nord du Grand Pinier, nous savourons nos derniers virages en poudreuse.
Dans la combe nord du Grand Pinier, nous savourons nos derniers virages en poudreuse.
Le charmant hameau de Dormillouse et son gite "l'école".
Le charmant hameau de Dormillouse et son gite "l'école".
La crête conduisant au Petit Pinier est de toute beauté.
La crête conduisant au Petit Pinier est de toute beauté.

Il y a dix ans : Le raid des cabanes

Par Phil'Ô, le 03.01.08


[edit admin]
Article écrit dans le cadre du concours la plus belle plume de Skitour


******************************************

Il y a dix ans bientôt, un petit groupe d'amis imagine un raid un peu particulier. Se connaissant bien et pratiquant le ski de randonnée régulièrement, ils vont (avec l'aide d'un guide local "Pierre" qui se procurera notamment les clés des cabanes et fournira la logistique) arpenter en cette fin mars 1998, le sud du massif des écrins en autonomie quasi totale (4 jours/6) en dormant en altitude dans des cabanes de bergers. Ce récit retrace cette aventure extra...ordinaire, qui a laissé à ce groupe de copains un souvenir impérissable.


Jour 1 – Montée à la cabane de Tramouillon.

Notre groupe (constitué de Jean-Marie, Jacky, Pierre (le guide), Philippe, Hubert, André et Gilles) s’est rassemblé à Argentières la Bessée autour d'un café pour se répartir les victuailles qui nous nourrirront durant les quatre prochains jours.
C’est avec des sacs à dos sont bien chargés (duvets, nourriture, rechanges) que nous nous enfonçons lentement dans la mélézaie qui domine Champcella. Le groupe emmené par Pierre suit des traces régulières qui serpentent le long du torrent sur une neige récente. Bientôt nous sortons du couvert forestier et poursuivons vaguement sur une piste. Après deux heures d’une montée au rythme tranquille mais régulier (certains diront au rythme de guide), nous arrivons à ce qui nous servira d’abri cette nuit : La cabane de Tramouillon.

Nous nous restaurons, au soleil et repartons légers en direction de la crête des Prenetz, histoire de faire quelques virages pour cette première journée de Raid. La montée fut bien plus rapide et l’arrivée sur cette ligne de crête ensoleillée nous dévoile l’imposant sommet que nous convoiterons le lendemain : La tête de Vautisse. En cette fin de matinée, le soleil n'est pas assez chaud pour nous réchauffer, car le vent souffle et la température se rafraichit rapidement. Nous avons tous hâte de rejoindre l’accueillante cabane de Tramouillon. Certains d’entre nous oserons même se laver à la source d’eau claire et fraiche qui coule quelques mètres en contrebas.

Il est temps de penser à préparer le repas du soir. Nous ne mesurons pas encore le luxe que nous offre l’abri du jour. Cette cabane est toute mignonne et baigne dans un magnifique soleil en ce milieu d'après-midi, bref, c’est un petit coin de paradis. L’intérieur est très chaleureux, le poêle à bois situé au centre de la pièce irradiera toute la soirée de sa douce tiédeur le coin cuisine et le mini dortoir, alors que Pierre égaillera l'atmosphère avec son harmonica. Le groupe s’endort dans le calme bien que l’excitation de ce qui nous attend le lendemain soit palpable.

Jour 2 – Cabane de Tramouillon – Tête de Vautisse – Cabane du Sellar.

Le réveil s’effectue calmement dans d’agréables odeurs de café et de thé. Le petit-déjeuner avalé, le groupe se met rapidement en marche en direction du long vallon de la Selle. Les sacs sont toujours lourds et l’air est glacial, mais la montée se fait groupée jusque sous les pentes terminales de la Tête de Vautisse. Le vent qui a soufflé toute la nuit et qui continue de nous jeter en rafale des cristaux de neige au visage, a enlevé la neige fraiche. C’est donc sur un manteau neigeux durci (voir glacé par endroits) que nos couteaux crissent durant les traversées ascendantes qui conduisent au sommet. Le groupe s’étire sur ces pentes prononcées, puis se reconstitue dans un renfoncement sous le sommet, bien à l’abri du vent. Le soleil n’arrive pas à nous réchauffer et nous ne trainons pas là. Pour rejoindre le vallon Cros, le début de la descente doit s’effectuer sur une épaule assez raide, orientée plein nord, qui domine des barres impressionnantes. Le groupe est tendu, tout comme la neige sur laquelle nous dérapons. Petit à petit nous perdons de l’altitude pour arriver sur le haut d'une pente qui s'ouvre sur le vallon de Cros. Ce cheminement confidentiel et exposé, nous a permit de contourner la barre rocheuse et à présent que le danger est passée, nous pouvons nous relâcher.
D’autant que nous sommes à l’abri du vent et que le soleil a réchauffé les pentes Sud de la tête des Lauzières (que nous allons contourner). Ainsi, nous allons enchaîner d’innombrables virages dans une neige printanière jusqu’à pénétrer dans "le grand bois". La progression est à présent rendue difficile par la densité des mélèzes mais nous réussissons à rejoindre par gravité, notre nouvelle cabane pour la nuit à venir : La cabane du Sellar.
Bien qu’au soleil, cette minuscule cabane au confort rudimentaire est très humide. Nous allumons le vieux poêle poussif pour tenter de réchauffer l’atmosphère et surtout faire fondre de la neige en vue d’assurer le repas du soir. Mais l’opération est longue, et la quantité d’eau obtenue en un après-midi n’est pas suffisante pour remplir nos gourdes. Le soleil se cache et nous voilà contraint de récupérer l’eau qui s’écoule encore sous la neige déposée sur le toit en mélèze pour assurer notre quota quotidien.
La nuit qui s’annonce va être épique. La cabane étant trop petite, nous dormirons à trois sur un sommier à ressort, deux autres iront dans la grange sous le toit et les deux chanceux qui ont gagné à la courte paille dormiront sur le matelas déposé à même le sol. Autant dire que la nuit fût longue et pas très reposante pour chacun d'entre nous (même pour ceux qui ont gagné à la courte paille).

Jour 3 – Cabane de Sellar – Crête des Uvernatus – Col des terres blanches – Crête des Lauzes Rousses - Cabane du Parc au Saut du Laire

Au petit déjeuner, la petite troupe s’éveille tant bien que mal, dans la torpeur humide de cette cabane. Nous avons hâte de repartir, juste histoire de nous réchauffer. Nous prenons Sud-Ouest la direction du Pic de Rochelaire dans le vallon du Sellar, avant d'obliquer à droite en direction de la crête des Uvernatus. Nous cherchons le soleil sous les impressionnantes barres Nord de la Tête de Vautisse et atteignons rapidement le sommet d'un couloir qui part de cette crête. Cette pente Nord que nous devons skier pour rejoindre le « Quartier d’Aout » est raide. La neige y est encore bien dure, nous attendons donc deux heures au soleil, le temps qu’une transformation superficielle s’opère et nous permette une descente plus sereine. Puis c’est une longue remontée vers le col des terres blanches, puis les crêtes des Lauzes Rousses. L’eau des gourdes (qui coulait du toit de la cabane) a mauvais goût mais nous la buvons quand même car il fait très chaud dans cette cuvette en plein soleil. A ce vaste point culminant que constitue la crête des Lauzes Rousses, le groupe se reconstitue progressivement. Nous entamons l’ultime descente de la journée en direction du saut du Laire sur des adrets bien chauffés. La neige est très lourde à skier et son épaisseur diminue à mesure que nous perdons de l’altitude, au point que sur la fin notre cheminement n’est guidé que par la recherche des langues de neige qui nous évitent de déchausser. Le torrent formant le Drac coule déjà bien, et nous le traversons sur une passerelle bien aérienne.

La nuit sera douce dans la minuscule mais très confortable partie de cabane mis à notre disposition par le Parc. Elle domine la cascade topographiée «Le saut du Laire». Séance baignade et lavandière dans l’eau fraîche du Drac qui coule tranquillement quelques dizaines de mètres en aval de la cabane, pour tous en cette fin d’après-midi, juste avant que l’ombre ne gagne ce haut plateau. Nos sacs sont plus légers à présent, et la journée de demain avec pour objectif le Mourre Froid s’annonce plutôt bien.

Jour 4 – Cabane du Parc au Saut du Laire – Mourre Froid – Gîte (non gardé) de Prapic

Ce matin tout le monde a la pêche. Nous laissons le superflu à la cabane et montons comme des fusées en direction du Mourre Froid. Nous choisissons l’option de contournement de la "barre de la cabane" par la gauche, et arrivons au sommet en longeant la crête de la dent. La vue du sommet est magnifique. Quelques chamois s'amusent dans une combe au sud du sommet. Nous profitons un maximum, mais le meilleur est à venir… Une descente d’anthologie dans la face nord du Mourre froid, dans une neige encore poudreuse. La forme étant au rendez-vous, une partie du groupe en profite pour réaliser un rapide aller/retour au Pain de Sucre, pendant que l’autre se fait dorer au soleil. Nous récupérons les affaires à la cabane et continuons sous les barres qui dominent le Drac jusqu’à Prapic sur une neige surchauffée par le soleil. Nous réussissons quand même à rejoindre Prapic en ski. Le confort de ce modeste gîte marque le retour à des zones plus civilisées, où l’humain a su se faire une place, alors que depuis que nous avions quitté nos véhicules il y a 4 jours, nous n’avons pas croisé âme qui vive. Cette présence d'autres personnes (même si elle n’est pas très marquée), nous perturbe un petit peu, et nous avons du mal à engager la conversation.
La douche chaude, un vrai repas et surtout un bon lit viendront rapidement à bout de notre envie d’isolement.
Pierre annonce que le programme du lendemain est chargé. Ascension du Grand Pinier droit dans la pente. Ce sera une grosse journée avec 1.600 m de D + avec un sac qui ne désempli désespérément pas.

Jour 5 – Prapic – Grand Pinier – Dormillouse

Nous partons dans la fraîcheur matinale (6h00) skis aux pieds (ça ne va pas durer). Nous remontons le torrent de Blaisil et dépassons le tombeau du Poëte. Puis, pour atteindre le vallon du Grand Pinier, nous choisissons de monter droit dans la pente par les Pisses, skis sur le sac en coupant le chemin d’été qui est déneigé. Cette montée entre les jeunes mélèzes aura vite fait de nous réchauffer ! Nous atteignons rapidement la vire qui domine les barres des Pisses. Nous allons alterner les portions skis aux pieds sur les traversées des vires et skis sur le sac pour franchir les petits couloirs constituant les points faibles des barres qui ferment le vallon du Grand Pinier. Après un cheminement assez complexe, nous arrivons enfin dans une combe suspendue dans laquelle la neige a commencé à chauffer. Nous la remontons au mieux pour nous approcher d'un court couloir qui nous conduit sur l’arête Nord du Grand Pinier que nous rejoignons en suivant son fil. Quelle superbe montée !
Nous empruntons sur quelques centaines de mètres l’itinéraire classique, puis nous basculons en face Nord dans une large combe encore à l’ombre. La neige y est poudreuse et le restera jusqu’au torrent de Chichin. Puis sur ce vaste et long plateau qui domine Dormillouse, nous devons pousser sur une neige surchauffée et collante, jusqu’à rejoindre le gite de l’École de Dormillouse. Nous allons y passer la prochaine et dernière nuit du Raid dans une ambiance très conviviale.

Jour 6 – Dormillouse – Petit Pinier – Parking d’hiver de Gramusat

La journée sera consacrée à l’ascension du Petit Pinier. Nous trainons peu au lit et prenons tôt le chemin du Petit Pinier. Nous passons en contrebas de Dormillouse sur la passerelle qui domine un enchaînement de cascades rugissantes d’eaux de fonte. Nous nous élevons lentement dans des contre pentes boisées et sortons de la forêt clairsemée pour atteindre le un petit col non loin de la cabane de Paluel. Après une courte redescente, le groupe bien affûté par ces six jours de raid gagne la ligne de crête qui monte au Petit Pinier. Cette majestueuse arête est tantôt dentelée, tantôt ourlée de corniches impressionnantes. Le retour est réalisé par le Nord dans le vallon de Faravel et son lac éponyme. Nous profitons des derniers virages de notre raid dans une neige de printemps chauffée à point, et regagnons le parking par une longue portion de pousse-battons sous les falaises de Gramusat.

Ce Raid magique et confidentiel se conclue ainsi sur une magnifique journée de ski de randonnée. Après plus de 8.000 m de dénivelée en six jours, des images encore plein les yeux, le dur et triste retour à réalité de cette fin de pérégrinations en altitude, se fera progressivement durant le voyage de retour.
Cela fera 10 ans cette année que nous avons fait ce merveilleux raid, et les souvenirs qu’il nous en a laissé sont toujours aussi vivaces.

Commentaires

» Jeroen, le 03.01.08
C'est dingue, t'es sûr de la date ? 1998 ? Soit il y a à peine 10 ans ? Avec les photos on imaginerait plutôt un truc des années 70 !

Merci pour ton récit !

» Philippe ORENGO, le 04.01.08
Oui, oui, je suis sûr de la date : fin mars 1998 !

Regarde sur certaines photos tu vois des polaires ;o),
et pi en 1970, je n'avais qu'un an, donc ... force est de constater que le matos de rando a vite changé (avec un retour à des couleurs plus sympa !)

Ajouter un commentaire

Connectez-vous pour ajouter un commentaire.

VTT de montagne